LICHEN. A
développe un nombre plus ou moins considérable de papules confluentes, se touchant à leur base et ramassées sous forme d’une plaque arrondie, qui a généralement un autre siége. Au lieu d'occuper les régions flexueuses du corps et la partie interne des membres, cette affection se développe sur le dos des mains, sur la longueur des membres, et plus souvent en dehors qu'en dedans. Cette variété, qui amène d’ailleurs les mêmes démangeaisons, est beaucoup plus sujette que la précédente à la sécrétion et surtout à passer à l'état de lichen eczémateux. Quant au lichen gyratus, c'est une forme fort rare qui a été signalée pour la première fois par Biett, et que nous avons été à même d’'observer, tant à l'état de licheu simplex qu'à celui de lichen agrius. M. Cazenave retrace ainsi cette variété d'après Biett (Abrégé pratique des maladies de la peau, p. 341): « Les papules, disposées en petits groupes, formaient une espèce de ruban qui, partant de la partie antérieure de la poitrine, gagnait la partie interne du bras, dont il longeait en se contournant tout le bord externe jusqu'à l'extrémité du petit doigt, en suivant exactement le trajet du nerf cubital. » Voici une observation recueillie par M. le docteur Faget en 1843, alors notre élève interne, et qui donne une idée exacte de cette affection :
Le nommé Loddet, àgé de trente-sept ans, d'un tempérament nerveux, bijoutier, sans antécédents maladifs, entre à l'hôpital Saint-Louis dans le service de M. Devergie le 3 mars. Il y a dix mois, à la suite d'un travail assidu pendant quinze à dix-buit heures chaque jour, il est pris de démangeaisons à l'anus ; trois semaines plus tard, petits boutons à la partie interne et supérieure de la cuisse qui s'étendirent très rapidement à toute la longueur du membre. Il garde cette affection sans y apporter de remède, et à son entrée on aperçoit une disposition méthodique de papules sous la forme d'un ruban très étroit qui, partant du pli des fesses, se contourne à la partie interne de la cuisse, gagne le creux poplité et la face postérieure de la jambe et du talon pour venir S'éteindre sur le bord externe du pied en descendant ainsi sous la forme d'un ruban très étroit, de la largeur d'un centimètre au plus ; ce ruban est à peine interrompu dans toute la longueur de son trajet. Ce malade reste trois mois à l'hôpital; il est mis à l'usage de la teinture de cantharides à l'intérieur, des pommades au proto-iodure de mercure, des applications d'iode caustique, de nitrate d'argent, d'emplâtres de Vigo: les cautérisations argentiques ont seules déterminé la résolution,
(50 PATIIOLOGIE SPÉCIALE.
Mais, sous quelque forme que se présente le lichen, il peut ètre direct ou confluent, aigu ou chronique. Il est rare qu'il affecte la forme confluente et étendue lorsqu'il se montre à l’état aigu ; presque toujours son extension se fait graduellement, insensiblement, sous l'influence de traitements mal dirigés, de grattages, ou d’un défaut de soins. Chez les enfants, il présente un caractère aigu très dessiné. Se manifestant à l’époque du printemps, dans l'adolescence ou dans l’âge adulte, on y porte peu d'attention, à cause du peu d'importance de l'affection, qui se montre à la peau par quelques élevures papuleuses et cède aux grattages, et c’est ainsi que la maladie s'étend et se multiplie. Il peut d’ailleurs, par des excès, la fatigue, les veilles, avoir do nouvelles recrudescences qui viennent s'ajouter successivement aux premières apparitions, et il arrive alors un moment où, après des années de l'existence de cette maladie, on la voit venir envahir toute la surface de la peau, particulièrement les membres et la figure. C'est alors que toutes ces papules, qui sont à divers mstants de la nuit ct du jour le siége de grattages, amènent l’épaississement du tissu de la peau, donnent lieu à des suintements séreux qui se transforment en écailles seches, très fines, se détachant par le frottement et par petits points isolés de la surface malade; ces écailles, libres dans la majeure partie de leur surface, adhèrent seulement par un point aux papules ou à la peau, de manière à représenter le lichen des arbres.
En cet état, il faut le dire, c’est le lichen confluent et chronique, c'est la maladie la plus cruellé par la démangeaison qu'elle cause, et c’est à cette forme qu'il faudrait donner le nom de lichen agrius, feros. En effet, les démangeaisons ont d’abord lieu à toute heure du jour, si le malade s'expose à la chaleur, «il fait une course, s'il s'échauffe de quelque manière que ce soit. Mais c'est surtout le soir, quelque temps après être au lit. qu'il s'eveille après un premier sommeil d’une heure ou unc heure et demie, et qu'alors il se gratte, se frotte, de toute mahière et dans tous les sens, quitte le lit, se promène en chemise, prend le frais ; et quand la chaleur qu'il a acquise dans le lit a
LICHEN. | hi cédé, quand les démangeaisons sont calniées par le froid , il se couche, se lève une heure après pour se rafraichir et recommencer les mêmes manœuvres jusqu'à l'aube du jour. Quelques malades sont même obligés de s'étendre nus sur le carreau pour y trouver le calme qu'ils recherchent. Chose remarquable, les grattages sont agréables, comme dans la gale; ils apaisent momentanément la démangeaison, parce qu'ils font place à un sentinent de cuisson moins excitant, moins provocant pour le malade. Mais ce n'est réellement qu'à l'aube du jour que les démangeaisons cessent et que le malade, épuisé de fatigue, goûte pendant quelques heures un sommeil calme et réparateur. Le lichen arrivé à cet état est réellement de toutes les maladies de la peau la plus tenace, la plus cruelle et la plus difficile à. guérir, surtout en été ; à cette époque de l’année, elle devient le siége de démangeaisons plus vives, et, sous l'influence de ces surexcitations répétées, d’un développement de furoncles plus ou moins nombreux à la surface de la peau. Des variations de température, des variations atmosphériques, comme les temps d'orage, par exemple, résulteront des grattages auxquels le malade ne peut résister. Ainsi, comme on le vait, le lichen chronique, qui peut ainsi envahir toute la peau, l’épaissir, lui faire sécréter de la sérosité ou suinter du sang; qui trouble le sommeil au point d'y mettre quelquefois l'obstacle le plus complet, constitue une affreuse affection à laquelle on pourrait à plus juste titre donner le nom de lichen agrius ou ferox, au lieu de l'appeler lichen simplex.
Il est une forme de lichen très limitée d'ailleurs, et qui a une grande ténacité, c'est celle qui se montre le long des doigts, souvent aussi dans leur intervalle et à leur naissance, de maniere à simuler la gale. Ce lichen est diffus, disparait et reparait successivement, de manière à se perpétuer aux mains sans plus d'intensité, mais pendant des mois et des années. C’est surtout chez les enfants très jeunes, et chez les jeunes femmes à peau fine et délicate, qu'on le rencontre.
Le lichen est d’ailleurs une maladie assez commune. Sur
4800 maladies de peau, je trouve notés 456 lichens, dont 419 hommes et 27 femmes. Elle naît dans le jeune âge et dans l'adolescence surtout. Je compte 70 cas de lichen, développés de 45 à 25 ans; 51 de 25 à 35 ans. A partir de cette époque, décroissance marquée ainsi: de 35 à 45 ans, 23 cas; et de 45 à 55 ans, 11 seulement. Elle se lie éminemment aux tempéraments nerveux où sanguins, à tel point que ces tempéraments figurent 109 fois sur 440 dans la statistique de cette affection. Elle tend à prendre une marche chronique, car sur 126 cas je n’en trouve que 14 de moins de 4 mois ; 8 cas, de 1 à 2 mois; 32 cas, de 2 mois à 1 an, 54 cas, de plus de 1 an; et 18 cas, de plus de 10 ans. C'est qu'en cffet, cette maladie s’entretient surtout par les grattages, qui développent d'autres papules à côté de celles qui existent et qui en multiplient ainsi le nombre d'une manière incessante.
Son siége le plus fréquent est aux jambes, 100 fois; aux avantbras et aux bras, 98 fois; puis viennent les cuisses, 93 fois ; les mains, 67 fois, la poitrine, 50 fois; la face et le cou, 38 fois. La complication la plus commune est avec le lichen agrius, 28 fois, et l’eczéma 11 fois. Il a été héréditaire 10 fois; contagieux dans un nombre de cas indéterminé.
Toutes les fois qu’une personne atteinte de lichen simplex à forme aiguë est soumise à un régime doux, à des bains aqueux, à de l'amidon et du saindoux à l’extérieur, il est rare que l’affection ne cède pas seule dans l’espace de quinze jours à trois semaines. La maladie ne se perpétue en général que lorsqu'elle est circonscrite, ou lorsque, diffuse, elle a été exaspérée par des écarts de régime ou des soins mal entendus. Il n’en est pas de même du lichen circonscrit, et à plus forte raison du lichen gyratus. Le premier est rebelle de sa nature et tend à se perpétuer sous sa forme de plaques; le dernier est plus rebelle encore; tuus deux exigent presque toujours, indépendamment d'un traitement général, l’usage de modificateurs locaux.
Lichen pilaris. — Cctte varièté de lichen simplex est toute spéciale. Elle affecte surtout les jambes là où existent des poils.
LICHEN. h53
Elle offre cela de remarquable, que les papules de lichen sont plus fortes et que chacune d'elles est traversée par un poil, la papule naissant à la base même du poil. La coloration des papules est aussi plus foncée, d’un aspect plus sombre; les démangeaisons sont peut-être moins vives. C'est toujours à l'état diffus que se montre cette variété de lichen.
Lichen lividus. — On donne ce nom à une variété de lichen qui se montre chez les personnes âgées, surtout aux jambes, et qui se distingue des précédents par la couleur sombre de ses papules et par leur coïncidence avec des taches de purpura. Cette variété amène aussi beaucoup moins de démangeaison.
Lichen agrius. — Voici une espèce très commune et qui merite de fixer toute l'attention des praticiens. Elle a pour cachet le développement de grosses papules dont la majeure partie donne lieu, avec le temps, à une sécrétion purulente à son sommet comme les pustules ; leur volume est d’ailleurs très divers; toutefois la sécrétion au sommet de la papule n'est que momentanée, en sorte que l'état papuleux reste comme caractère prédominant.
Cette maladie, qui se montre principalement à partir de l’âge de douze à quinze ans, peut se présenter sous trois formes différentes : lichen agrius diffusus, circumscriptus et gyratus, c'està-dire dans les mêmes conditions que le lichen simplex. Mais dans le lichen agrius circumscriptus les papules sont beaucoup moins disséminées ; elles occupent une surface plus circonscrite, quoique disposées sans ordre. C’est presque toujours à la face interne des cuisses et des jambes que se développe le lichen agrius ; et si l'on examine l'éruption en général, on voit qu’elle a de la tendance à y former des traînées de papules obliquement dirigées de dehors en dedans, et si confluentes, qu’elles amènent l'épaississement de la peau dans l'étendue de leur trajet. Ainsi surface plus ou moins large d’une éruption de grosses papules assez aplaties dont une partie fournit à son sommet une sécré-
tion purulente, qui parfois se concrète et couronne la papule d'une croûte grisàtre.
n54 PATHOLOGIE SPÉCIALE.
Le lichen agrius cireumscriptus n'a plus ui la méme forme, ni le méme siège ; c'est sous la disposition d’une plaque qui occupe une surface plus ou moins grande du pli des jarrets ou du pli «les bras qu'il se montre: là la peau est épaissie, rougeàtre, parsemée de quelques écailles ou lainelles épidermiquesàson centre, et est hordée d'un nombre plus ou moins considérable de papules confluentes, qui sécrètent surtout de la sétosité, Il en résulte une peau tendue, douloureuse dans les mouvements, et qui parfois est le siége de cassures saignantes. Mais dans bon nombre de cas l'affection n’est pas aussi dessinée, la peau est moins profondément malade, et l'état papuleux est ce qui frappe le médecin. Ainsi cette variété diffère, comme nous le disions, et par le siège, et par la forme. |
Quant au lichen agrius à forme gyratus, il est très rare, et ne se distingue du lichen simpler de mème disposition que par le volume des papules qui le constituent.
Ou serait porté à croire, d'après l'épithéte donnée à cette maladie, qu'elle eause des démangeaisons horribles : c'est une erreur. Certes elle en détermine, mais les malades atteints de lichen agrius se plaignent et souffrent beaucoup moins que ceux qui sont aftecls d'un lichen simplex confluent.
Le lichen agrius est constamment lié à un tempérament lvmphatique nerveux, ce qui explique les succès que l'on obtient, dans cette maladie, d'un médicament plus propre à combattre un ensemble lymphatique qu'un état nerveux général ; nous voulons parler de la teinture de cantharides dont naus exposarons le mode d'administration en traçant la thérapeutique du lichen.
Relativement à lu marche du lichen agrius, c'est une des affectious les plus tenaces, les plus soutenues et à forme la plus chronique. Il est des enfants qui gardent cette maladie durant de longues années. Elle s'améliore l'été, elle reparait l'hiver, ce qui est le contraire du lichen simjlex ordinaire. À cet égard, la statistique nous démontre que le lichen simplex debute principalement dans deux saisons de l’année, en hiver 34, en été 31,
LICHEN, h55 tandis que l’on ne compte de ce lichen que 9 cas en autonme et 411 cas au printemps; ce qui ne détruit en rien l'influence de l’été sur le lichen agrius, attendu qu'en général toute affection cutanée qui est à son maximum d'intensité en hiver tend à disparaître au printemps. Ce n'est pas que l’on ne puisse arrêter un lichen agrius à son début; mais sa marche lente, insidieuse, amène de la part des purents des démarches tardives auprès des médecins, qui ne connaissent pas toujours l'agent curatif par excellence de cette affection.
Formes composées.
Lichen urticans. — C'ost là une espèce toute particulière qui a été signalée par Bateman, et que l'on doit considérer plutôt comme un exanthème que comme un lichen. En effet cette maladie, propre surtout à l'enfance, est ordinairement précédée des symptômes généraux qui constituent les prodromes des exanthèmes: il est vrai qu'ils sont légers : courbature, céphalalgie, anorexie, quelques nausées et fièvre ; puis apparaissent à la peau, soit en dehors, soit en dedans des membres indistinetement, des groupes de rougeurs moins étendues que dans l’urticaire, plus acuminées que dans cette affection, avec un point central papuleux qui semble se confondre à sa base avec l’élevure rosée, moins décolorée d'ailleurs à son centre que dans l'urticaire. L'éruption se fait d’une manière successive, mails au lieu de disparaître dans l’espace de quelques heures, elle persiste pendant vingt-quatre heures, et ce laps de temps écoulé, il reste la papule de lichen qui met encore deux ou trois jours à céder complétement. Dans cette forme de lichen urticans la sensation n'est plus celle de l'urticaire. Dans cette dernière maladie il y a pieotement, cuisson; dans l’autre il y a surtout démangeaison.
Lichen eezémateux (eczéma lichénoïide). — Cette forme composée, à la fois papuleuse et vésiculeuse, est assez commune. Elle affecte la partie externe des membres sous la disposition do plaques à forme diffuse, sécrétantes, surtout au début de la ma-
ladie, et donnant alors de la sérosité roussâtre comme l’eczéfna : puis la sécrétion s’arrête peu à peu et l’état papuleux se montre nettement dessiné. Cette variété d’eczéma lichénoïde est plus facilement curable que le lichen circonscrit ou en plaques nummulaires.
Lichen herpétiforme. — Cette espèce n’est pas très rare; elle est, comme la précédente, sous forme de plaques, mais qui sont nettement arrondies et terminées par un bourrelet. Parsemées d’ailleurs de papules nombreuses et sans sécrétion appréciable, elles ont une grande ténacité et une grande durée. Elles tendent sans cesse à s'élargir et amènent des démangeaisons très prononcées. La différence principale qui existe entre ces deux variétés, c'est que la première est sécrétante, ce qui la relie au tempérament lymphatique et nerveux ; la seconde sécrète peu et se relie au tempérament bilieux et nerveux. Quant à ce qui différencie de forme le lichen herpétiforme du lichen simplez circumscriplus, c’est l'existence d’un bourrelet à la circonférence du premier, et par lequel s’opèrent les progrès incessants de la maladie, tandis que le lichen circonscrit reste assez stationnaire.
Diagnostic. — Telles sont les variétés de formes que peut offrir le lichen ; ces variétés diverses nous conduisent à tracer les caractères différentiels de chacune d'elles. On voit d'abord deux lichens différents entre eux par rapport au volume de leurs papules; c’est le /ichen simplex et le lichen agrius. Le caractère de la première espèce se déduit de la petitesse des papules, qu'il soit diffusus, circumscriptus ou gyrafus ; tandis que dans le Zichen agrius la papule a un volume double, triple ou quadruple; les papules, dans ce dernier, donnent souvent lieu d'ailleurs à une sécrétion que le/iehen simplex ne fournit jamais que très accidentellementet d’une manière insensible, à la suite de grattages, par exemple. Le lichen pilaris est très facile à distinguer, puisque chaque papule est traversée par un poil, phénomène qui, pour le dire en passant, détruit entièrement l'opinion de ceux qui font résider le siége anatomique du lichen dans les papilles de la peau. Quant au lichen lividus, on comprendra facilement
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combien la coloration vient ici apporter un cachet tout particulier à cette maladie, lorsqu'on se pénétrera de cette pensée que le lichen a généralement, à l’état aigu, une teinte rosée qui tend à le rapprocher des affections exanthémateuses. Mais il est une maladie avec laquelle on confond souvent le lichen : c’est la gale. Bon nombre de médecins commettent des erreurs à cet égard, et il faut dire qu'il n'est pas de diagnostic plus difficile dans quelques cas; c’est qu’en effet le lichen a parfois le même siége que la gale, entre les doigts et à leur naissance. C'est surtout chez les jeunes enfants que l'erreur est commune, parce que le lichen est souvent diffus, existant disséminé sur le ventre, la poitrine, les membres, comme la gale. Sous ce rapport cependant il est une circonstance particulière à la gale, et qui ne se rencontre pas dans le lichen : c’est l'absence de boutons à la figure ; tandis que le lichen se rencontre aussi bien à la figure, et même plutôt à la figure que sur les autres parties du corps. Mais c'est surtout par l'absence de vésicules au sommet des papules, par l'absence de sillons ou galeries d'acarus le long des doigts et à la verge, faits pour lesquels nous renvoyons à l’histoire de la gale (article Diagnostic), que l’on arrive par le secours de la loupe à établir ces différences : c’est une étude toute spéciale à faire.
Causes. — Si nous avons insisté sur la liaison du lichen avec le tempérament nerveux, il ne s'ensuit pas que nous regardions ce tempérament comme la cause unique et essentiellement prédisposante de cette maladie ; nous serions d’ailleurs dans l’erreur à l'égard du lichen agrius, dans lequel une certaine prédominance lymphatique existe toujours. Nous devons dire que le lichen simplex est le reflet le plus fréquent de divers états généraux, et notamment d'un état gastralgique ou entéralgique. À cet égard, il est très commun de rencontrer le lichen lié avec la gastralgie qui amène des rapports acides, mais souvent avec le pyrosis ou cette sorte d'ardeur épigastrique et œsophagienne qui est aussi assez commune; on l'observe encore dans les états morbides légers du foie. Ce sont ces cir-
constances qui vieunent justifier les indications que nous donnerons sur le traitement interne du lichen. Enfin le lichen repose toujours sur des peaux fines, délicates, plus ou moins blanches, et l'on verra que le prurigo a des conditions de siège souvent opposées.
