SCORBUT
fétide s'exhale de la bouche, le pouls s’affaiblit de plus en plus, la respiration devient génée, les battements du cœur sont précipités, et les malades expirent en conservant en général l'intégrité de leurs facultés intellectuelles, à moins qu'une fièvre lente à forme typhoiïde ne se déclare et ne les conduise au tombeau.
On trouve à l'ouverture du corps des désordres à peu près semblables à ceux du purpura hæœmorrhagica.
Quant au traitement, il est de deux sortes, hygiénique ou médical. L'un et l’autre ont une égale importance, et telle est même l'influence du premier, qu’il peut quelquefois à lui seul arrêter les progrès de l'affection et la faire marcher vers une guérison très prochaine. C’est ainsi que dans les hôpitaux, dans les vaisseaux, des épidémies de scorbut ont été arrêtées en déplaçant les malades et en les mettant dans des conditions d’aération toutes différentes et toutes nouvelles. Ainsi l'observation des règles de l'hygiène dans toute leur rigueur est la première condition d’une bonne institution thérapeutique.
Il existe de temps immémorial des médicaments qui ont été spécialement appliqués au traitement du scorbut et qu'à cause de cela on a nommés médicaments antiscorbutiques. Aujourd’hui ces médicaments sont loin d’être préconisés comme autrefois, au moins pour le scorbut de terre, qui, comme le purpura, réclame surtout l'emploi des acides unis aux ferrugineux et à une bonne alimentation. C’est ce que Rochoux et d’autres médecins ont observé à Bicètre, où tous les etés le scorbut est plus ou moins fréquent. Nous bornons là les aperçus généraux de cette maladie, qui rentre surtout dans le domaine de la pathologie en général. |
Ve GROUPE.
Ce groupe comprend quatre maladies qui ont entre elles des affinités très grandes sous les rapports de l'anatomie patholo gique, des symptômes, des causes et du traitement. Toutefois l'une d'elles, la gale, s’en différencie par la présence d'un insecte que l'on ne rencontre pas dans les autres affections. Faisons remarquer les analogies que nous venons de signaler et justifions ainsi le groupe que nous avons formé, car il y a avantage à rapprocher les unes des autres ces quatre maladies, surtout sous le rapport du diagnostic.
Et d’abord on est frappé de la présence, dans ces diverses affections, de l’existence de papules à la peau. Mais il est important de bien déterminer ce que l'on doit entendre par une papule. Sous ce nom on désigne une élevure inflammatoire, de forme pyramidale, acuminée et sans vésicule séreuse ou purulente à son sommet, de sorte que la papule ne sécrète pas par elle-même ; elle peut, dans le lichen, donner lieu par le grattage à un léger écoulement séreux, ou laisser écouler du sang sous l'influence de la même cause, comme dans leprurigo, mais par elle-même clle ne produit rien. Il faut cependant en excepter la gale, qui dans son éruption présente des papules terminées par de très petites vésicules.
Mais les papules n’ont pas toutes le inème volume : à peine appréciable dans le prurigo, du volume d’un grain de millet dans le lichen simplezx, plus fortes dans la gale lichénoïide, elles atteignent la proportion d’une lentille dans le lichen agrius. Ces papules ne sont pas, comme le pensent quelques dermatologistes, le résultat d’un gonflement des papilles de la peau. Il n'y a aucun rapport à établir entre les papules et les papilles, la forme exceptée. Les papilles de la peau sont disposées par paires et symétriquement rangées sous des lignes courbes très rapprochées ; jamais les papules des affections papuleuses ne se présentent ainsi à la peau; elles sont isolées et espacées les unes
des autres, et quand elles sont dans un état confluent, il n'y a aucune régularité dans leur arrangement. Les papilles siégent principalement à la partie interne des membres; dans le prurigo toutes les papules sont situées en dehors des membres et sur le dos. Là où existent le plus de papilles, c'est-à-dire à la face palmaire des doigts et à leur pulpe, on n'observe presque jamais de lichen, de prurigo, de strophulus ou de gale. Que les affections papuleuses se montrent sur des sujets nerveux; qu'elles surexcitent le système nerveux; que le système nerveux joue un certain rôle dans leur durée ou dans leur développement, à la bonne heure; mais cela n'implique pas l’identité de nature de la papule et de la papille, et cela ne doit pas faire considérer la papule comme une inflammation de la papille. C'est cette idée faussement exagérée qui a conduit certains dermatologistes à considérer le lichen comme une maladie générale du système nerveux.
Ces papules sont presque toujours très petites, elles représentent la grosseur d’un grain de millet, quelquefois moins, quelquefois plus; elles ne sont pas vésiculeuses, elles ne sécrètent pas lorsque la maladie est simple; elles ne s'observent que sur des peaux fines, attribut du tempérament nerveux ou du tempérament sanguin ; plus communes d’ailleurs chez la femme que chez l’homme, et se rattachant à la jeunesse, lorsqu'il s'agit de Jichen ou de strophulus; ne se montrant qu'à un âge plus evancé, quand il s’agit de prurigo. Ayant toutes pour caractère commun la démangeaison, qui dans certains cas enlève complétement le sommeil et qui augmente généralement par la chaleur infüs et extra.
Aussi ancienne que le monde, si l’on en croit la plupart des interprétateurs de la Bible et des auteurs anciens, la gale a constamment attiré l'attention des médecins : de tout temps, elle a provoqué les recherches les plus assidues, tant au point de vue
de sa nature qu'au point de vue de son traitement, Hier encore elle était l'objet des plus intéressantes découvertes de la part d’un observateur infatigable, dont l'Académie vient de couronner le remarquable travail, M. Bourguignon. Et néanmoins tout n'est pas dit à l'endroit de cette singulière maladie : les plus justes controverses peuvent encore être soulevées à ce sujet, et plus d'un point réclame les lumières d’une longue observation.
Pour les Grecs et les Romains, la gale était une maladie à forme spéciale, dont la contagion formait le caractère essentiel.
Les Arabes l'ont considérée comme contagieuse, et en ont attribué le développement , dans le plus grand nombre des cas, à la malpropreté. L'un d'eux, Avenzoar, reconnut le premier chez les galeux la présence d’un insecte très petit, dont il ne connut pas le rôle, et auquel il n’attribua aucune part dans la contagion de la maladie.
Comme la notion de cet insecte ne se rattachait à rien de bien intéressant , elle demeura oubliée jusqu'au xvi° siècle, époque où presque tous les auteurs en parlèrent comme d’un ciron qui se loge sous la peau. Hauptmann, le premier, donne une description assez nette, sinon parfaitement exacte, de cet insecte, qu'il compare à la mite du fromage.
Cestoni, en 1687, fait connaître plus explicitement encore l’ nsecte qui coexiste avec la gale, et rejetant toutes les théories humorales inventées pour rendre compte des phénomènes que présente la maladie, il conclut à un traitement exclusivement externe. |
Cependant, avec Pinel s’inaugure le retour aux idées humorales de Galien. Pinel ne conteste pas l'existence de l'acarus, mais il ne lui fait jouer qu’un rôle fort secondaire : pour lui, l'acarus est seulement la cause du prurit qui accompagne l'éruption galeuse.
Alibert et Biett allèrent plus loin encore, et nièrent formellement l'existence de l’acarus. Puur eux, la gale est simplement
une éruption à forme spéciale et transmissible par la contagion, transmissible même par cette voie des animaux à l’homme.
Il n’y avait donc plus que doute ou négation absolue au sujet de l’acarus, quand Galès, par une imposture qui n'a pas de nom, vint démontrer dans les vésicules de la gale l’insecte qu'on ne savait pas y trouver. Le prétendu acarus, ramené sur la scène, valut à son inventeur, de la part de l’Académie, une récompense honorable au lieu de la réprobation et du mépris qu'il méritait.
En effet, grâce aux investigations de M. Renucci, Italien d'origine, et qui, durant une consultation de M. Alibert à l'hôpital Saint-Louis, fit connaître la manière d'extraire l’acarus des sillons, tandis qu’on le recherchait dans la vésicule, M. Raspail démontra que l’acarus de Galès n'était autre chose que la mite du fromage ; il fit une étude fort étendue du véritable acarus scabiei, qu’il décrivit sous le nom de sarcopte de la gale ; seulement, l’histoire tracée par M. Raspail ressemble un peu à un poëme où l’imagination a étendu et embelli le champ de vision. du micrographe. (Bourguignon.)
Renucci lui-même soutint en 1835 une thèse qui résume ce qui a été fait de meilleur jusqu'alors.
M. Albin-Gras, élève à l'hôpital Saint-Louis en 4834, one aussi peu que Renucci de l’histoire naturelle de l’acarus ; mais, à l'exemple de ce dernier, il fixe l'attention sur l'existence des galeries sous-épidermiques, ou sillons, dans lesquels se loge constamment l’acarus. De plus, il précise le fait fréquent de l'isolement absolu des vésicules d’avec ces galeries.
. C’est sans doute après avoir vérifié cette disposition incontestable que M. Rayer a classé la gale parmi les inflammations vésiculeuses, et que, tout en reconnaissant qu'elle est entièrement le fait de l’acarus, il ne considère les vésicules et les pustules qui se produisent constamment que comme une complication de la maladie; telle est encore l'opinion généralement acceptée.
. En 1843, M. Bourguignon commença cette série de longues
et patientes recherches qui aboutirent, sinon à des idées absolument nouvelles sur la nature et le traitement de la maladie, du moins à une connaissance plus complète des mœurs, de l'anatomie et de la multiplication de l’acarus.
À la même époque, un médecin de Vienne, M. Hébra, publiait dans les Annales des maladies de la peau un travail dont les conclusions sont que l’acarus est la seule cause de la gale, que les sillons sont indispensables pour la reconnaître, que les topiques insecticides suffisent pour la guérir , et que les prétendues métastases racontées par les anciens sont de pures chimères.
Enfin, un des points les plus importants de l’histoire naturelle de l’acarus, la distinction des sexes, qui avait jusqu'alors échappé à MM. Bourguignon et Hébra, ayant été mis en lumière au mois d'octobre 4852, par M. Lanquetin, externe de l'hôpital Saint-Louis, il ne reste presque rien à désirer dans l’étude de cet insecte.
Cette identification de l’acarus avec la maladie dans laquelle on le rencontre n'est cependant, il faut bien le reconnaitre, qu'une pure induction de l'esprit ; et comme il n’est aucune théorie en médecine qui ne retentisse plus ou moins directement dans la thérapeutique, celle-ci conduisit tout naturellement à la curation instantanée de la gale par un traitement insecticide purement local. Il y a quelques années, on avait suivi une marche tellement opposée à celle d'aujourd'hui, que l'on était arrivé à traiter la gale là où l’on croyait que siégeait seulement l’acarus, c'est-à-dire aux mains et aux poignets, et dès lors on limitait les frictions à ces parties. M. Bourguignon ayant reconnu que, si l'acarus se fixe de préférence dans l'intervalle et le long des doigts, cela ne l’empêche pas de parcourir toutes les régions de la peau, conduisit à apporter dans le traitement de la gale une modification essentielle recommandée par Helmerick en 1815, c'est-à-dire l'emploi des frictions générales, ce qui fut établi à l'hôpital Saint-Louis par mon honorable collègue, M. Bazin, qui, reprenant les prescriptions faites par le médecin hollandais, obtint comme lui la guérison
en trois jours. Mais mon collègue, M. Hardy, entrant plus tard plus avant dans cette voie, chercha à décharger l’administration des hôpitaux de l'admission et du séjour des galeux à l’hopital en les guérissant en deux heures.
Ce traitement énergique, en effet, détruit l’acarus en une seule séance; mais la mort de l’acarus est-elle la guérison complète ?
A ces doctrines captivantes en apparence, j'oppose une opi= nion un peu différente, qui flatte moins les esprits avides de merveilleux, mais que je soutiens avec d'autant plus de ferveur depuis longtemps, qu’elle touche plus directement aux intérêts du malade.
Pour moi, au lieu de ne reconnaître dans la gale qu’un effet de la présence d’un insecte, je suis porté à croire qu'elle consise, avant tout, dans une éruption qui s'accompagne d'un produit particulier, l'acarus, agent d'ailleurs lui-même d'infection. Cet acarus est-il l’effet ou bien la cause de l’éruption ? Je crois que, si le plus souvent il est la cause par le fait d’une transmission, il peut en être uniquement l'effet. Je suis ainsi conduit directement, comme vous le voyez, à une question que M. Bourguignon ne soulève qu'incidemment ; c’est celle de savoir si la gale peut être spontanée. Eh bien, pour moi, l’éruption de vésicules, de papules ou de pustules qui constituent la gale peut se développer sous la seule influence de la malpropreté, de la misère, des excès, de la débauche, par exemple; et l’acarus lui-même, au lieu d'en être la cause dans ce cas, n’en serait que le produit.
Expliquons-nous à cet égard.
Je dis d’abord que le fait capital et qui prime tous les autres par son importance dans le développement de la gale, c’est non la présence de l'insecte, mais bien l'éruption, quelle qu’en soit la forme. En faut-il d’autres preuves que ce fait journalier d'observation , à savoir , que, dans une gale pustuleuse, par exemple, le nombre des sillons, autrement dit des acarus, est presque en raison inverse du nombre et du volume des pustules?
Si l’acarus est la cause de l’éruption pustuleuse, expliquez comment l'effet est d'autant plus intense que la cause est plus faible. Ainsi voilà une pauvre malade toute couverte de pustules volumineuses, et nous trouvons à peine quelques imper- : ceptibles sillons pour nous assurer de la présence de l'acarus. |
D'ailleurs, il résulte des observations les plus positives de M. Bourguignon lui-même que, lorsque l’acarus a été inoculé sur une peau parfaitement saine, une démangeaison générale vive et même diverses éruptions ont lieu avant que l’insecte ait eu le temps de se multiplier et sans qu'il ait changé de place. M. Bourguignon se demande en passant, et d’une façon incidente, si l’acarus ne serait pas porteur d’un venin qui, lancé dans la circulation, donnerait immédiatement lieu à une intoxication générale. J'avoue qu'une pareille hypothèse n'est pas dénuée de raison, et que si des téntatives d'inoculation avec des acarus broyés et introduits sous la peau n’ont pas réussi, on ne devrait pas désespérer si vite de voir triumpher une opinion qui s’accorderait si bien avec les faits.
D'après les observations de M. Bourguignon et des partisans exclusifs de l’acarus, l’inoculation de la gale peut se faire par un acarus mâle, par un acarus femelle non fécondé, par un acarus femelle fécondé, ou enfin par un ou plusieurs mâles avec une ou plusieurs femelles. Dans les deux premiers cas, il se produit une fausse gale qu'il est difficile de reconnaître, puisque l’acarus vit là seul, sans se multiplier. Combien de temps y vit-il, c'est ce qu'on ignore, et à sa mort cette gale devra se guérir spontanément, ce qui ne s'observe jamais pour la gale! Dans les deux autres, un mois se passe au moins avant que de nouveaux acarus soient éclos et se soient développés. Cependant tous les observateurs sont parfaitement d'accord pour reconnaitre que peu de jours après l'inoculation, la maladie peut apparaitre bien distinctement. D'où vient cette divergence, sinon de ce que M. Bourguignon et ceux qui émettent la même opinion se sont vus contraints de forcer les faits pour les sou-
mettre à leur théorie, qui attribue à l'acarus dans l’évolution galeuse une importance qu'il n’a peut-être pas?
J'ai ajouté, comme conséquence de l'importance secondaire que j'attribue à la présence de l’acarus dans la gale, que cette maladie peut naître spontanément. Et comment pourrait-il en être autrement ? Est-ce qu'il n’y a pas eu un premier galeux chez lequel il n’y avait pas eu de transmission; et si la gale s'est développée spontanément une première fois, n’a-t-elle pas pu se montrer une seconde, une troisième, une centième, etc. Sur ce point, M. Bourguignon, fidèle à cette louable réserve qui le porte à n’avancer que ce qu'il a observé, semble ne pas se prononcer : « Qui soulèvera jamais le voile impénétrable qui cache la naissance pour ainsi dire spontanée des infiniment petits ? Est-il même donné à la nature humaine de jamais pénétrer ces mystérieuses créations? Nous ne savons. Quoi qu'il en soit de cette question, un fait est incontestable : c'est que, dans tous les temps et dans tous les lieux, la transmission d'un acarus paraît avoir été nécessaire pour que la contagion de la gale pôt se produire. »
Je loue une semblable réserve; mais permettez-moi de vous soumettre les considérations suivantes.
