XXXIX. ARSENIC
Détermination de î arsenic^ de V acide arsenieux et de Vacide arsenique, — On peut avoir recours à des méthodes diverses pour déterminer c[uanlitativement l’acide •arsenieux ou l’acide arsenique contenu dans une dissolution. Si, indépendamment de l’acide arsenique, la liqueur ne contient que de l’acide nitrique, et qu’il ne s’y trouve pas de substances fixes , on la mêle avec une quantité rigoureusement pesée d’oxide plombiquc pur , qui vienne d’être rougi au feu; puis on évapore jusqu’à sicçité, et Ton fait rougir le résidu dans une petite capsule de platine tarée. On arrive à la connaissance de la quantité d’acide arsenique en déduisant le poids de l’oxide plombique qu’on a employé de celui de la masse calcinée. Mais il est nécessaire ici que l’acide arsenique ne soit accompagné, dans la dissolution , d’aucun autre acide susceptible de produire avec l’oxide plombique un sel qiii puisse résister à l’action du feu. La présence de l’ammoniaque est également nuisible dans cette méthode d’analyse.
Il n’est pas facile de convertir l’acide arsenieux en acide arsenique par le moyen de l’acide nitrique seul : il n’y a que l’eau régale qui convienne pour cela. Mais comme <,on me saurait arriver à la détermination quantitative de l’acide arsenique à laide de la méthode précédente par l’oxide plombique^ lorsque la dissolution contient de l’acide bydrochlorique, le mieux est de précipiter l’acide arsenieux en faisant passer un courant de gaz sulfide hydrique à travers la liqueur, aprèsy avoir ajouté un acide, et, préférablement à tout autre, de l’acide liydrochloriqiie. En procédant de cette manière, il se précipite des dissolutions acides étendues du sulfide arsenieux, c’est-à dire un sulfure d’arsenic dont la composition correspond à celle de l’acide arsenieux. On fait arriver du gaz dans la
ARSENIC
dissolution jusqa’à ce que celle-ci en soit complètement saturée, puis on laisse la liqueur en repos, dans un endroit très-modérément écliauffé, jusqu’à ce que l’odeur du sulfîde hydrique se soit dissipée. On parvient ainsi à précipiter les dernières traces de sulfure d’arsenic qui restent en dissolution dans une liqueur quand cette dernière est saturée de gaz sulfide hydrique. Lorsque la liqueur aqueuse de laquelle on veut précipiter l’acide arsenieux , à l’état de sulfide arsenieux, par le moyen du gaz sulfide hydrique , est étendue, on est obligé d’y ajouter de l’acide hydrochlorique.
On réunit sur un filtre pesé le sulfure d’arsenic qui a été obtenu, et on le lave : puis on le sèche à une trèsdouce chaleur, et on le pèse. Quand on est bien convaincu qu’il n’existait que de l’acide arsenieux dans la dissolution, on pourrait calculer la quantité de cet acide d’après celle du sulfure d’arsenic c[ui s’est produit; cependant, même en ce cas , on commet une erreur , due à ce que le sulfure contient plus de soufre qu’il ne devrait s’y en trouver d’ * près le calcul , parce qu’il est mêlé avec du soufre provenant du sulfide hydrique qui a été dissous dans la liqueur. Mais , toutes les fois cpa’on présume qu’outre l’acide arsénieux il y avait un peu d’acide arsenique , il faut analyser le sulfure d’arsenic obtenu , et faire ainsi par nécessité ce que la prudence veut qu’on accomplisse aussi, d’après le motif qui vient d'être indiqué , dans le cas où la liqueur ne contenait que de l’acide arsenieux. Voici quelle est la meilleure méthode d’exécuter cette analyse : Après avoir séché et pesé le sulfure , on fait tomber tout ce qui peut se détacher du filtre dans un petit matras ou dans un verre à patte , et l’on pèse de nouveau le filtre , afin de savoir sur combien de matière on va opérer. 'Puis on verse dessus de l’eau régale, avec laquelle on le laisse en digestion. L’arsenic se convertit ainsi en acide arsenique : une partie du soufre se transforme en acide sulfurique, et
' 200^ traité d’analyse chimique.
TaiUre reste h l’étal de pureté. Il faudrait d’aire durer trop long-temps la digestion, et renouveler souveiitl’eau régale, si l’on voulait convertir tout le soufre en acide sulfurique. Aussi , dès que ce corps est réuni en quelques grumeaux, on le recueille sur un filtre pesé, et on le lave; puis on le fait sécher avec ménagement, et on le pèse. A la liqueur filtrée on ajoute une dissolution de chlorure bary tique, et , d’après la quantité de sulfate bary tique bien lavé qu’on obtient, on calcule celle du soufre qui s’y trouvait dissous. Les deux quantités réunies de soufre donnent celle de celte substance qui existait dans la quantité de sulfure d’arsenic sur laquelle on a opéré. La perte indique celle de l’arsenic , oui sert à calculer celle de l’acide arsenieux.
11 faut avoir soin, dans cette opération , de ne recueillir le soufrenondissousqu’aprèsl’avoir laissé assez long-temps en digestion avec l’eau régale. La couleur du sulfure d’arsenic ne diffère pas beaucoup de celle du soufre. Cependant , avec un peu d’habitude, la teinte et l’aspect du résidu font très bien juger s’il contient ou non du sulfide arsenieux.