Traitement. — Les indications thérapeutiques que réclame le lichen dérivent de divers ordres de faits : 4° de l’état aigu ou chronique ; 2° de la forme du lichen ; 3° de la liaison le cette affection avec un état morbide interne, ou de l'indépendance de toute autre maladie de ce genre. Le lichen aigu, quelle qu'en soit l'espèce, réclame essentiellement la médication antiphlogistique, et à cet égard rien ne réussit mieux que les rafraichissants à l'intérieur, les bains amidonnés, l’amidon en poudre sur les surfaces malades et le repos réuni à une diminution dans les aliments. On voit alors le lichen céder comme par enchantement. Toutefois cette dernière assertion ne peut être appliquée qu'au lichen diffus; car le lichen circonscrit, füt-il aigu, nécessite des soins plus soutenus, quoiqu'il soit beaucoup plus limité et plus discret. Nous en dirons autant du lichen diffus des doigts : ce n’est que par le repos des mains, l'absence de contact avec les agents extérieurs, les cataplasmes de fécule employés toutes les nuits, l’amidon le jour, que l’on parvient à le faire disparaitre ; encore est-il souvent nécessaire d’avoir recours à des lotions résolutives, et surtout à l'application de nitrate d'argent en dissolution faible (vay. Formulaire, Lotioxs n° 1).
Mais pour peu qu'un lichen ait été négligé ou mal soigné, il tend à prendre la forme chronique ; il n’est d’ailleurs pas de maladie de la peau qui ait plus de tendance à suivre cette marche, et c'est alors qu'il faut avoir recours à des médications générales et à des soins prolongés. fci se présentent, en raison du tempérament du sujet et de la forme du lichen, deux médications distinctes : l’une a pour base les alcalins sous toutes les formes, l’autre la teinture de meloe vesicatorius. La première se rattache au tempérament bilieux ou nerveux; la seconde au tempérament lymphatique nerveux. Toutes les variétés de lichen chru-
LICHEN. 439 nique sémplex proprement dit se guérissent sous l'influence dos alcalins. Les variétés de lichen agrius cèdent à merveille par la teinture de melue vesicatorius ; seulement il faut savoir graduer la dose de cette teinture suivant l’âge du sujet. Je renvoie, pour tout ce qui concerne l'une et l’autre médication, à la medication alcaline où antinetveuse (voy. page 94) el à la médication par la teinture do cantharides (voy. page 99).
C’est assez dire qu'il doit exister des caux minérales naturelles plus appropriées au lichen que d'autres, et à cet égard nous citerons celles de Vichy, de Plombières et de Louesche. Ces dernières m'ont procuré des succès fort remarquables, surtout dans les lichens circouscrits que je guérissais difficilement et qui exigoaicnt des soins prolongés. Entre autres faits je citerai une personne de trente-deux ans qui, dépuis deux ans, voyait revenir en hiver un lichen des mains et que je n'avais pu guérir sans récidives. Je l’envoyai à Louesche au mois d'auût, il en revint tout à fait débatrassé, maïs vers le milieu de décembre il se manitesta de nouveau quelques papules, et comme son séjour à Louesche lui avait été si utile, il vint me demander s'il ne pouvait pas aller aux bains dans cette saison. Infurmations prises, le trajet était encore praticable malgre les neiges. 1l eut le courage de s’y rendre, et, seul dans l'établissement, il reprit en plein hiver une nouvelle saison d'eaux qui le débarrassa complétement. |
Ce ne serait à aucune de ces eaux qu'il faudrait envoyer un malade atteint de lichen agrius. Cette forme réclame l'emploi d'eaux sulfureuses ou sulfo-alcalines. Les eaux sulfureuses des Pyrénées d'abord, puis après leur usage celles de Bagnères-de- Bigorre pour calmer la surexcitation nerveuse, telle est la marche qu'il faut faire suivre aux malades atteints de cette affection.
Mais c’est dans les lichens chroniques plus ou moins circonscrits, tenaces, rebelles, qu’il est souvent nécessaire de modifier les surfaces malades par des cautérisations superficielles au nitrate d'argent. Je ne connais pas de maladie qui change plus
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la vitalité du tissu de la peau que celle-là. Si Alibert avait constamment son crayon de nitrate d'argent à la main dans les dernières années de sa pratique, cette méthode, portée chez lui jusqu'à l’abus, était bien justifiée pour cette affection ; à pius forte raison lorsqu'il s’agit des lichens eczémateux et herpétiforme. Dans ce dernier cas c’est surtout le bourrelet qu'il faut toucher. Dans le lichen eczémateux rebelle je n'hésite pas à faire suppurer la surface malade à l'aide de pommade épispastique étendue, de manière à modifier la vitalité du tissu. — Ces divers moyens que je viens d'énumérer n’excluent pas l'usage préalable des pommades résolutives ordinaires au tannin, à l'oxyde de zinc, celle au nitrate de bismuth associée surtout à des modificateurs du système nerveux, le chloroforme et le camphre.
Quant au lichen urticans, c'est une éruption que l'on peut considérer comme un exanthème, et qui veut être respectée et traitée par les émollients simples tant à l’intérieur qu'à l'extérieur, les tisanes rafraichissantes, l’amidon en poudre et les bains simples.
STROPHULUS, feux de dents.
Intertinctus. Confertus.
Albidus. Volaticus.
Candidus.
Willan a donné cette richesse de dénominations à diverses variétés d'une forme de lichen qui affecte les enfants à la mamelle, particulièrement à l’âge où s'opère le développement des dents. Cette éruption papuleuse se distingue en général du lichen par le volume plus considérable des papules, qui ont presque toujours un aspect exanthémateux plus ou moins marqué. La dénomination de feux de dents fait assez sentir à quelle cause on rattache généralement le développement de cette maladie. Sans nier l'existence de cette cause, qui joue un rôle très grand dans la naïssance des maladies des enfants à la mamelle, M. Rayer fait observer avec raison que l'alimentation de l'en-
STROPHULUS. 61
fant, souvent trop forte et amenant une irritation gastro-intestinale, doit être pour beaucoup dans son développement.
Quoi qu'il en soit, le strophulus peut se montrer sur toutes les parties du corps, mais principalement au visage, sous forme de grosses papules diffuses avec démangeaison plus ou moins incommodes pour l'enfant. L'éruption, quelquefois accompagnée de fièvre, est souvent successive ; elle se guérit dans un point pour reparaître dans un autre, et elle n'a guère qu'une durée de sept à huit jours pour chaque papule, et quelquefois moins. Voici maintenant les caractères qui différencient les espèces. Si les papules sont d’un rouge animé, proéminentes, éparses et entremélées de rougeurs érythémateuses d’une étendue variable, c'est le strophulus intertinctus, qui disparaît souvent le matin pour reparaître le soir et se terminer en prenant une teinte jaunâtre, avec desquamation. Si les papules sont petites, blanchàtres à leur centre et rouges à leur circonférence, c'est le s{rophulus albidus, plus proéminent que le précédent et affectant principalement la face, le cou et la poitrine. On le nomme candidus lorsque les papules sont plus larges et uniformément blanches ou espacées les unes des autres, et affectant de préférence les membres. Enfin Willan a fait deux variétés basées sur la confluence des papules, sfrophulus confertus, et sur l'état successif et de peu de durée de chaque groupe d'éruption, strophulus volaticus. Dans la première de ces deux variétés, c’est surtout le dos et le tronc qui sont le siége de l’éruption ; il existe alors une petite sécrétion séreuse généralement résurbée d’ailleurs, mais que l'on peut faire écouler à l’aide de la piqûre avec une aiguille, et qui est placée plus profondément que sous l’épiderme, ainsi que cela a lieu pour les vésicules : aussi on le confond souvent avec la gale. Ces papules sont de plus longue durée et ne se terminent guère que dans l’espace de quinze jours, tandis que dans la seconde variété chaque groupe d’éruption se termine par desquamation dans l’espace de trois ou quatre jours ; les papules sont d’ailleurs beaucoup plus petites.
Quant au traitement, c’est évidemment à une médecine d’ob-
h62 PATHOLOGIE SPÉCIALE.
servation qu'il faut avoir recours ; il y a lieu surtout de surveiller l'alimentation de l'enfant, le lait de la nourrice, d’administrer quelques bains à la fin de léruption, et au besoin de saupoudrer d'un peu d'amidon les surfaces malades.
Paunico. Pruritus, morbus papulosus ; scabies papuliformis. Morbus pedicularis ; phthiriasis ; maladie pédiculaire.
Avec papules : Sans papules : Prurigo milis. Prurigo général.
— formicans. — partiel.
— senilis. — podicis.
— pedicularis. — pudendi muliebris.
— scroli.
— plantaris.
Tous les auteurs ont dépeint avec raison cette maladie sous les couleurs les plus sombres, sous le rapport de sa ténacité et des démangeaisons qu’elle cause, se rapprochant en cela du lichen chronique arrivé à sa dernière période. C’est qu’en effet, il y a dans cette affection quelque chose de tout particulier e qui différe de toutes les autres maladies, en ce sens que la lésion locale n'est nullement en rapport avec les phénomènes généraux qu'elle cause. Dans certains cas même le phénomène général existe sans lésion locale, et lorsqne Alibert a décrit le prurtgo latent, qu'il n’a fait qu'indiquer d'ailleurs, il a été dans le vrai, puisqu'il est des malades qui ne présentent à la peau aucune altération, et chez lesquels on observe la démangeaison et la surexcitation nerveuse la plus vive. Aussi n’hésitons-nous pas à admettre l'existence d’un prurigo sans papules, contrairement encore à l'opinion de tous les auteurs qui ont écrit après Alibert. M. Rayer seul reconnait qu'il est des cas où il n'y a aucune proportion entre la démangeaison et l'éruption. J'ai vu trop d'exemples de prurigos sans papules pour ne pas admettre cette espèce. D'ailleurs, longtemps avant Alibert, Lorry, qui, sous le nom d'intertrigo, a décrit le prurigo pudendi muliebris avec tant de talent, a fait ressortir cette variété de prurigo sans papules par rapport à ce prurigo partiel.
PRURIGO. h63
Mais, chose remarquable, le prurigo peut être circonscrit à une surface de quelques centimètres, comme celle que représente le périnée de la femme, où il peut être général ; de là nos deux sous-divisions. Nous attachons d’ailleurs fort peu d'importance à ces variétés de prurigo mitis, formicans, senilis; la forme morbide est toujours à peu de chose près la même.
Il n’en saurait être ainsi de la distinction entre le prurigo simple et le prurigo pédiculaire, qu’il ne faut pas confondre avec la maladie pédiculaire. Les poux, dans le prurigo pédiculaire, ne sont pour ainsi dire qu’une complication, qu’un accident. La maladie pédiculaire a au contraire son évolution, sa forme morbide toute différente de celle du prurigo. Quoi qu’il en soit, établissons les caractères qui sont propres à cette affection.
Le prurigo est une maladie à forme papuleuse, mais la papule morbide ne ressemble, ni à celle du lichen, ni à celle du strophulus ou de la gale. Dans ces trois maladies les papules sont acuminées, plus ou moins rosées; terminées dans la gale par une très petite vésicule, elles sont consistantes et charnues dans toute leur étendue pour les deux autres affections; d’ailleurs toujours plus ou moins rosées dans les trois cas et ayant pour siége presque exclusif la partie interne des membres, le devant de la poitrine, et pour deux de ces maladies la figure. Si l’on gratte ces papules, on en fait sortir de la sérosité dans la gale ; et il faut des grattages réitérés coïncidant avec une date ancienne de maladie pout amener ce résultat dans le lichen et le strophulus. Les papules ne s’excorient que difficilement, dans ces deux affections : les grattages sont la cause du développernent de nouvelles papules à côté des anciennes, mais ils ne sont pas généralement accompagnés d'une sécrétion.
Le prurigo au contraire affecte exclusivement le doset la partie externe des membres. Toutes les papules quile constituent sont extrêmement petites, peu élevées au-dessus du niveau de la peau, presque plates, s’excorient avec une grande facilité, et fournissent un peu de sang; de sorte qu'après quelques grattages chaque papule se trouve recouverte d'une petite lamelle de sang coa-
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gulé. L'existence de ce sang coagulé, réunie à leur siége, donne à ces papules un aspect tout spécial et tellement caractéristique, qu'il suffit d'avoir vu un prurigo nettement tranché pour ne jamais confondre cette maladie avec aucune autre : d’ailleurs elle est accompagnée d’une vive démangeaison qui, comme le lichen et la gale, augmente par la chaleur, mais qui se montre, comme dans ces affections, de préférence le soir, et souvent lorsque le sujet qui en est atteint se déshabille. Tels sont les principaux traits qui caractérisent cette maladie. 1} faut cependant retrancher de ce tableau tout ce qui a trait au prurigo sans papules et qui offre d'autres caractères que nous spécifierons lorsque nous en traiterons en particulier.
Le prurigo papuleux affecte en général deux âges opposés de la vie, l’enfance et la vieillesse. Cependant on peut aussi le rencontrer dans l’âge adulte. Willan et Alibert lui assignent principalement comme siége une peau blanche plus ou moins épaisse. Cela est exact pour le prurigo de l'enfance ou de l’adolescence, mais il est très commun de le rencontrer sur des peaux épaisses et brunes. Il est vrai que ce second cachet de peau est surtout celui du prurigo sans papules.
Tous les auteurs ont répété avec Willan que le prurigo papuleux pouvait être mitis, formicans et senilis. Ces variétés ne différent que par l'intensité de la maladie et par la sensation différente qu'elle peut faire naître. Nous ajouterons, quant au prurigo senilis, la ténacité du mal et la difficulté d'en débarrasser ceux qui en sont atteints.
Le prurigo mitis, qui est généralement propre à l'enfance et à l'adolescence, se manifeste sur les épaules, les lombes, la partie externe des membres, par une démangeaison incommode avec déveluppement de papules qui ne paraissent pas enflammées, à moins qu'elles ne soient gratiées; ces papules s'excorient par le grattage et se couvrent d'une croûte sanguine: c'est surtout quelque temps après être au lit, que se déclarent les démangeaisons qui privent le malade de sommeil pendant un certain temps.
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il n’en est pas tout à fait de même du prurigo formicans qui affecte plutôt l’âge adulte. Dans cette variété la sensation n’est plus celle d’une démangeaison ordinaire, c'est la sensation d’une foule de fourmis qui parcourent la peau ou d’un grand nombre d'insectes qui viendraient à ramper sous la peau ; d’ailleurs, ce n’est pas toujours la même sensation, certains malades se sentent la peau traversée par des milliers d’aiguilles brûlantes; tous accusent une ardeur, une âcreté du sang. Mais quelle que soit la sensation , elle est vive, pénible, porte le trouble dans tout le système nerveux, et comme elle apparaît le soir, peu de temps après être au lit, elle empêche tout sommeil, elle force le malade à se lever, à se promener en chemise pour prendre le frais : s’il se recouche, il est obligé de se lever de nouveau et souvent de s'étendre nu sur le sol pour calmer ses démangeaisons ; enfin, ce n’est que vers le milieu de la nuit ou quelquefois à l'aube du jour qu’il commence à goûter du repos. Inutile de dire qu'il se gratte, qu'il s’écorche la peau, et qu'en dehors des papules excoriées on trouve souvent sur la peau des trainées sanguines d'ongles qui se sont promenés avec violence pour satisfaire les démangeaisons.
La maladie semble dans quelques cas héréditaire; il n'est pas rare de la voir se manifester chez plusieurs membres d'une même famille.
Elle n’a pas dans ces diverses formes la même intensité et la même durée. Ainsi le prurigo mtfis est loin de persister et d’être rebelle aux traitements comme le prurigo formicans et surtout le prurigo senilis. Mais tous les auteurs se sont accordés à regarder cette affection comme étant rebelle; peut-être ont-ils exagéré cette manière de voir. Pour moi au moins, la ténacité du prurigo est en raison de deux circonstances, son ancienneté d’abord, puis sa localisation. Ainsi, il est beaucoup plus facile de guérir un prurigo général qu’un prurigo partiel, même de date récente. Quant au prurigo général, on le guérit assez facilement et assez vite, à moins qu'il ne soit fort ancien.
C'est dans la misère, la malproprété et les chagrins qu'il faut
chercher les causes de cette affection, pour l’âge adulte et la vieillesse. Ces causes expliquent comment le prurigo est si commun chez les vieillards généralement peu soucieux des soins de propreté. Au surplus voici ce que la statistique nous a appris à cet égard : Sur 59 cas de prurigo recueillis dans mon service, on en trouve 39 chez les hommes et 20 chez les femmes; 28 se rapportfaient au tempérament sanguin ou au tempérament sanguin lymphatique ; 44 au tempérament lymphatique nerveux : 6 seulement au tempérament nerveux et 2 au tempérament bilieux. Il y a, comme on le voit, une différence marquée entre cette affection papuleuse et le lichen qui se relie essentiellement au tempérament nerveux. La gale dans 28 cas où l'on avait tenu compte des maladies antérieures, figurait pour 16 fois. Sur ces 59 cas on comptait 4 prurigos de moins de 4 mois; 33 de 14 mois à 1 an; 16 de plus de 1 an; et 6 de plus de 10 ans; ce qui prouve l’incurie de ceux qui la conservent souvent sans se faire traiter, la difficulté de la guérir dans quelques cas et surtout ses récidives faciles. C'est surtout en été et en hiver qu'elle débute, car sur 34 cas il y en a 12 développés en été et 10 en hiver. On a tenu compte de quelques chiffres par rapport aux récidives, les voici: 5 cas à leur première récidive, 4 à sa deuxième, 9 récidives multiples et 3 récidives annuelles depuis fort longtemps. Si la statistique avait été plus complète, elle eût augmenté ces chiffres dans une grande proportion. 10 fois sur 12, la malpropreté et la misère sont désignées commecause ; 2 fois sur 12, le chagrin. Enfin, la statistique justifie encore ce que les auteurs ont écrit sur l’âge auquel 8e développe la maladie. Ainsi sur 51 cas où il est noté, on en trouve 12 développés de 15 à 25 ans ; 3 seulement de 25 à 35: puis une progression croissante, c'est-à-dire, 8 de 35 à 45; 42 de 45 à 55 ; 11 de 55 à 65 et 5 de 65 à 75. Il faut faire observer que relativement au petit nombre d'individus qui arrivent à un âge avancé, ces derniers chiffres sont considérables quand on les compare surtout à la pénode de 25 à 35 et à celle de 35 à 45.