M. Bourguignon nous apprend que l’insecte, unique cause de la gale, est constamment enterré sous l’épiderme, et que, s’il sort de sa retraite, ce n’est que le soir, ainsi que l'avait fait observer M. Albin-Gras, lorsqu'il est poussé par l'instinct naturel de la réunion des sexes ; si bien, ajoute M. Bourguignon, que bien qu'ayant été très souvent des journées entières en contact avec des galeux , jamais cependant je n'ai contracté la gale. Et quant aux faits de gale contractée par une poignée de mains, il les révoque fortement en doute, ne reconnaissant comme circonstance propre à la contagion que le contact prolongé d’un individu sain avec un individu malade, pendant la nuit. Or, les cas de gale contractée sans aucun contact avec un galeux pendant la nuit sont loin d’être rares.
A cet égard, M. Bidard, interne de M. Hardy, qui, pour le
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concours des prix des hôpitaux de l’année 1852, a présenté un résumé du traitement des galeux pendant les sept premiers mois de l’année, donne la statistique suivante sur l’origine présumée de la gale chez les individus traités à l'hôpital : total général, 541; L33 hommes, 93 femmes. Contractée en couchant avec des camarades, 249 cas; au bal, 4; dans des ateliers, avec des outils, 3 ; en soignant un galeux, 1 ; en couchant sur des chiffons, 1 ; en portant des chaussures achetées au Temple, 1; en frictionnant des chiens, 4.
Ceci posé, nous admettons donc comme proposition formelle que, s’il est vrai que la gale soit une maladie accidentelle et développée, dans la grande généralité des cas, par contagion ou transmission, cette maladie peut aussi survenir spontanément. En effet , toute maladie contagieuse de sa nature a sa spontanéité chez l’homme ou chez les animaux, car il faut qu'elle ait eu une origine. Rien ne nous prouve que la gale ait été transmise des animaux à l'homme, comme la vaccine, par exemple. S'il existe une gale canine ; si même on a avancé que la gale peut exister chez le cheval ; si, d’après Alibert et Biett, beaucoup de personnes appelées à donner des soins à des animaux galeux qui avaient été amenés au Jardin des plantes ont été affectées de la gale, les expériences récentes de M. Bourguignon , qui ont été faites à Alfort, démontrent : 4° que l’acarus est de forme différente chez chaque animal et qu’il est impossible d’inoculer la gale avec les insectes d'un animal à un autre animal de différente espèce.
Avant la découverte de l’acarus, la gale n'était-elle pas considérée comme une maladie spontanée, qu’elle naisse de la malpropreté ou de toute autre cause ? Aujourd’hui que l’existence de l’acarus est démontrée, on ne tient plus compte que de cet insecte, et l’on y rattache la maladie tout entière. On y est conduit par ce raisonnement d'apparence logique : puisque l'on guérit la gale en détruisant l’acarus, puisque l'on ne peut même guérir la gale qu'à la condition de détruire l'acarus, c'est donc l'acarus qui est la cause de la gale. Mais ne peut-on pas
GALE. h01
répondre : 4° L’acarus est un produit morbide de la gale, comme le micoderme est le produit morbide de la teigne, comme l’insecte de l’acne punctata est le produit morbide de cette maladie, comme le pediculus est le produit morbide du prurigo pédiculaire? La teigne est contagieuse par le micoderme, non seulement de l'enfant à l'enfant, mais de la tète de l'enfant à l'écorce de certains arbres; la maladie pédiculaire d'individu à individu. La teigne, l’arne punctata et la maladie pédiculaire en naissent-ils moins spontanément pour cela? Les moyens que nous employons pour détruire l’acarus ne sont-ils donc pas propres à guérir aussi les boutons de la gale?
Ainsi, établissons comme un raisonnement sain et juste, que la présence d’un insecte dans le bouton de la gale, non plus que la guérison de la gale en même temps, ou par la destruction de l’insecte, ne prouvent absolument rien contre la spontanéité du développement de la gale, et ne démontrent nullement la nécessité absolue de la transmission directe d’un individu à un autre ; elles ne prouvent pas non plus que l'insecte soit la cause nécessaire de la gale, quoiqu'il puisse la développer et la transmettre d'individu à individu.
À l'appui de cette propositiun, envisageons ce qui se passe , et lors de l’inoculation, et lors de l’incubation de cette maladie, On sait combien sont de nulle valeur les expériences de Galès quant à l’inoculation ; d’une autre part, je puis citer un fait négatif d'inoculation très concluant. M. Gruby, bien connu par ses beaux travaux microscopiques, s'offrit un jour à moi pour recevoir des acarus ; nous lui en avons placé trois sur le poignet de la main gauche ; des verres de montre très petits avaient été choisis pour les contenir. Les deux verres furent mis sur le poignet au moyen de tours de bande convenablement disposés ; le membre fut maintenu en repos. Il ne se manifesta aucun phénomène appréciable, malgré la conservation de l’appareil pendant huit jours. Je sais bien que ce fait est de sa nature purement négatif, mais il prouve au moins qu'il n'est pas aussi facile qu’on le pense d’inoculer la gale au moyen de
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l’acarus ; car c'était un médecin instruit et désireux de s’instruire , qui se soumettait à cette expérience. Les acarus sortaient des galeries qui les contenaïient ; nous avions eu le soin de bien examiner s'ils se mouvaient parfaitement sur la pointe de l’épingle avec laquelle nous en avions fait l'extraction ; c'est sur le poignet qu'ils avaient été placés, c’est-à-dire sur la partie où se développe primitivement la gale. Ainsi toutes les conditions les plus favorables à l’inoculation avaient été remplies. Je suis loin de nier pour cela la possibilité de l’inoculation par l'acarus ; je l’admets, mais je dis qu’elle n’est pas aussi facile qu'on peut le penser. Il est vrai que, d’après M. Rayer et les observateurs modernes, les vésicules ou pustules de la gale ne sont que des produitsaccidentels de l'acarus ; qu'un nombre considérable de sillons logeant des acarus préexiste aux boutons de gale. Mais ce qu’on ne peut nier, et ce dont ils ne parlent pas, ce sont les faits suivants, que le médecin observe à l’œil nu : des boutons de gale de l'un des points de la circonférence desquels part un sillon, et, à l'extrémité la plus éloignée du sillon, un acarus, que l'on peut enlever avec la pointe d'une épingle, pourvu que l'on ouvre l'extrémité du sillon en déchirant l'épiderme. D'où l’on est rationnellement porté à supposer que la vésicule, qui elle-même présente une ligne ombrée qui se relie directement avec le sillon, contiendrait l’acarus primitivement ; que celui-ci s'en échapperait pour se rendre à l'extrémité de la galerie la plus éloignée de la vésicule. Que si l’on suppose que l’acarus fait naitre le bouton, comme il creuse le sillon, alors se trouve détruite cette idée professée aujourd’hui d’une manière absolue, à savoir : que l'éruption boutonneuse de la gale, quelle que soit sa forme, n’est qu'un accident, une complication à forme lichénoide, eczémateuse, pustuleuse, selon des circonstances diverses.
Y a-t-il quelque chose de fixe dans l’époque du développement de la gale après la contagion ? Rien de positif à cet égard. Ici trois jours d’incubation, là cinq, sept, douze, seize, vingt jours et même six semaines, suivant les divers auteurs ; il faut donc admettre que chez certains individus l’acarus se promène
GALE. 403 à la surface du corps avant de pénétrer sous l’épiderme. En effet, les boutons de la gale ont un lieu d'élection qui est presque constamment le même pour les adultes, et qui diffère seulement pour les très jeunes enfants, d’après toutes les observations faites à cet égard. Ce lieu d'élection pour les adultes, ce sont les poignets, l'intervalle des doigts, la verge, plus tard le pli des bras, le ventre, le bont des seins chez les femmes, etc. Or, on gagne la gale par le contact soit des galeux, soit des vétements ou de la literie dans lesquels ont séjourné des galeux. Si la gale a été contractée par le contact d’un individu avec un autre, il faut admettre, ou que le contact a eu lieu directement de main à main ; ou si ce contact n’a eu lieu que par une autre partie du corps, si l’acarus est venu, par exemple, des fesses d'un individu à celles d’un autre individu, qu'il s’est promené ainsi sur la plus grande partie de la surface de la peau, ct pendant huit à dix jours, c’est-à-dire jusqu'à l'époque du développement de la gale, pour venir se fixer définitivement aux poignets et entre les doigts et y développer l’éruption. Mais il y a plus, on admet qu'un acarus peut à lui seul développer la gale; or, voyez la conséquence : il faut qu'il se fasse une ponte d’acarus avant que la gale se développe; que les larves aient pris leur accroissement ; que les nouveaux acarus se rendent, par exemple, d’une main à l’autre main, afin que la gale se montre aux deux mains à la fois, car c’est là ce que l'on observe le plus communément! Ce mode d’incubation a quelque chose qu’il répugne d'admettre.
Je sais bien que les nouvelles observations de M. Bourguignon donnent, à cet égard, une grande élasticité pour des suppositions. Ainsi, suivant lui, il existe une période d’incubation et une période d'état. Tout acarus qui passe d'un individu à un autre, s'enferme aussitôt sous l’épiderme ; il y trace un sillon. Il ne peut pondre que du sixième au dixième jour; les œufs demandent huit à douze jours pour se développer et devenir âcarus. Le malade a six à dix jours d'infection, quand il présente un sillon; il en a trente, quand il en offre plusieurs.
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Or, les malades ne se présenteraient le plus souvent aux médecins, pour réclamer leurs soins, que lorsque les acarus sont à la troisième génération, ce qui donne à peu près quarante à cinquante jours d'incubation. En opposition avec ces idées, nous disons qu'il résulte des faits observés en 1852 dans le service de M. Hardy et de tous les observateurs précédents, que le terme moyen de l'apparition des sillons est de huit à dix jours après le contact contagieux. Ainsi elle a eu lieu, par exception, chez trois femmes, du deuxième au troisième jour ; chez un tailleur, le quatrième jour, et chez un élève en médecine qui avait extrait huit ou dix acarus d’un individu, il retirait dès le lendemain matin d’un sillon développé sur lui-même un acarus qui y était caché.
Mais pourquoi ce lieu d'élection dans le développement des premiers boutons de gale? Pourquoi cet insecte, qui se montrera plus tard au ventre, n’a-t-il pas pénétré tout de suite dans la peau de cette région, lorsque la maladie a été contractée par la peau de l’abdomen d’un individu non infecté, qui a été en rapport avec le ventre d’un individu infecté ? Pourquoi le point de première évolution de la gale ne varie-t-il pas en raison du contact primitif? Dirons-nous, avec M. Bourguignon, que l’acarus à une préférence pour la peau du corps des enfants, et une répugnance pour celle du corps des adultes? Est-ce que ce lieu d’élection toujours constant ne s’accorderait pas beaucoup mieux avec une maladie dont le développement se fait par une cause interne, comme cela a lieu dans toutes les maladies éruptives contagieuses ? La nature a-t-elle donc, dans la marche des maladies qu’elle fait naître, des différences si tranchées ? Quoi! toutes les maladies éruptives débutent du dedans au dehors, voire même les maladies contagieuses, et la gale seule ferait exception? Lorsque les maladies cutanées se transmettent d’individu à individu par contact, c’est sur la partie où le contact a eu lieu que la maladie se développe, et quoi qu’en aient écrit certains médecins de nos jours, il est plusicurs maladies de la peau réputées autrefois contagieuses, et qui le sont réellement : l’impétigo, le lichen, sont par exemple dans ce cas. Quel est le
praticien qui n'a pas vu des impétigos, ou sécrétions jaunes, croùteuses, de la figure, se transmettre d'enfant à enfant par des embrassements réciproques? J'en ai cité plusieurs exemples (voy. /mpétigo). Dans tous ces cas, c'est la partie contaminée qui est le siége de l’éruption : pourquoi donc serait-ce le contraire dans la gale ?
Poursuivons et examinons les cffets matériels de la gale. Il y a trois formes distinctes d’éruption. Dans une première espèce de gale on observe un bouton dont les trois quarts sont constitués par une papule , et dont le sommet présente une vésicule très petite. Dans cette espèce, dite gale canine, et que l’on pourrait désigner sous le nom de gale papuleuse, les démangeaisons sont excessives et les acarus très nombreux. Dans une seconde espèce, ce sont, au contraire, de grosses ct larges pustules, la plupart ombiliquées, ne présentant que fort peu d’engorgement à leur base, et sécrétant un pus jaune, ou jaune blanchâtre, très abondant: c’est la gale pustuleuse. Dans une troisième, que l’on pourrait, à juste raison, nommer vésiculeuse, l’engorgement des boutons est nul ou presque nul ; une vésicule remplie d’un liquide séreux s'élève à la surface de la peau, et elle y acquiert un certain volume, le tout sans aucune apparence inflammatoire et avec l'état discret le plus complet de l'éruption dans quelques cas. Voilà trois sortes très distinctes de gale établies par Bateman, et dont nous nous attachons à reproduire les différences dans nos leçons cliniques, parce que l’on ne saurait en nier l'existence. Non pas que je prétende qu'on les retrouvera constamment isolées et avec les caractères tranchés que nous venons de leur assigner ; mais quelle est la maladie cutanée qui ne présente pas ces anomalies?
Cela nous conduit à nous demander pourquoi cette forme dans un cas. telle autre forme dans un autre, alors que la même cause, un insecte, a développé le même mal? Dira-t-on que cela tient à l’organisation de la peau, ou bien au tempérament et à la constitution de l’individu ? C’est réellement l'explication que j'en ai toujours donnée, mais à la condition de considérer
h06 PATHOLOGIE SPÉCIALE.
la gale cornme une éruption générale, et non pas comme une production morbide provenant d’un insecte. La gale pustuleuse s'observe en effet principalement chez les sujets d’un tempérament lymphatico-sanguin ; la gale papuleuse, chez les sujets éminemment nerveux. Quelques auteurs ont trouvé plus commode, pour expliquer cette différence, de considérer la gale pustuleuse comme le fait d’une gale ancienne, chez laquelle le pus se forme sous l'influence de la perpétration du mal, ct de nier ainsi une forme créée avec beaucoup de raison par Bateman. C'est une erreur ; la gale pustuleuse, avec ses apparences morbides beaucoup plus prononcées, peut être de date tout aussi récente. C'est dès le début que le pus se forme. Il y a pius, elle est d’une guérison beaucoup plusfacile et beaucoup plus courte, etelle ne communique pas aussi facilement la gale que la forme papuleuse : tous les observateurs ont déclaré qu'ils avaient cu beaucoup plus de peine à découvrir des acarus dans la gale pustuleuse que dans toute autre espèce. Aussi peut-on se demander comment il se ferait que les désordres soient beaucoup plus profonds là où il y a moins d'insectes.
Qu'on me permette à cet égard de rapporter le fait suivant. Une demoiselle de vingt-cinq ans perd son père. Devenue orpheline, elle est ramenée chez un oncle à Paris. Elle couche en route avec une bonne d’auberge, attendu qu'elle craint de coucher seule ; arrivée à Paris, elle voit apparaître, après quelque temps, des boutons à la peau. Ces boutons sont méconnus. Six mois s'écoulent, durant lesquels cette demoiselle vit au sein d'une famille composée de père, mère et plusieurs enfants. Ni les maitres, ni les domestiques ne contractent la gale. Consulté, je reconnais cette affection à ses caractères non équivoques. C'était la forme pustuleuse qui prédominait. En douze jours de traitement, au moyen de la pommade d'Helmerich et des bains sulfureux, la guérison fut opérée, et, depuis plusieurs années il ne s'est pas manifesté donouveaux boutons. Inutile de dire que mon diagnostic avait été rejeté bien loin, et qu'il m'a fallu une déclaration bien nette et bien formelle,
GALE. 407 corroborée par un traitement suivi d’un rapide succès, pour convaincre cette famille.