La même méthode sert aussi à déterminer quantitativement, parlegaz sulfide hy drique, l’acidearsenique contenu dans une dissolution, lorsqu'il n’est pas possible de le faire par l’oxide plombique, en suivant la marche qui a été tracée plus haut, lorsque, par exemple, la liqueur contient de l’acide hydrochlorique ou des substances fixes. Mais l’acide arsenique est précipité par le gaz sulfide hydrique avec infiniment plus de lenteur que l’acide arsenieux. Cette précipitation exige beaucoup plus de temps que celle d’aucune autre substance quelconque par le gaz sulfide hydrique. La quantité du sulfure d’arsenic produit qui reste dissoute dans la liqueur chargée de sulfide hydrique e^t bien plus considérable aussi que quand on opère sur de l’acidc arsenieux. Cependant on peut aussi la précipiter jusqu’aux dernières traces, en faisant digérer le tout à une très-douce chaleur, jusqu’à ce que l’odeur
Arsenic.
du sulQde liydrique ait disparu. Quand on sait positivement qu’il n’y a que de l’acide aisenique dans la dissolution , on pourrait calculer la quantité de cet acide d’après le poids du sulfure qui se produit, et qui , étant du sulfide arsenique, lui correspond parfaitement : cependant il ne faut pas perdre de vue que le sulfure précipité dans ce cas doit contenir un excès de soufre, provenant de la décomposition par l’air du sulfide hydrique qui a été dissous dans la liqueur. Or, comme cet excès pourrait aller souvent à quelques centièmes, il est nécessaire de soumettre le sulfure à l’analyse. On s’y prend pour cela de la même manière qu’à l’égard du sulfide arsenieux , c’est-à-dire du sulfure d’arsenic que le gaz sulfide hydrique précipite des dissolutions d’acide arsenieux.
Au lieude faire passer un courant de gaz sulfide hydrique à travers la dissolution étendue, pour déterminer combien elle contient d’acide arsenieux ou d’acide arsenique, on peut procéder aussi de la manière suivante : On sursa-lure la liqueur acide avec de l’ammoniaque , et on y ajoute une suffisante quantité de sulfhydrate ammoniqiie, d’où résulte du sulfure d’arsenic , qui se dissout complètement et facilement dans l’excès de sulfhydrate ammonique, à quelque degré de sulfuration qu’il se trouve, c’est-à-dire qu’il soit sulfide arsenieux ou sulfide arsenique. Si la dissolution est très-concentrée, on l’étend de beaucoup d’eau, et on y ajoute avec circonspection assez d’acide hydrochlorique pour la rendre faiblement acide. Du sulfure d’arsenic se précipite a ors , avec dégagement de gaz sulfide hydrique. On fait digérer la liqueur à une trèsdouce chaleur, jusqu’à ce qu’elle n’exhale plus l’odeur de sulfide hydrique , et ensuite on en sépare le sulfure d’arsenic par la filtration. 11 est absolument nécessaire d’analyser ce sulfure, ainsi qu’il vient d’ètre dit, parce qu’il contient en mélange beaucoup de soufre provenant de la décomposition du sulfhydrate ammonique.
254 traité d’analyse chimique.
> Lorsqu’en faisant usage de celte méiliode on n’a pas ajouté une très-grande quantité d’eau à la dissolution du sulfure d’arsenic dans le sulfliydrate ammonique, avant de la décomposer par l’acide liydroclilorique , et qu’on y verse ensuite trop de cet acide, on n’obtient pas la totalité de l’arsenic à l’état de sulfure. Il vaut mieux, dans la plupart des cas , prendre de l’acide acétique, au lieu d’acide hydrocblorique , pour opérer la décomposition de la liqueur.
La méthode de précipiter les acides arsenieux et arsenique à l’état de sulfure d’arsenic, et de déterniner, d’après la quantité qu’on obtient de ce dernier, celle de l’arsenic métallique, est ^ avec celle de Berlbier, dont je parlerai tout à riieure , presque la seule qui donne des résultats satisfaisans. Ordinairement on précipite l’acide arsenique, par des dissolutions d’acétate ou de nitrate plombique, à l’état d’arseniale plombique, d'après le poids duquel on détermine la quantité de l’acide arsenique. Mais cette méthode procure des résultats dont on doit rarement être 'satisfait. D’ailleurs elle présente plus de difficultés que celle qui vient d’être décrite, quand la dissolution contient d’autres oxides métalliques. En outre, comme il est nécessaire de déterminer encore la quantité de l’acide arsenique dans l’arseniate plombique produit, si l’on veut avoir des résultats qui approchent de la vérité , cette méthode est beaucoup plus complicpiéc c[ue la détermination quantitative de l’arsenic à l’état de sulfure.