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Quant au développement de la maladie il est toujours gradué, assez lent, à moins qu'il ne s'agisse du prurigo pédiculaire. Des démangeaisons se font sentir sur les épaules, au cou ; elles s'étendent peu à peu aux membres supérieurs, puis aux membres inférieurs. Mais quand il s’agit du prurigo mitis ou de la jeunesse, il n’est pas rare de voir l'affection débuter par les membres et notamment par les avant-bras etles jambes pour gagner
les parties supérieures du corps. Dans cette espèce, les papules
à croûtes sanguines se montrent très vite, tandis que dans le prurigo seniles les papules sont beaucuup moins nombreuses et paraissent être précédées dans leur développement par la démangeaison de la peau.
Toutes les parties du corps, la figure même, peuvent être envahies par le prurigo; mais cette dernière partie n'est qu’exceptionnellement atteinte, puisque nous ne trouvons, sur 59 cas, que trois exemples de ce genre.
Le prurigo papuleux peut d’ailleurs disparaitre seul ; il cède à la fin de la saison dans laquelle il s’est montré pour reparaître souvent à la même époque l'année suivante, à moins qu'il ne soit entretenu par des conditions de malpropreté.
Il y a, comme on le voit, une assez grande distinction à faire entre le prurigo papuleux du jeune âge et le prurigo papuleux du déclin de la vie ou de la période avancée de la vie. Le prurigo du jeune âge, qui se montre depuis la naissance jusqu'à vingt ans environ, est une maladie aiguë qui naît sur des sujets lymphatiques et qui peut paraitre et disparaitre spontanément. Ïl n'est pas toujours nécessairement lié à la misère et à Ja malpropreté comme le prurigo d'un àge plus avancé quoique, même dans cette période de la vie, la malpropreté puisse encore intervenir comme cause ; mais il se rattache souvent alors à quelque gastralgie ou altération de fonction des voies digestives. Aussi, le traitement doit-il en être modifié en raison de ces circonstances.
Les détails dans lesquels je suis entré à l'égard des caractères du prurigo, me dispensent d’en établir le diagnostic général; ni
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le lichen, ni la gale, ni le strophulus qui sont les maladies les plus voisines de cette affection, ne peuvent être confondus avec lui ; le siége de chacune de ces maladies, par rapport à celui du prurigo, qui attaque la partie postérieure du corps et la par- <ie externe des membres ; la forme des papules toutes tapissées dans le prurigo de petites croûtes sanguines, ne’ permettent pas ‘de confondre cette maladie avec les précédentes.
Mais ce qu'il ne faut pas perdre de vue, c’est que la gale, le lichen, le prurigo, sont des maladies qui se relient entre elles, que l’on retrouve souvent à la fois sur le même individu, ce qui rend le diagnostic de chacune d'elles beaucoup plus difficile. Ces coïncidences assez communes ont dû être pour quelque chose dans les idées émises récemment sur la gale,
Traitement. — J'isole à dessein le traitement du prurigo papuleux de l'histoire et du traitement du prurigo non papuleux. En effet, autant est facile la guérison d’un prurigo papuleux, autant est difficile le traitement d’un prurigo non papuleux. On peut établir à cet égard, suivant moi, cette proposition, que le prurigo est d'autant plus facile à guérir , qu'il est accompagné du développement d’un plus grand nombre de papules.
Tout prurigo né dans des conditions de jeunesse et développé depuis peu de temps, doit être traité par des émollients, quelquefois même le traitement doit être précédé d'une petite émission sanguine; les bains gélatineux, le saindoux à l'extérieur, quelques médicaments ou une hygiène propre à combattre les symptômes de gastralgie quand ils existent ; plus tard l'emploi d'une pommade légèrement sulfureuse et alcaline, voilà un ensemble de moyens toujours suffisants pour amener la guérison.
- Depuis un grand nombre d'années j'applique au prurigo d'un âge plus avancé de la vie le traitement de la gale, non pas celui en deux heures, mais les bains sulfureux tous les deux jours et des onctions sur le corps avec une pommade sulfo-alcaline (voyez Formulaire). Ce traitement est si rapide et si complet dans ses résultats, que j'ai toujours été frappé de voir les au-
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teurs parler du prurigo comme d’une maladie presque incurable. Je vais plus loin, et dans beaucoup de cas, je crains de guérir trop vite, ce sont ceux où le prurigo siége sur des sujets qui ont, comme on le dit, la respiration un peu courte, ou qui sont un peu asthmatiques. Il faut à cet égard que l’on sache, ainsi que je l’ai dit, dans la pathologie générale de cet ouvrage et ainsi que je l'ai fait pressentir en parlant de la guérison de la gale en deux heures, que la disparition brusque d’une démangeaison habituelle peut développer tous les accidents que développe la suppression d'une sécrétion de longue date à la peau. La poitrine se prend, s’embarrasse, la respiration devient anxieuse, sibilante, le pouls s’affaiblit et prend de la fréquence, la figure s’altère, tout cela dans l’espace de quelques heures et l'individu est en danger de mort, comme si une surface eczémateuse s'était brusquement desséchée. Il faut donc dans le traitement prendre en grande considération l'état de la poitrine du sujet et guérir d'autant plus lentement, que le prurigo est de date plus ancienne. Inutile d'ajouter qu'après la guérison , il faut recommander aux malades des soins de propreté et l’usage de bains alcalins ou savonneux (voyez Formulaire),
Prurigo pédiculaire.— Je ne prétends pas décrire la maladie pédiculaire dans l’histoire du prurigo. J'ai déjà dit que, pour moi, la maladie pédiculaire proprement dite et dont on retrouve des exemples très tranchés dans ces foyers de poux qui surgissent soit à la surface de la tête, soit à la surface du corps, est autre chose. Dans le prurigo pédiculaire il semble que les poux soient une complication. Ainsi l'on observe à cet égard deux ordres de faits : chez un individu déjà atteint de prurigo général avec papules localisées comme nous les avons décrites, il va se manifester quelques poux, parce que cet individu est couché avec un individu qui a été porteur de poux ; mais alors ils seront rares, disséminés à la surface du corps. Les produits morbides de la peau provenant de la morsure de ces insectes ne seront qu'accidentels, tandis que les papules de prurigo constitueront le cachet principal de l'affection ; c'est ce que:
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l'on observe chez beaucoup de vieillards malheureux et malpropres.
Dans la maladie pédiculaire soit de la tête, soit du corps, il n'ya plus du tout le même cachet. Le prurigo proprement dit ou la démangeaison, ce que dans l'espèce je regarde comme synonyme existe seul à l’état de prurit; l’altération morbide est tout autre. Je sais combien il sera difficile dans certains cas de poser la limite entre les deux affections, mais, sous le rapport scientifique, je crois qu'il estimportant d'établir la distinction.
Je suis convaincu que la maladie pédiculaire peut se développer spontanément, je ne suis pas eussi certain de cette spontanéité pour la naissance des poux dans la maladie pédiculaire.
Quoi qu'il en soit, voici quel est le cachet du prurigo pédiculaire ; comme dans le prurigo simple il existe des papules à croûtes sanguines disséminées sur le dos et sur la partie externe des membres ; mais on voit en outre sur le devant et sur le haut de la poitrine, sur le ventre, ainsi qu'entre les papules de prurigo qui octupent la partie supérieure du dos, une série le petites excoriations de la peau et une foule de petits points enflammés très élevés au-dessus du niveau de la peau, se rapprochant un peu du lichen sans en avoir la forme conique Bien tranchée; çà et là des petites surfaces légèrement suintantes et d'où s'échappe un peu de matière à la fois séreuse et muqueuse, de sorte qu'au lieu d’avoir un état papuleux à croûte sanguine bien arrêté, bien net, sur une peau saine, on a un mélange de toutes les altérations que nous venons de décrire, reposant sur un fond plus ou moins rouge de la peau. Cet état dans la région antérieure du corps simule la gale du ventre et de la poitrine.
Inutile de dire que le prurigo pédiculaire amène aussi des démangeaisons, mais celles-ci ne sont plus de même nature ; elles sont une double conséquence et de l'affection prurigineuse et de l'existence d'une proportion plus ou moins grande d'insectes qui se promènent à la surface de la peau
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Quant à la durée de l'affection elle est illimitée comme toutes les maladies avec production végétale ou animale; tant que la source de ces productions n’est pas détruite, la maladie persiste ; mais, il faut le dire, rien de plus facile à guérir qu’un prurigo pédiculaire, les bains sulfureux et la pommade sulfureuse simple (voy. Formulaire) suffisent parfaitement ; il n’est même pas besoin d'employer une pommade sulfo-alcaline. Ici un précepte que nous avons déjà établi à Fégard du prurigo, trouve plus entièrement encore son application, à savoir qu'il ne faut pas guérir trop vite la maladie et surtout ne pas détruire trop rapidement les poux. Au surplus nous renvoyons à cet égard le lecteur à la description que nous ferons de la maladie pédiculaire. 11 suffit donc d’un bain sulfureux tous les deux jours, puis après trois bains, des onctions avec la pommade sulfureuse sans qu’on soit obligé d'employer de frictions comme pour le traitement de la gale.
… Prurigo sans papules. — Alibert n’a fait qu'entrevoir cette maladie; c’est en quelques lignes qu’il cite l'exemple d’une jeune religieuse carmélite, qui était tellement tourmentée par cette affection, que dans la nuit elle s’élançait précipitamment de sa couche et trouvait une sorte de soulagement à se placer à nu sur le carreau de sa chambre. Il attribue cette affection à ce que cette religieuse portait par mortification une chemise de laine ; c'est là une erreur : combien de personnes qui sont couvertes de laine de la tête aux pieds et qui n’ont pas de prurigo. Il cite encore le cas de la fille d’un pâtissier qui eut cette maladie jusqu’à son mariage où, déplacée de l'habitation de son père et loin de la chaleur continuelle d’un four, elle vit disparaitre cette maladie. Alibert a désigné cette variété sous le nom de prurigo latent. J'ai eu occasion de l’observer si souvent, que je n'hésite pas à en faire une variété très distincte et je rattache à cette espèce les prurigo partiels décrits par les auteurs sous les dénominations de prurigo podicis, pudendi muliebris, scrofi et plantaris. Dans tons. ces prurigos on retrouve des caractères communs très nets qui les rapprochent. 4° La démangeaison
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plus vive, plus poignante, plus irrésistible que dans toutes les autres variétés de prurigo papuleux; 2° l'absence absolue de papules ou une disproportion énorme entre la démangeaison et l'existence de quelques rares papules, incapables de les justifier; 3° l’état endurci, presque fanné de la peau, qui, dans certains cas, est porté si loin, qu’un malade atteint de prurigo général de cette espèce se gratte à outrance tous les soirs et qu'il n'en reste pas de traces le lendemain. L’ongle éraille légèrement l’épiderme, il n’en ‘enlève qu’une cuticule très mince sans amener aucun suintement sanguinolent; et certes ces malades ne ménagent pas les grattages ; 4° enfin, quand le prurigo sans papules est partiel et qu'il attaque une partie maintenue dans un état de contact constant avec la peau voisine, comme les bourses, le périnée, la marge de l’anus, alors s’il s'opère accidentellement un suintement, il est muqueux, plastique, et la peau, sans être très sensiblement excoriée, en devient seulement plus épaisse ; 5° enfin tout prurigo sans papule est d'une guérison bien plus difficile que le prurigo papuleux. C'est au prurigo sans papules qu'il faut rattacher tout ce que disent les auteurs des difficultés que le médecin éprouve à guérir cette maladie. Voilà donc un prurigo bien spécial et qui se différencie nettement du prurigo papuleux. Nous n'avons rien forcé dans les caractères que nous en avons donnés. Ajoutons que, lorsqu'il est général, on le rencontre surtout chez les individus d'un tempérament bilioso-lymphatique. à peau brune; qu'il s'observe en général à un âge assez avancé de la vie; qu'il se relie souvent à des lésions chroniques des organes abdominaux, soit des tumeurs du côté du foie, des augmentations de volume ou engorgement de la rate, ou à des tumeurs abdominales de nature diverse. 1] parattrait aussi se rattacher à certaines professions, car un boulanger auquel j'ai donné des soins l’a conservé pendant dix-huit à vingt ans, exposé qu'il était continuellement à la chaleur de son four, et à l'instar de la fille de ce pâtissier, traitée par Alibert. Il est des individus qui en restent atteints pendant de lon-
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gues années et pour lesquels la démangeaison devient un besoin de tous les jours. Aussi, quand on les débarrasse trop rapidement, ou quand par une cause accidentelle cette démangeaison vient à disparaître, ils sont pris tout à coup d'accidents les plus graves, ordinairement du côté de la poitrine, ou du côté des intestins: soit pour la poitrine, l’anxiété de la respiration et tous les phénomènes de l’engorgement séro-sanguinolent des poumons ; soit pour les intestins, d’une diarrhée très abondante; la vie du malade étant en danger dans les deux cas.
C’est encore aux sulfureux qu'il faut avoir recours dans le traitement de cette maladie. Aussi les eaux thermales de cette nature conviennent-elles parfaitement, mais elles sont souvent insuffisantes; de là l'emploi des alcalins en pommade, en bains, la pommade au précipité blanc, celle de l’huile de cade (voyez Formulaire), les bains de mer, etc., ceux à l'alun et même au sublimé. C’est assez dire, en présence de modificateurs si variés, combien de médecins échouent souvent.
Prurigo sans papules, partiel. — On peut réunir dans la même description les variétés de prurigo podicis, pudendi muliebris, scroti, etc. En effet, c'est la même maladie localisée dans un endroit différent et n’amenant de la variété dans les symptômes qu'en raison même du siége qu'elle occupe. Et d’abord, rappelons comme un fait général que chacun de ces prurigos est plus difficile à guérir que le prurigo général. C'est encore une circonstance qui vient confirmer une assertion que j'ai émise dans mes notions de pathologie générale, à savoir que toute maladie de la peau limitée à un seul point du corps, est toujours d'une curation beaucoup plus difficile qu'une maladie disséminée à sa surface.
De ces diverses affections la plus commune est celle de l'anus, prurigo podicis; elle affecte principalement les hommes. Celle qui lui correspond chez la femme est le prurigo du périnée qui s'étend peu à peu aux grandes lèvres, mais dans leur partie postérieure seulement, ce qui le distingue du prurigo pudendi muliebris, qui siége au contraire en avant. Le prurigo pod'icis se
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montre à tous les âges à partir de l’adolescence et de la jeunesse ; il est cependant plus commun dans l’âge adulte qu'à toute autre époque de la vie. C'est au pourtour de l’anus qu'il naît d'abord ; il s'étend peu au delà, mais il se prolonge en arrière le long du raphé qui gagne le coccyx et en avant vers le -périnée. Toutefois il n’atteint que lentement ces parties; il n’est -pas rare de le voir se relier, comme la fistule anale, sinon à la phthisie directement, au moins à des poitrines délicates; et alors cette circonstance doit appeler toute l'attention du médecin, car une guérison intempestive peut être suivie des plus graves accidents. J'ai donné des soins à un jeune magistrat qui était atteint de cette maladie depuis plusieurs années ; elle en était arrivée à ce point, qu’il ne pouvait plus siéger à l'audience, obligé qu'il était de se déplacer continuellement de droite et de gauche sur son siége. La santé générale était bonne, la poitrine peu forte. Cependant, j’eus beaucoup de peine à guérir ce prurigo, et quoiqu'il n'y ait eu qu’une extinction graduée de la démangeaison, il survint quelques temps après, çà et là, une expectoration sanguinolente, plus tard deux hémoptysies; à une époque plus avancée, l’hémoptysie et les accidents de la poitrine disparurent pour faire place à des douleurs vésicales, accompagnées bientôt d’un état catarrhal de la membrane muqueuse. La maladie de vessie fut remplacée par une gastralgie et ce n'est qu'avec le concours de soins empressés et soutenus, que la santé générale fut complétement rétablie, sans retour du prurigo. Je me suis toujours demandé à l’occasion de ce fait et de quelques autres plus ou moins analogues, si la guérison quoique graduée, quoique lente, d’un prurigo devenu insupportable d’ailleurs, n’avait pas été pour quelque chose dans le développement consécutif des accidents.
Dans cette maladie les démangeaisons sont excessives, et cependant on ne voit rien à la peau ; mais lorsque la maladie est de date asser ancienne déjà, on peut, en examinant ce tissu d’un peu près, reconnaître que là où elle siége le plus fortement, existent des parties de peau qui. malgré toute absence
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d'inflammation, semblent transformées en une sorte de tissu doux au toucher et presque muqueux. Elles sont blanchàtres, lisses, onctueuses au toucher, et cet état de la peau fait contraste avec la peau saine qui reprend alors son aspect sec et ferme. Ceci est très important à connaître pour juger des progrès de la guérison ; tant que la peau n'a pas acquis sa densité, sa sécheresse, elle n’est pas guérie. D'ailleurs çà et là quelques papules rares et encore souvent il n’en existe pas. Les démangeaisons n’ont pas de moment, d'heure régulière où elles se montrent, cependant, c'est surtout durant la nuit qu’elles sont plus fortes et qu’elles causent alors une insomnie de plus ou moins de durée. Le malade fait taire momentanément ces symptômes par le grattage auquel succède une cuisson plus ou moins vive qui n'est que momentanée et qui fait place à une démangeaison nouvelle. Rien de plus pénible que cette maladie chez les jeunes filles quand elle siége au périnée. Quoique le périnée soit très court chez la femme, le prurigo y prend siége pour s'étendre ensuite à la partie postérieure des grandes lèvres. Un sentiment de pudeur bien naturel conduit ces jeunes personnes à cacher même à leurs proches cette affection ; mais bientôt l’impossibilité de s'asseoir, parce que le moindre frottement, le moindre mouvement dans la situation assise réveille leurs souffrances, les amènent à avoucr leur maladie. Les explorations médicales deviennent bientôt nécessaires, et alors en présence d’un état local qui paraît presque normal, le médecin est conduit à rechercher si l’utérus ne serait pas malade, et si ce ne serait là qu'un reflet d’un état morbide des parties génitales internes. Il est ainsi conduit d'erreurs en erreurs; il n'apporte aucun soulagement aux souffrances de la jeune personne et bientôt le moral en est affecté; surviennent la tristesse et le chagrin quelquefois le plus profond; puis le séjour sur une chaise longue. qui prive de tout exercice, de toute promenade, car la marche elle-même réveille les démangenisons ; puis se montre une altération générale de la santé consécutive au chagrin et à des fonctions digestives qui s’opèrent mal. C’est ainsi qu'une ma-
ladie d'apparence si légère peut être compromettante pour les personnes qui en sont atteintes.
Mais cette même maladie siégeant au pubis, à la partie supérieure des grandes lèvres et au voisinage du clitoris, devient pour la femme une nouvelle source de symptômes des plus pénibles. Le prurigo pudendi, dont les démangeaisons sont agréables, éveille essentiellement les désirs vénériens avec d'autant plus de vivacité que la personne qui en est affectée est plus ou moins portée à les satisfaire. C’est alors chez certaines femmes une lutte sans cesse renaissante qui lui fait fuir jusqu’à son mari, dont les approches ne font que porter plus loin une première sensation, un premier désir; lutte de tous les moments, qui se réveilleavec plus d'énergie durant le calme et la solitude de la nuit, et que rien ne peut apaiser dans quelques cas, voire même les applications les plus froides, la glace par exemple. Sorte de torture lente pour des religieuses, par exemple, qui ne peuvent trouver de consolations à leurs maux que dans leur foi profonde et leur amour pour Dieu.