La gale essentiellement et rapidement transmissible est la gale papuleuse. C'est aussi celle que l'on observe dans les contrées où la gale est, pour ainsi dire, générale : certaines parties de l'Espagne, par exemple, ou en Corse. C'est dans cette forme que l'acarus abonde ; aussi voit-on les habitants occupés à enlever leurs acarus avec la tête d'une épingle et à les écraser entre leurs ongles. Si dans cette forme l’acarus se multiplie plus que dans une autre, ne pouvons-nous pas nous demander pourquoi ?
Or dans l'hypothèse d'une maladie toute dépendante d'un insecte, on ne s'explique pas pourquoi l'insecte serait plus abondant dans une forme que dans une autre. Dans l’hypothèse d’une affection générale, développée sous l'influence d’une contagion, on accepte plus volontiers une génération spontanée plus abondante dans cette forme, parce que tout ce qui naît de conditions naturelles et spuntanées est, sinon explicable, au moins beaucoup mieux admissible, en raison de la puissance naturelle qui le produit, et dont nous ne pouvons pas toujours pénétrer les mystères.
La gale papulcuse cause des démangeaisons incessantes ; la gale pustuleuse en détermine à peine.
Eu égard à la terminaison de la gale, on établit, à l’appui de l'acarus comme cause, la durée à tout jamais de l'affection, tant que l'acarus n’est pas détruit. Mais n’existe-t-il donc pas d'affections cutanées qui puissent se perpétuer ainsi, quoiqu'il n’y ait aucun insecte pour l’entretenir ? Malheureusement nous n'avons que l'embarras du choix. Nous en citerons ici un exem- Ple frappant, et nous le citons parce que, à part un phénomène de démangeaison insupportable, il n’y a rien d’apparent à la peau : nous voulons parler du prurigo sans papules d’Alibert, dont quelques observateurs ont trop légèrement nié l'existence, et dont nous avons constaté bon nombre d'exemples, dans des classes même aisées de la société. Nous nous rappelons, en ce
moment, un boulanger, établi dans une ville de province, et auquel nous avons donné nos soins. Depuis trente ans il avait cette affection. II l'avait conservée, parce qu'elle n'était qu’incommode et qu’elle n'altérait pas sa peau. Retiré du commerce, il chercha à s’en guérir, et je fus assez heureux pour détruire une affection aussi ancienne. Elle avait été assez intense pour que le malade m'ait donné, après sa guérison, les témoignages de la plus sincère reconnaissance.
Faut-il nier d’une manière absolue ce que l’on désigne souvent sous le nom de dépôt de gale? Répugne-t-il donc tant d'admettre que, lorsqu'en trois ou quatre jours on a supprimé brusquement une suppuration générale, il puisse survenir un abcès ? N'est-ce pas ce qui peut arriver tous les jours par suite de la suppression brusque de toute autre maladie cutanée sécrétante? Pourquoi donc nier dans un cas ce que l’on admet dans un autre? Là encore, il se passe pour la gale ce que l’on observe dans toutes les maladies à évolution spontanée et régulière.
J'ai vu plusieurs exemples de ces abcès. On dira que c’est là un accident dépendant de la prédisposition générale du sujet; mais pourquoi ne les observe-t-on pas dans d'autres maladies de la peau ? pourquoi paraissent-ils propres à la gale?
Enfin, une objection très grave à faire aux partisans de l'acarus envisagé comme constituant toute la gale, c'est cette circonstance qu'il est connu de temps immémorial que la gale peut disparaitre sans traitement sous l'influence d'une maladie générale, et reparaître à la convalescence de cette maladie; c'est-à-dire que tous ses phénomènes disparaissent, boutons,
1ions et insectes, et qu'à la convalescence reparaissent ces trois ordres de phénomènes. Ainsi, pendant au moins six semaines que durera une fièvre typhoïde ou toute autre, le galeux n'aura plus aucun des phénomènes appréciables de la gale, et que, lors de la convalcscence, boutons, sillons et acarus se montreront de nouveau, et avec la même intensité. Que devient la gale? que deviennent les acarus pendant ce long espace
de temps ? et pourquoi reparaît-il des boutons avec eux, si les boutons ne sont qu’une complication lichénoïde , eczémateuse, ecthymateuse, comme on le prétend? A cela on répond : L'acarus sommeille ; il se contente de vivre, maigrement sans doute, car sa fécondité en reçoit une vive atteinte, mais il continue de vivre... (Bourguignon.) Et M. Dumas, interrogé à cet effet, ne répugne pas à l’admettre..… Quoi! l'acarus est l'unique cause de la gale! Il manifeste sa présence par des sillons dans lesquels on le retrouve très facilement. Une maladie générale survient accidentellement : tout sillon, toute ponte d'œufs a disparu, quelques recherches que l’on fasse, et vous dites que l’acarus sommeille ! Et si avec l’acarus vous supposiez un mal inconnu qui manifeste sa présence par une éruption à la peau, ne vous expliqueriez-vous pas plus facilement ce phénomène ; car si dans la gale il ne suffit pas de détruire l'acarus pour en amener la guérison, s’il faut encore guérir les boutons, il y a autre chose que l’acarus dans la gale.
M. Bourguignon, dans son Mémoire tout récent sur la gale, s’exprime ainsi : «a Chez deux galeux, atteints de fièvre typhoïde, les com- » plications de la psore se sont spontanément amendées, les éruptions » ont disparu. L'acarus lui-même a participé à ce mouvement rétro- » grade ; il se contentait de vivre, maigrement sans doute, car sa fé- » condité paraissait avoir reçu une sérieuse atteinte ; mais, fait impor- » tant ! il continuait à vivre : de telle sorte qu au retour de la santé, » on le rencontrait parasite vivace, etc. »
Dans un rapport fait à la Société de médecine du département, à l'occasion du Mémoire de M. Bourguignon, M. Léveillé s'exprime ainsi, page 58 :
a L'un de nous, en 4819, pendant son internat à l'hôpital des Vé- » nériens, a observé un galeux chez qui survint un érysipèle phlegmo- » neux de la main. La douleur remplaça immédiatement les démangeai- » sons. Deux foyers purulents se formèrent et furent ouverts. Pendant » à peu près vingt jours que dura cet accident, le malade ne ressentit » pas la moindre démangeaison. Cette guérison locale de la gale n'était » qu'apparente et momentanée. Les acarus se firent bientôt sentir » aussi vivement qu'à l’autre main. »
Les deux faits suivants que jo vais citer ont été observés dans mon service.
Oss. I. — B..., âgé de trente-huit ans, né de parents misérables, a joui d'une excellente santé jusqu'en 4842, où il fut pris de douleurs
b 10 PATHOLOGIE SPÉCIALE.
rhumatismales de peu de durée. Peu de temps après, quoique père de
huit enfants, il se livre à la vie la plus déréglée , passant les nuits dans les bois voisins du village qu'il habitait, vivant de pain noir et de légumes crus qu'il pouvait dérober, ayant d'ailleurs des rapports avec toutes les ouvrières d'une blanchisserie voisine, alors qu'elles le suiva: nt de gré ou de force. — Écoulement urétral et chancre. Peu après, développement de petits boutons pleins d'eau, entre les doigts, se multipliant d'une manière successive aux poignets, au pli des membres, et causant de la démangeaison : c'était la gale. Entré à l'hôpital de Bernay. Le médecin s'occupe d'abord du traitement de la blennorrhagie et des Chancres. Un jour, après avoir pris une potion nouvelle, que le malade a considérée comme étant plus énergique que de coutume, l'écoulement diminua tout à coup, ainsi que le gonflement du prépuce; mais en même lemps il fut pris d'un malaise général avec céphalalgie intense…; puis, tout son corps devint le siége d'une démangeaison beaucoup plus vive que celle de la gale, et, dans l'espace de vingt-quatre heures, il aperçut à la peau des milliers de poux. Il n'en avait jamais eu auparavant. En vingt-quatre heures aussi disparurent tous les boutons de gale. Telle était alors son affreuse position, qu'il se grattait jusqu'à s'excorier la peau ; et, au lieu de sang, C'était une matière roussâtre et infecte qui s'écoulait. Cette matière, en se concrétant, donnait naissance à des croûtes hideuses. Sa chemise, imprégnée de l'humeur qui s'échappait, aurait pu, dit-il, tenir droit comme un pieu, après avoir été séchée. Les poux pullulant d'une manière effrayante, et la peau devenant de plus en plus malade, le médecin de Bernay l'engagea à se rendre à Paris pour être traité à l'hôpital Saint-Louis. Il y arriva après vingt jours de marche, mendiant de ferme en ferme la nourriture et le coucher.
Le 2 janvier 1843, je le reçus dans mon service.
Il était à peine dans son lit, que déjà draps, rideaux, meubles voi- Sins, étaient envahis par des milliers de poux; il fallut l'isoler, l'entourer d'alèses que l'on étendit sur le sol, et les renouveler souvent.
Ses cheveux, longs et Louffus, étaient agglutinés entre eux par une matière collante et humide qui suintait de sa tête. Sur les mèches de ses cheveux agglutinés et dans leurs intervalles, on découvrait des fourmilières d'insectes dans un mouvement continuel. La face antérieure de son cou présentait une large excoriation rouge, sécrétante, infecte ct brûlante. Derrière chacune de ses oreilles, dans les plis des ailes du nez, dans celui qui sépare le menton de la lèvre inférieure, suintait avec cuisson une humeur collante et d'une odeur repoussante. Les sourcils étaient tombés : à leur place un produit furfuracé grisâtre garnissait l'arcade orbitaire. Les bords libres des paupières étaient très rouges, chroniquement enflammés et presque entièrement dépouillés de leurs cils. |
I faut avoir vu cette hideuse figure, aux yeux chassieux et enfoncés dans les orbites, aux pommettes saillantes, aux joues creuses, inces-
samment parcourue par des milliers de poux, et surmontée de la coiffure animée et mouvante que j'ai décrite, pour s'en faire une idée exacte.
Le sujet était dévoré par une faim vorace ; mais il n'avait pu jusqu'ici que très difficilement la satisfaire, et de plus il était absolument privé de sommeil. Ainsi s'explique sa maigreur.
L'aspect du reste de son corps n'était pas moins remarquable.
Sur les différentes faces du tronc et des membres étaient disséminées de nombreuses plaques, élevées au-dessus du niveau des intervalles de peau restée saine. Ces plaques, de formes irrégulières, de dimensions très variables (de 2 à 6 ou 7 centimètres de diamètre) étaient isolées ou se touchaient et se confondaient par leurs bords. Elles étaient brunâtres ou violacées, ridées, rugueuses et recouvertes d'un produit squameux peu abondant. Leur ensemble si considérable donnait une apparence zébrée ou tigrée à la surface du corps du malade. De distance en distance on voyait de petites élevures, rosées ou plutôt d'une teinte spéciale, sous forme de petits boutons isolés ou plus ou moins rapprochés, présentant à leur sommet et à leur circonférence de petites lamelles épidermiques.
Sur ces plaques et dans leurs intervalles, des insectes parasites circulaient en foule. Je n'ai pas vu que les poux qui se promenaient sur le tronc fussent différents de ceux qui fourmillaient sur le cuir chevelu.
Mais ce que j'oubliais de mentionner, ce sont d’autres plaques humides et croûteuses (véritables tumeurs), entremélées aux précédentes, sur toute la surface du corps, en nombre considérable, et qui constituaient de véritables nids à poux. C'étaient ces plaques qui fournissaient l'humeur sanieuse et infecte qui empesait la chemise du malade, au point, comme il le disait énergiquement, qu'elle aurait pu se tenir droit comme un pieu.
Je me gardai bien de débarrasser rapidement cet homme des innombrables poux qui le dévoraient ; je permis cependant, dès les premiers jours, qu'on lui donnât quelques bains alcalins, et peu à peu, mais peu à peu seulement, qu'on coupât les cheveux : d’abord le quart de leur longueur, puis la moitié, puis les trois quarts, puis presque ras.
Lorsque les cheveux furent en grande partie coupés, on put voir, sur différents points du cuir chevelu, mais principalement à la région occipitale, de petites tumeurs arrondies, sortes de végétations qui servaient comme de centres, de quartiers généraux aux légions pouilleuses qui habitaient la tête.
Quand le nombre des poux fut considérablement diminué par ces soins très simples, on s'occupa de leur destruction définitive; mais on y procéda lentement et par portions. La pommade employée à cet effet fut d'abord de l'axonge fraîche. Puis on la rendit alcaline, et elle fut alors composée ainsi qu'il suit : axonge, 30 grammes; carbonate de potasse, 2 grammes ; plus tard encore on porta la dose de carbonate de polasse à 4 grammes,
h12 PATHOLOGIE SPÉCIALE.
Les excoriations étaient pansées simplement ; le malade commença alors à goûter un peu de repos ; son appétit continuait à être bon.
À mesure que les poux étaient détruits, les végétations du cuir chevelu s'affaissaient, le suintement des excoriations diminuait. On ne négligea pas de dériver sur le tube digestif par des purgatifs, et en même temps on fit pratiquer une saignée pour dissiper une congestion encéphalique qui menaçait Ainsi s'améliorait chaque jour l'état du malade ; mais en même temps son appétit diminuait. Ce ne fut que dans le commencement de février que l'affection pédiculaire fut entièrement enrayée.
À peine uvait-elle dispuru, qu'on vit de grosses pustules apparaitre avec un prurit considérable, entre les doigts, sur le dos des mains, el sur les faces antérieures des poignets, ainsi que des boulons vésiculeux aux plis des bras, aux jarrets, sur le ventre. Il n'y avait pas de doute que ce ne füt une gale pustuleuse. La pommade d'Helmerick, aidée de bains sulfureux, en fil justice au bout de quelques jours.
Durant le traitement de cette gale secondaire, le malade fut pris de douleurs rhumatismales semblables à celles qu'il avait éprouvées au commencement de 4844, et probablement cette fois par suite de refroidissement au sortir des bains sulfureux ; elles ne furent pas très vives, mais résistèrent avec opiniâtreté aux bains de vapeur dirigés contre elles.
Cependant les plaques squameuses de la peau, que nous reconnûmes alors pour être de nature syphilitique, n'étaient modifiées qu'en ce sens qu'elles étaient maintenant dépouillées de leurs squames.
Vers le milieu de mars, d'autres symptômes secondaires de vérole, bientôt accompagnés de symptômes tertiaires, éclatèrent avec une extrême violence.
Les tibias, en particulier, devinrent le siége de douleurs intolérables, aussi vives, du reste, le jour que la nuit. On sentait ces os très notablement et très irrégulièrement gonflés sous les doigts qui les exploraient.
Des pustules plates furent constatées au pourtour de l'anus, et bientôt une magnifique végétation, d'aspect granuleux et humide, se développa dans le sillon mento-labial.
On commença alors le traitement antisyphilitique. Il y avait à peine quelques jours qu'il était commencé, que, sur les faces antérieures et latérales de chaque jambe, on vit une tache ecchymotique noiràtre apparaître et lentement s'étendre, pour recouvrir enfin presque toute la hauteur des deux jambes. En même temps les gencives se ramollissaient, les dents s'ébranlaient dans leurs alvéoles, et une odeur infecte s'échappait de la cavité buccale. Il n'avait pas encore été administré de mercure.
Un scorbut des plus graves était donc venu compliquer l'état morbide déjà si complexe de notre malheureux patient.
GALE, h13
Des citrons à sucer, les ferrugineux, les toniques, le vin do Colhoure, arrêtèérent et guérirent cette affection.
Alors un traitement antisyphilitique put être entrepris, il avait pour base le mercure et l'iodure de potassium.
Il serait trop long de décrire toutes les phases décroissantes par lesquelles sont passés les différents symptômes de lous ces états morbides qui se confondaient. Ainsi, pour le scorbut, les différentes teintes des vastes ecchymoses développées aux jambes, l'état de plus en plus ferme des gencives, etc.; pour la vérole, l'affaissement progressif des syphilides dont la teinte s’est peu à peu modifiée, l'affaissement aussi, puis la disparition des végétations contre lesquelles, outre le traitement général, on employa des applications mercurielles locales.
