PIAN D'AMÉRIQUE
PIAN D AMÉRIQUE, frambæsia, yaws, micosis d'Alibert.
Le pian, ou frambæsia de Willan, que l'on observe principalement à Saint-Domingue, à la Guadeloupe, au Brésil, à la Jamaïque, est considéré comme identique avec une autre affection désignée sous le nom de yaws, qui existe principalement dans les Indes occidentales, et notamment dans le royaume de Guinée. Cependant il y a dans le début de ces deux affections des différences assez tranchées ; ce qui les a fait rapprocher ainsi, c'est que dans toutes deux, à une certaine période, il se montre à la peau de petites tumeurs fongueuses, rouges, granulées, ressemblant à une framboise.
La maladie n'est pas exclusive à ces climats d'une manière absolue. Raulin a décrit sous le nom de pian de Nérac une affection épidémique qui a régné dans le département de Lot-et-Garonne en 1752, et qui a de l'analogie avec celles que l'on nomme yaws. Biett a eu dans ses salles une affection tuberculeuse du genre du pian chez une jeune fille française. J'ai traité el guéri une demoiselle du département de l'AIlier, qui avait des tubercules nombreux de pians sur la figure et le cou, ce qui prouve que les maladies étrangères à nos climats peuvent aussi s'y montrer spontanément, mais accidentellement, il est vrai, c'est d'ailleurs ce que nous faisions observer à l'occasion de la lèpre. Voici quelle est la physionomie de ces deux maladies.
Dans l’une et dans l’autre, l'affection cutanée est précédée ou non de symptômes généraux : faiblesse, lassitude générale, amaigrissement, anorexie, etc.; puis dans le pian apparaît à la surface un nombre plus ou moins considérable de petites taches ou boutons rouges sur diverses parties du corps, avec fièvre, douleurs dans les membres et dans les os. Ces symptômes diminuent d'intensité, et le malade entre alors dans la seconde période de la maladie; alors l'éruption caractéristique se manifeste sous trois formes différentes : 4° des gros pians ou pians blancs ; 2° des petits pians ; 3° des pians rouges.
Les pians blancs sont quelquefois aussi larges que la main; leur chair est fongueuse et blafarde, il s'en écoule une humeur épaisse et sanieuse. Les petits pians sont rouges, beaucoup moins fongueux et sans sécrétion marquée. Les pians rouges constituent, à proprement parler, le frambæsia, par leur couleur et leur volume; ils se développent très lentement, mais ils constituent la forme la plus grave de la maladie:
l'un d'eux, plus considérable que les autres, s'excorie, s ulcère, prend un mauvais aspect, se guérit très difficilement, et constitue ce que l'on nomme la mère pian ou mama pian.
On a de plus rattaché à cette maladie diverses productions morbides consécutives, telles que les guignes, ou excroissances de chair qui se montrent à la paume des mains, au bout des doigts, à la plante des pieds ; 3° les crabes, ou excroissances blanchâtres sur les mêmes partios; 3° les saouaouas, ou épaississement de la peau de la plante des pieds et de la paume des mains ; 4° enfin le mal aux os, ou douleurs ostéocopes ambulantes, avec tuméfaction des os spongieux, des exostoses, la carie, etc. On conçoit qu'avec de tels symptômes, certains auteurs aient pu considérer cette maladie comme étant de nature syphiltique : la physionomie de la maladie désignée sous le nom d'yatos est différente. Les prodromes sont à peu près les mêmes, langueur, faiblesse, douleurs dans les articulations et fièvre, apparition d'une sorte de poussière blanche, farineuse, avant l'éruption ; quelques jours après, apparition sur la peau, et notamment sur le front, de taches semblables à des piqüres de puce ou à de petites papules. Accroissement de ces phénomènes pendant huit à dix jours, après lesquels seforment des croùtes qui cachent un pus sanieux et mal élaboré; ces sortes de pustules croissent en nombre ainsi qu'en largeur, et prennent la dimension de 4 à 2 centimètres, si on les enlève, on aperçoit un ulcère de mauvais aspect. Ce n'est qu'après un, deux ou trois mois, et quelquefois plus tard, que se montre l'état fongoide; encore est-il souvent précédé de plusieurs éruptions à ulcère croûteux du genre de ceux que nous venons de décrire ; encore ces tubercules fongueux sont-ils presque tous ulcérés. Ils occupent principalement la face, les aines, les aisselles, la marge de l'anus et les grandes lèvres de préférence. Comme dans le pian, il existerait toujours une pustule plus large qui constituerait la mère pian, ou répondrait à ce que l'on désigne sous ce nom dans le pian d'Amérique. Enfin ces malades sont sujets aussi à des douleurs nocturnes, à des gonflements dans les os et à des ulcérations dans le pbarynx.
On voit par cette description succincte, qu'il existe beaucoup d'analogie entre l'yaws et le pian d'Amérique, la forme seule diffère ; aussi pourrait-on dire avec quelque raison qu'il existe deux espèces de pians, le pian non ulcéreux, ou frambæsia, pian d'Amérique, et le pian uicéreur, dit yatws.