Mais la femme n’est pas seule vouée à de pareilles souffrances, le prurigo peut atteindre le pénis et les bourses, et dévélopper chez l’homme les mêmes sensations. Il faut cependant dire qu’elles sont généralement moins vives et que cette sorte de prurigo est beaucoup plus rare.
Traitement. — Si à côté de ces tristes tableaux nous pouvions tracer une thérapeutique méthodique et surtout efficace, nous aurions au moins la consolation de remédier rapidement à des maux qu'il faut déplorer ; mais malheureusement ü n'en est pas toujours ainsi. Cherchons cependant à mettre entre les mains du médecin quelque arme puissante et propre à secourir de pareilles infortunes. Les agents ordinaires tels que bains sulfureux, pommades, sont le plus souvent insuffisants. Il faut dans ces sortes de cas modifier franchement la sensibilité nerveuse de la partie affectée. C'est aux douches en arrosoir d’abord, en jets ensuite qu'il faut s'adresser et à des duuches de plus en plus fortes ; elles seront répétées tous les jours ou tous
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les deux jours. Quant à leur nature on ne saurait la préciser tout d’abord ; elle doit varier suivant les sujets. On a le choix entre les douches sulfureuses, alcalines, d’eau salée, d’eau de Plombières, en sorte qu'il ne faut pas adresser ces malades à des eaux naturelles dans la crainte de ne pas tomber juste.
Un autre moyen qui nous a toujours très bien réussi, ce sont les cautérisations tous Îles trois ou quatre jours avec une solution de nitrate d'argent au dixième ou même au cinquième. Le crayon de pierre infernale est trop fort. Les lotions au su- -blimé chez quelques malades, l'emploi de corps gras et de pommades, au précipité blanc, à l'huile de cade, au goudron, des applications d’iodure rouge de mercure en suspension dans une solution de gomme adragante (voy. Formulaire). Éviter surtout le contact des chairs entre elles, les frottements et autant que possible les grattages. C’est en dirigeant avec une certaine sagacité l'emploi de ces moyens que l’on parvient à guérir des prurigo partiels très rebelles, et nous comptons à cet égard des succès dans quelques cas invétérés et difficiles qui nous ont été adressés par des confrères. Mais quant à poser des règles précises à cet égard, ce serait à tort; car elles seraient bientôt déjouées par les résultats. Loin de nous d’ailleurs la pensée que ces moyens soient toujours suffisants : le prurigo latent est au contraire un des écueils des dermatologistes.
VIe GROUPE
Les maladies dont nous composons ce sixième groupe sont toutes des affections squameuses, quoique plusieurs d’entre elles portent des noms tirés des changements de couleur qu'elles donnent à la peau. Il faut cependant en excepter l’acromte, mais ce qui nous a engagé à placer cette affection à côté du pityriasis, c'est qu'il est si commun de la trouver liée au pityriasis versicolor ou nigra, que pendant longtemps j'ai pensé que les auteurs en avaient à tort fait une maladie à part; lorsqu'il y a deux ans j'ai observé un exemple d'acromie sans coloration de la peau autour de la décoloration ; ainsi, un seul cas en treize ans d'observation! Mais cet exemple a été si net, si tranché, que nous ne pouvons plus révoquer en doute l'observation du passé. Toutefois cette circonstance nous conduira nécessairement à modifier la description qui en a été donnée. Ce groupe comprend les variétés de pityriasis, l'acromie ou vitiligo, le psoriasis, le lepra vulgaris et l'ichthyose. Ces diverses maladies ont un premier rapport commun, c'est l'hérédité. Elles se transmettent fréquemment de génération en génération, et il n'est pas rare de voir cette disposition héréditaire assez marquée pour que l'affection passe sur une génération sans l’atteindre et affecte la suivante. Parmi ces affections, celle qui sous ce rapport présente ce cachet a un degré plus prononcé, c'est l’ichthyose. Il est rare qu'elle pardonne sous ce rapport. Elle manifeste même sa présence au début de la vie, soit à la naissance, soit quelques semaines ou quelques mois après. Vient ensuite le psoriasis, puis le lepra vulgaris. I1 est beaucoup plus rare d'observer l’hérédité dans les deux autres affections.
Nous avons dit que toutes ces maladies présentaient la forme squameuse , c'est-à-dire qu'elles ont pour cachet une sécrétion épidermique exagérée. Que faut-il entendre par cette sorte de
sécrétion ? Il serait plus rationnel de dire qu'elles fournissent des productions épidermiques, sauf à distinguer entre elles ces productions.
- Sous ce rapport, on doit en reconnaitre de plusieurs espèces : farine, furfures, pellicules et squames. Spécifions chacune de ces dénominations afin d'établir les moyens de les distinguer entre elles. On appelle farine une sorte de duvet épidermique souvent peu appréciable à l'œil nu , mais qui vient à se dessiner quand on frotte la peau malade avec une étoffe de laine de couleur foncée, le drap noir, par exemple. Le mot furfure exprime des lamelles épidermiques très petites, plus adhérentes et plus apparentes : très sensibles, par exemple, quand on promène le doigt à la surface de la peau ; maïs sans régularité, sans forme marquée. On nomme squumes ou écailles des agglomérations de lamelles épidermiques superposées, mais d'une manière irrégulière, d’un aspect plus ou moins argenté, variables en épaisseur, ayant parfois un reflet assez poli pour figurer par leur disposition des écailles de poissons ou présenter un aspect plus ou moins éloigné de la peau d'une anguille. Je dis plus ou moins éloigné, car les comparaisons que l’on a faites à cet égard manquent généralement de justesse. On appelle au contraire /amelle ou pellicule épidermique ce qui n’est formé que par un seul feuillet d’épiderme ayant alors de l’analogie avec une pelure d’oignon ; ainsi, dans certaines périodes de maladies sécrétantes, la formation des lames épidermiques succède à la sécrétion séreuse, impétigineuse ou autre; ces lamelles peuvent même se détacher dans une étendue plus au moins considérable; elles ne constituent ni les furfures, ni les squames, de quelque peu d’étendue qu’ils soient ; les furfures sont toujours formés par la superposition de lames épidermiques très adhérentes entre elles, qui lui donnent une opacité marquée; cette superposition, plus considérable encore, constitue aussi le cachet de la squame ; mais dans une squame, quelque limitée qu’elle soit, il y a toujours peut-être huit ou dix lames épidermiques superposées et larges. Il en est qui acquièrent ainsi une grande
CEE PATHOLOGIE SPÉCIALE.
épaisseur ; c'est surtout ce que l’on observe dans l'ichthyose nacrée serpentine et dans quelques psoriasis anciens.
Les maladies qui composent ce groupe ont encore un caractère commun fort remarquable; c’est qu'elles ne sont accompagnées d'aucune sensation incommode à la peau, ou qu’au moins, s’il existe quelque démangeaison, c'est dans une proportion si faible qu’elle est à peine sensible. Il n’en est qu’une qui sécrète, encore est-ce dans son état aigu , et cette sécrétion est plutôt une sorte de transpiration cutanée qu'une sécrétion morbide. |
Peu d’entre elles se relient à un état de santé générale ou locale que. l’on puisse combattre utilement, et, chose remarquable, elles se montrent chez des individus forts, bien constitués, jouissant de la meilleure santé et de la meilleure organisation ; souvent même c'est dans la force de l’âge que l'affection se manifeste sans cause connue. A part le pityriasis versicolor, . toutes les autres maladies sont dans ce cas.
Enfin, ces diverses affections réclament à peu près les mêmes moyens, et dans leur traitement les préparations arsenicales jouent généralement un grand rôle. L'ensemble de ces faits justifie donc suffisamment le rapprochement que nous avons établi entre ces diverses affections.
PiTYRHSIS, de æerupov, son; dartre furfuracée volante,
éphélides hépatiques.
Alba. | Fugaz.
Versicolor. % Perstans.
Nigra. | Diffusa.
Rubra. Circumscripla, taches hépatiques.
On désigne sous le nom de pifyriasis une affection de la peau dont le produit épidermique est tellement fin qu'on l'a comparé à du son; qui est accompagnée d’une légère démangeaison, mais qui peut se montrer sur ce tissu avec ou sans changement dans la couleur de la peau; de là les quatre variétés que nous
PITYRIASIS. h81
avons établies sous les dénominations de pityriasis alba, rubra, versicolor et nigra. Ces quatre espèces sont très nettement tranchées. ,
Dans le pityriasis alba il faut distinguer deux variétés : dans la première, la peau conserve sa couleur ordinaire, mais toute la surface affectée est farineuse, sans autrealtération; c’est à peine si elle donne lieu à quelque démangeaison à sa naissance. On l'observe principalement à l’âge de dix-huit à vingt-quatre ans, sur les côtés du menton, sur les joues, sous forme d’une plaque régulièrement ou irrégulièrement arrondie ; quelquefois aussi dans les cheveux ou à la barbe ; c'est un état fugace, que quelques bains, un peu d'axonge ou de coldcream font disparaître. Cette forme se montre au printemps et elle disparait ordinairement dans l’espace de sept à huit jours. Toutefois, lorsqu'elle se manifeste dans les cheveux, elle a de la tendance à devenir chronique et à causer un peu plus de démangeaison , | en sorte qu'elle doit, quoique maladie légère, appeler l’attention du médecin.
La seconde variété de pityriasis alba, c’est celle qui est persistante. Elle constitue le pityriasis du cuir chevelu, des sourcils, de la barbe et des poils du pubis. Beaucoup plus commune à la tête et aux sourcils que partout ailleurs, elle a été décrite par les auteurs sous la dénomination de pityriasis capitis. S'il est vrai que sur cent cas on en observe quatre-vingt-dix à la tête, c’est une chose toujours mauvaise que de dénominer une affection quelconque par son siége, surtout lorsque ce siége n’est pas exclusivement borné à la dénomination du point du corps qui lui a été donnée. Il n'existe pas, suivant moi, de pityriasis des lèvres ; ce que M. Rayer a décrit sous ce nom n’est autre chose qu’une variété d’herpes lubialis que j'ai décrite (p. 289).
Cette forme de pityriasis est souvent persistante ou chronique; c'est une maladie très commune dans les deux sexes, et principalement chez la femme; elle’débute toujours par une exaltation de la sensibilité du cuir chevelu, qui se change bientôt en démangeaison. Celle-ci reste tenace pendant des mois entiers.
h82 PATHOLOGIR SPÉCIALE.
En même temps, et au début du mal, apparaît une petite sécrétion d’épiderme qui se détache de la peau sous la forme de son ou de farine, parcourant ainsi la longueur des cheveux et tombant sur les vétements, de sorte que le collet des habits des hommes qui en sont atteints se recouvre continuellement de cette poussière blanche. Les femmes qui ont grand soin de leur chevelure et qui s’attachent surtout à faire disparaître tout ce qui peut en détruire le charme et la beauté, passent alors deux ou trois heures à leur toilette pour se faire enlever, à l'aide du peigne . et des brosses, la sécrétion et les farines épidermiques qui ont pu se former pendant la nuit ; elles se frottent et se grattent le cuir chevelu, et alors il arrive ceci : c’est que plus elles prennent soin de leur chevelure, plus elles apportent de ténacité dans l’emploi des peignes, des brosses, dans l'enlèvement des pellicules, plus elles en accroissent la formation et en multiplient les effets. La maladie dure pendant un temps plus ou moins long, quelques mois ou même quelques années, sans porter atteinte aux cheveux ; mais bientôt, et sous l'influence de ses progrès, ceux-ci commencent à tomber ; alors on redouble de soins, on accroit l’usage du peigne, et chaque matin on enlève une masse de cheveux plus ou moins grande. Chose remarquable, c’est principalement au sommet de la tête que la maladie se montre en premier lieu, et c'est dans ce point qu'il est ordinaire de voir survenir la chute précoce des cheveux. À cet égard , il est important d'établir une distinction : La chute des cheveux peut être naturelle, elle peut suivre une longue maladie où la tête a été tenue enveloppée et les cheveux non démélés; elle peut surtout se montrer à la suite des couches, tout cela sans aucun phénomène appréciable à la peau, sans pityriasis; c'est donc là une autre condition morbide ; comme aussi elle peut dépendre d'’affections de la peau de la tête autres que le pityriusis (VOy. MALADIES DU CUIR CREVELU, ALOPÉCIS), de sorte que, dans le pityriasis, ce ne sont pas, je crois, les bulbes des poils qui sont malades, mais bien la peau, ou s'ils deviennent malades, ce n’est que secondairement. Je suis d'au-
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tant plus fondé à établir cette proposition, qu'ayant donné très fréquemment des soins propres à guérir cet état si commun, la chute des cheveux, j'ai vu survenir une maladie des bulbes des poils consécutivement à l'emploi de douches sulfureuses, par exemple, et un phénomène tout opposé à celui qui est propre au pityriasis se produire alors, c’est-à-dire la transsudation graisseuse. [Il résulte en effet de mes observations que, dans le pityriasis chronique de la tête, les cheveux sont toujours secs, contrairement à ce qu’avance M. Rayer en vue de rapprocher le pityriasis de l’adulte de la teigne amiantacée d’Alibert, ce qu'il à fait avec raisun; mais Alibert a lui-même confondu la teigne amiantacée avec l'eczéma chronique du cuir chevelu. Eh bien , si en présence de ces cheveux secs on détermine, par l'emploi de douches excitantes prolongées, une modification utile à la peau, en ce sens que le pityriasis disparaitra et que la chute des cheveux s'arrêtera, on amène, en continuant les douches, une surexcitation des follicules sibacés qui donne alors lieu à une sécrétion huileuse abondante qui renouvelle à sun tour la chute des cheveux. De secs qu'ils étaient , les cheveux deviennent donc très gras. Deux maladies de la peau se sont donc succédé avec un siége différent et avec le même résultat final ; dans le passage de l’une à l’autre, l'affection qui amenait la chute des cheveux s'est guérie; celle-ci a été arrètée, puis elle a reparu alors que des organes étrangers aux bulbes des poils ont été malades, d’où j'en conclus que, dans les deux cas, les bulbes des poils ont étéétrangers aux deux maladies, malgré la chute des cheveux; mais que ces maladies exercent toutes deux une influence sur la nutrition du bulbe des poils et des cheveux, puisqu'elles amènent la chute de ceux-ci. Quoi qu'il en soit, l'affection, accidentellement développée, est une acné sébacée.
Ce qui se passe aux cheveux s'opère de la même manière aux sourcils et à la barbe ; on les voit s’éclaivcir peu à peu ; la croissance de ceux qui restent est suspendue, et enfin ils tombent tellement qu'ils menacent d’une chute complète.
Je dois faire remarquer qu’il est quelques pityriasis que l’on
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garde durant des années et même toute la vie, sans que pour cela il en résulte la chute des cheveux. Certes, ces personnes perdront leurs cheveux plus tôt peut-être qu’elles ne l’auraient fait, mais la maladie, dans ce cas, a une part assez faible dans la chute plus ou moins prématurée.
Le pityriasis est souvent héréditaire, de même que la chute des cheveux sans maladie est aussi héréditaire. Il est très tenace, très difficile à guérir. Les personnes du monde ont l'habitude de se faire raser la tête plusieurs fois pour combattre les effets du pityriasis, elles ne font qu’accroitre l'affection par l'irritation qu'amène l’action du rasoir. Îl est d’ailleurs assez rare que l'affection s'arrête sans qu'elle soit enrayée dans sa marche par une médication appropriée.
Il existe une variété de pityriasis alba capitis, dans laquelle la production épidermique est très abondante, quoique les pellicules se détachent moins. C’est peut-être à cette circonstance qu'il faut attribuer l’aspect que prend alors la tête dont les cheveux tombent presque tous. Elle ressemble à une coiffe d'amiante ; et comme cette maladie cest assez commune chez l'enfant, dans la première année de la vie, Alibert a désigné cette variété sous le nom de feigne amiantacée. A cet égard, des erreurs ont probablement été commises, car Alibert signale dans cette maladie, improprement nommée teigne par ce médecin, une sécrétion qui colle et agglutine les cheveux, c’est l'eczéma chronique; or le pityriasis ne sécrète pas ordinairement, et si par hasard il formait une sécrétion accidentelle, c’est, comme dans les affections squameuses, une transpiration aqueuse, qui, loin d’agglutiner les cheveux comme dans l'eczéma, se borne à les mouiller.
Dans l’eczéma qui affecte la tête des enfants, la sécrétion est, au contraire, assez visqueuse pour produire cet effet ; et dans la période décroissante et chronique de cette affection, il se forme des lamelles épidermiques rompues, brisées, qui peuvent être prises pour celles du priéyriasis. Cette forme, avec abondance d'écailles épidermiques, se montre encore à l’âge critique
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chez la femme, et à la mème époque environ de la vie chez l'homme, mais elle est beaucoup plus commune chez l’enfant. Il n'est pas rare aussi de la voir affecter une partie seulement du cuir chevelu, le tout ou la moitié de la tête, tandis que la première forme de pityriasis, qui est la plus commune, atteint presque toujours la totalité de la tète.
Il est peu d’affections que l’on puisse confondre avec le pityriasis, en dehors de la période décroissante de l’eczéma. Seulement, lorsque le pityriasis affecte les favoris ou la barbe, on peut le confondre avec certains herpès furfuracés qui siégent souvent dans cette région. Mais les plaques de pityriasis ne sont jamais limitées à leur circonférence par un bourrelet nettement arré:é, ce qui a toujours lieu pour l’herpès. La même considération de forme arrêtée, limitée, distingue toujours le pityréasis capitis de l'herpes tonsurant et du porrigo decalvans, qui tous deux entrainent la chute des cheveux. Le pityriasis des cheveux peut aussi se rencontrer sur les parties du corps et des membres qui sont couvertes de poils; il s’y manifeste par des plaques diffuses et sans formes régulières ; la peau farine, elle est le siége de démangeaisons peu intenses ; la maladie n'offre plus alors la même ténacité, et au lieu de se développer sur des jeunes gens, comme nous l'avons dit, quand elle siége à la figure, elle se montre sur des personnes adultes de préférence, la peau conservant d'ailleurs la couleur qui lui est propre.
Traitement du pityriasis alba. — Aïnsi que nous l'avons dit, les plaques de pityriasis qui se montrent de dix-huit à vingt-cinq ans sur la figure des jeunes gens, doivent être traitées par quelques bains simples, un peu de saindoux ou de coldcream, et un régime alimentaire convenablement réglé; plus, quelques bains sulfureux à la fin de l’éruption ; le plus souvent, l'affection se termine seule et sans que les parents y portent leur attention.