Sans doute, la marche vers la guérison a été lente, puisque ce n'est que le 24 juillet que le malade a quitté l'hôpital et qu'il en est sorti encore pou robuste ; mais il était parfaitement guéri de toutes ces affections successives.
Je passe ici beaucoup de détails sur le malade, que j'appelais l'homme des bois, ainsi que tous les divers traitements qu'il a subis. Cette observation, si intéressante sous tant de rapports, a été relatée dans son ensemble dans la thèse de l’un de mes élèves les plus distingués, M. le docteur Faget. Je ferai remarquer, en terminant, que ce malade est constamment resté couché et isolé des autres, qu'il n'a marché que durant la dernière quinzaine de son séjour à l'hôpital, et qu'il était placé dans mon service où il n'existe jamais de galeux.
Oss. IT. — Le nommé L..., menuisier, âgé de vingt-trois ans, était moins bien portant que de coutume, lorsque, le jeudi 25 mai, il se mit en route, à pied, du département des Ardennes pour Paris. Le village d'où il partit est distant de Reims de 18 lieues. 11 fit co trajet en douze heures, en compagnie de deux de ses camarades (de une heure du matin à une heure après midi). Sur la route, à chaque bourg, ils s’arrêtèrent pour boire une bouteille de vin (tantôt du rouge, tantôt du blanc) : à trois ils en burent sept. Le malade fait remarquer que depuis plusieurs mois il ne buvait que de la bière, et de plus, qu'il était déjà dans de mauvaises dispositions générales.
Arrivé à Reims, sa fatigue était extrême. I1 ne put donc pas continuer son voyage à pied, comme c'était son intention, et il fut forcé de laisser partir seuls ses deux compagnons de voyage. À minuit, il monta dans la diligence de Paris, où il arriva le lendemain, à sept heures du soir. Le voyage en voiture fut très pénible pour lui. Son malaise était porté à l'excès. 11 put à peine dormir deux heures, et sentit si peu le besoin de boire et de manger, qu'il ne prit absolument rien, ne descendit même pas de voiture durant la route, tant sa prostration, si je puis dire, était grande.
Arrivé à Paris, il mangea un peu, mais sans appétit, se coucha et s'endormit sans s’élre aperçu qu'il eût rien à la peau. J'insiste sur tous ces détails, parce qu'ils me paraissent importants.
hih PATHOLOGIE SPÉCIALE.
Le lendemain, 27 mai, à son réveil, une grande partie de sa surface
cutanée élait en feu | c'est l'expression dont il se sert). Il ne pouvait résister au besoin de se gratter, et plus il se grattait, plus la cuisson était vive.
* Les parties où la cuisson se faisait le plus vivement sentir étaient le ventre, le scrotum et surtout les plis des cuisses ; sur ces parties comme sur les faces internes des cuisses la rougeur était intense et uniforme.
Sur les membres supérieurs , au contraire, c'élait une véritable démangeaison qu'il éprouvait, et au lien d’une rougeur uniforme, on voyait disséminés çà et là de tout petits boulons sur leurs différentes faces, ainsi que sur le dos des mains.
Un médecin qu'il vit dans l'après-midi du même jour, auquel il eut le tort de ne montrer que les avant-bras, lui assura qu'il avait la gale, et lui conseilla de se présenter à Saint-Louis, où il ne lui donna l'espoir d'être reçu que le jeudi suivant. Cette circonstance est assez importante en ce qu'elle prouve que ce médecin connaissait les usages de l'hôpital Saint-Louis, qu'il fréquentait cet hôpital, el que probablement il était plus exercé qu'un autre dans le diagnostic de la gale.
Ne voulant pas attendre si longtemps, le malade acheta chez un pharmacien de la graisse pour la gale ; c'est-à-dire très évidemment, une pommade irritante, probablement sulfureuse. Deux heures après s'en être friclionné tout le corps (et il ne la ménagea pas), il se trouva, comme il le dit, dans un véritable enfer. Une cuisson brûlante dévorait toute sa personne.
Il se mit alors au lit et passa la nuit dans une agitation difficile à décrire.
Le lendemain matin, dès qu'il fit jour, il put apercevoir, sur le ventre et sur les membres, un grand nombre de cloches ou ampoules pleines d'eau, qui se crevaient sous la simple pression du doigt et laissaient échapper leur contenu transparent et incolore.
Un second médecin, qui vint le visiter le lundi 29, affirma positive-
ment qu'il n'avait pas la gale. Le mardi, il essaya vainement d'entrer à l'hôpital Saint-Louis ; enfin, le mercredi 34, il y fut admis par moi. - 4er juin. Toute la moitié inférieure du tronc et la face interne des cuisses présentent une surface rouge, humide, comme excoriée, comme dépouillée de son épiderme, qui se serait roulé çà et là sous la forme de petites pellicules cylindriques jaunâtres, molles et minces: pourtant, il est probable que ces pellicules sont plutôt formées par le produit concrété de l'exhalation morbide qui se fait en abondance sur toutes ces parties. À leur contact, la chemise est mouillée par une humeur qui répand une odeur fade et désagréable. Sur la moitié supérieure da tronc, la rougeur est bien moins vive, el la sécrétion est desséchées : le linge n'est plus taché au contact de ces parties, qui sont recouvertes d'une foule de petites lamelles minces, molles, jaunâtres ou blanchätres, ayant aussi l'apparence épidermique.
Sur les différentes faces des membres, l'affection offre les mêmes caractères que sur la moitié supérieure du tronc ; mais, de plus, aux plis des coudes et des genoux se montrent des excoriations suintantes sous forme de sillons assez profonds, à bords épais, constitués par le produit de sécrétion transformé en croûtes jaunâtres molles et hu- . mides. Ces croûtes sont de véritables croûtes d'impétigo.
Sur le dos des mains et sur plusieurs points de la face externe des avant-bras on voit des vésicules, en partie séreuses, en partie lactescentes, en général confluentes, qui appartiennent à l'herpès phlycténoïde.
La peau de la face est saine ; le malade accuse une sensation brùlante sur toutes les parties malades et spécialement sur toute la moitié inférieure du tronc. La diaphorèse est abondante sur toutes les portions de peau restées saines ; en particulier, la face est couverte de sueur.
Le pouls est large et dur, mais point fréquent ; la soif du malade est vive, son appétit est nul. A la bouche, il perçoit une saveur amère et pâteuse à la fois, le matin en s'éveillant. Depuis plusieurs jours il n'est pas allé à la selle ; les nuits précédentes avaient été sans sommeil.
Je prescris au malade le repos au lit, une saignée du bras, la diète, de la limonade pour boisson, et enfin des bains amidonnés prolongés.
Au point de vue du diagnostic, je pensai qu'une éruption de nature inflammatoire, née sous l'influence des fatigues du voyage et du régime excitant suivi par le malade, déjà prédisposé par de mauvaises conditions générales, apparaissait lorsqu'il alla consulter le premier médecin ; que celui-ci, s'étant contenté d'un examen superficiel et incomplet, avait cru à l'existence de la gale, et qu'ainsi un traitement irritant, au lieu des émollients qu’on aurait dù mettre en usage, avait fait éclater une succession d éruptions effervescentes dont nous voyions la continuation à l'entrée du malade dans nos salles. |
Ces suppositions étaient en grande partie fondées ; mais nous verrons par la suite que le diagnostic du premier médecin a été justifié par les événements.
Marche des éruptions. — Pendant les jours qui suivirent l'entrée du malade, des éruptions inflammatoires aiguës continuèrent à se montrer successivement avec une variété étonnante. Ce fut à ce point qu'on peut presque dire que notre malade a tour à tour offert à l'observation toutes les formes élémentaires sur lesquelles sont fondées aujourd'hui les classifications cutanées, et dans chacune de ces formes plusieurs variétés.
Le traitement émollient fit bientôt tomber les démangeaisons, et le malade put alors goûter un peu de repos.
Le £ juin, alors que la vaste rougeur sécrétante et brûlante de la moitié inférieure du tronc avait en grande partie disparu, on aperçut, sur toute l'étendue qu'elle avait occupée, une foule de petites pustules d'impéligo qui s'étaient formées pendant la nuit.
Le 7 juin, sur le dos des mains et particulièrement de la droite, on
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voyait de larges bulles remplies d'une sérosité citrine et transparente : c'était du pemphigus.
Entre ces bulles étaient nés ciao pustules discrètes assez larges, reposant sur une base entlammée , et présentant un point brun à leur centre ombiliqué : c'était de l'ecthyma.
A côté de ces bulles et de ces pustules , toujours sur les membres supérieurs, une humeur concrétée, formant des croûtes jaunâtres et verdâtres, soulevées par une matière purulente analogue, présentait des traces d'impétigo qu'on trouvait les mêmes sur le ventre et les lombes, là où nous avions vu de toutes petites pustules naissantes, le 4 juin.
Ce même jour, 7 juin, sur la face, le cuir chevelu, le cou, la partie supérieure du tronc et les membres inférieurs, j'ai noté la présence d'une foule de petites lamelles d'apparence don qui rappelaient celles de l'eczéma et du pityriasis incolore.
Pendant ce temps, le malade était soumis à un traitement émollient très bien observé, et était tenu au lit dans un très grand état de propreté.
Vers le 45 juin, commencèrent à apparaître des furoncles ; il y eut même aux lombes et aux cuisses plusieurs anthrax pour lesquels l'incision cruciale fut nécessaire.
Quelques jours après on voyait des papules de lichen et de prurigo répandues sur les différentes faces des membres.
Enfin, le 24 ou le 2ë juin, alors qu'il ne restait plus que quelques papules de prurigo sur les membres, le malade fit voir de petites vésicules incolores , discrètes, acuminées, dans les interstices des doigts, sur le dos des mains et sur les faces antérieures des poignets ; ces vésicules étaient accompagnées d'une démangeaison assez vive : elles appartenaient évidemment à la gale.
Je prescrivis l'usage de la pommade d'Helmerick et des bains sulfureux.
Quelques jours après, la peau du malade était complétement revenue à l'état normal, elle ne présentait pas le plus petit bouton ; la santé était excellente.
Je le gardai jusqu'au 42 juillet ; aucune nouvelle éraption n'avait reparu. Je pus donc croire que la guérison était définitive, et lui accordai son exeal.
Ce malade, comme le précédent, était placé dans mon service, sans rapport par conséquent avec des galoux. Toutefois, comme au moment où la gale s'est déclarée il descendait au promenoir, et que les galeux ne sont séparés des autres malades que par une barrière à hauteur d'appui, nous avens dû le questionner sur ses rapports possibles avec cette sorte de malades. Il nous a déclaré n'en avoir eu qu'une seule fois, le temps seulement d'acheter un morceau de pain de l'un d'eux. Une porte est donc ouverte à l'hypothèse de la transmission de la gale par cette voie. Il n'a même pas touché la main du galeux, il a reçu le pain qu'il lui a acheté.
Pour nous, ce sont deux faits de gale disparue, l’une pendant au
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moins Cinq semaines, l'autre pendant vingt-trois jours ; disparition qui, du reste, a eu lieu dans les deux cas sous l'influence d'une affection générale de l'économie.
Nous allons à ce sujet rapporter sommairement une observation aussi curieuse qu’inexpliquée encore, recueillie par M. le professeur Boeck, médecin d'hôpital à Christiania, et qu'il a communiquée à M. Cazenave.
Chez une jeune fille, âgée de quinze ans, très maigre, très pâle, non encore réglée, on a constaté à la paume des mains et dans l'intervalle des doigts, la présence de croûtes de 2 à 3 lignes d'épaisseur, d’une couleur blanche ou plutôt grise, adhérentes à la peau et formées d'une masse si compacte, qu'on peut y couper comme dans l'écorce des arbres. Les doigts sont fléchis et les tentatives qu'on fait pour les redresser lui causent des douleurs. Les ongles sont dégénérés, très épais et noueux. On trouve des croûtes analogues à la face dorsale des pieds, dont les ongles sont aussi altérés, aux coudes, aux fesses, à la partie postérieure des cuisses et sur le dos. 11 y en a jusque dans le cuir chevelu, qui est très dégarni. Si l'on détache ces croûtes, la peau qu'elles recouvrent apparaît rouge, humide, un peu inégale. Toute la surface cutanée présente une rougeur érythémateuse ; aux jambes, on voit des taches non saillantes, d'un brun rougeâtre ; à la face postérieure des bras, on rencontre plusieurs vésicules ; enfin des pustules se montrent çà et là aux extrémités. La santé générale de la malade était évidemment altérée. Incertain de la nature du mal, M. Boeck a examiné les croûtes au microscope, et il a reconuu qu'elles étaient constituées par une masse compacte d'acarus , ou entiers, ou brisés, d'œufs, d'excréments. Des expériences ont été faites sur des croûtes prises de tous les points du corps, et elles ont donné des résultats identiques, c'est-à-dire qu'on n'y a trouvé exclusivement ou que des acarus ou que des débris d'acarus.
Malgré les recherches les plus assidues, les plus attentives, M. Boeck n'a jamais pu trouver un seul sarcople vivant ni un seul sillon. Cependant il n’hésita pas à diagnostiquer une nouvelle forme de gale. Si le diagnostic avait pu être douteux, il aurait été singulièrement facilité par les résultats rapides et multipliés de la propriété contagieuse de cette affection. En effet, pendant son séjour à l'hôpital, la petite malade communiqua la gale à un grand nombre de personnes, même parmi celles qui ne la touchaient pas habituellement.
La chute des croûtes fut suivie d’une amélioration sensible qui dura trois semaines environ ; puis une éruption de vésicules se manifesta sur tout le corps et même au visage ; elle était accompagnée d'un prurit très violent. Il fut impossible de trouver des sillons distincts ; mais on vit bientôt se former de nouvelles croûtes. En les examinant au mi-
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croscope, M. Boeck distingua deux lamelles : l'une supérieure, de couleur claire, et consistant seulement en des cellules d épithélium : l'autre inférieure, de couleur grisâtre, contenant des sarcoptes ; d'où M. Boeck conclut que les croûtes ont été formées sous l'épiderme. Pendant cette poussée, la santé de la malade s'altéra de nouveau ; elle eut de la fièvre. Traitée par les frictions partielles et successives avec l'onguent de Vienne, elle guérit enfin. Les cheveux ont repoussé, les ongles sont revenus à l'état normal ; mais surtout l'air d'hébétude remarquable chez cette jeune fille a complétement disparu.
M. Boeck, en communiquant cette observation à M. Cazenave, lui a envoyé des fragments de croûtes recueillis chez la malade. La coupure de ces croûtes est lisse, unie, dense comme celle d’une substance cornée ; si l’on en examine une parcelle délayée au microscope, on la trouve formée d'une multitude énorme d’acarus entiers ou de débris d’acarus, d'œufs, etc., sans aucun mélange appréciable d'une matière résultant de l’inflammation. M. Lanquetin a répété ces expériences et a obtenu les mêmes résultats, en constatant que ces sarcoptes sont bien ceux de la gale.
Cette observation, si remarquable, si importante et si coneluante, ne vient-elle pas fort à propos confirmer jusqu’à l'évidence les doctrines que nous venons d'émettre? La jeune fille se présente avec une forme spéciale de gale que les incrédules de nos jours diront compliquée de rupia. Elle est singulièrement améliorée par le traitement de la gale au point de recouvrer la santé, lorsqu'une nouvelle éruption vésiculeuse se fait à la peau. C'était une réapparition de la gale; on n'avait pas trouvé de silluns une première fois, on n’en découvre pas plus dans la secunde éruption, mais il se fait dans les deux cas pour l'acarus ce qui se passe dans la maladie pédiculaire générale et exagérée dont nous venons de rapporter un exemple, c’està-dire des espèces de poches renfermant des myriades d'aearus, à l’instar de ces poches décrites par les anciens pour la maladie pédiculaire.
. Concluons des discussions dans lesquelles nous venons d'entrer :
4° Que la gale peut être une maladie spontanée ;
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2° Que si l'acarus coïncide constamment avec la gale, son existence peut tout aussi bien être admise comme produit morbide et agent de transmission que comme agent de transmission seulement.
