TITRE XVIII
DES COMICES AGRICOLES
Une circulaire du 22 mai 1820 indique l’avantage qui résulterait pour l’agriculture de l’établissement en France de comices agricoles, analogues à des réunions de ce genre existant en Angleterre et qui seraient des associations volontaires composées de cultivateurs — Leur but serait de proposer des prix à ceux qui auraient obtenu le plus de succès soit dans un genre quelconque de culture , soit dans l’éducation des bestiaux, soit, enfin, dans le perfectionnement des instruments aratoires. — Ces assemblées qui se réuniraient à des époques périodiques ne pourraient qu’exercer une heureuse influence sur les progrès de l’agriculture , car le plus grand obstacle à ces progrès tient d'une part à l’isolement de chaque propriétaire, de l'autre aux dépenses occasionnées par les essais de perfectionnement, ainsi qu’à la difficulté de savoir s'ils sont applicables à telle ou telle contrée, à telle ou telle terre.
Tels sont les conseils que l’administration supérieure don-
DES COMICES AGRICOLES. 543
nait en France longtemps avant la création des comices agricoles. Enfin, ces conseils ont été suivis, grâce à l’impulsion donnée par plusieurs préfets qui ont dirigé l'organisation de ces assemblées , en approuvant les statuts réglementaires qui doivent assurer et garantir l’avenir de ces utiles institutions.
’ Dans une instruction du 22 février 1840, M. le ministre de l’agriculture et du commerce reconnaît les heureux résultats des comices agricoles et les félicite des succès déjà obtenus. En 1830, l’on ne comptait en France que dix associations de cette nature; en 1840, il y en avait cinq ccnt-soixante-treize réparties dans tous les départements ( à l’exception de trois seulement).
Dans l’instruction sus-citée , M. le ministre dit cependant qu’un certain nombre de ces associations ne répond pas au but de leur institution et que, pour que ces réunions produisissent tout le bien qu’on est en droit d’en attendre , il conviendrait qu’elles offrissent dans leur ensemble une organisation plus régulière, plus forte, plus uniforme : certes, continue-t-il, l’administration ne peut prétendre à imposer aux comices telle ou telle organisation déterminée ; néanmoins les subventions qu’elle leur accorde annuellement et qui sont un de leurs moyens les plus puissants d’action et d’influence doit lui laisser la faculté de régler jusqu’à un certain point leur marche et leurs opérations.— C’est dans ces vues que M. le ministre termine son instruction en présentant les observations suivantes :
1° C’est une erreur de supposer que les comices pouvaient ou devaient même être établis par l'autorité départementale, soit dans les arrondissements, soit dans les cantons du département. La fondation des comices, pas plus que celle des sociétés d’agriculture , ne peut être l’objet de mesures administratives ; un des principaux caractères de ces associations , et qu’il est essentiel de leur conserver, c’est de se former d'ellesmémes. — lorsque les éléments réels d’un comice existeront, lorsqu’u n nombre suffisant d'agriculteurs seront disposésà se réunir, lorsqu’ils auront arrêté un règlement, fixé des cotisations,
UES OCTROIS
c’est alors que l'administration interviendra pour approuver d’abord leurs statuts , et pour leur accorder, ensuite, des subventions proportionnées à leur importance , à leurs sacrilices personnels et aux ressources dont elle pourra disposer ;
2° Les comices ne sont placés ni sous la dépendance , ni sous la direction, ni sous le patronage des sociétés d’agriculture. Ils sont libres de consulter ou de ne pas consulter ces sociétés, de suivre leurs instructions; mais l’administration doit rester étrangère à ces rapports. — Ici, il ne peut exister aucune espèce de hiérarchie, nulle idée de suprématie. — Les sociétés d'agriculture prédominent par la théorie , les comices par la pratique.
3° M. le ministre termine son instruction en disant que si l'administration et les conseils géaéraux devaient seuls subvenir aux dépenses des comices, on verrait bientôt ces associations se multiplier indéfiniment, sans avoir beaucoup de chances de succès et de durée ; aussi insistc-l-il positivement sur le maintien des cotisations et dcmandc-l-il que le montant en soit indiqué à l'avenir dans les comptes rendus.