Berlbier a indiqué une autre méiliode de déterminer quantitativement l’acide arsenique dans des liquides pou- .vant contenir non-seulement de l’acide nitrique et de l’acide bydrocblorique , mais encore de l’acide sulfurique et .quelques substances fixes, pourvu que celles-ci ne soient pas •précipitables par l’ammoniaque. On prend un poids quelconque de fer métallique pur , on le dissout à chaud dans de l’acide nitrique , on mêle la dissolution ferrique avec
Arsenic. ^55
la liqueur dans laquelle on doit déîerminer Tacide arselîique, et on précipite le tout par uii excès d’ammoniaqü'c. Si la quantité d’oxide ferrique qu’on ajoute est assez considérable pour pouvoir former un soussel avec l’acide arsenique , cet acide se précipite en totalité, parce que l’arseniale sesquiferrique n’est ni dissous ni décomposé par l’ammoniaque. Le précipité est Irès-mucilagineux et difficile à laver. Cependant , lorsqu’on a employé un grand exeès d’oxide ferrique, le volume du précipité s’en trouve bien augmenté, mais le lavage s’exécute plus rapidement , parce que le précipité, devenu moins niucilagineuxdaiis la même proportion, laisse mieux passerla liqueur et l’eau de lavage. Ap rès la dessiccation , on fait rougir le précipité. Il faut le soumettre dans les commenccmens à une trèsdouce chaleur, parce qti’il contient un peu d’ammoniaque, qu’on volatilise de cette manière. Si on n’agissait point ainsi et qu’on élevât brusquement la chaleur, un peu d’acide arsenique pourrait être réduit en acide arïsenieux pat* l’ammoniaque, et perdu. Si la liqueur contenait de l’acide sulfurique, il est à propos, après avoir fait rougir et peàé le précipité, de le calciner encore une fois‘, afin de voir s’il ne diminue plus de poids pas là, car il est possible qu’une calcination trop peu prolongée n’ait pas complètement dissipé tout l’acide sulfurique.
D’après le poids du précipité calciné on trouve la quantité de l’acide arsenique qui existait dans la dissolution , car ce qu’il pèse de plus que l’oxide ferriqUe qu’il coniiëiit consiste en acide arsenique. Comme on connaît la quantité ■du fer qui est dissous , on sait aussi quelle est celle de "l’oxide feriique. Cependant il ne faut pas perdre de vue que tous les fers forgés contiennent un peu de charbon. On peut admettre que ce dernier s’élève à Un demi pour cent dans le fer forgé ordinaire, dont par conséquent loo parties ne donnent que i4^j5o parties d’oxide ferrique, au lieu de i44>2 2*
250 traité d’analyse chimique.
Il faut éviter d’employer celte méthode lorsque la liqueur chargée d’acide arseiiique contient des oxides métalliques qui ne sont point précipités par un excès d’ammoniaque. La dissolution ne doit contenir non plus ni chaux, ni strontiane , ni baryte. Parmi les substances fixes , il n’y a guère que les alcalis dont la présence ne nuise point.
Il est nécessaire de ne point ajouter trop peu d’oxide ferrique à la liqueur , parce que l’arseniate ferrique neutre se dissout dans l’ammoniaque. Un grand excès de cet oxide est avantageux, au contraire, ainsi que j’en ai déjà fait la remarque précédemment. On peut employer une partie de fer pour deux parties d’acide arsenique qu’on soupçonne dans la liqueur.
Cette méthode peut servir aussi à déterminer la quantité de l’acide arsenieux dans une liququr , après qu’on l’a converti en acide arsenique par le moyen de l’eau régale.
Manière de séparer V acide arsenieux et V acide arsenique des oxides de chrome^ de titane^ dCurane^ de nickel, de cobalt, de zinc, de fer et d<‘ manganèse , des terres et des alcalis. — Ces substances n’étant pas précipitables par le gaz sulûde hydrique, c’est ce réactif qu’on employé pour les séparer de l’acide arsenieux ou de l’acide arsenîque. Il faut acidifier la dissolution étendue, but pour lequel l’acide hydrochlorique méiile la préférence dans la
plupart des cas, et y faire arriver le gaz jusqu’à ce qu’elle en soit complètement saturée : ensuite on la laisse reposer, à une très-douce chaleur, jusqu’à ce quequ’eile|n’exhalep!us l’odeur du sulfide hydrique. On réunit sur un filtre le sulfure d’arsenic qui s’est précipité, et on le détermine de la manière qui a été décrite précédemment. Quant à la liqueur filtrée, on en sépare les autres substances. Si la dissolution contenait de l’oxide ferrique, le gaz sulfide hydrique le convertit en oxide ferreux.
Lorsque l’arsenic est allié aux métaux des oxides désignés en tête de ce paragraphe, ou dissout l’allyiee dans de l’a-
ARSEKIC.
eide nitrique ou dans de l’eau régale, on étend d’eau la dissolution, et on la traite par le gaz sulflde hydrique. Dans ce cas, le traitement de l’alliage par l’acide nitrique est quelquefois préférable à celui par l’eau régale, attendu que l’acide nitrique ne donne guère naissance qu’à de l’acide arsenieux, tandis que l’eau régale produit principalement de l’acide arsenique , et que ce dernier est plus difficile à précipiter que l’autre par le gaz sullîde hydrique. Lorsqu’on a dissous un alliage d’arsenic à chaud dans de l’acide nitrique, on fait bien d’étendre la dissolution âvec de l’eau pendant qu’elle est encore chaude, sans quoi l’aide arsenieux cristalliserait par le refroidissement.