Est-ce à dire pour cela que toutes les gales soient spontanées, et que l’acarus n’en soit pas le mode habituel de transmission ? Évidemment ce serait tomber dans l'absurde. Si j'invoque le fait de spontanéité, ce n’est que pour en signaler la possibilité et la réalité; car non seulement l’acarus peut transmettre la gale comme le pou, le prurigo pédiculaire, mais encore ce mode de transmission est infiniment le plus commun. Mais si l'acarus transmis d’un individu à un autre peut développer la gale, rien ne prouve que les produits de sécrétion, l’atmosphère du galeux, les vêtements imprégnés de cette atmosphère ou des produits de sécrétion de la gale ne puissent pas la faire naître.
La conséquence principale, au point de vue thérapeutique, que nous croyons devoir tirer de cette exposition de faits, c'est qu'il y a lieu, contrairement aux usages établis aujourd’hui, de traiter non pas seulement l’acarus, mais bien la gale tout en tière ; de la traiter comme toute autre éruption cutanée, c’està-dire d’après une thérapeutique d'ensemble, et non pas d’après une thérapeutique toute locale ; et cela est si vrai qu'aujourd'hui, et depuis la date toute récente du traitement de la gale en trois heures à l’hôpital Saint-Louis, mon honorable collègue, M. Hardy, qui est arrivé à limiter ainsi la durée du traitement, fait déjà deux parts de galeux. La gale canine, ou lichénoïde, est traitée en trois heures; mais la gale pustuleuse, dite ecthymatoïde, et la gale aqueuse, ou phlycténoïde, sont traitées pendant huit jours par les émollients, puis par des frictions douces. Ainsi, on est forcément arrivé à des préceptes que nous avons . cherché à faire prévaloir il y a plusieurs années. (Pulletin de thérapeutique, t. XXXII, 1847.)
Ces vues, plutôt anciennes que nouvelles, qui mettent l'éruption galeuse sous l'influence d’une cause générale, sont-elles une vaine théorie, et n'ont-elles d'autre but que de se substituer
à quelque opinion également stérile? Gardez-vous de le croire. De même qu'en attribuant exclusivement à un insecte tous les symptômes de la gale, les auteurs modernes ont été conduits logiquement à la supprimer instantanément par les agents les plus propres à donner la mort à cet insecte, de même je crois agir aussi logiquement , puisque j'assimile la gale aux exanthèmes, en la traitant pour ce qu’elle est, en tenant compte à la fois de son ancienneté, de sa forme, de son étendue , de son intensité et de l'état général du malade qui en est atteint. Selon moi, l’acarus une fois détruit, il s’en faut bien que la maladie soit supprimée. Des eczéma, des lichens, des prurigo et des impétigo fort graves sont venus m'offrir le spectacle de ce qui peut succéder à la suppression instantanée de la gale par le procédé des frictions fortes. Évidemment, je me préoccupe avant tout de faire disparaître l’insecte dont la présence entretient la maladie; mais en même temps j'adresse à la maladie elle-même une thérapeutique raisonnée et en rapport avec les cas particuliers. Entrons actuellement dans la description de la maladie.
La gale est une éruption cutanée qui a pour caractères essentiels deux choses : 4° une éruption à la peau ; 2° des acarus ou insectes spéciaux renfermés dans des sillons. Ce n’est donc pas, suivant nous au moins, une maladie caractérisée par la présence d’acarus à la peau , car on peut avoir un acarus sur la peau et ne pas avoir la gale. Cette maladie a en effet son évolution, sa marche, ses lieux d'élection où existent des boutons, comme toute autre affection cutanée. De ce que l’on trouvera un pou sur le corps d’un individu, s’ensuit-il qu’il aura une maladie pédiculaire? Évidemment c’est confondre une partie avec le tout; car il suffit dans ces deux cas d'enlever l’insecte pour qu'il n’y ait pas maladie; tandis que si par des moyens convenables on parvenait à enlever tous les insectes de la gale et les œufs qu'ils auraient produits, il resterait encore à la peau l'éruption cutanée qu'il faudrait guérir, et qu'il faut d'autant plus guérir que c’est dans les boutons que se font sentir les démangeaisons aussi bien que dans les sillons. Ce n’est pas le
GALE. 21 long des doigts où règnent le plus de sillons que se grattent seulement les galeux, c'est aussi et peut-être plus à la racine des doigts et dans leur intervalle qu'ils opèrent leur grattage et qu'ils écorchent les boutons, qu’on y rencontre plus ou moins nombreux.
Cachet de l'éruption. — Elle affecte trois formes différentes : forme papuleuse, lichenoïde, dite canine; forme pustuleuse, ou ecthymatoïde; forme vésiculeuse, aqueuse ou herpétique. La forme la plus commune, c’est celle lichénoïde. Elle est caractérisée par une papule dans le genre de celle du lichen, mais qui s’en distingue en ce que le suinmet de la papule est terminé par une petite vésicule remplie d'une sérosité citrine que l’on peut faire écouler en pressant entre l'extrémité des ongles le sommet de la papule, ou en excoriant le bouton. Dans la gale canine, quelle que soit la partie atteinte, ce sont des papules à sommet vésiculeux qui se montrent.
La gale pustuleuse, ou ecthymatoïde, a pour caractère l’apparition dans les mêmes parties de boutons purulents, plats, variant en largeur depuis un grain de chènevis jusqu’au diamètre d’une lentille, bouton forré dans ses neuf dixièmes d’une vésicule purulente qui s’ombilique vers le deuxième ou le troisième jour de son développement, c’est-à-dire qu’il se forme au cœæntre de la pustule un petit point noir comme dans l'ecthyma. Mais dans la gale, la pustule n’a pas ordinairement de base inflammatoire aussi dessinée que dans l’ecthyma. Il n'y a pas non plus, comme dans cette maladie, une certaine uniformité de volume; les pustules de la gale sont très variables sous ce rapport : à côté d’une grosse pustule vont se trouver trois, quatre petites pustules , et faisant contraste avec la pustule principale. Chaque pustule dure huit à dix jours, se guérit et fait place à une autre, et ainsi de suite durant des mois entiers, et en offrant toujours les mêmes caractères. Quant à la gale dite aqueuse ou phlycténoide, elle se dessine par le développement dans les mêmes points d'élevures qui se recouvrent de suite de vésicules très proéminentes, du volume d’un grain
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de millet ou de chènevis , et quelquefois même plus grosses. La sérosité y est limpide, très transparente, citrine; elle ne devient pas opaque, et cette forme de gale peut ainsi conserver ses caractères pendant toute sa durée.
On aurait tort de croire cependant que la forme éruptive soit si nettement tranchée chez les galeux, On peut trouver réunis chez le même individu , des papules, des vésicules, des pustules. Il est même assez peu commun que ce ne soit pas ainsi. Mais il est très commun de trouver chaque forme éruptive dessinée nettement, en ce sens que la masse des boutons a l’une des trois formes indiquées.
Nous ne faisons pas de chacune de ces formes une espèce proprement dite de gale. Nous pensons que cette diversité de forme tient à la différence de tempérament, la gale canine ou lichénoïde étant essentiellement liée au tempérament nerveux; la forme pustuleuse au tempérament lymphatique, sanguin, et la forme aqueuse au tempérament lymphatique. Nos observations nous conduisent à considérer ces trois formes comme pouvant être essentiellement primitives. Plusieurs de nos confrères croient, au contraire, que la gale est dès l'abord toujours papuleuse, que ce n’est que par des causes accidentelles qu'elle devient aqueuse ou pustuleuse, et ils regardent par conséquent ces formes comme des complications ; nous ne saurions partager de pareilles idées. On va même plus loin aujourd'hui, et l'on considère l'éruption comme une épiphénomène, comme une addition de lichen, d’herpès, d’ecthyma, ou d'ecréma aux divers sillons qui contiennent l’acarus et comme une sorte de complication de la gale. Ce sont là de ces idées que j'appelle exagérées et que rien ne justifie, si ce n’est une théorie, celle qui ne voit dans la gale qu'un insecte indépendant des désordres qui l'accompagnent.
Mais il y a plus, cette éruption a sa période d'évolution, son siége spécial ; elle se fait avec méthode, affectant régulièrement des parties shnilaircs de chaque côté du corps, ne se montrant jamais sur certaines d’entre elles. En présence d’une telle ré-
gularité, comment ne pas voir là une sorte d'éruption du genré des éruptions exanthémateuses et que le hasard ne saurait faire naître? Comment ose-t-on donc la rattacher à la piqûre capri cieuse d’un insecte |
Les premiers boutons qui se montrent se développent aux mains et aux pieds, dans l'intervalle des doigts, à leur origine et à leur jonction avec la face dorsale; puis viennent les poignets, le pli des bras, le creux des aisselles, le jarret, le ventre, la verge chez l’homme, le bout des seins chez la femme, les fesses , la poitrine ; la figure est toujours respectée , ainsi que la partie externe des membres et le dos. On verra plus loin que l’acarus atteint d’autres parties où il se loge dans des sillons qu'il se creuse. Mais dans les gales qui durent depuis plusieurs mois, toutes les parties du corps peuvent être atteintes par l’éruption, sauf la figure qui est toujours respectée, à moins qu'il ne se montre, sous des conditions de malpropreté, du lichen et du prurigo, ainsi qu'on l’observait chez cet homme des bois dont je viens de retracer l'observation tout à l'heure et qui était infecté de toute manière. L'évolution de la gale a lieu de cette sorte pour l’âge de l'adolescence, mais chez les jeunes enfants, ce sont principalement les fesses qui sont atteintes. On a attribué cette circonstance à l’habitude des mères ou des nourrices de porter les enfants à nu sur leurs bras ; c’est là une erreur : l'éruption a lieu de la même manière à un âge un peu plus avancé et lorsque les enfants marchent seuls. C’est ce que l'on peut voir à l'hôpital des Enfants.
Peut-il exister une éruption sans sillons d’acarus ? En thèse générale, l’un et l’autre coïncident entre eux. Il y a plus, les partisans des idées d'aujourd'hui diront qu'ilest plus commun de rencontrer des galeux n'ayant que des sillons sans éruption, qu’une éruption sans sillons. Il y a peu de jours, j'ai guéri un monsieur qui arrivait des Pyrénées et qui en voyage avait contracté la gale; j'eus beaucoup de peine à découvrir un sillon à la verge , et cependant j'étais déjà fixé sur la nature de la maladie en raison de la forme même de l’éruption. Il y.a cinq ans environ un de
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mes collègues de l'hôpital m'appela en consultation , ainsi que M. Rayer, pour un magistrat qu'il avait guéri d’une éruptien lichénoïde à deux reprises différentes, et qui avait vu récidiver sa maladie. A l'inspection de l'éruption, nous pensâmes que ce monsieur était affecté de la gale. Un traitement dans ce sens fut institué d’un commun accord entre nous tous; or nous ne faisions pas reposer notre diagnostic sur la présence de sillons, mais sur celle de l'éruption. Ce n'est pas que je prétende qu’un pareil jugement soit aussi sûr que dans les cas où l’on extrait un acarus du sillon qui le renferme ; je veux seulement faire voir que cette éruption est souvent tellement prédominante et caractéristique qu’à sa vue seule on peut juger la maladie, lorsque l’on a quelque habitude de l’observer.
Si la gale de nos climats a eu diverses formes, toutes en général très mitigées, il n’en est pas de même de la gale des pays chauds, celle de l'Inde et de l'Afrique, par exemple. Bontius a décrit dans son ouvrage De medica Indorum, lib. III, cap. 17, cette maladie sous le nom d’herpés ou d'impetigo indice. Les Indiens lui donnent le nom de courap, synonyme de gale. II signale la difficulté que l’on a à la guérir. Bateman a eu l’occasion d'observer cette éruption chez des adultes et des enfants arrivant de l'Inde; l'éruption était très abondante, très étendue, elle gagnait même la figure ; la peau, d’une couleur plus foncée et d'un aspect plus sale, était tapissée de taches impétigineuses considérables et de papules. Cette gale est très contagieuse et résiste à beaucoup de médicaments (Bateman, 254). J'ai eu occasion de traiter plusieurs officiers d'Afrique atteints de cette maladie, qui se sont présentés à moi avec de grosses papules disséminécs sur les membres, et qui donnaient lieu à des démangeaisons horribles.
Quant aux caractères distinctifs des diverses formes de boutons d'avec des maladies analogues, il est facile de les établir. Le bouton papuleux de la gale a ses lieux d'élection, l'intervalle des doigts, les poignets, les plis des bras, les aisselles, se dessinant dans chacune de ces parties sans se joindre entre elles par
GALE. 425 une succession de boutons, comme dans le lichen diffus; Île lichen est formé par des papules sans vésicules; la papule de la gale est toujours vésiculeuse et fournissant un suintement séreux que ne donne pas le lichen, à moins que, passé à l’état chronique et datant de plusieurs mois ou de plusieurs années, il soit devenu eczémateux. Quand le bouton de la gale est pustuleux , il a pris isolément tous les caractères de la pustule d’ecthyma, sans que, dans cette dernière affection, la pustule présente un engorgement inflammatoire beaucoup plus marqué que dans la gale où il n'existe presque pas ; maïs l'ecthyma n'a pas le siége des pustules de la gale, et puis il y a dans ces pustules galeuses une telle irrégularité de forme et de volume, qu'un peu d'habitude dirige facilement le praticien dans le diagnostic. Cependant on peut s’y tromper, si, dans quelques circonstances, on ne tient compte que de la pustule. Quant à la . gale aqueuse ou phlycténoïde, il me paraît impossible de la confondre avec l’herpès phlycténoïde qui se montre ordinairement par groupes de vésicules sur des parties qui ne sont pas celles où siége l’éruption de la gale. M. Albin-Gras a décrit avec soin le bouton de la gale qu'il a spécifié par l'existence à son centre d'un point noirâtre d’où part une ligne ombrée qui se rend à sa circonférence et qui se relie quelquefois avec un sillon sous-épidermique. C’est là un fait que nous avons souvent vérifié. |
Avant d'aborder le second caractère de la gale , celui qui se déduit de la présence de l'acarus, je crois devoir parler des boutons de la pseudo-gale. Cette affection n'a été signalée par personne, que je sache; elle se montre souvent au printemps chez les personnes qui ont été atteintes de la gale, et font croire à ces gales mal guéries dont les malades se plaignent assez souvent. Cette éruption est toujours très discrète et consiste dans quelques rares petits boutons miliaires très durs au toucher, hérissant la peau, blancs, quoique ne contenant pas de pus, arrondis et très légèrement acuminés, terminés par une vésicule excessivement petite: ces petits boutons, par le grattage,
deviennent le siége d’une cuisson vive et presque douloureuse. Ils affectent ordinairement le voisinage du poignet, sur les côtés du pouce et même auprès du dos du poignet. Ce n'est pas une éruption confluente, ce sont un ou deux boutons espacés, placés à distance, mais très résistants sous le doigt. Si l’on ne gratte pas ce bouton, il s'éteint et il est rare qu'il en vienne plus d’un second ou d’un troisième ; mais les boutons se multiplient si les grattages des malades les irritent. Ce n'est toujours qu'aux mains qu'on les observe.
Deuxième caractère de la gale ; acarus et sillons. — Entrevu mais non décrit par Avonzoar, médecin arabe, qui'pratiquait en Espagne, l’insecte de la gale ne fut réellement connu qu'au xvi° siècle; car il se trouve indiqué dans les ouvrages d’Ambroise Paré. Mouffet en a le premier donné une description assez exacte en indiquant les sillons qu'il creuse et la manière de l'en extraire; et Hauptmann est néanmoins le premier dont les observations microscopiques aient fourni des indications un peu minutieuses sur sa situation et son organisation. En 4637, Cestoni, sous le pseudonyme de Bonomo, a réellement précisé son rôle physiologique et pathologique dans la gale. À partir de cette époque, l’histoire de l’acarus est essentiellement rattachée à celle de la gale. Mais peu à peu, dans les siècles suivants, l'acarus n’appelle plus l'attention des médecins et il finit par tomber dans l'oubli, à un tel point qu'à la doctrine de l'acarus comme cause essentielle de la gale, Hahnemann parvint à faire prévaloir les anciennes idées humorales sur cette maladie, en yertu desquelles la gale est considérée comme une éruption générale née d’une cause aussi générale qu’elle. On va jusqu'à perdre les moyens de retrouver l'acarus, et Alibert et Biett, tout en rappelant son existence , restent impuissants à en donner la preuve matérielle. Galès, pharmacien de l'hôpital Saint- Louis, prétend le retrouver, et, par une insigne imposture , montre à la commission de l’Institut nommée pour vérifier le fait, la mite du fromage. Les choses en restèrent à ce point jusqu'en 1834, où un étudiant corse, M. Renucci, assistant à la
GALS. 427 consultation d’Alibert, qui déclinait la possibilité où l'on était d'extraire l'acarus, s'offrit de faire en sa présence ce qu'il avait vu exécuter par les malheureux de son pays. M. Renucci enleva en effet en présence de ce médecin plusieurs acarus, et, à partir de ce moment, l'acarus fut étudié de nouveau, notamment par M. Raspail : la même année, en 1835, par M. Albin Gras, et plus tard par plusieurs dermatologistes français ou étrangers; enfin, en 1852, M. Bourguignon a publié un traité entomologique et pathologique de la gale de l’homme, où il suit les diverses phases d'évolution et de reproduction de l’insecte.
