‹ Traité practique des maladies de la peauChapitre 52 sur 77 · PIAN D'AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

PIAN D'AMÉRIQUE

C'est de cette dernière variété qu'il faut rapprocher l'épidémie de pian de Nérac qui a eu lieu en 1752. Les sujets qui en étaient atteints commençaient à maigrir, puis il survenait des pustules au visage, à la bouche, au cou, aux fesses et aux cuisses. Les enfants à la mamelle en étaient les premiers atteints ; ils communiquaient cette maladie à leur nourrice par la succion des seins, et bientôt l'infection devenait générale chez ces dernières. D'abord à l'état de pustules dures et calleuses, l'affection paraissait à l'état de pustules croûteuses, et plus tard plus ou moins largement ulcérées; les pustules et les ulcères se réunissant bientôt, compromettaient les jours de ces petits malades dont quelques-uns succombèrent.

Chez le malade de Biett, l’affection était entièrement tuberculeuse ; elle occupait principalement la partie interne et inférieure des cuisses, où les tubercules, réunis en cercle, formaient une espèce de bourrelet comme fongueux, fort adhérent aux parties sous-jacentes et entouré de tous côtés de cicatrices qui avaient succédé à d'anciens tubercules ; quelques-uns se rencontraient aussi sur le dos et sur la face dorsale du pied. Voici maintenant le fait que j'ai été à même d'observer.

Mademoiselle D..…, Agéede dix-huit ans, est réglée seulement depuis une année: sa bisaïeule était une créole de la Guadeloupe; sa grand mère est née à Nantes, elle est allée dans les colonies, elle s'y est mariée et v est restée peu de temps, pour revenir en France: sa mère est née dans le Bourbonnais. Jamais maladie semblable n'a été observée dans la famille. 11 y a cinq ans, apparition d'un bouton au-dessus de l'œil gauche et sur le sourcil ; plus tard il en apparut un deuxième sur le lobule de l'oreille gauche, et successivement à des intervalles plus ou moins éloignés : un troisième au milieu du front, un quatrième sur le sourcil droit, un cinquième à la joue gauche, un sixième sur l'aile droite du nez; plusieurs autres au menton, au voisinage de la bouche, et près de l'un des deux angles de la mâchoire inférieure ; puis l'autre oreille s'est prise; de nouveaux tubercules se sont formés et groupés à côté des premiers. |

Ces tubercules sont d’un rouge sanguin, se décolorant par la pression; ils font à la peau une saillie de 25 millimètres; en forme de bourrelet quand ils sont rassemblés en plaques, leur surface est hérissée çà et là de petits pointe blanc jaunâtre, qui paraissent contenir du pus sous-épidermique; mais quand la malade excorie ces surfaces, il ne s'en échappe que du sang en quantité plus ou moins grande : les

diverses tumeurs sont nettement circonscrites, de sorte que l'on passe brusquement de la peau malade à la peau saine ; leur coloration ressemble à celle de la framboise. Tous les tubercules n'ont pas cependant cet aspect aussi dessiné, il en est de pâles et de flétris, ajoutons que leur surface est hérissée généralement d'aspérités qui donnent à ces tumeurs l'aspect de ce fruit. |

C'est en mars 1850 que j'ai commencé le traitement de cette affection. Cette jeune fille était d’un tempérament lymphatique sanguin. Elle a été mise à l'usage de l'huile de foie de morue mêlée à du sirop d'iodure de fer et aux pastilles soufrées. Elle recevait tous les deux jours des douches sulfureuses sur les tumeurs ; celles-ci étaient enduites d'huile de cade tous les trois jours. Des ablutions générales d'eau froide sur tout le corps tous les matins en été. Sous l'influence de ce traitement j'obtins un affaissement gradué des tubercules, et au bout de trois mois, lorsqu'ils étaient réduits à un très petit volume, j'ai commencé une cautérisation partielle à l'aide du caustique de Canquoin. J'ai obtenu ainsi par l'ensemble de ces movens, dont l'emploi a été prolongé pendant cinq mois, une guérison parfaite et exempte de cicatrices à la figure, si ce n'est dans deux ou trois points très circonscrits où la malade avait arraché les croûtes.

À la description sommaire que nous avons faite de l'yatos et du pian d'Amérique, nous ajouterons que c'est principalement chez les nègres malpropres et mal nourris que se développe l’yaws. Cette affection est contagieuse ; elle ne peut être communiquée qu'une seule fois chez l'homme. La maladie, quant au traitement, est livrée aux seuls efforts de la nature, unis à une bonne alimentation; on a préconisé aussi l'usage du soufre, des préparations mercurielles et des sudorifiques ; c'est aussi et surtout aux pommades mercurielles, aux préparations mercurielles à l'intérieur alliées aux sudoritiques, que l'on attribue le plus de succès dans le traitement du pian, qui est aussi contagieux, mais que l'on peut avoir plusieurs fois. — J'ai eu dans mes salles à l'hôpital un homme qui avait contracté le pian en Amérique. Ilme montra une cicatrice assez semblable à celle d'un rupia qui existait vers le tiers inférieur d'un tibia et qui avait été surmontée d'une petite tumeur que le malade assimilait a une framboise.