Il n’en est pas de mème du pityriasis alba perstans ou chronique, qui a son siège le plus communément à la tête et aux parties recouvertes cle poils (pityriasis capitis des auteurs ); il exige des soins soutenus et en rapport avec l'état récent ou
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ancien de la maladie. Il résulte de notre expérience que cette maladie est souvent mdépendante d’un état de la santé générale ou même d’une affection des voies digestives et biliaires , non pas qu'elle ne puisse s"\ rattacher, maisil est beaucoup plus commun de rencontrer cette affection avec de bonnes conditions de santé que de la voir se relier à un état morbide général ou local: d'où la conséquence qu'il faut s'adresser surtout à la maladie en elle-même. Dans l'hypothèse d’une affection récente, accompagnée d'un sentiment léger de chaleur à la peau, avec une teinte rosée de ce tissu, et des démangeaisons fréquentes , je conseille l’usage des bains de vapeur, qui font fonctionner la peau en général ; ils y amènent une fluxion temporaire très propre à diminuer la fluxion locale. Mais ce ne sont pas des bains de vapeur simples qu'il faut mettre en usage, ce sont des bains russes, c'est-à-dire que le baïn se composera du bain de vapeur proprement dit et à l’étuve, d’une pluie d’eau fraiche de deux minutes sur la féfeet sur le corps, au milieu et en sortant du bain ; d’une vergeture de toute la peau au balai de bouleau, après la première douche en pluie, ct d’une douche d'eau chaude sur les pieds, avant de se rendre au lit, pour y transpirer modérément ; ces bains, pris tous les deux jours, amènent d'excellents résultats. En mème temps, il faut faire saupoudrer matin et soir Le cuir chevelu d’amidon en poudre en couche très légère, ou de poudre de riz ; et dans la journée , si la saison Île permet, si la personne n’est pas sujette à s’enrhumer, faire faire cinq ou six lotions sur les parties qui démangent, en passant légèrement une époñge imbibée d’eau contenant par litre deux à trois cuillerées de vinaigre. Ces lotions calment les démangeaisons d’une manière marquée. C’est dans le même but que l'on emploiera aussi avec grand avantage une pommade au chloroforme deux fois le jour (voy. Formulaire), ou au camphre, mais la première est plus calmante que la seconde. Dans le cas d'emploi de ces deux moyens à la fois, l’amidon ou la poudre de riz et l’une des pommades, on commence par saupoudrer la tête, puis on étend la pommade. Il semble que, dans ce mélange, la
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raison exclue l’un des deux moyens, et cependant bon nombre de malades nous en ont rendu un tel témoignage, que nous n’hésitons pas à le conseiller. Mais il est impossible de mettre en usage longtemps ces moyens sans que la pommade rancisse sur la peau, ou sans que la poudre employée fasse avec les productions épidermiques un magma incommode et fàcheux ; aussi faut-il recommander les lotions savonneuses tous les cinq ou six jours (voy. Formulaire, Lotion sAYoNNEusE). On conçoit combien l'emploi de ces divers moyens devient difficile avec une chevelure longue. Ici deux partis à prendre: ou consacrer un temps suffsant à ces soins, et avec l’aide d’ailleurs d’un domestique ; ou faire tomber les cheveux en les tenant coupés courts et non pas les faire raser. Chez l'homme, aucun inconvénient ; mais chez la femme, on comprend combien il est pénible de faire couper une longue et belle chevelure. À cet égard , il y a deux conseils à donner. Si les cheveux ne tombent que peu ou point par le fait de la maladie, il faut faire tous ses efforts pour les conserver ; si, au contraire, leur chute est incessante, et si la personne n’a pas dépassé vingt-cinq ou vingt-huit ans, il ne faut pas hésiter à en conseiller la section complète. Avec une pratique opposée, on ne conservera que des cheveux maigres et chétifs. La section redonnera de la vie à ceux qui restent; elle permettra de guérir complétement , et alors pourra repousser une chevelure tout aussi belle et tout aussi longue. Üne fois les cheveux coupés, convient-il de les remplacer par une perruque ? Je n'hésite pas à répondre par la négative. Toutes les maladies des cheveux ont besoin d'air ; il s'opère à la tête une transpiration permanente qui, réunie aux produits de sécrétion, devient irritante pour la peau, si on l’enferme surtout sous une perruque qui se graisse elle-même et qui présente les mêmes inconvénients ; il faut, au contraire, faire porter des bonnets à claire-voie, et laisser aux dames le soin de parer aux inconvénients de la section des cheveux à l'aide de bandeaux.
Arrive la période décroissante, celle où toute inflammation de la peau a cessé, où la rougeur est tombée avec le sentiment
de chaleur, où enfin les démangeaisons seules, mais moindres . persistent avec la formation des pellicules, soit que l'on aitamené cet état à l’aide des moyens précédents, suit que le temps l'ait produit , et que le médecin soit appelé dans la période chronique. Les bains de vapeur peuvent encore être utiles durant un certain temps pour cette seconde période. Il faut, de plus, entrer dans la voie des résolutifs, tels que la pommade au tannin camphré, à l'huile de cade au 50°, à l’oxyde de zinc camphré ou chloroformé (voy. Formulaire), insister sur les lotions alcalines ; un peu plus tard , étendre tous les trois jours une très longue 'couche d'huile de cade dont on laisse le moins possible. En cas d’insuccès, on peut tenter les sulfureux ou les alcalins en pommade, et les douches sulfureuses en arrosoir faible sur la partie affectée; mais elles ne doivent être prises que tous les deux jours, pour ne pas trop exciter les follicules sébacés de la peau.
De toutes les médications internes, je n’en connais qu’une seule qui puisse être appropriée à cette maladie; ce sont les préparations arsenicales (voyez, pour leur mode d'administration, la médicalion antisquameuse, Pathologie générale, p.100). Le pityriasis affecte peu, en général, les personnes d’un tempérament lymphatique, mais plutôt celles d’un tempérament bilieux.
Pityriasis rubra. — C'est la forme essentiellement aiguë du pityriasis éminemment inflammatoire , dont nous avons traité page 263, et auquel nous renvoyons.
Pityriasis versicolor. Chloasma.—Cette maladie, très commune d’ailleurs, a des caractères nettement tranchés; elle se présente sous la forme de plaques arrondies irrégulières , d’un jaune verdâtre, ou sous celle de plaques limitées et régulières; de là des divisions en pityriasis versicolor diffusa et circumscripta. Le premier n'a pas reçu d’autres noms; le second
constitue ce que l’on appelle des taches hépatiques, à cause de leur liaison assez fréquente avec des maladies de l'appareil gastro-intestinal et des organes biliaires. Le cachet du pityriasis versicolor, quelle qu’en soit d’ailleurs la forme, est tout spécial :
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la peau s’est colorée en jaune plus ou moins verdâtre, sans aucune sensation le plus souvent ; quelquefois avec de légères démangeaisons, et formation de petites pellicules adhérentes à leur surface qui constituent une sorte d'état farineux. Ainsi, dans la généralité des cas, le seul phénomène observé, c'est le changement de couleur de la peau, conservant d'ailleurs sa souplesse, sa finesse, sa douceur au toucher. Di ffus, il peut occuper une surface souvent très étendue, comine la moitié ou la tota lité du dos ou de la poitrine ; circonscrit, il constitue des taches couleur café au lait qui sont discrètes, rares et espacées sur les côtés du cou, sur le devant de la poitrine ou sur le ventre ; mais la figure peut aussi être le siége de pityriasis, et notamment le front, chez les personnes à peau brune ; de là, pour les femmes, une maladie difforme qui les impressionne vivement.
Le pityriasis s'observe dans deux conditions opposées de peau : sur des peaux brunes chargées en couleur, et alors d’une certaine épaisseur et surtout d’une certaine densité; et sur des peaux blanches, mais lymphatiques. C'est ce qui fait que le pityriasis circonscrit, ou taches hépatiques, est assez commun chez les phthisiques. Les diverses circonstances précédentes tendent à établir, médicalement parlant, une distinction importante dans les deux variétés de pityriasis. La première, le pilyriasis diffusa, ou amorphe, étant le plus souvent idiopathique ; la seconde, le pttyriasis circumscripta, ou taches hépatiques, constituant une affection presque toujours symptomatique. C'est à ce point de vue surtout que nous envisageons la thérapeutique de ces variétés.
Le pityriasis diffusa apparait à la peau sans aucun symptôme précurseur ; il se montre peu à peu, graduellement, gagnant en surface et en étendue dans un espace de temps souvent très long ; mais dans quelques cas son développement est plus rapide ; la tendance à la forme chronique est pourtant un cachet de cette affection. Laissant de côté tout ce qui regarde l'étendue d'ailleurs très variable de cette maladie, il peut s'observer seul ou compliqué d’achromie. Dans cette dernière forme,
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on voit une ou plusieurs taches blanches contrastant par leur pâleur avec la couleur verdâtre de la peau , et, chose particulière, cette tache blanche nettement circonscrite et arrondie, se trouve entourée d’une coloration plus foncée du pityriasis qui va en s'atténuant de plus en plus au fur et à mesure que l'on s'éloigne de la partie affectée d'acromie. Il semble donc que la peau décolorée a perdu sa miatière colorante, quis’est reportée à la circonférence dela décoloration pour rendrecelle-ciplus intense, et je serais d'autant plus porté à le croire, que, d’une part, ce fait est le plus général ; qu'en second lieu , durant le traitement, la matière colorante foncée de la circonférence s’affaiblit de plus en plus, tout en gagnant la partie décolorée ; enfin, que nous n'avons observé qu'un seul cas d'acromie sans liaison avec le pilyriasis versicolor. Je sais bien que cette explication est peu en rapport avec les idées anatomiques du jour sur la peau ; inais celles-ci ne sont pas tellement positives, qu'on ne puisse émettre une opinion qui leur soit opposée. Quoi qu'il en soit, cette variété est à forme très tenace, très rebelle, sujette à récidive, tandis que le pityriasis diffusa simple est d'une guérison en général facile. Il est une variété de pityriasis diffusa aussi très tenace ; c’est celle qui affecte le front. Elle est assez commune chez la femme ; elle atteint les deux côtés du front plus encore que les tempes; elle se montre par de petites taches irrégulières qui se multiplient et se confondent entre elles, laissant le milieu du front avec sa couleur à peu près naturelle, en sorte qu'il en résulte un très vilain aspect. Ces taches, sous l'influence des émotions, de la colère, du chagrin, tendent à prendre de l’accroissement et surtout à devenir de plus en plus foncées, au point de se transformer en pityriasis nigra, qui n’est lui-même qu'un état plus avancé du pityriasis versicolor.
Quant au pityriasis circumscripta, ou taches hépatiques, il est toujours beaucoup plus discret. Il se montre par des taches de la largeur d'un franc ou de deux francs, occupant les régions antérieures du tronc, et d’un jaune café assez marqué. Cet état de la peau coïncide le plus souvent avec des gastraigies, et si on
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les rencontre chez les phthisiques, c'est généralement à une époque où déjà les fonctions digestives et biliaires sont dérangées. Il est aussi très fréquent de les rencontrer chez les femmes enceintes, où elles portent le nom de aaculæ gravidarum, ou à la suite d'aménorrhée. Ces taches sont toujours discrètes, espacées les unes des autres, Imais persistantes comme la cause qui les à fait naitre. |
Ces deux formes de maladies de la peau peuvent persister sans porter la moindre atteinte à la santé. Elles se guérissent quelquefois spontanément ; c’est le cas où, nées dans une saison donnée , elles disparaissent dans une autre: mais alors il est très commun de les voir reparaitre l’année suivante dans la saison où elles avaient paru primitivement.
Il est impossible de confondre cette maladie avec aucune autre, etaprès la description que nous en avons donnée, nous pensons qu'il est inutile d’insister sur ce point.
Traitement. — L'étiologie que nous avons établie de ces deux variétés de maladie nous dirige naturellement dans le traitement qu’elles réclament. Le nityriasis diffusa n'est pas, avons-nous dit, symptomatique, et en effet nous l’ayons presque toujours vu coincider, sauf quelques exceptions, avec l’état parfait de la santé ; aussi est-il très facilement guéri par une médication locale. Ce sont les sulfureux qui en font justice : on peut et l'on doit les employer sous toutes les formes. A l’intérieur, quelques tablettes soufrées, cinq ou six, ou une cuillerée à bouche matin et soir de sirop sulfureux (voy. Formulaire), à moins que le sujet ne soit d'un tempérament bilieux très dessiné, car alors le soufre serait trop excitant; il faudrait le remplacer par les alcalins en boissons ; à l'extérieur, les bains sulfureux et une pommade à la fleur de soufre; quelques ba’ns gélatineux précédant ces moyens quand le pityriasis est récent, et l’on guérit généralement cette maladie. Non pas que je prétende que l’on puisse tout guérir, il est des malades qui ne songent à s’en débarrasser qu'après huit ou dix ans de son existence. Alors il faut faire subir une ou plusieurs fois ce même traitement ou même s'adresser à la solution
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de Fowler pour obtenir une guérison complète. C'est aussi dans ces cas que les eaux minérales sulfureuses des Pyrénées peuvent ètre préconisées avec grand succès. C'est à l’aide de douches sulfureuses que l’on peut attaquer avec avantage le pityriasis du front ; on y joint les pommades, comme pour celui du corps.
ACHROMIE ET PITYRIASIS NIGRA.
Tout en déclarant que l’achromie ou absence de coloration de la peau puisse exister, bien rarement, il est vrai, d’une manière isolée, puisqu’en treize ans j'en ai vu un seul cas, il m'est impossible de ne pas faire l’histoire de cette affection en même temps que celle du pityriasis nigra, forme morbide décrite pour la première fois par VWillan, qui en a constaté la présence sur des enfants nés dans les Indes. L’achromie n'est caractérisée que par un fait, la décoloration de la peau, constituant une ou plusieurs surfaces nettement limitées, ovoides ou rondes, ou occupant la surface palmaire d’un doigt, d’un orteil, ou la moitié inférieure de la circonférence de la verge. Pas de chaleur, de rougeur, de démangeaison, de furfure; la peau seule a changé de couleur en conservant toutes ses qualités. Alibert, cet observateur si remarquable, ce peintre si habile à reproduire le tableau des maladies, nous a laissé une observation bien remarquable de pityriasis nigra qui vient fout à fait justifier notre manière de voir; il est tracé dans son petit ouvrage en deux volumes. « Le nommé Honoré Granderv, commissionnaire, âgé de soixante-six ans, est entré à l'hôpital Saint-Louis et nous a présenté le tableau d'une maladie aussi rare que surprenante. Ce fut au sein de la misère et de la détresse que cette maladie prit naissance. L'individu dont il s’agit, doué d’un tempérament lymphatique , habitait Arras avant la révolution. C’est dans cette ville qu'il fut employé à des travaux pénibles durant le régime de la ferrew. Depuis cette époque, il a langui dans les rues et les carrefours, demandant l’aumône ou faisant des commissions, et manquant
ACHROMIR ET PITYRIASIS NIGRA. h93
quelquefois des choses les plus nécessaires à la vie. Dans le mois de juillet 1806, il éprouva des démangeaisons très incommodes dans toutes les parties du corps. À ces démangeaisons succédèrent des taches d'abord grisàtres, puis d’un brun café; elles s'élargirent au point d'occuper une étendue considérable. Toute la surface cutanée était marquée de ces taches; dans certains endroits elles étaient très larges ; dans d’autres endroits elles étaient d’une petite circonférence. Il est à considérer que, dans les parties saines, la peau était d’un blanc d'albâtre analogue à celui de la peau des cadavres; ce contraste était surprenant; le malade paraissait chamarré comme un zèbre ou comme certaines vaches des campagnes de la Bretagne; cet homme éprouvait des démangeaisons considérables sur diverses parties du corps. Sa peau offrait aussi des écailles furfuracées qui provenaient des frottements réitérés qu’il exerçait sur la peau pour apaiser le prurit dont il était dévoré. La face du malade était d’un jaune plombé. Il chancelait en marchant, tant sa faiblesse était extrême. » Alibert décrit cet état sous le nom d'éphélides scorbutiques. Il est probable que cet homme avait deux choses, un prurigo et un pifyriasis nigra réunis, comme cela arrive presque toujours, à de l’achkromie.
Mais l’'achromie n'est pas seulement liée avec le pityriasis nigra, elle peut s'observer très souvent, comme je l’ai dit, avec le pityriasis versicolor, et c'est ce que l'on voit le plus souvent quand elle se montre à l’état de taches disséminées. Elle accompagne au contraire toujours le prifyriasis nigra, lorsqu'elle occupe la face palmaire d’un doigt ou la verge. C’est là une disposition fort remarquable, et qui n’a pas été décrite par les auteurs. On trouvera chez un malade toute la moitié supérieure d'un doigt d’un brun noirâtre, et la moitié inférieure d’un blanc mat. Cette disposition est fort régulièrement dessinée. Le contraste dans la couleur suit une ligne longitudinale très régulière, qui partage le doigt en deux parties parfaitement égales dans son épaisseur. Il en est de même pour la verge, qui de sa hase à sa pointe est d’un brun noirâtre supérieurement, et d'un blanc
h9h PATHOLOGIE SPÉCIALE.
mat inférieurement. D'ailleurs, aucune sensation dans cette double maladie; ce qui me fait dire que le malade d’Alibert avait de plus un prurigo. Cette sorte d’achromie est presque toujours congéniale ; on lui a donné un nom spécial, celui de vitiligo, nous l’acceptons à la condition qu'il s'agit d'état congénial incurable d’ailleurs (voir au surplus la description du vitiligo). Mais, ainsi que je l'ai dit, l’'achromie peut exister seule à l’état de décoloration de la peau et sans pityriasis versicolor ou nigra. Pour ce qui est du pityriasis nigra lui-même, il ne consiste que dans une coloration plus foncée de la peau qui se rapproche de la teinte brune, c'est donc un degré plus avancé du pityriasis versicolor.
Quant au traitement, il est le même que celui du prfyriasis versicolor, mais la maladie cède bien plus difficilement, et quelquefois ne guérit jamais ; l’achromie de naissance est incurable; celle qui naît accidentellement est difficilement curable.
Psoriasis. Dartre squameuse sèche; dartre écailleuse: dartre squameuse lichénoïde; herpès furfureux.
Simplez. "Psoriasis localisés.
Aigu général ou local. Palmaria.
Chronique général ou local. Plantaria.
Gutla!a. | Capitis.
Gyrala. Onguium.
Nummularia. | Composita. Psoriasis eczémateux. Punclala. | Psoriasis herpétiforme.
Le psoriasis est une affection essentiellement squameuse , et l’une des plus communes des maladies de la peau ; aussi vient. elle pour le chiffre le plus élevé après l’eczéma. Dans notre statistique, nous comptons en effet 280 malades atteints de psoriasis sur 1800 maladies de la peau. Cette circonstance doit appeler toute l'attention du médecin, qui sera bien souvent appelé à donner ses soins pour combattre une forme morbide trop souvent rebelle et si sujette à récidives.
