BOUTON D'ALEP
parlé d'individus atteints de 60 boutons et plus. Durant mon séjour à Alep, il était question d'un religieux d'Antab qui en aurait eu à Ja fois 76. Je ne l'ai pas vu. Mais j'ai pu visiter le neveu de l'évêque grec, un Chypriote âgé de dix-sept ans, qui a été attaqué de la maladie huit mois après son arrivée. La rumeur publique lui attribuait, si je ne me trompe, 40 boutons; il en avait 46, présentant la plupart, il est vrai, des dimensions insolites. Une jeune dame, d'origine allemande, en « eu %1. — On en observe le plus ordinairement 2, 3 ou 4.»
Quant à l'étendue du bouton, ou plutôt de l'ulcère qui succède au ramollissement du tubercule, elle est encore très variable. M. Willemin en a mesuré qui avaient jusqu à & et 5 centimètres de diamètre. Mais il cite d'autres cas assez nombreux de jeunes filles d'Alep, qui portent simplement à la lèvre, sur la joue ou sur l'avant-bras, de petites ciCatrices arrondies, de la grandeur d'une pièce de 60 centimes, à peine plus pâles que les téguments voisins, dont elles atteignent presque le niveau.
A côté de la forme type dont il a donné la description, tubercule dur, rosé, indolent, auquel succède une croûte épaisse, entourée d'une auréole d'un rouge plus ou moins vif, présentant, quand elle s'est détachée, un fond lisse et uni, d'une coloration variable, sorte d'ulcère dont les bords élevés, inégaux, offrent une disposition tuberculeuse caractéristique, ces tubercules variant depuis la grosseur d'une tête d'épingle jusqu’à celle d'une petite lentille, ce qui n'empêche pas les bords de l’ulcère de se relier ordinairement par une pente insensible avec le fond ; à côté, disons-nqus, de ces caractères généraux et en quelque sorte pathognomoniques du bouton d'Alep, très importants pour le diagnostic, M. Willemin a observé un grand nombre d'autres formes qu'il indique avec soin, car, dit-il, il n'est pas une maladie de la peau dont le bouton d’Alep ne puisse emprunter les caractères. Ainsi, il l'a vu prendre une forme semblable à celle de l'impétigo, de l'ecthyma, de l'acné, de l'eczéma, de l’herpès circiné, du cancer épithélial, de quelques dermatoses syphilitiques. Mais à travers ce masque étranger emprunté à la constitution des malades ou à la diathèse, il reste toujours quelques signes qui permettent de reconnaître la nature primitive de la maladie. |
Quant à la marche de la maladie, son lent développement, sa pé :riode d'augment et de décroissance : la saillie du bouton s’affaisse peu à peu ; la plaque colorée qui lui succède pâlit par 1: centre ; de sorte
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que, parfois, le milieu du cercle est déjà revenu à une teinte presque normale, quand subsiste encore la bordure de petits tubercules dont il a été question ; et ceux-ci, contigus d'abord, finissent par se séparer, par suite du retrait de quelques uns d'entre eux.
Du reste, pendant toute la durée de la maladie, la santé générale ne semble nullement altérée, et la maladie débute sans prodromes et sans mouvement fébrile.
Quant à la durée, son nom arabe, qui veut dire bouton d'un an, exprime bien ce qui se passe dans la généralité des cas. Cependant M. Willemin a vu ou on lui a rapporté des cas où l'évolution de la maladie s'était faite tantôt dans sept ou huit mois, tantôt dans plusieurs années. |
En général, le bouton d'Alep ne récidive pas. Cependant M. Willemin rapporte plusieurs cas qui prouveraient, contrairement à l'assertion des auteurs, que le bouton contracté à Orpha ou à Bagdad ne préserve pas de celui de Mossoul ou d'Alep, et réciproquement, quoique Ja maladie soit dans ces différents lieux identique. Néanmoins, dit M. Willemin, on ne voit pas à Alep un individu prendre deux fois le bouton, ou du moins le bouton tel qu'il vient de le décrire. Il est vrai qu'il existe dans cette même ville un second exanthème qui semble être la miniature du premier, et qu'on observe surtout chez les personnes lymphatiques, affaiblies, exanthème ayant d’ailleurs le même siége géographique, la même durée, les mêmes caractères anatomiques, mais ne constituant, en définitive pour l'auteur, qu'une seconde et moins puissante manifestation de la maladie. Cette similitude des deux exanthèmes paraît avoir échappé, jusqu'ici, à tous les observateurs. Les habitants eux-mêmes attribuent ce second exanthème à la piqûre du cloporte. M. Willemin a fait de vains efforts, qu'il rapporte, pour détruire cette croyance. En présence d’une famille entière, il a mis un cloporte sur son bras, et, quoique à la pression il ait senti une sorte de piqûre déterminée par le bord tranchant de la carapace de l'animal, inutile de dire qu'aucune éruption n'est survenue. C'est avec raison, du reste, que l'auteur insiste sur l'identité de ces deux exanthèmes, car il serait bien extraordinaire, en effet, ainsi qu'il le fait remarquer, que le même pays présentât deux exanthèmes spécifiques différents.