‹ Traité practique des maladies de la peauChapitre 39 sur 77 · HYGIÈNE DES BAINS · texte numérisé non relu

HYGIÈNE DES BAINS

bord de la mer reçoit, il est vrai, toutes les émanations de la mer; mais il y reçoit aussi toutes les influences d’humidité, de ventilation, d’insolation alternatives qui, loin de remettre la santé, renouvellent souvent des affections rhumatismales disparues, amaigrissent le malade au lieu de le fortifier, troublent les digestions, en un mot ne représentent plus ces conditions atmosphériques qui tendent au rétablissement de la santé.

. D'ailleurs qu'est-ce donc que l'atmosphère de la mer ? Est-ce qu'elle borne son influence à sa surface? est-ce qu’elle ne se fait pas sentir à plusieurs lieues de distance? Pourquoi donc exposer à des conditions fâcheuses d'humidité, de ventilation, des convalescents qui ont besoin d’un air généralement pur et exempt autant que possible des variations qui exercent sur tous les hommes une influence si pernicieuse. Ce qu’il faut pour ces malades, c'est de leur faire respirer l’air de la mer à l'abri du vent et en plein soleil. À cet effet envoyez-les dans un port en amphithéâtre, comme le Tréport, par exemple, sur une plage limitée, petite ; faites-les asseoir le long des maisons, à l'abri de toute ventilation, et surtout à l'abri des vents d'ouest qui sont si communs du côté de l’Océan.

Il existe aussi des bains de mer chauds dans un grand nombre de ports de mer; on les donne à l’eau pure ou mitigée d’eau ordinaire, à moitié, au quart, etc. : ces bains sont évidemment fortifiants. On trouve aussi dans ces établissements des douches qui exercent une influence excitante sur la peau, et qui peuvent être favorables aux affections rhumatismales. Les médecins ne sauraient trop en recommander l’emploi.

Terminons en parlant un peu de l'influence de l'air de la mer sur la santé des baigneurs. La personne qui, de l'intérieur des terres d’un pays, est transportée au bord de la mer, y trouve un air vif, salin, d’une nature toute nouvelle pour elle. Cet air stimule, excite tout d’abord, amène une soif continuelle, procure de l'appétit les premiers jours, cause de la constipation ; puis, comme on est généralement porté à aller admirer

un spectacle grandiose et tout nouveau, on est sans cesse sur les jetées, sur les galets, sur les falaises. On trouve avec abondance le poisson de mer, les coquillages, et l'on en use souvent avec excès. Cette pratique est des plus funestes ; il en résulte un trouble des voies digestives plus ou moins prononcé, alors même qu'on se prémunit contre l’usage du poisson et des coquillages. Cette surexcitation d’appétit cesse très vite pour faire place presque à de l’anorexie. La constipation est remplacée par des coliques avec évacuations abondantes, et quelquefois des vomissements, de sorte qu'il est peu de malades qui ne paient leur tribut à l’air de la mer.

Suivant nous, la personne qui se rend à la mer doit peu à peu s’y acclimater, s'observer surtout sous le rapport du régime alimentaire, éviter dans les huit ou dix premiers jours le poisson de mer, et rechercher au contraire le poisson d’eau douce, éviter surtout tout ce qui est coquillage, crabe, homard, langouste. Ce ne sera que graduellement qu’elle arrivera à leur usage; les repas doivent être réglés, peu abondants, ayant pour base des viandes rôties et les légumes.

Ce qu'il faut ensuite, c'est de savoir se vêtir même dans la plus belle saison, le matin et surtout le soir; les habitants des ports de mer ne quittent presque jamais le drap, et ils font souvent usage du manteau le soir. On ne saurait croire combien sont communs les accidents qui proviennent d’une hygiène mal entendue à cet égard.

Ce qu'il faut surtout rechercher, c'est une promenade journalière dans l’intérieur des terres, de manière à sortir de ces champs arides qui bordent l'océan et à trouver dans l'influence des émanations des végétaux de la campagne un contre-poids à cet air sec et àpre de la mer.

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