Manière de séparer T acide arsenieux et V acide arsenique des oxides de mercure^ d'argent^ de cuivre^ de ^ bismuth^ deplonih et de cadmium^ ainsi que des oxides désignés dans le paragraphe précédent. — C’est avec le secours du sulfhydrate arnmonique cju’on sépare les acides arsenieux et arsenique de ces oxides. Quand la dissolution est acide, on la rend ammoniacale. Ensuite on y ajoute une suffisante quantité de sulfliydrate arnmonique. Lorsque l’arsenic y est fort abondant, on laisse le tout digérer pendant long-temps avec un excès de sulfhydrate ammonique, en couvrant le vase avec une plaque de verre durant toute la digestion, fl est mieux, si l’arsenic existe en grande quantité, d’exécuter la digestion à une chaleur plus forte, dans un matras qui ne soit pas hermétiquement bouché. Après le refroidissement complet, on réunit les sulfures métalliques insolubles sur un filtre, et on les lave avec de l’eau à laquelle on a ajouté un peu de sulfhydrate ammonique. Ils servent ensuite à déterminer la quantité des oxides, d’après les méthodes qui ont été exposées précédemment. A l’égard de la liqueur filtrée, on l’acidifie faiblement, en y ajoutant de l’acide acétique ou de l’acide hydroclilorique, après l’avoir étendue d’inie suffisante quantité d’eau, et on la laisse digérer à une douce chaleur jus-
258 TRAITÉ d’analyse CHIMIQUE,
qu’à ce quelle ne répande plus l’odeur du suliide hydrique; à celte époque, tout le sulfure d’arsenic dissous est précipité. On le recueille sur un filtre pesé, et on en détermine le poids. Puis on détermine la quantité du soufre qu’il contient, et d’après laquelle on trouv3 celle de l’arsenic.
Le sulfhydrate ammonique ne sépare cependant pas complètement l’arsenic des métaux désignés en tête du paragraphe, à moins qu’on ne laisse digérer assez longtemps avec lui les sulfures métalliques qu’il n’a pas la faculté de dissoudre.
On peut aussi recourir à cette méthode pour séparer de l’acide àrsenieux et de l’acide arsenique les oxides de manganèse, de fer, de zinc et de cobalt , dont les sulfures métalliques ne sont point solubles dans un excès de sulfhydrate ammonique. On la préfère quelquefois à celle qui consiste à faire traverser la dissolution acide par un courant de gaz sulfide hydrique, pour séparer l’arsenic de ces oxides. Mais, dans ce cas aussi, on doit laisser les sulfures métalliques insolubles digérerassez long-temps avec l’excès de sulfhydrate ammonique, précaution sans laquelle ils pourraient contenir encore de petites quantités de sulfure d’arsenic. Lorsqu’on emploie cette méthode pour séparer les oxides du fer des acides de l’arsenic , il arrive parfois qu’en dissolvant le sulfure de fer dans de l’acide hydrochlorique, on obtient un très-petit résidu de sulfure d’arsenic; cet effet n’a cependant pas lieu quand la digestion dans le sulfhydrate ammonique a été conduite avec la circonspection convcnabic.
Il arrive aussi quelquefois qu’on se sert du sulfhydrate ammonique pour séparer les alcalis et même les terres des acides de rarsenic. Avant d’employer ce réactif, si la dissolution est acide, on la rend alcaline, en y ajoutant de l’ammoniaque. Puis on précipite le sulfure d’arsenic par le moyen de l’acide hydrochlorique , et on détermine l’ai-
APiSENIC. 2 59
cali ou la terre dans la liqueur séparée de ce sulfure par là filtration.
Souvent, lorsque des arscniates métalliques sont dissous dans des acides, on précipite les oxides métalliques par la dissolution de potasse pure en excès. Mais celte méthode ne doit jamais être mise en usage quand on veut obtenir un résultat qui se rapproche de la vérité. Lors meme qu’une hase est précipitée complètement de ses dissolutions dans l’acide hydrochlorique , l’acide nitrique, l’acide sulfurique ou autres acides volatils , soit parles alcalis purs, soit par les carbonates alcalins, cet effet n’a point lieu dès qu’il se trouve aussi de l’acide arsenique dans a liqueur. Verse-t-on dans celle-ci assez d’a Icali pour la saturer exactement , l’arseniate se précipite ; en ajoutant davantage d’alcali, le précipité contient bien une moins grande quantité d’acide arsenique , mais on ne peut presque jamais parvenir, par aucun excès quelconque d’alcali, à dépouiller complètement cet acide de sa base.
Quoi qu’il en soit, lorsqu’il s’agit d’analyser des combinaisons arseniques sèches qui contiennent une base insoluble dans le carbonate alcalin, on peut séparer cette base de l’acide arsenique, en prenant un poids quelconque delà combinaison réduite en poudre très-fine, la mêlant avec trois fois son poids de carbonate potassique ou sodique sec, fondant le mélange dans un grand creuset de platine, et le faisant rougir. La masse rougie est traitée ensuite par de l’eau ; celle-ci dissout l’arseniate alcalin qui s’est formé, et le carbonate alcalin qu’on a mis en excès, tandis que les oxides avec lesquels l’acide arsenique était combiné restent sans se dissoudre : on les lave, et on en. détermine le poids. Cependant il vaut mieux, dans beaucoup de cas , les dissoudre dans de l’acide hydrochlorique, et les précipiter par de l’ammoniaque ou autres réactifs, attendu qu’ils contiennent souvent une petite quantité de
:iGo TRAITÉ d’analyse CrîITvIlQtJÊ.
l'alcali fixe, dont on ne saurai t les débarrasser par le lavage. Apres qu’on a déterminé la quantité des oxides avec lesquels était combiné l’acide arsenique, celle de celui-ci est indiquée par la perte. Cependant il est préférable d’en déterminer la quantité , dans la liqueur séparée des bases insolubles par la filtration, en ayant recours au sulfhydrale ammonique, ou, après avoir rendu cette liqueur acide, en y faisant passer un courant de gaz sulfide hydrique. Les combinaisons de l’acide arsenique avec les oxides du manganèse , du fer , du zinc , du cobalt , du nickel , du cuivre et d’autres métaux , peuvent être analysées ainsi. Néanmoins, quand la combinaison contient de l’alumine, on ne saurait séparer la terre de l’acide arsenique par cette méthode.