Quelle que soit la partie du corps qu'elle affecte, elle est caractérisée par trois phénomènes : 1° la présence de squames
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épidermiques nacrées ; 2° Ja rougeur de la peau sous les squames ; 3° l’épaississement de la peau. Il n'y a pas de psoriasis sans ces trois conditions ; dans l’une, la présence de squames peut manquer, si le malade les a fait tomber par des bains ou par l'emploi de corps gras; mais comme du jour au lendemain ces écailles se forment, il est difficile que £<e phénomène ne se traduise pas aux yeux du médecin dans un espace de temps fort court. Insistons sur ces trois caractères. Déjà nous avons dit que la squame était formée par la superposition irrégulière de lames épidermiques laquelle, par leur réunion intime, donnait naissance à des lames plus ou moins épaisses, qui prenaient alors un aspect nacré et argentin. Dans le psoriasis, ces lames ou produrtions épidermiques adhèrent à la peau ; elles ne se détachent que très rarement, on ne peut les enlever qu'avec l'ongle. Elles masquent souvent la rougeur de la peau, parce qu'elles recouvrent le tissu malade; elles tombent assez facilement à l’aide des bains et mieux à l'aide des pommades.
Rougeur.— A moins d’un psoriasis aigu , la rougeur de la peau n’est jamais vive. Elle n’a pas cette teinte rosée des exanthèmes ; elle est d’un rouge plus ou moins foncé. Elle est masquée par la squame.
Épaississement de la peau. — X\ est constant, quelquefois peu appréciable à l'œil, mais toujours sensible quand les productions épidermiques sont tombées. D'ailleurs, pas de démangeaisons, pas de sensation quelconque qui incommode, car du moment que la démangeaison coincide avec le psoriasis, c’est que celui-ci n’est pas simple, qu’il est à forme composée d’herpès ou d'eczéma. Il faut en excepter les cas de psoriasis palmaire ou plantaire qui se trouvent dans des endroits de flexion et qui sont parfois accompagnés de cassures douloureuses par suite de la pression exercé par l’épiderme.
Ces caractères morbides ainsi établis, nous dirons que le psoriasis peut être à forme aiguë ou à forme chronique. Le psoriasis aigu est très rare par rapport au psoriasis chronique, car nous
croyons être dans le vrai, en disant qu'on l'observera une fois sur 40 ou 50 cas. Les hommes sont beaucoup plus sujets au psoriasis que les femmes ; sur 270 cas, nous en trouvons 245 chez l’homme et 25 chez la femme. Il est aussi plus propre à certains âges qu'à d'autres. Ainsi, quand le psoriasis n’est pas héréditaire, quand il n’en a pas existé chez les ascendants, ce n’est guère que vers l’âge de vingt à trente-cinq ans qu'il se déve loppe. Sur 268 cas nous en trouvons 174 qui se sont montrés de vingt à trente-cinq ans; puis nous voyons le développement de cette maladie diminuer dans les époques suivantes de la vie. Ainsi 50 cas de trente-cinq à quarante-cinq ans; 24 cas de quarante-cinq à cinquante-cinq; et 20 cas au delà de cinquante-cinq ans. On peut donc dire que cette maladie appartient essentiellement à l’âge adulte. Les professions n'exercent aucune influence sur son développement; l’hérédité est, au contraire, très puissante. À cet égard nous ne pouvons fournir aucun chiffre de quelque valeur, attendu que la catégorie d'individus sur laquelle reposent nos relevés s'inquiète fort peu des maladies de leurs parents et surtout d’affections qui ne portent aucune atteinte à leur santé, Chose remarquable, le psoriasis se relie à la meilleure constitution et au meilleur tempérament ; sur 227 cas, nous trouvons notée 206 fois la constitution comme étant parfaite. 162 fois sur 200 on rencontre cette maladie sur des sujets d’un tempérament sanguin ou sanguin-lymphatique. C’est en été et en hiver qu’elle se développe surtout; ainsi ces deux saisons donnent le chiffre de 103 sur 154 cas notés : restent donc 51 seulement pour les saisons de printemps et d'automne. La statistique démontre aussi combien cette maladie affecte la forme chronique et combien elle est persistante; sur 221 cas on n’en trouve qu'un seul ayant moins d’un mois; 35 d’un mois à un an, 116 de plus d’un an et 69 de plus de dix ans. C'est qu'en effet il n’est pas rare de trouver des sujets qui portent cette affection depuis vingt ou trente ans.
Ceci posé, il est important de dire ce que l'on doit entendre par psariasis général ; en effet, on pourrait être parté à croire
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qu'il s’agit d'une affection envahissant toute l'étendue de la peau du corps. Îl n’en est rien, cette maladie, quelque aiguë qu'elle soit, ne recouvre jamais la totalité de la surface de la peau, et dans un psoriasis général ordinaire, on veut seulement énoncer ce fait, qu'il existe des plaques de cette affection qui sont disséminées sur tout le corps, et plus ou moins espacées d'ailleurs les unes des autres, contrairement au psoriasis discret,quin'atteint que quelques points de la surface des membres.
Psvriasis aigu. — Cette forme est rarement primitive, elle se montre plutôt après plusieurs mois ou plusieurs années de l'existence du psoriasis à l’état chronique; ceci n’est pas absolu, nous signalons seulement ce qui se passe le plus ordinairement. Quelquefois, sans cause connue, mais le plus souvent à la suite d’excès, l'affection, qui n’occupe que quelques centimètres de surface dans divers points du corps, prend tout à coup un développement considérable. Les plaques primitives s’enflamment, la peau se couvre çà et là de rougeurs successives nouvelles ; ces rougeurs s’élargissent en même temps qu’elles deviennent le siége d’une chaleur insolite. Il ne se fait là aucune sécrétion de liquide, mais ilse montre quelques petites écailles épidermiques épaisses qui recouvrent les surfaces malades, et rendent la peau sèche et rude. Si l’affection devient plus générale, ce qui exige alors plusieurs semaines de développement, elle s'étend aussi bien à la tête qu’au corps et aux pieds ; elle envahit d’abord le cuir chevelu, gagne ensuite la figure ; mais, chose remarquable, jamais elle n'existe, même au degré le plus élevé, sans laisser des parties de peau saine sur le tronc et sur les membres. Un peu plus tard, la sécrétion épidermique augmente et il se détache dans le lit des écailles, des squames petites et épaisses, en quantité plus ou moins considérable. En cet état, le psoriasis aigu, que l’on pourrait appeler rubra, ressemble beaucoup au pityriasis rubra aigu que nous avons décrit page 262; car le corps est aussi rouge qu'une écrevisse (que l’on me passe cette comparaison) ; mais il en diffère en ce qu'il n'existe pas de sécrétion aqueuse, et en ce que le pityriasis, au lieu de fournir des écailles,
donne surtout des lamelles épidermiques minces et plus ou moins larges. D'ailleurs, dans le pifyriasis rubra aigu, il existe souvent de la démangeaison, tandis que dans le psoriasis, il n'y a que de la chaleur à la peau dont le malade a le sentiment.
Arrivé à ce point, le psoriasis est une maladie longue et rebelle ; il faut s'attacher à combattre la forme inflammatoire par les bains d’une heure, de deux heures, trois heures même, lorsque le malade peut les supporter; souvent on retire un très grand avantage, au début, de la saignée générale. Localement, on ne peut que prescrire les corps gras simples : axonge, cold-cream, saindoux sans addition d'aucun médicament ; régime hygiénique convenable, cessation complète de travail, le malade s’y trouvant d’ailleurs forcé.
Survient la période décroissante, qui s'annonce par la diminution de la chaleur de la peau et par celle de la rougeur inflammatoire, qui, d’un rose vif d’abord, devient moins intense ensuite. C'est le moment qu'il faut choisir pour entrer dans la voie de la résolution à l’aide de bains et de pommades. Ainsi, les bains d’alun d’abord , et plus tard ceux au sublimé; les pommades au tannin camphré, à l'huile de cade au 50°. Mais ce qu'il est difficile de saisir , c'est le moment opportun pour l'emploi de ces moyens; nous ajouterons qu’en cas d’insuccès, c'est encore à la solution de Fowler qu'il faut avoir recours. Cette affection ne peut guère être guérie dans un pare moindre de trois à six mois.
Psoriasis chronique. — Formes morbides. — Les auteurs qui nous ont précédé ont attaché une certaine importance à des divisions du psoriasis chronique, basées sur la forme morbide. Ainsi, Willan et Bateman, et après eux les dermatologistes qui les ont suivis, admettent l’existence des variétés suivantes : Ps0riasis guttata, diffusa, gyrata et inveterata. À part cette dernière distinction, qui conduit à une médication tout externe dans l’impossibilité où l’on est de guérir par d’autres moyens, les trois premières n'ont de valeur que comme indication de forme morbide ; au point de vue pratique, elles ne conduisént à rien :
PSURIASIS. 499
il faut même ajouter que ces divisions sont incomplètes, puisqu'il est très commun d'observer deux autres espèces que nous avons fait connaître , avec plus de raison, car elles ne se comportent pas de la même manière. Ce sont le psoriasis nummularia, ou disposé par plaques arrondies de la largeur de pièces de 2 à 5 francs, et le psoriasis punctata, toujours limité à des surfaces malades de quelques millimètres d’étendue, susceptible de se multiplier et non de s'étendre; ajoutons que cette forme est, de toutes, la plus difficile à guérir. Ils ont de plus négligé les formes composées de psoriasis, bien autrement importantes, puisqu'elles conduisent à des indications thérapeutiques spéciales. Nous croyons être beaucoup plus logique en distinguant le psoriasis en aigu et en chronique. Le premier pouvant être général ou local ; jamais, dans la forme aiguë, on ne retrouve ces distinctions de psoriasis guttata, diffusa, etc.; aussi ratta chons-nous ces diverses formes au psoriasis chronique qui les rassemble toutes. Les diverses variétés n’appartiennent qu’à ces psoriasis; quant aux psoriasis localisés, on en a fait des espèces, parce que l'affection est limitée à une partie et qu’elle n’atteint qu’elle indépendamment de toutes les autres. Cependant, je n'en admets que quatre sortes différentes : ps0riasis capitis, plantaria, palmaria et unguïum. Les formes scrotalis, præputialis, ophthalmica, ne sont pas des psoriasis, mais des pityriasis rubra. Que l’on interroge les malades à cet égard, ils vous diront que cette affection a sécrété par moment; qu’elle cause parfois de la démangeaison ; de plus, elles donnent des lamelles épidermiques et non pas des écailles, tous caractères qui doivent être rapportés au pityriasis. Les auteurs ont gardé le silence sur le psoriasis unguium , c’est pourtant une maladie assez fréquente et difficile à guérir; ils n’en ont parlé qu’accessoirement ou qu'à l’occasion du psoriasis inveterata, c'est là une erreur et une lacune. Nous allons décrire successivement chacune de ces formes morbides du psoriasis chronique. Psoriasis chronique. — C’est là l'affection que l’on rencontré journellement ; elle débute, eomme on l’a vu, vers l’âge de
vingt à trente ans, à moins’ qu'’ellene soit héréditaire ; toujours elle a une marche excessivement lente; elle apparaît d'abord aux coudes et aux genoux, sous la forme de petites plaques d'une étendue très limitée et variée, mais si lente que le malade ne s’en aperçoit pas ; elle n’estaccompagnée d'aucune sensation, et après s'être développée pendant trois semaines ou un mois, elle reste stationnaire durant des mois et quelquefois des années; mais la maladie peut à son début affecter une forme spéciale et prendre alors les dénominations que nous avons indiquées et dont il nous faut faire connaître les caractères. Si les petites plaques de psoriasis ont la largeur d’un demi à un centimètre, si elles sont arrondies de manière à ressembler plus ou moins à une goutte d’eau étalée (comparaison assez peu juste, pour le dire en passant), on l’appelle psoriasis guttata ; alors l'affection se montre ordinairement aussi sur la partie externe des avant-bras et à la partie antérieure et externe des jambes. On l'appelle di fusa quand le psoriasis se développe par plaques irrégulières plus ou moins larges et sans forme précise; ces plaques ont plusieurs centimètres d’étendue en longueur et en largeur, quelquefois 45 à 20 centimètres et plus. On le nomme gyrata lorsque les surfaces malades sont étroites, très allongées, de manière à représenter plus ou moins un ruban. Je lui donne l’épithète de nummularia lorsque les plaques sont toutes arrondies et variables en étendue, depuis une pièce de 1 franc jusqu'à une pièce de 5 francs et plus, mais toujours à forme orbiculaire. Quant au psoriasis punctata, c’est une variété assez commune et toute particulière, en ce sens que les surfaces malades sont circonscrites à quelques millimètres, espacées les unes des autres et assez multipliées. Quelle est la cause de ces formes diverses ? on l’ignore. Les variétés de psoriasis gultata, punctata et nummularia sont toujours à plaques plus ou moins multiples ; elles peuvent affecter toutes les parties du corps. Îl est commun de les rencontrer aussi sur le dos, la poitrine et le ventre; mais principalement sur le dos. Le psoriasis gyrala est le plus discret; quant au psoriasis diffusa, c'est
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là une dénomination que l'on pourrait aussi bien rattacher à toutes les espèces précédentes, mais dans laquelle les plaques existent disséminées sur le corps, plutôt en surface qu’en nombre. Dans le psoriasis chronique, la seule partie du corps qui soit généralement préservée, c'est la figure; toutes les autres peuvent être atteintes; les formes punctata, guttata et numimnularia prédisposent à cette confluence; mais il est d'observation, qu'avant d'attaquer ainsi toutes les parties , il s'écoule souvent plusieurs années. C’est cette circonstance réunie au lieu d’invasion de la maladie qui a toujours fait dire que le psoriasis était essentiellement une maladie des coudes et des genoux ainsi que de la partie externe des membres et du dos.
Que doit-on entendre par la dénomination de psoriasis inveterata? Nous avons déjà déclaré que ce ne pouvait être là une variété, le psoriasis ne devient inveterata que par sa permanence et ses récidives. Il faut savoir , en effet, que cette maladie ne pardonne guère; qu’une fois développée, on peut la guérir, ou en éviter les progrès ; que liée à l’incurie, à la malpropreté et placée en dehors de tous soins hygiéniques, elle tend sans cesse à récidiver et à prendre à chaque récidive plus d’étendue. On a vu, en effet, que cette maladie se développait surtout en été et en hiver. Dans les premiers temps, elle se guérit complétement sous l'influence d’une saison opposée à sa manifestation ; plus tard, elle ne fait que diminuer, pour reparaître plus forte l’année suivante ; ou bien, si le malade a subi un traitement plus ou moins palliatif, ou si, ayant subi un traitement curatif, il reste sans entretenir par des bains et des onctions grasses les fonctions de la peau, il voit reparaître à nouveau son affection avec plus de force. Il est des sujets atteints depuis trente ans de psoriasis, qui ont eu vingt à vingtcinq poussées, comme ils les appellent ; c'est que, däns un grand nombre de cas, ils n’ont pas été traités : t/{s ont été blanchis, ainsi qu'ils le disent. Alors, on voit chez eux tout le corps maculé de plaques de psoriasis, qui n'est plus ni guttata, ni gyrata, ni aunmnularia, etc.; la forme en a disparu, excepté dans
certains d'entre eux, et notamment dans Île psoriasis diffusa où les plaques se sont de plus élargies sans être devenues plus nombreuses ; mais c'est un psoriasis général sans forme arrétée. Les surfaces malades ont perdu alors beaucoup de leur sensibilité; il semble que la peau y soit tannée, rien ne l'irrite. Ces malades supportent les ppmmades les plus fortes, et le goudron pur est quelquefois insuffisant à les guérir.
En cet état, la maladie exerce une certaine influence sur l'économie en général; ces sujets s'amaigrissent, perdent de leurs forces, de leur souplesse dans leurs mouvements ; ils deviennent un peu hébétés ; en même temps, les doigts et les orteils se roidissent ; chaque articulation des phalanges prend tout à fait la disposition qu'elle offre dans la goutte arrivée à l'état chronique ou dans le rhumatisme goutteux ; les doigts sont anguleux, fléchis vers la paume de la main, sans tophus, mais sans qu'on puisse aussi les redresser. Les ongles euxmêmes deviennent malades , ils sont le siége d'une hypertrophie plus ou moins considérable; et de deux choses l’une : ou l’ongle a été atteint de psoriasis et alors il est épaissi, a perdu sa transparence, il est déchaussé et séparé de sa pulpe, en même temps que toutes les lamelles qui le composent sont séparées les unes des autres, grisâtres et épaisses ; ou bien l'ongle n'a pas participé à l'affection, il n’a fait que croître avec forme vicieuse, c'est-à-dire qu’il est devenu le siége de rainures et de lignes saillantes nombreuses; que son extrémité s'est effilée et a crû dans une telle proportion, qu’il prend la forme d’un bec de corbeau. Alors le malade est dans l'impossibilité d'exercer aucune profession ; sa marche est difficile, chancelante; il s'amaigrit peu à peu, tout en conservant un assez bon état des voies digestives. Aussi ces malades meurent-ils tous âgés, mais infirmes ; je me suis plusieurs fois demandé si cet état des mains, qui ressemble à celui des goutteux , les tophus osseux exceptés, dépendait exclusivement du psoriasis; ou s'il ne se montrait pas sous l'influence de cette maladie, lorsque le sujet avait été atteint autrefois de douleurs rhumatismales. Mesobser-
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vations ne sont pas suffisantes pour résoudre la question que je soulève, et qui sera sans doute mise en lumière par mon honorable collègue, M. Moissenet, médecin de l’hospice de la Vieillesse (hommes). Il a dans son service un très grand nombre de ces individus infirmes, etnotamment de ces vieux psoriasis, admis aux Incurables pour cause d’infirmité ; tous les auteurs rapportent d’ailleurs cette maladie des ongles à l’affection squameuse.
Formes composées.—Jusqu’alors nous ne nous sommes occupé que des formes simples du psoriasis. Voici ce qui a trait à ses formes composées ; j’en admets deux espèces : l’eczéma psoriasiforme ou psoriasis eczémateux, et l’herpès psoriasiforme ou le psoriasis herpétiforme. L’eczéma psoriasiforme a son siége principal aux jambes et aux avant-bras. Il se montre sous une forme chronique, par une ou plusieurs surfaces plus ou moins étendues, qui, dès l’abord, se recouvrent d’un mélange de squames et de lamelles épidermiques, tout en causant des démangeaisons et en fournissant de temps à autre de la sérosité. Ces démangeaisons conduisent au grattage, à l'enlèvement de squames plus ou moins larges, ou à leur fendillement , toutes circonstances qui ne s’observent jamais dans le psoriasis simple, et qui donnent d’ailleurs un cachet tout spécial à cette forme de psoriasis ; sa marche est d’ailleurs à peu près la même, avec cette différence que, d’un moment à l’autre, l'affection peut prendre une forme aiguë et sécréter plus ou moins abondamment. Ce qui importe dans cette distinction, c’est la thérapeutique. Cette forme morbide demande d’autres soins, d'autres médicaments que le psoriasis simple; il en est de même de la forme suivante, qui exige un tout autre traitement.