Quant à l’acarus en lui-même, il offre les caractères suivants : Il est d’un volume tel qu’on le voit parfaitement à l'œil nu en le plaçant à l'extrémité d'une épingle; Ià on l'aperçoit exécuter des mouvements qui ne laissent aucun doute sur son existence; mais il arrive souvent qu'enlevé de l'extrémité du sillon en hiver, il est engourdi par le froid et ramassé, pelotonné et immobile ; il suffit de l'approcher un peu du feu pour lui voir exécuter des mouvements fort rapides d’ailleurs : aussi parcourt-il un espace assez étendu dans un temps très court sous le champ du microscope. Voici sa description sommaire :
Acarus. — Ïnsecte d'un tiers de millimètre en longueur et d'un quart en largeur ; couleur blanchâtre rosée ; il a une face dorsale et une face ventrale; la première plus ou moins arrondie suivant que l'insecte est plus ou moins plein ; la tête ou les organes de la manducation occupe une extrémité du corps et l'ouverture anale l'autre ; les pattes sont au nombre de huit, quatre en avant et de chaque côté de la tête ; quatre en arrière. Toutes prennent naissance à la face ventrale. Les pattes antérieures sont terminées par un long tube armé d'une ventouse, el les postérieures par un long poil. Ces appendices sont les principaux organes de la progression.
L'enveloppe extérieure du corps est continue dans son ensemble. On ne trouve pas de thorax distinct de l'abdomen. Le corps n'est qu'une cavité où sont contenus les organes de la nutrition. Des appendices de diverses espèces occupent la face dorsale ; ils sont destinés à la progression en prenant point d'appui ; ils sont durs, cornés, et sous de faibles grossissements ils représentent des poils Cette face est sillonnée par des rides ou plicatures qui se distendent quand l'acarus se gorge de liquide. Derrière la naissance des pattes antérieures et au-devant de la pièce sternale se trouve une fente transversale par où s'opère la ponte, aussi
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cette fente manque-t-elle aux acarus mâles et aux acarus femelles qui ne l’ont pas accomplie ; cependant il y a encore doute à cet égard : car il existe à la région anale une autre ouverture qui en est voisine.
L'œuf est un corps ovoide régulier ayant une extrémité un peu plus arrondie que l'autre. Ce n'est qu'après dix jours d incubation que l'insecte est formé ; le onzième jour l'insecte fait effort pour sortir de son enveloppe ; l'œuf se fend transversalement ou longitudinalement pour lui donner passage. La larve ou insecte nouveau-né n a que six pattes, et il jouit cependant de plus d'agilité que l'acarus à huit pattes. Ce n'est que huit ou dix jours après l'éclosion qu'il est pourvu de ses huit pattes. (Voir pour plus de détails l'excellent ouvrage de M. Bourguignon sur la gale, Traité de la gale de l'homme, 1852.)
Sillon de la gale. — On désigne ainsi des galeries ou canaux que se creuse l'acarus dans l'épaisseur des lames du derme, en soulevant les lames épidermiques les plus superficielles, à la manière de la marche d’une taupe dans la terre; ces acarus déposent leurs œufs dans ces galeries ou sillons. Chaque sillon a une longueur qui varie entre 2, 3 ou 5 millimètres ; il est rare qu'ils affectent une ligne droite ; le plus souvent ils sont contournés et arqués et quelquefois disposés en S; la surface externe du sillon est garnie d’aspérités épidermiques et, suivant quelques observateurs, d’un ou deux points noirs qui indiquent la sortie passagère de l’acarus. Mais ce qui doit surtout fixer l'attention, c'est le point de départ du sillon et son extrémité terminale, ainsi que ce qu’il contient.
Les partisans des doctrines modernes sur la gale ne parlent et à dessein que d’un seul mode de formation du sillon par une ouverture ou embrasure de l’épiderme sur un point quelconque des surfaces latéralès des doigts, du poignet, de la verge, etc., lequel sillon se termine par un cul-de-sac faisant une petite saillie blanchâtre transparente ; c’est à ce point transparent que réside et que se trouve constamment l’acarus ; car il suffit de déchirer avec une épingle la petite cuticule qui le recouvre pour le retirer avec la pointe de l’épingle. Il est bien vrai qu'à la verge, au bout des seins, à la face latérale des doigts, où les boutons de la gale sont très rares, on ne retrouve que des sil- Jons de ce genre. Mais lorsqu'en 1834, M. Albin Gras décrivit
les sillons , il en fit connàître d’autres , ceux que nous venons d'indiquer étant encore mal connus ; et voici ce qu’il observa alors et ce qui n’a pas changé depuis : 4° Au centre des vésicules un petit point d'où part jusqu’à la circonférence une ligne ombrée de noir et droite ; à partir de cette ligne, la naissance d’un sillon du genre de ceux que nous venons de décrire, et à l’extrémité de ce sillon l’acarus. Cette disposition n'est pas très rare. Depuis, quelques observateurs et M. Piogey entre autres, ont signalé des papules à cheval sur un sillon ou un sillon dépassant la papule par ses deux extrémités. Cela se voit à la verge, par exemple; il admet même deux espèces de sillons sous ce rapport : une première espèce superposée à la vésicule ou sillons intra-épidermiques ; la seconde surmontant une papule due à l’épanchement dela lymphe plastique dans le réseau : du derme, devenant alors le siége d'élancements intolérables par suite de l’irritation incessante des papilles nerveuses; ces sillons sont alors sous-épidermiques. Ce qu'il est très commun de voir, ce sont des sillons isolés, sans vésicules ni papules, qui siégent le long des faces latérales des doigts, sur la verge et à l'extrémité du sein des femmes.
On peut déduire de la première disposition, celle où le sillon prend naissance à la vésicule, deux conséquences : ou que la naissance de la vésicule a été spontanée, qu’elle a engendré un acarus , lequel acarus occupait primitivement le centre de la vésicule, s'en est échappé par la ligne ombrée de la vésicule pour se creuser ensuite une galerie intra-épidermique, déposant d’ailleurs ses ovules dans le trajet du sillon, et cela est d’autant plus rationnel que l’acarus se trouve toujours à la partie la plus éloignée de la vésicule. Cette doctrine a été professée pendant longtemps ; on a même décrit et compté les ovules qui se trouvaient dans la vésicule. Aujourd’hui , et d’après les nouvelles recherches microscopiques de M. Bourguignon, d’après surtout les idées professées depuis deux ou trois ans sur la nature de la gale, on raisonne ainsi qu'il suit : le bouton ou la vésicule de la gale est un accident. Il est causé par la piqûre de l’acarus
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venu du dehors en s’introduisant dans la peau pour se creuser son sillon. Mais il y a une objection à faire à cette hypothèse, objection qui n'est pas sans valeur. Si c’est à la piqûre de l'insecte qu'il faut attribuer le développement des boutons, il semble naturel que le nombre des boutons soit proportionné au nombre des insectes, de sorte que là où l’on trouve le plus d'acarus, on trouve aussi plus de boutons. Eh bien, c’est le contraire : les boutons sont rares aux mains et aux pieds, plus rares à la verge, nuls ou presque nuls aux mamelons chez les femmes, nuls ou tout à fait nuls au menton; or c'est dans ces parties que l’on trouve le plus de sillons et le plus d'insectes. Par contre, les boutons sont très nombreux sur le ventre, les fesses, les aisselles, les jarrets, et là on rencontre si peu d’acarus que tous les observateurs ont signalé ce fait. Ce qui rend bien mieux compte de ces faits, c’est d'admettre avec nous et avec tous les auteurs qui nous ont précédé, qu'il existe une éruption galeuse régulière ; ce qui est en rapport avec l’époque du développement de la gale après son incubation, la localisation régulière des boutons, les lieux d'élection qu'ils occupent, la simultanéité de leur développement dans les membres et sur les mêmes points à la fois ; de supposer qu'il est certains boutons vésiculeux qui engendrent des acarus, comme dans la maladie pédiculaire où la génération des poux ne peut être contestée suivant nous; comme aussi dans le fait cité par M. Boeck, où la génération spontanée des acarus ne saurait être mise hors de doute. Quoi qu'il en soit, on voit qu’en présence de faits si divers et d'opinions si contestables, il y a lieu de ne pas adopter ces opinions nouvelles, et d'attendre que des recherches plus approfondies viennent donner aux praticiens une satisfaction complète à cet égard.
Bornons-nous donc à dire qu'il existe dans la gale deux espèces de sillons : les uns rattachés directement à la vésicale, les autres tout à fait indépendants des vésicules; les premiers ayant principalement leur siége dans les intervalles interdigitaux et aux poignets, les seconds sur les faces latérales des
doigts, à la verge chez l’homme et aux mamelons chez la femme. On a cherché à expliquer cette différence de siége chez l’homme et chez la femme en disant que l'homme porte très fréquemment ses mains à la verge, et que les mains transmettent ainsi l’acarus à cette partie. Mais d’abord est-ce que les femines portent fréquemment les mains à l'extrémité de leurs seins ? Ensuite, il est constaté par M. Bourguignon que l’acarus à la verge a précédé ou accompagné la présence d’un acarus sur la main. En vérité, s’il est bon d'expliquer, il faut le faire avec réserve, car les explications sont souvent peu fondées. Bornons-nous donc à enregistrer les faits.
Mais il est une circonstance que je ne peux passer sous silence, en présence de cette régularité et dans l’éruption de la gale et dans le développement des sillons dans des parties régulièrement atteintes par l’acarus : c’est celle de l'infection. Évidemment elle n’est pas toujours la même, elle n’a pas toujours lieu, comme on l’a vu par le relevé de M. Bidard, interne du service de M. Hardy, par les mêmes contacts, et il faut bien le dire, nous savions depuis longtemps qu'elle devait s'opérer par des contacts différents. Or, qu'un individu contracte la gale par les pieds, par une poignée de mains ou par une partie quelconque du corps, ce ne sera pas sur cette partie que l’on trouvera le plus d'acarus, on n'en trouvera même souvent pas, mais les boutons et les sillons se montreront avec la même régularité sur les divers points du corps où ils siégent ordinairement, quel que soit le point de départ de l’infection. 11 faut donc admettre qu'un acarus déposé par exemple à la fesse d’un individu adulte s'éloigne bien vite de cette partie, parce qu'il ne doit pas l’attaquer; s’il se trompe de route et qu'il gagne la face, arrière bien vite, la figure n’est jamais atteinte, si ce n'est depuis quelques mois, où l'on trouve des acarus au menton, mais pas plus haut ; puis il devra nécessairement se rendre à l’un des poignets ou aux doigts d’une main, pour y développer des boutons ou y tracer des sillons, et à peine a-t-il commencé son œuvre à une main qu’il lui faut bien vite gagner l'autre, en remontant vers
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l'épaule, traversant la poitrine et gagnant l’autre membre supérieur jusqu'à l'autre main, pour y développer les mêmes phénomènes, à moins que, servi par un heureux hasard, l'acarus ne saisisse le moment d'un contact des doigts pour faire une traversée bien plus directe et bien plus courte. Tout cela est pénible à écrire sérieusement, mais enfin il faut bien faire ressortir toutes ces invraisemblances.
Mais il y a mieux, depuis la découverte de l’acarus mâle par M. Lanquetin, élève externe de l'hôpital Saint-Louis, il arrive ceci : que l’acarus mâle ne peut tracer de sillon; qu'il se borne à se cacher humblement sous une petite lame épidermique; qu'il est d’ailleurs d’un volume beaucoup plus petit et ne reproduit rien, puisqu'il ne fait que féconder la femelle ; en sorte que vous pouvez peut-être avoir sur le corps, pendant une dizaine d'années, un ou plusieurs acarus mâles ou la gale mâle sans vous en apercevoir, sans avoir de boutons, ou même le signe exclusivement distinctif de la gale, le sillon sans lequel, au dire des adeptes des idées toutes modernes, on ne peut pas affirmer qu'un individu soit atteint de la gale! Vous en serez quitte pour vous gratter quelquefois lorsque cet unique parasite changera de localité ! On peut encore courir la chance de ne gagner qu'un acarus femelle non fécondé, mais alors gardez-vous de vous approcher d’un mâle! Heureuses créations modernes que ces gales de mâles ou de femelles non fécondées qui ne sont pas des gales!
En résumé, on voit que les caractères de la gale se déduisent de deux circonstances principales : 4° l'éruption avec ses caractères de boutons de trois sortes différentes, et les lieux d'élection de leur développement: 2° les sillons, à la condition que de l’une de leurs extrémités on retire l’acarus, car on pourrait prendre pour un sillon une petite excoriation linéaire de l'épiderme, par une épingle, une aiguille, un coup d'ongle, ces sillons ayant comme les boutons leur lieu d'élection. Nous ajouterons que si, dans la généralité des cas, il est très facile de reconnaître la gale même en l'absence de constatation
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d'acarus, c'est cependant une des maladies de la peau dont le diagnostic, dans certaines circonstances, puisse offrir le plus de difficultés. On ne saurait croire que d’erreurs ont été commises, et les personnes qui ont occasion de l'observer tous les jours peuvent s'y méprendre par défaut d’une attention suffisante. C’est qu’en effet , chez l'enfant, les boutons papulo-vésiculeux de la gale sont infiniment petits ; que l’on peut prendre un lichen pour de la gale, et réciproquement ; que dans un âge beaucoup plus jeune, lorsque l'enfant est à la mamelle, le strophulus peut ressembler à la gale. Le lichen et le strophulus affectent souvent les mains et les poignets. Ce n’est qu’à l’aide du caractère vésiculeux des boutons et de l’existence des sillons que l’on apprécie par le secours d’une loupe de trois à quatre grossissements, que l’on arrive à un diagnostic précis. Une circonstance importante à noter au point de vue du diagnostic de la gale chez les enfants, c’est l'existence de nombreux boutons de gale aux fesses, ce qui n’a pas lieu chez l'adulte.
Mais là où le diagnostic est beaucoup plus difficile, c'est le cas d’une gale canine ancienne à laquelle viennent se joindre, sous l'influence des grattages réitérés, des éruptions accidentelles de lichen et de prurigo ; alors l’éruption de la gale se confond avec elles, et la maladie perd le cachet d'ensemble qui lui est propre.
J'arrive maintenant aux données que nous a pu fournir la statistique au point de vue de la gale considérée comme antécédent des autres maladies de la peau. — Æczéma. Sur 469 malades inscrits, le chiffre de la gale, comme antécédent, s'élève à 205, c'est-à-dire à près de la moitié des individus dont nous possédons l'observation. — Lichen. Sur 103 exemples, la gale figure comme antécédent pour 36 cas. — Psoriasis. 59 sur 134 exemples recueillis. — /mpétigo. C'est encore là une des affections cutanées où l’ontrouve plus de cas de gale comme antécédent ; ainsi, la proportion est de 78 cas sur 142 impétigos, c’est-à-dire que plus des deux tiers des individus affectés d’impétigo dont nous avons recueilli les observations comptaient
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la gale dans leurs antécédents. — erpés. 17 exemples, 10 cas de gale comme antécédent. — Prurigo. 16 antécédents sur 28. Rupia. 12 fois sur 30 cas. — Ecthyma. 8 sur 12. — Pifyriasis. 40 sur 17. — Enfin, sur 1,150 maladies de peau, quelle qu'en sait la nature, 449 malades comptaient la gale comme antécédent.