Quelquefois aussi on cherche à séparer l’acide arsenique des bases, et à le déterminer quantitativement, en dissolvant la combinaison qui le contient dans de l’acide nitrique, ajoutant ensuite à la lic|ueur une dissolution de nitrate plombique, et évaporant letout jusqu’à siccité, avec ménagement : l’excès d’acide nitrique se volatilise parla, et l’eau avec laquelle on traite ensuite la masse sèche ne dissout que le nitrate plombique mis en excès, ainsi que les bases primitivement unies à l’acide arsenique, mais actuellement combinées avec l’acide nitrique, tandis qu’on obtient un résidu insoluble d’arseniate plombique. D’après le poids de ce dernier^ on calcule la quantité de l’acide arsenique^ et, à cet effet, on admet ordinairement que le sel est neutre. Cependant cette supposition manque d’exactitude : il faut au moins déterminer la quantité de l’oxide plombique dans l’arseniate plombique qu’on a obtenu. On doit aussi , pour trouver celle de la base, commencer par débarrasser la liqueur filtrée de l’oxide plombique qu’elle peut retenir en dissolution. On voit , d'après cela, que cette métliode ne méiite pas d’èlrc employée, comme je l’ai déjà pi’écédcmment établi.
AR-GENIC.
'jt6 1
Maniéré de séparer V acide arsenùpie de V oxide plonihicjue, de la baryte^ de la slronîiane et de la chaux, — Les bases avec lesquelles l’acide sulfurique forme des combiuaisons qui sont insolubles dans l’eau ou dans l’alcool faible , peuvent être séparées de l’acide arsenique à l’aide d’une métliode facile et sûre, qui permet d’en déterminer la quantité. Ces bases sont la baryte, la cbaux, la strontiane et l’oxide plombique. Lorsqu’elles sont combinées avec de l’acide arsenique , et qu’on a sous forme solide la combinaison dont l’analyse doit être faite, on commence par déterminer le poids de cette dernière. Si elle contient de l’eau, il faut la faire rougir avant de la peser. On la pulvérise ensuite , et on verse dessus de l’acide sulfurique, avec lequel on la laisse digérer pendant quelque temps*. Puis, si la base n’est que de la baryte seule , on ajoute de l’eau, 011 réunit le sulfate barytique sur un filtre , on lè lave, et on en détermine le poids, d’après lequel on calcule la quantité de la baryte *, celle de l’acide arsenique est indiquée ensuite très-exactement par la perte. Si la base est'de la chaux , de la strontiane ou de l’oxide plombique, après avoir décomposé la combinaison par l’acide sulfurique, on y ajoute, non pas de l’eau , mais de l’alcool , dans lequel les sulfates de ces bases sont insolubles, tandis que l’acide arsenique mis à nu et l’acide sulfurique qui a été ajouté en excès s’y dissolvent. On sépare les sulfates par la filtration , on les lave avec de l’alcool , cl on en détermine le poids , d’après lequel on calcule la quantité des bases.
Cependant il est bon, avant de mettre ces combinaisons d’acide arsenique en digestion avec l’acide sulfurique, de les traiter par l’acide liydrocblorique , dans lequel les arseniates neutres et les sousarseniates sont tous solubles : les surarseniates s’y dissolvent de même , mais seulement lorsqu’ils sont secs. La plupart des surarseniates ayant pour base des terres ou des oxides métalliques , ne sont souvent point dissous par l’acide bydrocblorique concen-
202 TRAITÉ d’analyse CHIMIQUE.
tré. Ceux-là ne peuvent être décomposés qu’autant qu’on fait bouillir leur poudre avec de l’acide sulfurique concentré, dans une capsule de platine, et qu’on prolonge assez long-temps l’ébullition, sans cependant la faire durer jusqu’à ce que tout l’acide sulfurique soit volatilisé. Lorsqu’après le refroidissement, on verse de l’eau sur la masse , elle la dissout complètement, si toutefois la base n’est point une de celles qui forment avec l’acide sulfurique des combinaisons insolubles ou peu solubles.
Maniéré de séparer V arsenic autres métaux avec lesquels il est allié. — Quand il s’agit d’analyser une combinaison d’arsenic avec d’autres métaux, la plupart de ces derniers peuvent être séparés de l’arsenic par le moyen du clilore , en suivant la méthode que j’ai décrite p. 224 pour séparer l’antimoine des métaux dont les chlorures ne sont pas volatils. Cependant les arseniures métalliques ne sont pas à beaucoup près aussi faciles à décomposer par le chlore que les combinaisons produites par l’union des sul fures d’arsenic et d’antimoine avec d’autres sulfures métalliques, et don^. le mode dedécomposition par cecorpssera exposéplus loin, à l’article du soufre. Il est tel de ces alliages dont, lors même qu’on n’en a soumis que quelques grammes à l’analyse, et qu’on a fait passer du chlore dessus pendant un jour entier , après les avoir chaufies, une portion reste encore dans la boule de verre sans avoir subi de décomposition. Par conséquent lorsqu’on traite les chlorures non volatils par de l’eau , afin de les y dissoudre, s’ils sont solubles, on obtient un résidu produit par la portion de la combinaison qui ne s’est pas décomposée -, on doit peser ce résidu , et en déduire le poids de celui de la quantité de substance qu’on a mise en expérience. Lalen- ^euraveclaquellelesarseuiuresmétalliques se décomposent fait qu’on ne doit recourir à la méthode de les analyser parle chlore que quand les oxides des métaux ne peuvent être séparés des acides de l’arsenic ni par le gaz sulfide hy-
ARSENIC
drique ni par le siilfliydrate ammonique. S’il est possible de les isoler à l’aide de l’un ou de l’autre de ces réactifs, on dissout Farseniure métallique dans l’acide nitrique ou dans l’eau régale.
