‹ Traité pratique d'administration départementale et communale, ou Manuel de l'administrateurChapitre 30 sur 99 · DES MONTS-DE-PIÉTÉ · texte numérisé non relu

DES MONTS-DE-PIÉTÉ

Si, à l’expiration du délai lixé par les statuts (un an d’ordinaire) , l’emprunteur n'a pas rembourse au mont-de-piété le montant de la somme qui lui a été avancée, les objets servant dégage sont, sur une ordonnance du tribunal civil, vendus publiquement aux enchères, aux jours et heures indiqués par des allichcs.

Cette vente a lieu par le ministère de commissaires-priseurs.

Suivant une décision de M. le ministre de l'intérieur du 3 novembre 1837, les appréciateurs des monts-de-piété sont entièrement responsables de leurs estimations, sauf quelques cas exceptionnels qu’il appartient à l’autorité supérieure d'apprécier. Si donc il résulte un déficit de leurs opérations , ce déficit est à leur charge.

Les inonls-de- piété sont-ils utiles ou nuisibles ù la société? doivent-ils être conservés ou supprimés? C’est là une grave question qui a été et qui est encore contestable et contestée.

Les partisans de ces établissements font valoir en leur laveur des motifs d’ordre et d’économie publique. Ils invoquent d’abord l’expérience de quarante années d’existence; ils citent les malheurs causés jadis par l’usure et par ces maisons de prêt dont les unes, sans garantie de solvabilité ni de probité , et les autres échappant aux recherches de la police, pressuraient sans contrôle les malheureux emprunteurs. Peut-il être d’ailleurs douteux, ajoutent-ils, qu'un établissement public, soumis à une surveillance légale et à une action régulière, offre seul les garanties désirables pour répandre, aux conditions les plus économiques, parmi la classe ouvrière, les capitaux indispensables à ses plus pressants besoins.

Les adversaires des monts-de piété, au contraire, en prétendant, avec tous les économistes, que les établissements de charité favorisent la paresse et le vagabondage, augmentent la pauvreté au lieu de la faire disparaître, paralysent l’industrie loin de lui prêter des forces, disent que le mot de mont-depiété, affiché sur les murs de nos villes, est un appel officiel à toutes les mauvaises passions. En clfel, ajoutent-ils, l'ouvrier

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dos villes ou le luxe est la passion dominante, où le plaisir s’offre à chaque pas sous de nouvelles formes, s’abandonne avec plus d’imprévoyance à la dissipation par cela seul qu’il sait qu’avec ses habits de fêle, scs meubles, ses outils, il pourra facilement solder ses dépenses de la veille. Si ces établissements n’existaient pas, ce même ouvrier, avant de se livrer à la débauche, réfléchirait sur les sueurs que lui ont coûtées ses économies, et si la réflexion ne rendait pas la faute impossible, elle en diminuerait les probabilités. On s'habitue plus aisément aux dépenses, quand les moyens de se procurer de l’argent sont plus faciles et plus nombreux.

D’ailleurs, un bénéfice n’est-il pas nécessaire pour assurer l'existence des monls-dc-piélé? et, quelque minime que soit ce bénéfice, c’est un impôt et un impôt prélevé, il est vrai, au profit des pauvres, mais sur les pauvres eux-mémes, c’est-àdire, sur la classe qui, par sa nature même, est la moins imposable, et devrait être la moins imposée.

D’un autre côté, à quels abus déplorables ces établissements n’ouvrent-ils pas la porte? La loi punit le recel des objels volés, les monts-de-piété sont dans une contravention continuelle à ses dispositions, contravention protégée par l’autorité quelle que soit l’action de la police, puisqu'on dispense de tout répondant les dépôts au-dessous d’une certaine somme, de sorte que les monts-de-piété sont notoirement des maisons de recel qui garantissent à la petite escroquerie une véritable impunité.

Ainsi donc, morale, intérêts des pauvres, sûreté publique, tout est compromis par les monts-de-piété.

Dans l’état actuel de ces établissements, nous avouerons que cette dernière opinion est la nôtre. Cependant, nous devons ajouter que, si quelques modifications étaient apportées dans l’organisation intérieure des monts-de-piété, nous reconnaissons que leur conservation serait utile à la classe pauvre jusqu'au moment du moins où les caisses d’épargne seront parvenues au degré de popularité qu’elles ne peuvent pas manquer d’atteindre.

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