On voit par ces chiffres que les faits justifient, en apparence au moins, cette opinion des gens du monde, à savoir, qu'ils doivent à la gale contractée antérieurement la maladie cutanée dont ils ont été primitivement affectés.
Quant à la marche de l'affection, elle est incessante, comme
toutes les maladies avec productions végétales ou animales, ainsi la teigne, le prurigo pédiculaire. Aussi il est des contrées de l'Espagne et de la Corse où la gale est pour ainsi dire endémique. Les enfants contractent la gale de leurs parents peu de temps après la naissance, et la conservent toute leur vie; le grattage devient une habitude, un besoin; et cette habitude est d'autant plus arrivée à l’état de nécessité qu’elle se reproduit à des heures plus ou moins fixes et journalières; c'est en effet au moment où se développe la chaleur du lit que la démangeaison se montre, démangeaison à laquelle cède d’autant mieux le malade qu’elle est accompagnée d'une sensation agréable, ce qui n’a pas lieu dans le lichen et le prurigo. Toute élévation dans la température du corps suffit pour la réveiller : ainsi l'exposition au soleil, au feu ?
. D'où la nécessité de guérir la gale, de la traiter, ce qui n'est pas toujours nécessaire pour bon nombre de maladies, qui se dissipent à la longue à l’aide de quelques conditions hygiéniques.
Le pronostic de la gale n’est jamais fâcheux, ce n’est qu’une maladie incommode; mais lorsqu'elle est conservée pendant des mois et des années, elle devient une habitude et un besoin de grattage qui finit par être nécessaire à la santé de l'individu qui en est atteint, semblable en cela à toutes les affections de la peau avec démangeaison. Or, à l'égard de toutes ces maladies,
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on observe que leur brusque disparition par une cause quelconque , alors même qu'elles ne fournissent aucune sécrétion, comme le prurigo avec ou sans papules, la maladie pédiculaire, celle des poux devenue générale, est suivie d'accidents très graves en raison de l'âge, du développement de certains organes , de leur état de maladie et de la prédisposition du sujet. Chez l'enfant, la suppression des poux de la tête donne lieu à des fièvres graves dans lesquelles le cerveau est plus ou moins affecté; à l’âge viril, c'est presque toujours la poitrine qui se prend avec des congestions pulmonaires moitié séreuses, inoitié sanguines , qui menacent incessamment la vie des malades. Or, si ces accidents ont lieu par la suppression du prurigo sans papules , c'est-à-dire sans aucun phénomène morbide à la peau autre que la démangeaison , les mêmes accidents ne peuvent-ils pas se montrer dans les mêmes conditions à l'égard de la gale, etsurtout à l'égard de la gale suppurante? et dès lors est-il sage, est-il rationnel de guérir la gale en deux heures, quelle que soit l'ancienneté de lamaladie ? N'y a-t-il pas lieu d’établir quelques réserves par rapport à certains cas particuliers de gale. Voilà ce que nous ne cessons de répéter depuis les innovations introduites dans ce traitement ; on conçoit qu'ayant le plus souvent affaire à des sujets jeunes, vigoureux, durs à la fatigue comme au mal, ces accidents n'aient pas souvent lieu, mais ils se produiraient dans l'enfance, dans l’âge viril et dans la vieillesse.
Mais la gale, sous le rapport du pronostic, doit être envisagée à un autre point de vue. La statistique que nous avons donnée dela gale comme antécédent démontre, à n’en pas douter, qu'elle doit prédisposer aux affections cutanées qui sont accompagnées de démangeaisons. Il faut donc, sous ce rapport, guérir les galeux aussitôt que possible, pour qu'ils ne contractent pas l’habitude des grattages; mais il faut les guérir à l’aide de moyens incapables de faire naître de ces éruptions elles-mêmes auxquelles la gale prédispose. On fait aujourd’hui tout le contraire, et il est peu de galeux qui sortent de ces frictions sans présenter
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dès le jour suivant des papules de lichen que des bains peuvent faire disparaître, mais que les ouvriers, peu soigneux d’euxmêmes, ne traitent pas.
Eh bien! je n'hésite pas à prédire que dans dix ou quinze ans on verra naître des affections cutanées chez bon nombre d'individus mêmes que l'on guérit si rapidement aujourd'hui.
Thérapeutique. — I1 y a peu de maladies pour lesquelles on ait proposé plus de moyens de guérison que pour la gale: c’est qu'en effet les acarus meurent facilement sous l'influence de médicaments astringents ou excitants, et que ces mêmes moyens guérissent aussi très rapidement l’éruption de la gale. Or, c'est encore une remarque à faire sur la nature des boutons de la gale : s'ils étaient purement et simplement des éruptions de lichen, d’eczéma ou d’ecthyma, venant, comme on le dit, compliquer la gale, comment guériraient-ils par des agents médicamenteux qui, lorsque ces maladies sont seules, ne font qu'exaspérer ces éruptions? C'est encore là une objection sérieuse à faire aux doctrines du jour. Voici, par exemple, un fait rapporté par M. Piogey, un des partisans de la doctrine. « Un malade du service de M. Bazin chez lequel la gale était compliquée d’impétigo, d’ecthyma, de furoncles, d’angioleucite avec gonflement des ganglions axillaires et impossibilité de fléchir les doigts, fut traité par trois frictions générales rudes. Sous l'influence de cette médication, les ganglivns axillaires étaient moins douloureux; le lendemain, l’angioleucite avait disparu ; les éruptions pustuleuses ont rapidement cessé. Or, je le demande, M. Bazin eût-il employé des frictions rudes à la pommade d'Helmerich en présence de pareils désordres chez un individu qui n'aurait pas eu la gale? On verra plus loin que notre collègue, M. Hardy, s'arrête toujours en présence des gales pustuleuses ou de celles qui, selon lui, sont compliquées d’ecthyma. Il y a donc véritablement quelque chose de spécial dans la nature des boutons de la gale, et il est vraiment pénible d'en être arrivé aujourd’hui à ce point, de prouver la démonstra-
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tion d’une vérité reconnue par tous les mnédecins qui nous ont précédés dans les siècles passés.
Plusieurs médecins ont examiné à l’aide du microscope combien de temps un acarus pouvait vivre dans un agent donné. Voici à quels résultats ils ont été conduits. Suivant M. Albin- Gras , il vit dans l’eau 3 heures ; dans l'huile, 2 heures ; dans une solution d'extrait de Saturne , 4 heure; dans de l’eau de chaux, 3/4 d'heure ; 20 minutes dans le vinaigre, l'alcool à 20 degrés, ou une solution de carbonate de soude ou de potasse; 9 minutes dans le sulfure de potasse; 7 minutes dans l'essence de térébenthine ; 4 à 6 minutes dans une solution concentrée d’iodure de potassium. Suivant M. Hébra, l'acarus vit 7 jours dans l’eau froide, 10 dans l’eau chaude ; il résiste plus ou moins longtemps à l'immersion dans le vinaigre, dans l'urine de cheval, dans l’eau de chaux et de savon ; il vit 2 à 4 jours sur un verre où l’on a étendu de l'onguent napolitain. Il est tué plus ou moins rapidement dans une solution de sel commun, de sublimé , d’arsenic , de sulfate de fer, de cuivre, de zinc, d’acétate de plomb, d’alun ; dans l'acide pyroligneux, dans les huiles essentielles, dans l'huile animale de Dippel ; une solution de potasse, de goudron ou d’iodure de potassium.
J'ai fait aussi un certain nombre d'expériences du même genre ; elles m'ont conduit aux résultats suivants : L’acarus vit de 10 à 12 heures dans de la graisse : cette expérience a été répétée deux fois. Des malades ont été traités par l’axonge seule ; la gale s’est momentanément arrêtée pour reparaitre ensuite. L'acarus, plongé dans une décoction de staphisaigre, était encore vivant après 12 minutes. Îl meurt en 8 minutes dans l'essence de térébenthine pure , et dans un mélange d’une partie d'huile blanche et de trois parties d'huile de cade; en 5 minutes dans l'huile de cade pure; dans un temps variable entre 2 et 5 minutes, quand il est plongé dans une atmosphère où se volatilise soit de l’éther, soit du camphre. La mort arrive en 15 ou 20 secondes quand il est plongé dans la vapeur du chloroforme. Ces diverses expériences ont été faites pour chaque substance sur
plusieurs acarus successivement mis en contact. Ainsi, parmi les substances sur lesquelles nous avons expérimenté, le chloroforme, l’éther et le camphre, sont celles qui ont pour l'acarus les propriétés les plus délétères, mais ces agents agissent sur l'insecte, et il est très probable qu'ils n'agissent pas sur les œufs. Cet insecte présente des phénomènes particuliers quand il est plongé dans des liquides différents : ainsi, aussitôt mis dans l'huile de cade, il s’agite, paraît inquiet, étonné; ses mouvements se ralentissent, les pattes postérieures deviennent immobiles, puis les pattes antéro-postérieures se roidissent, ct enfin les pattes antérieures deviennent immobiles. Les pattes conservent la position allongée, les poils sont roides et parallèles aux pattes. Lorsque l’acarus est plongé dans la vapeur de chloroforme , les pattes postérieures se roïdissent ; les pattes situées à leur extrémité sont plus ou moins fixes ; puis les pattes antérieures deviennent riodes, les ventouses qu'elles offrent à leur extrémité se dilatent énormément, puis elles s’affaissent pareillement aux pattes postérieures.
Nous ne prétendons pas exposer ici tous les moyens préconisés contre la gale et que Biett a expérimentés au nombre de quarante et un, moyens auxquels il faut ajouter bon nombre d'autres qui ont été essayés il y a quelques années par notre collègue, M. Cazenave, à l'hôpital Saint-Louis ; nous nous bornerons à en indiquer les principaux. Le soufre en fumigation , les bains sulfureux, les lotions au sulfure de potasse de Dupuytren, et celles modifiées par Alibert ; le liniment de Jadelot ayant pour base la même substance ; celui de Valentin, au sulfure de chaux ; la pommade soufrée, la pommade d'Helmerich, la pommade sulfo-alcaline d’Alibert; les pommades ayant pour base une préparation mercurielle ; la pommade citrine, au nitrate de mercure, la pommade de Werlhoof au proto-chlorure de mercure; la solution au nitrate de mercure; la quintessence antipsorique de Mettemberg ; les pommades ou les décoctions de staphisaigre, d’ellébore, de ciguë, de tabac, le chlorure de chaux, les acides sulfurique et nitrique étendus
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d'eau, le sulfate de zinc, le sublimé en solution et en bains : et 1l y a quelques années, les diverses eaux distillées aromatiques, la dissolution d'iodure de potassium, l'huile de cade, etc.
Comme on le voit, ce ne sont pas les agents médicamenteux qui ont fait défaut, mais dans le traitement de la gale deux considérations doivent fixer le praticien : 1° le mode d'emploi ; 2° le moyen. Autrefois et jusque vers 1825, et peut-être plus tard encore, quel que fût l'agent que l’on employät, on en enduisait toute la surface du corps des pieds à la tête, et l’on opérait des frictions sur la peau de manière à faciliter l’action du remède mis en usage. C'est ainsi qu’agissait Dupuytren à l'Hôtel-Dieu, et Alibert à l’hôpital Saint-Louis. Peu à peu la force de la friction fut de plus en plus atténuée et réduite à une onction. D'un autre côté, et notamment à l'époque où M. Cazenave a été chargé du service des galeux à l’hôpital Saint-Louis, la friction fut de plus en plus restreinte aux parties qui paraissaient ètre le siége exclusif de l’acarus, c’est-à-dire aux mains et aux pieds, et l’on assurait guérir la gale par ces frictions bornées. C'est en cet état, c'est-à-dire vers 1850 , que M. Bazin, entrant à l'hôpital Saint-Louis et succédant à M. Cazenave dans le service des galeux, conçut la pensée heureuse de revenir aux frictions générales ; c'était déjà un pas de fait pour assurer la guérison de la gale : on n’eût jamais dù s’en départir. Il eut de plus le mérite de faire suivre aux galeux le traitement qui avait été préconisé par Helmerich, et de l'adopter dans toute sa teneur, c'est-à-dire frictionner et nettoyer la peau dans un bain savonneux pour déchirer les vésicules de gale, et favoriser l'application de la pommade ; de faire ensuite avec la pommade préconisée par ce médecin trois frictions par jour deux jours de suite, avec 30 grammes de pommade pour chaque friction, et devant le feu en hiver; puis de nettoyer la peau par un second bain savonneux, de sorte qu'en trois jours les malades furent guéris. Et comme la moyenne de séjour des galeux à l’hôpital était de dix à onze jours, ce fut pour l'admi-
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nistration un véritable service rendu. La pommade d'Helmerich qui depuis la connaissance de sa formule avait toujours été employée à l'hôpital Saint-Louis, était longtemps demeurée secrète. En février 1813, le docteur Burdin, de Paris, fit connaître la composition, et de la pommade, et du mode de traitement du médecin hollandais (Journal de médecine, chirurgie et pharmacie , février); il alla plus loin, en avançant qu’en faisant en un jour quatre frictions précédées et suivies d'une lotion avec Ja solution de savon noir, on pouvait obtenir la guérison de la gale en vingt-quatre heures. Dix malades ayant été soumis à ce dernier traitement par M. Biett, on a dû y renoncer à cause des éruptions consécutives déterminées par la violente irritation de la peau. C’est qu’alors ou ne disait pas qu'un malade était guéri de la gale, parce que tous les acarus étaient détruits, mais on le regardait comme guéri quand on le faisait sortir de l'hôpital avec une peau saine et exempte de toute éruption.
M. Hardy, succédant plus tard à M. Bazin, dans le service des galeux, chercha à résoudre un autre problème. On a vu que M. Bazin avait réduit le séjour des malades à trois jours dans l'hôpital. M. Hardy réalisa d’abord ce qu'avait avancé M. Burdin : les malades entraient à l'hôpital et en sortaient le lendemain ; puis il est arrivé à les faire rester deux heures dans un cabinet spécial de frictions, sans compter co'nme malades à Saint-Louis ; en un mot, il amena l'administration à supprimer le service des galeux. Sa méthode est celle de M. Burdin , ou mieux d’'Helmerich, exécutée en deux heures : 4° Friction générale de tout le corps d’une demi-heure de durée avec du savon noùr; 2° nouvelle friction d’une demiheure avec la pommade sulfo-alcaline d'Helmerich , composée de :
AXONRR EE NS Mn ne Va 8 parties.
Soufre. . .. . . . . . . . ©. + + + 2 parties. Sous-carbonate de potasse. . . . . . . . . { partie.
. 8° uu bain alcalin immédiatement après.
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On voit que dans ces diverses phases de traitement reduit à une période de deux heures, d'une part, on est revenu à la friction générale, d’une autre part, à son mode d'emploi doux ou rude, et en troisième lieu à la pommade d'Helmerich. Or, je crois devoir insister sur les avantages et les inconvénients de ces trois choses qui doivent étre prises en grande considération dans le traitement de la gale.
La friction limitée à une ou plusieurs parties du corps est mauvaise, parce que des acarus et des boutons peuvent être disséminés sur toutes les parties, et qu'il est important de les atteindre ; c'est là une des conditions les plus essentielles du traitement de la gale. Quant à l'intensité des frictions, depuis deux ans on les prescrit très fortes, non pas pour détruire les vésicules des boutons, mais pour déchirer les sillons épidermiques et atteindre les acarus et leurs pontes disséminées dans le trajet des sillons. Cette friction forte a ses inconvénients ; elle excorie les boutons, elle les irrite, elle irrite la peau saine, et sans parler de ce que j'ai vu, elle fait naître , d’après Biett, des éruptions secondaires. Ce sont ces éruptions secondaires qui ont engagé ce médecin à les abandonner. Pour nous, qui n'avons pas dans notre service des galeux, ou qui n’en avons qu’autant que nous désirons en prendre, nous avons été à même d'observer plusieurs cas d’éruptions secondaires provenant du traitement de la gale en deux heures. En voici un exemple que nous avons fait recueillir.