Les caractères du psoriasis herpétiforme sont très nettement dessinés. La maladie atteint au moins autant la partie interne des membres et la région antérieure du tronc que leur partie externe et le dos; elle se montre par de très petites plaques disséminées, qui, peu après leur développement, se dépriment à leur centre, s’évident, se guérisenten même temps qu'un bourrelet se forme à la circonférence , grandit, s'étend de plus en
plus, de manière à former un cercle entier complétement dégagé au centre, où la peau est saine. Ces bourrelets ont quelquefois des dimensions considérables ; ils vont s’élargissant de plus en plus et se confondent bientôt entre eux ; ils forment alors des surfaces ondulées dans lesquelles on trouve des segments de grands cercles. C’est là une première variété d’herpès psoriasiforme qui correspond à l’herpés circiné ordinaire; mais il en est une seconde, plus difficile à reconnaître, et qui n'est pas moins spéciale ; elle correspond à l’herpes nummulaire. Dans cette variété, la surface reste malade au centre, mais elle est bordée par un bourrelet comme dans la précédente. Elle fait alors moins de progrès en étendue, les plaques en sont généralement beaucoup plus petites. Ces deux variétés amènent quelques démangeaisons, surtout lorsque le malade est en sueur.
Il est diflicile de confondre le psoriasis, quelle qu’en soit la forme, avec aucune autre maladie, si l’on tient compte des trois caractères que nous lui avons assignés; les seules affections sur lesquelles on pourrait émettre des doutes, sont la lèpre vulgaire et l'ichthyose; pour la lèpre surtout, en ce qui concerne le psoriasis herpétiforme circiné ; mais il sera toujours facile d'éviter la méprise, si l’on tient compte de cette circonstance que la lèprefigure toujours un fer à cheval, c’est-à-dire que l’affection squameuse représente les caractères du psoriasis sous la forme d’un cercle ayant un tiers de moins de sa circonférence (voyez les planches); tandis que le cercle de l’herpès psoriasiforme a toujours les dispositions d’un cercle complet. Quant à l’ichthyose, c'est une maladie à surface uniformément squameuse, disséminée sur les membres, en occupant presque toute l'étendue et par conséquent d'un diagnostic différentiel facile.
Psoriasis localisé. .— Psoriasis palmaria et plantaria. Cette affection offre plusieurs variétés; dans l’une, la plus simple, la plus bénigne, on voit apparaître au centre de la face palmaire d’une seule main une petite écaille épidermique. Le malade n’y fait même pas attention ; un peu de graisse, un bain la {ont disparaitre ; mais elle se reproduit, et le matin elle est plus sensiblè
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qu'après les soins de toilette pendant lesquels elle disparait ; elle a d'ailleurs la largeur de quelques millimètres seulement. Parfois le malade l’arrache, l'enlève ; cet état ne s'accroît qu'avec une extrême lenteur, car il est des personnes qui conservent pendant douze ou quinze ans ce psoriasis si discret, et il n'a acquis alors que l'étendue d’un centime. Il est rare que le médecin soit consulté pour cette affection lorsqu'elle est dans de pareilles conditions.
Mais dans une forme moins bénigne, le psoriasis palmaire apparaît au centre de la main avec plus de vigueur; il gagne assez rapidement en surface pour envahir toute l’étendue de la face palmaire dans l’espace de quelques semaines. Alors il est souvent accompagné de cassures très douloureuses, l’épiderme est épaissi, les squames sont très dures et se renouvellent très rarement. Enfin, dans une troisième variété, l'affection, le plus souvent déjà ancienne et discrète, prend tout à coup un grand accroissement et gagne non seulement la paume de la main, mais encore la face palmaire des doigts jusqu'à une ligne médiane qui séparerait l'épaisseur des doigts en deux parties égales ; dans ces deux variétés il est rare que les deux mains ne soient pas atteintes ; cette maladie est d’ailleurs incommode, car la pression un peu forte d’un corps dur amène de la douleur ; la main est le siége d’une chaleur insolite, mais la peau n’est pas sensiblement épaissie, comme on l’observe dans les diverses variétés de psoriasis. Nous ajouterons que, dans la généralité des cas, elle n'a pas non plus la teinte rouge de peau enflammée. Ce qui se passe aux mains peut aussi exister aux pieds, et l’on comprend combien dans de telles conditions la marche devient douloureuse et difficile ; contrairement aussi aux autres formes de psoriasis, le psoriasis palmaria n’atteint que la surface interne des mains, la face dorsale en est toujours exceptée. Dans le pityriasis rubra, au contraire, elle peut devenir tout entière malade.
Psoriasis capitis. — Le cuir chevelu peut être affecté isolément et indépendamment de l'existence de psoriasis sur le
reste du corps, mais alors les coudes et les genoux présentent généralement une peau rude, épaisse et dans un état anormal. Cette affection débute presque toujours par la partie antérieure du cuir chevelu; elle gagne peu à peu en surface, en arrière, en même temps qu'elle s’élargit et qu’il se développe dans divers points de la peau des plaques morbides analogues; mais ici deux formes possibles peuvent se présenter : ou celle de psoriasis franc, qui s'arrête à la racine des cheveux ; ou celle de psoriasis herpétiforme, qui est terminé en avant par un bourrelet ondulé qui gagne de plus en plus sur le front; les cheveux peuvent donc, dans l’une des formes, cacher cette affection, car, chose remarquable, quoique la peau soit rouge, épaissie, beaucoup plus malade que dans le pityriasis, par exemple, les cheveux ne tombent pas; mais si on vient à les faire couper , si le malade ne met aucune pommade, on voit alors les surfaces malades recouvertes d'écailles épidermiques uniformes et sans aucune sécrétion, avec leur aspect nacré. Il n’est pas possible de confondre cette maladie avec le pityriasis qui est à l’état de furfures, ou avec l’eczéma suintant sans cesse de la sérosité, ou avec l'impétigo donnant une sécrétion purulente. Mais il n'en est pas de même du pityriasis chronique des adultes à forme amianthacée ; il est vrai que la distinction a peu d'importance, parce que le traitement est à peu près le même.
Psoriasis unguium. — Cette maladie non décrite est assez commune et tout à fait indépendante; elle se montre ordinairement après l’âge de trente ans, toujours à une époque assez avancée de la vie. Elle affecte un ou plusieurs ongles des doigts, sans coïncidence de tel ou tel doigt de la main. Elle apparaît à l'extrémité des ongles; mais avant que ce qui constitue son cachet essentiel se manifeste, les ongles présentent quelques phénomènes particuliers : ils prennent plus d'épaisseur, se couvrent de quelques saillies longitudinales et de cannelures, comme chez les personnes âgées ; ils se déforment ; on voit alors l'extrémité libre de l’ongle s’épaissir, devenir opaque, grisâtre et présenter l'aspect d'une série de lames épidermiques mal join-
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tes ; en même temps, cette extrémité libre s'élargit et se déchausse ; alors, si le malade veut se servir de cet ongle pour arracher quelque chose, faire un effort, l’ongle casse à son extrémité, puis la maladie s'étend aussi de la partie libre de l'ongle à la partie adhérente, en le déchaussant de plus en plus, en se déformant aussi de plus en plus et en prenant un aspect fort désagréable, jusqu'à ce que sa chute s'opère en définitive ; mais l'affection n'amène ce résultat qu'après un laps de temps extrémement long, des années. Chose remarquable, les parties molles restent tout à fait saines et il n'y a pas de traces de psoriasis sur les autres parties du corps.
Traitement des diverses formes de psoriasis. — Tout psoriasis aigu exige les émollients, comme si c'était une affection sécrétante de la peau; mais pour exercer une influence un peu puissante sur cette maladie, il faut des agents émollients prolongés. Dans quelques cas, on emploie avec avantage la saignée, comme dans le pityriasis rubra aigu général. Les bains prolongés chaque jour pendant plusieurs heures, les onctions avec des corps gras sans addition de quelque substance que ce soit, l'axonge, le saindoux, le cold-cream, tels sont les moyens à l'usage desquels il faut se borner pendant un mois ou six semaines; car cette maladie, quoique aiguë, suit une marche décroissante très lente; à l’intérieur, des tisanes rafraichissantes, un régime alimentaire approprié, quoique le malade soit sans fièvre. Les onctions doivent être générales et le malade doit conserver sa chemise et les draps dans lesquels il couche, imbibés pour ainsi dire de graisse; aussi en hiver ces vêtements sont-ils très froids et difficilement supportés par les malades.
La période aiguë tombée, ce qui se reconnait à l'absence de la formation de squames, à l’abaissement de la rougeur et de la chaleur de la peau, il y a deux indications à remplir : ou le malade est dans un état de santé général tel, qu'il peut sans aucun inconvénient supporter la médication arsenicale ; ou, au contraire, la faiblesse de l’estomac, des intestins délicats, ne permettent pas l’usage de cette médication. Dans le premier cas, on
la prescrit d'après les errements que nous avons tracés (voy. MÉDICATION ARSENICALE, p. 100); dans le cas contraire, il faut entrer dans la voie des résolutifs en pommades et en bains. Toutes les affections squameuses se trouvent à merveille de l'emploi des corps gras; on débutera donc par des pommades au 50° d'huile de cade ou de goudron, et l’on fera faire une onction générale sur la peau matin et soir ; puis, au fur et à mesure que l'inflammation tombera, on rendra les pommades de plus en plus fortes. Toute la difficulté du traitement consiste à saisir l'indication de la force des agents que l’on emploie. Ce n’est pas ici le cas de mettre en usage les bains de vapeur : ils exaspèrent l'affection; il faut s'adresser aux bains alunés, salés, ou avec addition de sublimé (voy. Formulaire, Bains).
Le psoriasis aigu local doit être traité de la même manière, en proportionnant les moyens à l'étendue des parties affectées. Il est rare que, dans un psoriasis limité à une surface qui représente la vingtième ou la quarantième partie de l’étendue du corps, on ait recours à la solution de Fowler.
Traitement du psoriasis chronique. —Quelle que soit la forme de l'affection, le traitement est le même ; à cet égard, nous avons besoin d'entrer dans des préceptes généraux relatifs à cette thérapeutique. Le médecin, en présence d’un psoriasis chronique de date récente, c’est-à-dire de quelques mois ou d’un à deux ans, et lorsque aucun traitement n’a été fait, doit s'attacher à débarrasser pour toujours le malade de cette affection. I] faut donc qu'il s'adresse tout d'abord à une médication interne effcace; c'est toujours la méthode la plus sûre et celle qui compte Je plus de succès; la forme du psoriasis importe fort peu, et c'est en cela que nous nous sommes élevé avec raison contre ces divisions de psoriasis guttata, diffusa, etc.
Les médications internes ne comportent guère que deux ou trois ordres de substances : les préparations arsenicales, antimoniales et mercurielles ; toutes portent une certaine atteinte à la santé générale, d’où la nécessité de ne les employer que si la constitution du sujet, l'état de ses organes peuvent le permet:
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tre; à cet égard, nous établirons quelques propositions qui serviront de guides aux médecins :
1° Les préparations arsenicales doivent être préférées à toutes les autres.
2° Les préparations antimoniales et mercurielles réussissent quelquefois, lorsque les préparations arsenicales ont échoué.
3° Lorsque les préparations arsenicales ont été employées à une dose suffisante et pendant un temps assez long pour consolider une guérison de psoriasis, obtenue par ce moyen, et que le psoriasis a été suivi de récidive à une époque assez rapprochée, il est inutile de revenir à l'emploi de ces préparations.
h° Il est fort douteux que l’on puisse guérir à toujours un malade d’un psoriasis qui a eu des récidives nombreuses, quoique les préparations arsenicales n'aient pas été employées pour obtenir la guérison.
5° Tout psoriasis invétéré doit exclure l'emploi des préparations arsenicales.
. 6° La condition essentielle de l’usage de ces préparations, c'est
un bon estomac, de bons intestins, une bonne poitrine.
1° Ilest rare qu’un individu disposé à la diarrhée ou habitué à des garde-robes fréquentes, supporte des doses suffisantes d’arsenic et pendant un temps assez long pour obtenir une guérison durable et même une disparition complète de son affection par ce moyen.
8° 11 faut craindre d'employer l'arsenic chez les sujets atteints d'affections catarrhales chroniques de la poitrine, ou d'asthme, à plus forte raison s’il s'agit d'un jeune homme à poitrine étroite, à membres grêles où l'on ait à supposer la possibilité d'un développement de tubercules.
9° Il est, au contraire, des individus qui supportent parfaitement l'arsenic ; les femmes nous semblent sous ce rapport avoir un avantage marqué sur Jes hommes.
J'ai exposé (pag. 104 et suiv.) les accidents qui peuvent accompagner l'administration de l'arsenic et les effets qu’il produirait sur l’ensemble de l'économie en général ; j'ai fait con-
naitre comment et à quelle dose il fallait l'employer , je n'ai donc pas à y revenir; j'en ai fait autant pour les préparations antimoniales (voy. pag. 109 et suiv.). J'ai de plus, lorsque j'ai traité de la médication antisquameuse, exposé les méthodes externes et internes que l'on pourrait mettre en usage ; il me reste donc peu de chose à faire pour instituer la thérapeutique du psoriasis.
D'après les propositions que nous venons d'émettre, un psoriasis peut être traité par des moyens externes seulement : par des moyens externes et une médication interne à la fois, ou enfin par une médication interne seule. Toutes les fois que le médecin voudra être sûr des effets de l’agent interne qu'il aura mis en pratique, il faudra qu'il s’abstienne de toute pommade extérieure propre à guérir elle-même ; mais il est rare que l’on ne joigne pas à cet agent l'usage de bains. Nous préférons à tous kes bains ceux de vapeur, excepté dans les trois mois les plus chauds de l’année. On les donne tous les deux jours (voy. Bains DB VAPEUR, pag. 428); on peut les remplacer par des bains alcalins, lorsque les malades ne peuvent pas supporter les bains de vapeur.
- La médication externe repose exclusivement sur l'emploi de bains et de pommades ; et parmi ces dernières, les plus employées sont celles qui ont pour base l'huile de cade, le goudron et le précipité blanc; la dose d'huile de cade et de goudron à incorporer avec l’'axonge varie en raison de l’âge du sujet, de la finesse de la peau et de l'ancienneté du psoriasis ; en général, ôn débute par des pommades au 20°, et tous les quinze jours ou trois semaines, on rend la pommade plus forte en la portant au 15°, au 40° et même au 5° d'huile de cade ou de goudron. C’est à la condition de graisser largement les surfaces malades avec la paume des mains, et fort au delà des parties affectées, que l’on obtient une guérison ; il faut aussi porter sur soi des chemises salies par la graisse et ne les changer que tous les quinze jours ; il semble que l'atmosphère d'huile et de goudron dont on enveloppe les malades contribue à ob-
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tenir une guérison plus prompte et plus facile. Dans quelques psoriasis invétérés, on est souvent obligé d'employer le goudron et l'huile de cade à l’état de pureté. On conçoit qu'un pareil traitement ne puisse guère être fait qu'avec l'isolement complet du malade. Un inconvénient très grave de ces sortes de pommades, c’est de tacher les linges et de ne pouvoir enlever complétement ces taches à la lessive. A l'hôpital il existe des draps et des chemises exclusivement affectés à ces sortes de traitements: l'odeur ne porte d’ailleurs aucune atteinte à la santé.
J'ai fait dans ces derniers temps quelques essais avec l’huile de noix d’acajou que mon ami le docteur Patin m'avait proposé de mettre en usage. On sait que cette huile est très usitée dans les colonies pour combattre les maladies de la peau; les marins s’en servent souvent pour la moindre affection, quelle qu'en soit la forme. J'ai dû m'adresser à des malades dont les psoriasis fort anciens résistaient au goudron pur et à l'huile de cade ; jen’ai pas obtenu de succès. L'application de l'huile, pour peu qu'elle fût faite sur une assez large surface, donnait lieu à une cuisson, à un sentiment de brûlure souvent considérable et amenant le gonflement de la peau ; j'ai dû y renoncer. Peut: être serait-on plus heureux en incorporant l’huile de noix d'’acajou à l’axonge; je doute pourtant que l'on arrive à de meilleurs résultats qu'avec l'huile de cade.
Lorsque, par des considérations spéciales, on ne peutemployer ni l'huile de cade, ni le goudron, il faut alors recourir à deux agents qui n’ont ni les inconvénients de la couleur, ni ceux de l'odeur. C’est, d’une part, le carbonate de potasse ou de soude incorporé à l’axonge; d’une autre part, le précipité blanc. Ces deux pommades sont d'ailleurs très efficaces ; il faut les formuler à assez haute dose, car la peau affectée peut parfaitement en supporter l’action (voy. Formulaire, POMMADE AU CARBONATE DE POTASSE OU DE SOUDE n° 2 et celle AU PRÉCIPITÉ BLANC). La pommade au précipité blanc a un grand inconvénient ; comme elle doit étre étendue, même sur la peau saine, la préparation mercurielle est souvent absorbée et donne lieu à de ia salivation; il
faut donc agir à cet égard avec ménagement et surveiller de près ce mode de traitement.
Bien d’autres pommades ont été préconisées, mais elles sont insignifiantes ou elles amènent de mauvais résultats ; il est donc inutile de les indiquer. J'ai tenté l'emploi de l’huile de foie de morue sans obtenir rien d’efficace.
Comment guérissent les pommades ? Leur premier effet, c'est de faire tomber les squames, de mettre à nu la peau avec sa coloration rouge; plus tard, les squames se forment en moins grande quantité et l'épaississement de la peau diminue; plus tard encore, cet épaississement disparait, la peau revient à son niveau en même temps que sa coloration est moins intense. A cette époque, il se montre très souvent un phénomène qui n'a pas été observé par les dermatologistes et qui est un indice aussi certain de guérison que la coloration brune que j'ai fait connaître peut l'être pour l’arsenic (voy. p. 106). C’est la formation d’un petit liséré blanc autour de la plaque de psoriasis; il est d’abord très étroit, 1l s'élargit ensuite, s'étale au fur et à mesure qu'il prend de l'accroissement ; il gagne la plaque rouge de psoriasis, qui elle-même finit par disparaître ; alors Ja peau reprend sa couleur naturelle, sa souplesse et il est impossible de reconnaître qu'elle ait été maculée.
Il pourra paraître surprenant que nous ne parlions pas de l'emploi des sulfureux pour combattre cette maladie ; ces agents sont sans succès , ils irritent le plus souvent et ne guérissent pas. Aussi les eaux des Pyrénées n’ont-elles aucune valeur, je ne connais même pas d'eaux minérales qui guérissent cette affection ; j'en excepterais peut-être les bains de mer, qui comptent quelques succès. Je fais une réserve pour le psoriasis à forme composée, ainsi qu'on va le voir plus loin.
Tel’ est l’ensemble des médications qui comptent le plus de succès dans le traitement du psoriasis général. Il est important d'élucider la question de savoir celle à laquelle le médecin doit accorder le plus de confiance. En 1848, je fis faire le relevé des antécédents de seize malades affectés de psoriasis qui se trou-
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vaient à ce moment réunis dans nos salles ; il devait être continué de manière à être établi sur une plus grande échelle; cela n’a pas été fait. Voici toutefois à quelles données nous avons été conduit par rapport à ces treize malades, qui avaient passé par divers services ; ainsi le 1* comptait 7 récidives; le 2°, 6; le 3,5: le he, 3; le 5°, 3; le6° 3; le 7°,6: les 8°, 9e 4: le 10°, 2; le 14°,4; le 42°, 5; le 13° et le 4h°, 2; le 15°, 7; le 16°, 1. Il en est dont le premier traitement remontait à 1823 ; en sorte que ces divers malades avaient successivement passé par les services de Biett, d’Alibert, de Lugol, MM. Emery, Giabert, Cazenave et le mien. Voici maintenant le laps de temps pendant lequel la guérison s'est soutenue depuis les diverses médications mise en usage.