Manière de séparer l'arsenic de T étain, — La séparation de l’arsenic et de l’étain présente des difficultés qui jusqu’à présent n’ont pu cire surmontées. On ne connaît pas encore de méthode certaine pour séparer ces deux métaux l’un de l’autre.
Manière de séparer T arsenic de V antimoine. — Des difficultés nombreuses se présentent également quand il s’agit de séparer l’un de l’autre l’arsenic et l’antimoine. Cependant si les deux métaux sont combinés ensemble à Fétat régulin, il suffit de chauffer l’alliage, à Fabri du contact de l’air , pour dégager l’arsenic , qui passe à la distillation. Cette méthode n’est point applicable dans le cas où il s’agit de séparer Farsenic d’autres métaux, parce qu’à la chaleur rouge ceux-ci retiennent ordinairement une partie et souvent même la totalité de Farsenic, qu’il n’est même pas possible, à beaucoup près, de dissiper d’une manière complète par le grillage à l’air libre.
Quand on veut séparer l’antimoine de Farsenic, Ig mieux est de faire rougir l’alliage dans une atmosphère de gaz hydrogène. On peut employer pour cela un appareil semblable à celui cjui est représenté pl. Il, flg. 3. Lorsc|ue, la quantité de Farsenic est considérable dans Falliage, il faut avoir soin que le tube postérieur , soudé avec la boule de verre n’ait pas un trop petit diamètre. Dès que l’appareil est rempli de gaz hydrogène, on chauffe la boule g, et l’on continue à y appliquei^îa chaleur jusqu’à ce qu’il ne se dépose plus d’arsenic dans le tube postérieur. A l’aide d’une petite lampe à esprit-de-vin, on pousse continuellement le métal hors du tube, jusqu’à ce que celui-ci en soit débarrassé. Lorsque l’arsenic a été complètement chassé dutnbe, on laisse refroidir la boule de verre, sans cesser d’y
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faire arriver du gnz liydrogène. Ensuite on la pèse avec l’antimoine métallique restant , et la perle indique la quantité de l’arsenic. Il est nécessaire , dans cette opération , de ne point employer une clialeur trop forte , qui volatiliserait un peu d’antiuioine. Au reste, il va sans dire qu’on doit bien se garder de respirer les vapeurs arsenicales. Aussi l’expérience doit-elle être faite, non pas dans une chambre du laboratoire , mais sous le manteau de la cheminée. Presque tout l’arscnic qu’on trouve dans la nature sous le nom de cobalt gris , contient de petites quantités d’antimoine, qui peuvent être déterminées par la méthode dont on vient de lire la description.
Cependant , lorsque de l’antimoine et de l’arsenic sont dissous dans une liqueur , ou quand les deux métaux, combinés ensemble à l’état solide , sont unis encore avec d’autres substances, de manière qu’on ne puisse pas appliquer à leur analyse la méthode qui vient d’être passée en revue , il faut recourir à une autre voie pour les séparer l’uit de l’autre. On étend alors la dissolution d’une suffisante quantité d’eau, après y avoir ajouté de l’acide tartrique , précaution sans lac[uelle l’eau lui ferait prendre un aspect laiteux. Si la combinaison qu’on examine est composée de métaux à l’état régulin, on la dissout dans de l’eau régale, on verse de l’acide tartrique dans la dissolution, et l’on y ajoute ensuite de l’eau. Puis on fait passer un courant de gaz sulfide hydrique à travers la lic[ueur, jusqu’à ce qu’elle soit saturée, et on la chauffie ensuite très-doucement , afin que les sulfures métalliques puissent se séparer complètement. Lorsque la dissolution contient de l’acide arsenique, on reconnaît clairement qu’il se précipite en premier lieu du sulfure d’antimoine, et beaucoup plus tard du sulfure d’arsenic , en sorte qu’il se forme d’abord une couche d’un rouge orangé, qui se recouvre ensuite d’une autre couche d’un jaune clair. Il est donc nécessaire , avant de filtrer , de mêler exactement ces deux couches l’une avec l’autre ,
ÀTlSErJlC. - ^ 265
en les remuant avec un tube de verre. La fillralion s’exécute à travers un filtre pesé , sur lequel on fait séclier les sulfures à une chaleur extrêmement douce , jusqu’à ce qu’ils ne perdent plus rien de leur poids. Après avoir déterminé le poids de ces sulfures, on en fait tomber une partie , la moitié environ , dans un verre à patte; puis on recommence à chauffer très-doucement le sulfure restant, avec le filtre, et on le pèse , ce qui fait connaître la quantité de substance sur laquelle on va opérer maintenant. On oxide cette substance dans le verre à patte, et avec beaucoup de circonspection , par le moyen de l’eau régale, en suivant de préférence la marche qui a été tracée p. 217 pour l’oxidation du sulfure d’antimoine. On ajoute ensuite de Tacide tartrique à la dissolution , et on l’étend d’eau. S’il s’est séparé du soufre, on en débarrasse la liqueur par la filtration , et on en détermine la quantité. Prenant alors la liqueurfiltrée, on y verse une dissolution de chlorure barytique, pour en précipiter l’acide sulfurique qui s’est formé. D’après le poids du sulfate barytique, on calcule la quantité de soufre qu’il contient , et à cette quantité 011 ajoute celle de la portion de soufre que l’eau régale n’a point oxidée. Lorsqu’on a déterminé de cette manière le soufre dans un poids quelconque des sulfures métalliques, il est facile d’en déduire le poids collectif de l’antimoine et de l’arsenic. Une autre portion des sulfures métalliques qu’on a obtenus est traitée dans une atmosphère de gaz hydrogène, comme le sulfure d’antimoine dont on veut déterminer la quantité d’antimoine. La description de cette méthode a été donnée p. 218. On pèse une boule de verre aux deux côtés de laquelle ont été soudés des tubes de verre , et on y introduit la quantité qu’on juge convenable des sulfures métalliques secs qui ont été obtenus; ensuite on nettoie les tubes de verre très-soigneusement avec la barbe d’une plume , et on pèse de nouveau le tout , ce qui fait connaître la quantité de sulfures sur laquelle on va opérer.