Gale gquérie en un jour, et suivie d'une éruption de forme eczèemateusc. — Lallement (Edmond-César), âgé de vingt et un ans, marié, est d'un aspect extérieur qui annonce la force et la santé. Sa peau blanche et fine, et un certain embonpoint dans les formes indiqueraient un tempérament lymphatique. Il est employé comme garçon de magasin dans une imprimerie, où il a pour occupation de transporter des fardeaux de papier.
Comme antécédents pathologiques le malade se souvient, vers l'âge de huit ou neuf ans, d'avoir eu ce qu'il appelle des gourmes, des croûtes dans la tête. Ces croûtes n'avaient pas produit d'alopécie. Il n’a jamais eu ni ophthalmie, ni engorgements ganglionnaires, ni maladies de peau.
Après la guérison d'une amygdalite, il y a de cela près de deux
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mois, il est allé chez son oncle passer quelques jours à la campagne, et comme là il a couché dans le lit d'un ouvrier de son oncle, il suppose trouver dans ce fait la cause de l'éruption qui s'est manifestée quelques jours après.
Pendant six semaines à partir de cette époque, il a gardé en effet une éruption caractérisée par des boutons disséminés sur la surface du corps, mais en très petite quantité, sauf au niveau des poignets et de l'intervalle des doigts où ils existaient en assez grand nombre. Ces boutons étaient, les uns transparents, les autres jaunâtres ; le malade dit que par la pression il en faisait sortir des gouttelettes de liquide, quelques-unes limpides, d'autres opaques et jaunâtres. — Au bout de six semaines il s'est présenté à la consultation de M. Hardv, qui a diagnostiqué la gale et qui l’a soumis à son traitement. — Le malade, après une friction faite avec du savon noir, suivie immédiatement d'un bain simple qui a duré une demi-heure, a été soumis, après le bain et pendant un quart d'heure ou vingt minutes, à une friction générale avec la pommade sulfo-alcaline.
Renvové immédiatement, il est allé le lendemain prendre un bain simple. Cinq ou six jours plus tard, le malade s'apercevait qu une éruption survenue subitement occupait ses deux avant-bras. En même temps des vésicules se formaient dans l'intervalle des doigts. — Examiné le 8 décembre, jour de l'entrée du malade dans la salle Saint-Louis, l'éruption, considérée quant à son siége et à son aspect, présente les caractères suivants :
La face interne des avant-bras étant presque intacte, leur face externe ou dorsale est recouverte, presque dans son entier et sans intervalle sain, de lamelles peu épaisses et un peu ridées, ressemblant à celles qui sont le résultat de la sécrétion eczémateuse, quand l'épiderme n'a pas été détaché. On n'y observe pas de suinlement, il y a plutôt actuellement un certain état de sécheresse. Au niveau du poignet, c'est au contraire à la face antérieure qu'on trouve ces lamelles presque croû teuses, présentant du reste les mêmes caractères. La face dorsale des mains, au niveau de la région métacarpienne, est complétement intacte , mais les intervalles des doigts des deux mains, dans toute leur étendue et le bord cubital de la main droite, sont recouverts d'une exsudation séreuse abondante et présentent une multitude de vésicules qui laissent suinter ce liquide.
M. Hardy, au contraire, considere ces éruptions comme étant très rares et cédant à quelques bains simples. Pour moi, et a l'instar de Biett, je m’en préoccupe beaucoup. Je dis qu'elles sont et doivent être plus fréquentes qu’on ne le pense ; que les ouvriers y font peu attention , et que c’est créer une prédisposiion fâcheuse à la peau pour l'avenir.
Ces frictions fortes ne conviennent pas d’ailleurs à tout le
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monde et à tous les âges. Voici une note textuelle que notre collègue, M. Bouvier, de l’hôpital des Enfants, nous a remise et que nous croyons très important de reproduire : « J'ai tâché d'introduire à l'hôpital des Enfants le traitement de la gale en deux heures. Jai été obligé d'y renoncer : 4° difficultés de faire pratiquer des frictions soit avec le savon, soit avec la pommade, d'une manière exacte, générale et assez rude sur des enfants plus sensibles que les adultes, qui eux-mêmes ressentent dans ce cas des douleurs plus ou moins vives ; 2° récidives observées assez souvent sur des enfants traités ainsi, ou même frictionnés plusieurs fois ( toujours de la même manière ), et ramenés à l’hôpital par leurs parents ; 3° fréquence esctrême chez les enfants de pustules d’impétigo ou d’ecthyma, de vésicules d'eczéma avec inflammation vive, qui s’opposaient au traitement expéditif de Saint-Louis. Ce traitement ayant été quelquefois appliqué (et plus souvent par méprise des gens de service) dans des cas semblables, il en est résulté des maladies cutanées aiguës, de vives douleurs, de grandes excoriations, la fièvre, et le tout a été furt long à guérir ; L° enfin, dans quelques cas où cet état inflammatoire n'existait pas avant le traitement, celui-ci l'a provoqué , et les éruptions consécutives, sans être aussi graves que dans le cas précédent, ont été également longues à guérir. » Mais il y a plus, notre collègue Hardy, en médecin prudent, a abandonné son traitement en deux heures pour les gales pustuleuses. Il fait entrer les malades à l'hôpital, et il les traite pendant quatre ou cinq jours par les émollients avant d’employer les sulfureux.
Ainsi se trouve justifié, pour les enfants au moins, ce que nous disons depuis quelques années contre le traitement trop prompt et trop énergique de la gale. Je conçois que les administrateurs des hôpitaux aient un grand intérêt à adopter une pareille thérapeutique. Je comprends qu’il en soit ainsi pour les militaires, gens jeunes, vigoureux, bien portants ; mais pour les femmes, pour les gens du monde, de structure plusirritable, c'est un traitement qu’il faut modifier.
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Mais ce n'est pas seulement de l'étendue et de l'intensité de la friction qu’il faut tenir compte, c'est encore de la nature des moyens. Sous ce rapport, la formule donnée par Helmerich constitue une pommade qui a trop d'énergie, qui est trop excitante pour la peau. Il faut diminuer de moitié la dose de fleur de soufre et de carbonate de potasse pour la même quantité d’axonge. Cette pommade a un autre inconvénient, elle tache le linge qu’elle pénètre, et les taches ne s'enlèvent pas à la lessive; elle répand de plus une odeur sulfureuse désagréable : en sorte que tout en admettant que, modifiée comme nous le proposons, ce soit un moyen sûr, efficace de guérir la gale, il est quelquefois difficile d’en proposer l'emploi chez certaines personnes du monde qui ont besoin de se guérir à l’abri de tous les regards. Une foule de pommades ont les mêmes inconvénients, et, dans le cas que nous venons de signaler, les bains à 8, 10 ou 12 grammes de sublimé nous paraissent les plus propres à guérir la gale et à remplir la condition que nous venons de faire connaitre. Il faut les faire prendre d’une heure à une heure et demie, un chaque jour; cinq ou six bains suffisent pour le traitement. Les lotions à l’iodure de potassium et d’iode. d'iodure de soufre et d'iodure de potassium, ont les mèmes inconvénients de l’odeur et guérissent moins promptement.
Voici en résumé le traitement que je conseille, d’après les considérations que j'ai cherché à faire prévaloir dans cet article : Premier jour, une friction douce à l’aide du savon noir, pour mettre à nu la peau et la rendre propre à recevoir l'influence de la pommade; un bain simple immédiatement après, une friction le soir avec la pommade d'Helmerich modifiée suivant l’âge du sujet. Deuxième jour, un bain sulfureux; le soir, avant de se coucher, une onction avec friction modérée sur la peau, avec la pommade d'Helmerich modifiée comme nous l’avons dit. Troisième jour, un bain sulfureux le matin; le soir, friction avec la pommade, comme la veille. Quatrième jour, bain alcalin ; les jours suivants, un bain simple.
Ce traitement doit être modifié en raison de l’âge ; chez l’en-
GALE. hh5
fant, les frictions seront douces, la poinmade mise au quart de celle d'Helmerich, les bains peu sulfureux et gélatineux ; même prescription pour les femmes jeunes à peau fine. Toute gale inflammatoire, pustuleuse ou vésiculeuse, avec inflammation vive, doit être traitée d’abord par les bains prolongés et les onctons de saindoux avant d'aborder les sulfureux, qui ne seront mis en usage que dans une proportion plus faible, c'est-à-dire après quatre ou cinq jours ou plus, si cela est nécessaire. Il est convenable, dans ce cas, de terminer la guérison par l'usage d’un ou de deux purgatifs. Toute gale, même à forme canine, mais très ancienne et chez laquelle il y a habitude de démangeaison, ne doit être supprimée que lentement et en plaçant les individus quien sont atteints dans desconditions hygiéniques données, afin d'éviter tout accident. I] faut bien, dans ces circonstances, se pénétrer de ce fait, qu'après une première friction par les sulfureux on altère singulièrement la gale, et l’on place en général celui qui en est atteint dans des conditions peu favorables de transmission, pourvu qu’on l’isole par le coucher seul, des personnes avec lesquelles il vit. Il faut de plus faire prendre au malade beaucoup de bains simples ; et après le traitement faire faire des onctions de saindoux, afin de faire rentrer la peau dans sa sensibilité ordinaire.
Dans les gales pustuleuses, usage des purgatifs répétés plusieurs fois pendant et après la guérison de la gale.
Une précaution indispensable durant le traitement d’un galeux, c'est de faire passer au soufre tous les vêtements qu'il a portés , afin de détruire les acarus qui pourraient s’y trouver accidentellement.
On voit, en résumé, que nous repoussons tout traitement banal de la gale; qu'il n’y a rien de plus absolu pour cette maladie que pour toute autre; qu'il suffit de parer d’abord à la transmission ; qu'il faut ensuite modifier le traitement en raison de l'ancienneté de la maladie, de sa forme, de l'âge du sujet, et qu’à l'instar de Biett et de tous les médecins qui nous ont précédé, nous ne considérons pas la maladie comme étant
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guérie, parce que l'on a détruit les acarus et leur ponte; qu'il faut encore que l’éruption cutanée ait totalement disparu, et que la peau, surexcitée, ait repris sa sensibilité ordinaire. Voilà les préceptes que nous formulons hautement, et nous émettons le vif désir qu'ils soient acceptés par les praticiens, afin de prémunir les malades d'aujourd'hui contre les éventualités pénibles d’affections cutanées dont la gale peut être, suivant nous, une cause très souvent prédisposante pour l'avenir.
Licren. /ichen (Hippocrate), prurigo lichénoïde ou furfurant
d’Alibert.
Simplezx. Composilus.
Diffusus. Ortié ou urticans.
Circumscriptus. Eczémateux.
Perpendicularis. Herpétiforme.
Pilaris. Aigu.
Lividus. Chronique.
Agrius.
us. Circumscriplus.
Gyratus.
Cette affection est définie par les auteurs, dans les préliminaires de notre cinquième groupe, une maladie non contagieuse, caractérisée par l'existence de papules à la surface de la peau. Nous avons fait connaître ce qu'il fallait entendre sous le nom de papules, et nous avons établi que la papule était une production pathologique qui n'avait aucun rapport avec la papille : nous ne reviendrons pas sur ce point ; maïs ce qu'il faut attaquer de front, c'est la définition des auteurs en vertu de laquelle ils considèrent le lichen comme n'étant pas de nature contagieuse. Et d'abord il y a plusieurs sortes de contagion, et nous restreignons cette expression, en ce qui concerne cette maladie, à celle qui s’entend de la transmission de l’affection au moyen d’un contact plus ou moins prolongé. Sous ce rapport j'ai par-devers moi un certain nombre de faits dont je puis citer quelques exemples et qui ne sauraient laisser subsister de doute dans mon esprit. — Une femne dont le mari avait un atelier d'orfévrerie m'amena à la consultation de l'hôpital cinq
LICHEN. bkh7
apprentis qui dans l’espace de deux mois ont été successivement atteints, l’un d'eux ayant été primitivement affecté ; tous avec lichen diffus tant à la figure que sur les membres. Cette femme les croyait atteints de la gale; l'usage de bains alcalins a suffi pour les guérir : aucun autre ouvrier d’ailleurs n'avait contracté cette maladie. Ces apprentis couchaient ensemble dans la même salle. Une cuisinière affectée d’une plaque de lichen au dos de la main gauche avait l’habitude de porter un enfant de trois ans sur les bras et de le promener. L'enfant fut pris de lichen diffus aux fesses, qui s’étendit ensuite à la figure et sur les membres. Bientôt la mère de l’enfant fut atteinte, et plus tard le père. En cet état le médecin de la maison crut à l'existence de la gale et institua dans cette famille un traitement par les sulfureux. L’affection fut exaspérée par ce traitement, et c’est dans ces circonstances que je fus consulté. Inutile de dire qu'il n'existait pas de gale et qu’une médication alcaline intérieure et extérieure fit justice d’une maladie qui persistait depuis plusieurs mois. Voici un troisième exemple qui a été recueilli par un de mes meilleurs élèves internes, M. le docteur Faget, médecin distingué de la Nouvelle-Orléans. Le 24 janvier 4844 est reçu dans mon service de l'hôpital un jeune homme de seize ans qui a eu la gale à l’âge de trois ans et à l’âge de sept à huit ans. Depuis son arrivée à Paris il y a cinq ans, il a eu tous les printemps une éruption papuleuse qui se dissipait seule, Il y a deux mois cette éruption se montra avec une certaine intensité et devint confluente, mais sous forme de plaques de lichen. I couche avec son frère âgé de douze ans, qui a bientôt été atteint de la même maladie et qui est allé se faire soigner à l'hôpital des Enfants. Ces trois exemples me paraissent suffisants pour justifier l’assertion que je viens d'émettre, et dire que le lichen est contagieux dans certaines conditions de contact prolongé et qu'il se transmet d'autant plus facilement que les contacts ont lieu avec des enfants.
Quoi qu’il en soit, le Lichen est au nombre des affections non sécrétantes de la peau ; il s'y montre par des élevures papu-.
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leuses discrètes ou confluentes, ramassées ou diffuses, et qui sont toujours accompagnées d'une démangeaison plus ou moins vive. Cette maladie siége ordinairement, surtout quand elle est diffuse, à la partie interne des membres, au cou ou à la figure; mais quand elle est ramassée, circonscrite, figurée, c’est-à-dire sous forme de plaques, elle occupe presque toujours les surfaces externes. Qu'on se figure donc, à l'état aigu, une série plus ou moins considérable de petites papules rosées de forme pyramidale, acuminées, diffuses ou ramassées à la surface de la peau, amenant constamment de la démangeaison, surtout la nuit, et l’on aura une idée du lichen. Cependant cette affection sécrète quelquefois; c’est accidentellement, ainsi que le disent les malades, et lorsqu'ils ont opéré des grattages. Alors il se fait à l'extrémité de chaque papule un petit suintement séreux à peine perceptible, suintement d’une sérosité qui se concrète aussitôt et se transforme en une petite pellicule ou écaille adhérente, très mince, mais très roide au toucher ; de sorte que si la maladie est ancienne, si le lichen a envahi toute la surface de la peau, si les grattages sont incessants, la sécrétion est devenue plus marquée, les écailles ou concrétions plus nombreuses et l'état rugueux plus dessiné, en même temps que la forme aigue a disparu. Cet aspect écailleux est assez prononcé dans quelques cas pour représenter les lichens qui enveloppent les arbres et qui s'y multiplient ; de là la dénomination donnée à cette maladie et dont l’état exagéré a constitué le type ou le cachet qui ne se fait observer qu’accidentellement. Le nom est donc mauvais pour la généralité des cas ; mais il remonte à Hippocrate, il faut le respecter.
Ceci posé, disons que le lichen peut se rencontrer sous trois dispositions différentes, lichen diffus, lichen circonscrit, lichen perpendiculaire ou en ruban. On entend par lichen diffus, celui qui se montre sur une partie quelconque du corps, une jambe, un avant-bras, la poitrine, sous forme de petites papules disséminées, espacées les unes des autres sans affecter aucun état groupé régulier. Dans le lichen circonscrit, au contraire, il se