4 an.
Solution de Fowler. — 4 traitements, 4 guérisons. — Durée ) 2 ans. de la guérison. 2 ans 1/2.
4 ans.
Solution minérale. — 2 insuccès, 4 guérisons. (C'est la solu- se tion de Fowler étendue d'après ma formule ) — Durée de ;
: 1 an 1/2.
la guérison. FR
Solution de Pearson. — 1 traitement, 4 insuccès.
Liqueur acide de M. Gibert. — 1 traïilement, 1 guérison. oi (C'est une solution arsenicale.) — Durée de la guérison. ° Pilules arsenicales. — 3 traitements, 1 insuccès. — Durée 3 mois. de la guérison. us :
semaines.
6 mois.
Goudron, — 12 traitements, 6 insuccès. — Durée de la gui-) 6 mois. rison. 4 an.
E ans, 2 ans 1/2.
Teinture de cantharides. — 2 traitements, 1 insuccès. — | 3 ans Durée de la guérison. .
lodure de potassium. — 1 traitement, 1 guérison. — Durée r de la guérison. nes Sulfureux. — 2 traitements, 1 insuccès. — Durée de la gué- Pre rison. | ‘
Que si l’on additionne la durée de la guérison des traitements
. par les préparations arsenicales comparés à la durée de la gué-
rison dans le cas d'emploi de goudron, on arrive aux résultats
suivants : Onze traitements par l’arsenie donnent vingt-trois
ans de guérison ; six traitements par le goudron donnent six ans et sept mois de guérison. La différence en faveur des préparations arsenicales est donc du double; peut-être même arriverait-on à un chiffre meilleur si le relevé, au lieu de porter sur des malades en petit nombre qui ont été traités à des époques déjà éloignées de nous, avait été fait sur des malades traités plus récemment. La différence qui existe entre un traitement purement externe et un traitement interne, est tellement anormal pour les malades eux-mêmes, que lorsqu'ils ont été seulement mis à l'usage du goudron ou des pommades, ils disent qu'ils ont été blanchis.
Une autre méthode générale qui compte quelques succès, surtout chez les personnes délicates, c’est l’hydrothérapie; on sait qu'à Paris les premiers essais en ce genre ont été faits par M. Wertheim, à l'hôpital Saint-Louis, dans le service de M. G:ibert et dans le mien. Des psoriasis de toute date ont été traités par la sudation à l’aide du drap mouillé et l'immersion dans l'eau froide; on a traité des psoriasis récents et même des psoriasis anciens avec quelques succès. Cette méthode a l’avantage d'améliorer la santé générale et de guérir en même temps l'affection cutanée: dans deux circonstances elle a fait paraître à la peau une syphilide à l’instar des eaux des Pyrénées qui fort souvent mettent à nu un principe syphilitique caché.
Mais quel que soit le traitement mis en usage, la maladie sera d’autant plus mise à l'abri de récidives, qu'il aura été plus complet. Ainsi il ne suffit pas d'arriver à la disparition des plaques squameuses ; il faut d’abord qu'elles disparaissent toutes, et ensuite que la peau rentre dans son état tout à fait naturel: il faut, quand on emploie les préparations arsenicales, obtenir les taches brunes que nous avons fait connaitre, et continuer même le traitement un mois après les avoir obtenues. A cet égard il est mauvais d’allier ensemble la méthode externe et la méthode interne. Si l’on guérit plus vite, on guérit moins sûrement ; il est rare même d'obtenir les taches arsenicales lorsque l'on traite à l'extérieur par le goudron et à l’intérieur par l’arsenic. On va
PSORIASIS. 515 plus vite peut-être, mais on va moins sûrement, le traitement d’un psoriasis exige presque toujours deux mois à trois mois de durée, et souvent plus quand le psoriasis, est ancien (voy. Mé- DICATION ARSENICALE).
Quelle que soit la méthode par laquelle on arrive à la guérison d’un psoriasis, ce n'est qu'à l’aide d'une hygiène longtemps observée que l’on peut éviter aux malades des récidives. Ces soins hygiéniques consistent, suivant nous, à graisser largement la peau avec du saindoux ou de l’axonge une fois par semaine durant huit ou dix mois; à prendre aussi par semaine un bain qui, pendant la saison chaude, sera alcalin; et de vapeur durant la saison froide, afin de faire fonctionner complétement la peau pendant la saison où la transpiration est généralement supprimée. Le malade doit, en outre, éviter les excès de tout genre et observer cette hygiène, sauf à la suivre moins sévèrement pendant plusieurs années.
Le traitement des psoriasis composés diffère des précédents. Ainsi, quant à ce qui concerne l’eczéma psoriasifurme , on ne peut lui appliquer, comme traitement externe, des pommades aussi fortes que pour le psoriasis, sans quoi on l’exaspère et on le fait sécréter ; il faut s'adresser à des pommades au cinquantième ou au quarantième de goudron et d'huile de cade, et souvent les faire précéder de pommades au tannin et à l’oxyde de zinc. Dans cette variété, les préparations arsenicales réussissent à merveille.
Quant à l’herpes psoriasiforme, c'est une tout autre médication. Il réclame les sulfureux par excellence et sous toutes les formes; les eaux minérales sulfureuses le guérissent à merveille, et lorsque la guérison n’est pas tout à fait complète par ces agents, on la parfait alors à l’aide des préparations arsenicales ; mais celles-ci ne doivent être employées que secondairement. Voici un fait qui prouve la supériorité de cette méthode. « Un malade nous a été adressé l’anné dernière par un de nos très honorables collègues des hôpitaux de Metz; il avait cette affection aussi généralisée que possible ; l’arsenic et plusieurs
autres traitements avaient été employés sans succès pour la combattre. Entré par hasard à l'hôpital dans un service autre que le mien, il fut mis à la médication par l'huile de cade, mais sans succès. Ce fut alors qu’il demanda à venir dans notre service. Je reconnus facilement la forme composée de psoriasis dont il était atteint ; le traitement sulfureux fut employé dans son ensemble tant à l’intérieur qu’à l'extérieur, et en six semaines la disparition de l'affection était complétement obtenue.
Il nous reste à faire connaître les particularités de traitement qui concernent les psoriasis locaux. Ce n’est guère que par des topiques que l’on guérit les psoriasis palmaria et plantaria ; l'arsenic même, qui dans quelques cas réussit, échoue le plus souvent. C'est donc aux pommades aidées des bains alcalins qu'il faut recourir, à l'usage de gants de fil la nuit pour pouvoir maintenir les corps gras en contact avec la peau et, quand cela se peut, le jour même; ce qui réussit fort bien, surtout dans ces psoriasis, ainsi que dans celui des ongles, c’est de coucher, la nuit, les mains dans de la laine grasse, c’est-à-dire, avec son suint. On ne saurait se faire une idée de l'influence de ces auxiliaires sur la peau ; quant au psoriasis capitis, il réclame essentiellement une médication générale, tout en appliquant des pommades convenables, coupant les cheveux, employant des lotions alcalines répétées et des bains de vapeur.
Psoriasis yuttala des membres. — Moiron, jardinier, âgé de vingt ans, entré le 24 mai, sorti le 29 août 4843 ; transmission nulle, cependant son frère a eu des dartres farineuses ; constitution forte.
Il y a neuf mois, psoriasis guttata, guéri en quatre mois, dans le service de M. Gibert, par les bains de vapeur, lotions chlorurées, et à l'intérieur, la solution d’arséniate d'ammoniaque de Biett. Deux mois de guérison; antécédents inconnus, comme la première fois.
La maladie a reparu il ÿ a trois mois ; au début, petits boutons qui depuis se sont étendus de manière à former des petites plaques rouges arrondies, recouvertes de squames nacrées. Ces petits boutons ont paru d’abord au coude, puis au genou et sur les membres seulement. Il y a trois mois, deuxième récidive ; depuis le poignet jusqu'au-dessus du coude, depuis le cou-de-pied jusqu'à la partie supérieure de la cuisse. Forme squameuse ; sur toutes les surfaces des membres, mais surtout aux parties externes et dans le sens de l'extension, on voit de
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nombreuses plaques, larges de # ou 5 millimètres à 4 centimètre de diamètre; elles sont très nombreuses au coude et au genou et rapprochées de manière à se confondre presque. Ces petites plaques rouges, sont arrondies, saillantes, dures et recouvertes généralement de squames blanches, brillantes, nacrées, tombant difficilement et seulement par le frottement des écailles minces et sèches.
29 mai. Toutes les squames sont tombées sous l'influence des bains et des frictions avec l’axonge ; administration de la solution de Fowler. Trois fois pendant le traitement on a suspendu cette solution pour accidents généraux ; à sa sortie, la peau est saine, mais colorée en brun dans les points qui ont été malades.
Psoriasis guttuta général. — Minthe, terrassier, âgé de vingt-huit ans, entré le 34 mai, sorti le 5 septembre 1843; d'un tempérament sanguin, d'une constitution forte. Antécédents : il y a quatre mois, sans cause connue, la maladie apparut d'abord sur les bras, puis sur les jambes et enfin sur le tronc. Elle débuta par des petits boutons qui farinaient, surtout lorsqu'on les touchait ; ces petits boutons s'étendirent peu à peu et formèrent des petites plaques arrondies. Démangeaisons instantanées ct légères. Toute la surface cutanée, excepté la face, le cou ot le cuir chevelu, est lo siége de petites plaques rouges, de 4 à 2 centimètres, arrondies, élevées au-dessus de la peau et recouvertes de squames sèches, blanchâtres, nacrées, qui par le frottement tombent en furfures. Ces squames sont sèches ; il y a peu de démangeaisons, elles sont seulement instantanées. Ces plaques squameuses sont beaucoup plus nombreuses à la surface externe des membros qu'à la surface interne, où il y en a à peine.
Dans certains endroits, ces gouttelettes squameuses sont confondues et forment une seule et même plaque, circonscrite par un bourrelet peu saillant. Sous l'influence du traitement et surtout des bains alcalins, pris tous les deux jours pendant son traitement, ainsi que de l'emploi de la pommade de goudron à l'extérieur, les squames sont tombées peu à peu, les plaques se sont affaissées et leur coloration a diminué en commençant d'abord par le centre. À sa sortie, la peau est parfaitement saine.
Psoriasis de la face. — Leveau, musicien, âgé de vingt ans, entré le 25 octobre, sorti le 19 décembre 4843 ; transmission nulle. Parents exempts de toute maladie de peau; tempérament lymphatique, constitution médiocre. |
Il y a deux ans et demi, il a eu un écoulement, traité par la tisane d'orge et les bains émollients locaux. Cet écoulement a durésix mois, avec sa disparition a coïncidé l'invasion du psoriasis. Depuis cette époque la maladie a été continue ; il a fait plusieurs traitements, tous sans succès ; fumigations sulfureuses, homæopathie, pommade grise. Les joues ont commencé à être malades, c’étaient d'abord des plaques rouges avec quelques démangeaisons, puis il y est survenu des squames ; il n'y a que
cinq mois que le nez a été envahi, aujourd'hui l'affection occupe le nez et les joues.
A son entrée, il offre un psoriasis caractérisé par des plaques rouges, couvertes d'écailles larges, blanches, chatoyantes, très sèches et minces. Les joues sont affectées seulement dans leur tiers interne, la gauche plus que la droite; suf cette dernière la maladie ne descend pas plus loin que l'aile du nez; sur la gauche, elle va jusqu’à la commissure labiale. Elle remonte des deux côtés jusque près des yeux, mais sans les atteindre ; le nez est affecté dans ses deux tiers supérieurs, et des deux côtés le psoriasis s’unit à celui des joues. Il y a en même temps sur la face un certain nombre de pustules d’acné ; point de psoriasis sur d'autres points du corps. Coudes et genoux intacts.
Traitement par l'arsenic.
30 octobre. Amélioration déjà très notable ; moins de rougenr, moins de saillie des plaques.
6 novembre. Le psoriasis a pâli partout, il s’efface déjà dans certains points du centre à la circonférence.
9 novembre. Au lieu de la large plaque qui existait à l'entrée du malade, il en existe plusieurs, séparées les unes des autres.
25 novembre. Il ne reste plus des psoriasis qu'une teinte très faible ; il ne se forme plus de squames.
k décembre. La pommade au bichloro-iodure a fait depuis quelques jours rougir ces parties malades et a déterminé une véritable inflammation ; on la remplace par de l’axonge.
La rougeur disparaît les jours suivants et le malade sort guéri le 49.
Herpès psoriasiforme. — Dibory (Antoine), menuisier; tempérament lymphatique.
À l’âge de dix ans il fut atteint d'une affection tout à fait semblable à celle qu’il porte maintenant : il entra à l'Enfant-Jésus, il y resta pendant deux ans. Pendant son séjour dans cet hôpital il lui survient une fièvre cérébrale, et c’est en guérissant de cette dernière maladie, qu'il guérit en même temps de son affection cutanée. La guérison s’est maintenue pendant seize ans environ, et pourtant le malade a fait dans cet intervalle des voyages de long cours; il est soumis au régime des marins sans éprouver rien qui annonce une nouvelle recrudescence. Depuis trois ou quatre mois la maladie est revenue, peut-être son retour est-il dû aux excès que fait parfois le malade et peut-être aussi aux privations qui succèdent.
La maladie est maintenant étendue à toutes les surfaces du corps. Au milieu, de grandes plaques rouges rugueuses, recouvertes d'écailles épidermiques furfuracées: on rencontre comme de petites papules rouges arrondies, recouvertes aussi d'une écaille qui tombe. C'est par ces petites élevures que la maladie a commencé, bientôt elles se sont agrandies, pour former des plaques de la largeur d’une pièce de 50 centimes dont les unes isolées, peu saillantes, se remarquent surtout sur le dos et un peu sur la partie antérieure de la poitrine, la face interne des
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cuisses; tandis que les autres, se réunissant par leur circonférence, forment de larges plaques irrégulièrement dessinées et qui me paraissent n'avoir rien de particulier pour le siége. Ces plaques, de grandeur différente, sont, de même que les taches qui les constituent, peu saillantes, rouges et recouvertes d'un épiderme que le frottement enlève par petites écailles. Sur la face, le front et dans le cuir chevelu, on en trouve encore, et dans ces parties elles sont moins apparentes, à cause de la finesse de la peau. Elles sont toutes entourées d'un Lourrelet saillant.
Le. malade éprouve, surtout sur la face antérieure des jambes, des démangeaisons si vives qu'il se gratte de manière à faire sortir le sang ; aussi voit-on que par place l'épiderme a été enlevé avec les ongles. Traitement par la solution de Fowler; guérison avec coloration de la peau.
Eczéma psoriasiforme. — Boucher, charretier, âgé de soixante et onze ans, vigoureux. Un mois avant l'entrée, des boutons se montrent aux cuisses, à la partie interne et supérieure ; démangeaison, rougeur, sécrétion roussâtre, qui tachait le linge et l'empesait. Quelques jours après, une pareille éruption se manifeste au nombril ; puis bientôt sous l’aisselle, et enfin à la face palmaire des mains et à la face plantaire des pieds. Mais aux mains il n'y avait pas de sécrétion ; la maladie gagna peu à peu. Une vaste plaque nccupe à la fois la région hypogastrique, les aines, la verge tout entière, les bourses, la face interne el supérieure des cuisses dans une hauteur d'environ 4 décimètre, le périnée, la marge de l'anus, la partie interne des fesses et leur face postérieure jusqu'à 6 ou 7 centimètres du sillon en remontant à la moitié de la région sacrée. Au nombril, plaque régulièrement ellipsoïde de 5 centimètres de diamètre transversal sur 2 en hauteur ; à l’aisselle, plaque qui en occupe toutes les parois et qui contourne même un peu en avant le bord de la saillie du grand pectoral. Ces plaques sont rouges, épaissies, couvertes de larges squames à demi détachées, transparentes, molles, humides; démangeaisons vives, sécrétion séreuse assez abondante pour Lacher ou plutôt empeser le linge. Toute la face palmaire des mains et un peu la face dorsale des doigts, surtout au niveau des articulations, sont occupées par une seule plaque qui n'offre que de la rougeur, de l'épaississement de larges squames sèches, opaques, blanches; il y a aussi de la démangeaison. La plaque de la face plantaire des pieds offre exactement les mêmes caractères que celle des mains ; seulement les squames sont plus épaisses, plus dures ; elle est bornée à la face plantaire. — 47 janvier. Diminution de la rougeur et de la sécrétion aux parties génitales, au nombril, aux aisselles ; desquamation considérablement diminuée dans ces mêmes parties. Aux mains et aux pieds il ne reste plus qu'une rougeur violacée, peu sensible, l'épaississement et la desquamation sont diminués; démangeaisons beaucoup moins fortes.
31 janvier. Les mains et les pieds sont guéris, la rougeur, la démangeaison sont considérablement diminuées, la sécrétion y est presque nulle, la plaque du nombril et les autres ont diminué de largeur en
allant de la circonférence au centre. — 14 février. Lo malade sort: la plaque du nombril ne consiste que dans une rougeur un peu plus foncée que la couleur normale de la peau A la partie interñe des cuisses, il reste une rougeur violacée sans démangeaison, sans sécrétion, sans état furfuracé appréciable. Les aisselles sont dans le même état que la partie interne des cuisses, à l'exception d'une légère démangeaison.
Lepra VULGARIS. Dartre furfuracée arrondie, herpès furfureux circiné d'Alibert.
Le mot lèpre devrait être aujourd’hui exclusivement réservé à une maladie contagicuse des Grecs et des Arabes qui n’apparaît que rarement dans nos climats. Il a été appliqué par Willan à une variété d'affection squameuse, par cette raison que la disposition des squames est arrondie, plus ou moins circulaire et se rapprochant ainsi de ce que les Grecs ont décrit sous cette dénomination. Les modernes ont conservé ce nom fort impropre qui s'applique en général à tout ce qui est contagieux, à tout ce qui est d'un aspect repoussant; or la lèpre vulgaire que nous allons décrire est loin de rentrer dans cette catégorie d'affections. De plus, Willan a adopté trois variétés dans cette maladie, vulgaris, alphoides, nigricans. La forme alphoide n’est basée que sur la blancheur éclatante des écailles, des squames, surtout chez les enfants, différence bien naturelle à cet âge, car toute maladie squameuse chez l'enfant très jeune rentre dans cette condition ; quant à la lèpre noirâtre ou brune, il y a eu quelque erreur de la part de Willan; nous n'avons jamais rien vu de semblable. M. Cazenave regarde cette affection comme une syphilide; d’autres auteurs en nient l'existence. Il y a plus, M. Gibert considère le lepra vulgaris comme ne constituant pas une espèce morbide et comme n'étant autre chose qu’une variété de forme du psoriasis. Pour moi, non seulement j’admets l'existence du /epra vulgaris, mais encore j'ajoute que tous les dermatologistes l’ont peu où mal décrit ; ils l’ont confondu, à l'instar d'Alibert, avec le psoriasis herpétiforme que nous avons