îi66 trAit£: d’analyse chimique.
L’appareil étant monté, et rempli de gaz hydrogène, on chauffe la boule d’abord peu à peu , et ensuite avec plus de force. Il commence par se dégager l’excès du soufre du sulfure d’antimoine *, puis il se sublime du sulfure d’arsenic , dont l’action du gaz hydrogène convertit une partie en arsenic métallique. On a soin de chasser tout le sublimé du tube avec la flamme d’une petite lampe à espritde-vin. Il est très-nécessaire de ne pas chauffer long-temps lit boule de verre avec force, parce qu’autrement de l’antimoine pourrait se sublimer avec l’arsenic : cependant il ne faut pas non plus que la chaleur soit trop faible , car alors la réduction n’aurait pas lieu d’une manière complète. Lorsqu’on procède avec la circonspection convenable, celte méthqdedonne un résultat dont on doit se contenter, quoiqu’il ne soit pas parfaitement exacte néanmoins il ne s’éloigne ordinairement de la vérité que d’un demi pour cent environ. On pèse l’antimoine qui reste. Comme on apprend ainsi quelle est la quantité d’antimoine dans les çulfures métalliques qu’on a obtenus , et qu’une autre expérience a déjà donné celle du soufre, la perle indique celle de rarsenic.
Cette méthode est préférable à d’autres qu’on a proposées pour séparer l’antimoine et l’arsenic ou leurs oxides, ptqui donne des résultats plus éloignés du la vérité. Du reste il est nécessaire que la séparation de sulfure d’arsenic et de l’antimoine ait lieu dans une atmosphère 'de gaz hydrO' gèrie, parce qu’à la distillation ordinaire une cjuantité assez considérable de sulfure d’antimoine se volatilise avec le sulfure d’arsenic.
, A peine est-il, nécessaire de faire remarquer que quand on met en pratique la méthode c|ui vientdutre décrite, il faut bien se garder de respirer les vapeurs arsenicales*, on conçoit aussi qne l’opération doit être faite sous le manteau d’une cheminée , et non dans une pièce du laboratoire.
ARSENIC
On voit que celte mélliode permet de découvrir et de peser la plus petite quantité d’antimoine dans du sulfure d’arsenjc plus aisément qu’une faible proportion d’arsenic dans du sulfure d’antimoine.
Ordinairement on s’y prend d’une autre manière pour séparer l’arsenic de rantimoine. On pulvérise l’alliage , et on le traite par l’acide nitrique , jusqu’à ce qu’il soit complètement oxidé , puis on étend la liqueur d’eau , et par la lîltralion on sépare l’oxide antimonique insoluble de l’acide àrsenieux dissous. On verse encore dans cette dissolution une petite quantité d’ammoniaque , avec laquelle on doit la saturer exactemeTnt, afin d’en précipiter un peu d’oxide antimonique qui a été dissous 5 ou bien on traite, l’alliage pulvérisé par de l’eau régale, on évapore la dissolution acide jusqu’à siccité, pour dissiper l’acide nitrique et l’acide bydrocblorique , en évitant de çliauffer la masse avec trop de force, et au moyen.de l’eau on sépare l’acide antimonique qui s’est formé de l’acide arsenique : on sature ensuite exactement la .dissolittion avec de l’ammoniaque , afin d’en précipiter ià petite quantité d’acide antimonique qui a pu se dissoudre. Cependant ces deux méthodes ne donnent point de résultats exacts parce que l’oxide antimonique ou l’acide antimonieux qu’on obtient , contient une quantité assez considérable d’acide àrsenieux ou d’acide ai senique. On ne peut donc pas les employer quand il s’agit d’analyses quantitatives, et il n’est avantageux d’y recourir que lorsqu’on veut examiner si des combinaisons d’antimoine contiennent de l’ar-r senic'.