KÉLOIÏDE. 533

MoLLUSCUM ; mycosis fongoides d'Alibert; élevures folliculeuses de Rayer.

Il existe une grande divergence d'opinions parmi les auteurs sur ce que l'on doit désigner sous le nom de molluscum, dénomination primitivement adoptée par Bateman, qui le premier a bien décrit deux variétés de cette maladie. Alibert a évidemment décrit sous le nom de mycosis fongoïde une sorte de pian ou d'yaws. Il en est de même de la maladie décrite par Bontius, car il y est question de l’ulcération consécutive à presque toutes les tumeurs. Quant à Bateman, il a décrit deux espèces de molluscum, celui qui est contagieux, et celui qui n’est pas contagieux. Le premier n’est autre chose que l'acné tuberculoïde dont nous avons donné la description page 359, et dont nous avons rapporté un exemple de transmission douteuse de l'enfant à Ja mère: mais à l'égard de cette transmission ou contagion, les faits cités par Bateman et Rayer ne sauraient laisser de doute. On a fait dans ces derniers temps revivre cette maladie sous les noms de tumeurs d'ecdermonptosis, d'acné varioliforme, d'acné tuberculeuse ombiliquée, mais ilfaut bien reconnaître que tout ce que l'on a écrit à ce sujet se trouve dans les traités de Bateman et de M. Rayer.

Quant au molluscum non contagieux, il consiste dans le développement sur diverses parties du corps, et notamment à la face, de tubercules nombreux, de peu de sensibilité, se développant avec lenteur, et dont le volume varie depuis la grosseur d'une vesce jusqu'à celle d'un œuf de pigeon. Ces tubercules contiennent une matière athéromateuse ; leur forme est diverse, quelques uns sont sessiles, globuleux ou aplatis ; quelques autres présentent un pédoncule. Leur accroissement n'est lié à aucun dérangement fonctionnel interne; ils ne sont disposés, ni à s'enflammer, ni à s’ulcérer ; mais ils subsistent pendunt toute la vie. Ils ne demandent aucun traitement. En présence de ces considérations et de ces faits, je crois qu'il faut réserver le nom de molluscum seulement à cette dernière maladie.

KÉLOÏDE.

Entrevue d'abord par Relz et désignée par lui sous le nom de dartre de graisse, celle maladie n'a réellement été bien décrite que par Ali-

bert, qui en a admis deux espèces, d'après les formes sous lesquelles elle pouvait se présenter : kéloïde cylindracée, ou tumeur étendus en longueur ; kéloïde ovalaire, ou tumeur ramassée sur elle-même et sans prolongements.

Le siége de cette affection est le plus ordinairement sur le slernum on au bas du sternum et en travers de la région épigastrique. Ce siège, s’il est le plus commun, n’est pas exclusif de toute autre partie du corps. La tumeur s6 développe sans cause connue, aussi bien sur une plaque de cicatrice de brûlure que sur une peau tout à fait saine ; elle se montre par un petit noyau charnu ne produisant aucune sensation, sans changement de couleur à la peau, seulement avec une sorte d'induration des chairs. Le noyau charnu fait peu à peu des progrès, mais d'une manière très lente, et prend alors dans sa forme deux dispositions différentes : l'une cylindrique, avec des espèces de prolongements de même forme qui s'étendent en se digitant, en même temps que la peau se plisse en travers sur la surface de ces cylindres: c'est la forme cylindrique; tandis que dans l'autre variété, au lieu de gagner en longueur, la tumeur s'élargit dans tous les sens; elle prend une forme irrégulièrement quadrilatère ; à bords renflés et inégaux, tout en envoyant cependant de sa circonférence quelques prolongements irréguliers en forme et en étendue. Ainsi, dans cette maladie, il existe une sorte d'hypertrophie, avec induration du tissu de la peau, sans aucune sensation, avec des progrès extrémement lents, au point que presque tous les malades, en général, préfèrent garder ces tumeurs plutôt que de se soumettre à aucun traitement; elles acquièrent d'ailleurs un petit volume, celui d'un très petit œuf au plus, et cela après un grand nombre d'années. Il faut ajouter qu'on ne les guérit pas, et qu'elles ne portent aucune atteinte à la santé.

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