SCURBUT
tusion. Plus tard la tache passe réellement par toutes les nuances décroissantes de la surface contuse, mais d’une manière plus lente encore. Ainsi, comme on le voit, rien de comparable soit avec le purpura aigu, soit avec le purpura chronique sous le rapport de l’état local.
Quant à l’état général, les prodromes offrent ici plus d’analogie, parce que les deux affections viennent du même genre de causes : privations, misère, chagrins, habitation malsaine et humide. Sous ce rapport, quelques pathologistes ont disséqué pour ainsi dire l'influence de ces causes, et ils ont dit, par exemple : Ce n’est pas la mauvaise alimentation, l'usage des viandes salées, qui développent le scorbut, car les Indiens, chez lesquels cette maladie est très commune, se nourrissent exclusivement d'aliments végétaux. Ce n'est pas la privation d’une nourriture animale ; car la flotte de l'amiral Anspn, qui fut si cruellement maltraitée par cette maladie, était abondamment pourvue de vivres frais de toute espèce, tandis que la maladie a constamment épargné des expéditions navales moins bien approvisionnées, parce qu'elles étaient dans de meilleures conditions par rapport à l'air, etc. Évidemment on peut faire à cet égard toutes les suppositions possibles ; mais en médecine, s’il faut rechercher surtout les causes des maladies, il faut aussi savoir faire la part de chacune d'elles, et ne pas vouloir qu'une seule et même cause d’une nature donnée puisse toujours produire les mêmes effets et rendre compte du développement d'une maladie. Dans l'espèce, il est évident que l’une des causes que nous avons citées est capable à elle seule de développer le scorbut, si elle agit avec une intensité suffisante et de manière à rendre de nul effet les conditions hygiéniques qui peuvent eu modifier les influences fâcheuses. Ainsi, pour prendre les deux faits que nous venons de citer tout à l'heure : si la flotte de l'amiral Anson a été si maltraitée malgré les vivres dont elle était pourvue, c'est que sous le rapport des conditions d’'humidité et d'état malsain de l’air elle se trouvait dans la situation la plus fâcheuse ; si, par contre, telle autre flotte, quoique ne se
nourrissant que de viandes salées et manquant de vivres frais, n’a pas été atteinte de scorbut, c'est qu'elle se trouvait dans les meilleures conditions sous le rapport de l'air et du climat. I ne s'ensuit pas pour cela qu'une mauvaise alimentation ne puisse pas développer le scorbut; car si, au lieu d'être placé sous un excellent climat, telle ou telle flotte se füt trouvée dans des conditions de salubrité ordinaire sous ce rapport, le scorbut se fût manifesté. À Paris et dans les hospices de la vieillesse, on voit souvent naître le scorbut: c'est ordinairement durant les fortes chaleurs d'été qu’il se montre, alors qu'il en résulte une diminution d’appétit et une influence d'affaiblissement de tout l'organisme. Cependant la nourriture, le logement, les conditions de salubrité, l'air, restent les mêmes ; mais l’assimilation, la digestion, ne se font plus comme en hiver et le scorbut se développe,
. Le scorbut a ses prodromes ou ses phénomènes généraux d'invasion, marqués par la perte de l'animation de la figure, à laquelle succède une teinte pâle et terne ; des mouvements lents, paresseux, le malade reculant devant tout exercice qu'entraine la moindre fatigue ; les digestions se ralentissent, l'appétit diminue: les gencives se gonflent et deviennent sensibles, le pouls s’affaiblit: c'est à ce moment que se montrent les taches; plus tard l'affaiblissement augmente, le teint est plombé et livide, les gencives douloureuses, les dents commencent à s'ébranler, la température de la peau s’abaisse, celle-ci devient sèche, ansérine; les taches se multiplient et deviennent de plus en plus larges en même temps que les taches précédentes ont passé par la période de résolution et d'absorption, qui sont celles des contusions ; beaucoup, il est vrai, demeurent dans un état indolent ; quelques unes, plus récentes et plus profondes, sont accompagnées d’ecchymoses du tissu cellulaire et des muscles. Comme dans le purpura il s’opère des pertes de sang en proportion variable; d'abord par les gencives, qui saignent au moindre attouchement, ensuite par les selles surtout ; alors la figure devient bouflie, les jambes œdémateuses; une vdeur