Lorsqu’on a un alliage d’arsenic et d’antimoine avec d’autres métaux, ou que les oxides d’arsenic et d’antimoine sont combinés avec ceux d’autres métaux, on dissout la combinaison dans de l’eau régale, ou , si elle est oxidée, dans de l’acide bydrocblorique, on ajoute de l’acide lar- Irique à la dissolution , et on l’étend d’eau. Puis on préci-
2t68 TRAITÉ d’analyse CHIMIQUE,
pile l’antimoine et l’arsenic par le moyen du gaz siiîfide hydrique, pourvu que les autres métaux ne soient pas précipitables de dissolutions acides par ce réactif. On sépare les sulfures d’antimoine et d’arsenic parla filtration, on sursature la liqueur filtrée avec de Tammoniaque, et on en précipite les autres oxides métalliques à l’aide du suifhydrate ammonique ,• car la présence de l’acide tartrique empêche qu’ils puissent être précipités par d’autres réactifs. Le plus difficile alors est de précipiter le nickel, car on sait que sa précipitation parle suif hydrate ammonique présente de grandes difficultés. Lorsqu’au contraire les métaux combinés avec l’antimoine et l’arsenic sont susceptibles d’être précipités de dissolutions acides par le gaz sulfide hydrique , il faut avoir recours ausulfbydrate ammonique pour opérer la séparation.
Détermination des quantités de l acide arsenleux et de T acide arsenique ^ quand tous deux existent ensemble. — Lorsque l’acide arsenieux et l’acide arsenique sont conlei^us ensemble dans ur'î liqueur acide, leur séparation et leur détermination quantitative présentent des difficultés dont on n’a pas encore pu triompher. Il est vrai qu’on pourrait précipiter l’arsenic par le gaz sulfide hydrique , et , en analysant le sulfure d’arsenic qu’on obtiendrait ainsi, calculer la quantité de Toxigène et de l’arsenic qui existaient dans les deux acides pris ensemble, ce qui permettrait de calculer ensuite combien il appartenait de ces deux corps à l’acide arsenieux, et combien à l’acide arsenique 5 cependant on ne doit pas perdre de vue qu’un résultat obtenu de cette manière serait fort éloigné de la vérité , parce que le sulfure d’arsenic contient du soufre libre , provenant de la décomposition du sulfide hydrique qui a été tenu en dissolution dans la liqueur, ce qui frappe tout le calcul d’incertitude.
TELLURÈ,
•XL. TELL’ÜRÉ.
Détermination du tellure et de V oxide tellurique. — Quand le tellure existe clans une dissolution à l’état d’oxide tellurique, et qu’on veut le déterminer quantitativement , ce qu’il y a de mieux à faire , c’est de le réduire par l’acide sulfureux. On réunit le tellure réduit sur un filtre pesé, on le sèclie soigneusement aune douce chaleur, et, quand il ne perd plus de son poids, on le pèse. Il vaut mieux employer la dissolution du sulfite ammonique que celle de l’acide sulfureux. Si la dissolution du tellure est alcaline, on l’acidifie en y ajoutant de l’acide hydrochlorique, et l’on y verse assez de cet acide pour que l’excès qu’on en met redissolve l’oxide qui s’était précipité dans le premier moment. On chauffe la liqueur acide dans un matras , jusqu’à ce qu’elle houille légèrement; puis on y ajoute peu à peu une petite quantité de la dissolution de sulfite ammonique. Le tellure se sépare alors sous la forme d’une poudre noire. Il faut avoir grand Soin que la liqueur contienne toujours de l’acide hydrochlorique libre. Lorsque la dissolution de l’oxide tellurique contient de l’acide nitrique, le résultat auquel on arrive est incertain, parce qu’il peut arriver que l’acide nitrique non combiné redissolve une petite quantité de tellure réduit. Pour éviter cet inconvénient, avant de verser le sulfite ammonique dans la liqueur , on y ajoute peu à peu de l’acide hydrochlorique, et on la concentre, en la faisant chauffer , jusqu’à ce que l’acide qu’on y a ajouté ait complètement décomposé l’acide nitrique ; on reconnaît que la décomposition est achevée , lorsque la liqueur, soumise à l’action, de la chaleur , ne répand plus qu’une odeur de gaz chloride hydrique pur,, sans le moindre mélange d’odeur de chlore. On étend la dissolution concenti ée d’une petite Cjuantité d’eau, et on réduit ensuite le tellure par le moyen du sulfite ammonique.
2^0 TRAITÉ d'analyse CHIAIÏQUE.
Lorsqu’on réduit l’oxide tellurique à l’aide de l’acide sulfureux ou du sulfite ammonique, il ne faut jamais négliger, après avoir, par la filtration, séparé la liqueur acide du tellure réduit , de la chauffer encore une fois , afin de S3 convaincre, en y ajoutant du sulfite ammonique, que le tellure a été complètement précipité. H arrive trèssouvent que cette précipitation n’est pas complète, lorsqu’on n’a pas chauffé long-temps la dissolution de l’oxide tellurique avec le sulfite ammonique. On doit surtout ne pas négliger la précaution dont il vient d’être parié , lorsque facide nitrique n’a point été détruit en totalité dans la dissolution d’oxide tellurique.
Manière de séparer V oxide tellurique des oxides de chrome, dhirane , de nickel, de cohalt, de. zinc, de fer et de manganèse, des terres et des alcalis. — On fait passer du gaz sulfide hydrique daîis les dissolutions acides étendues de l’oxide tellurique , pour le précipiter à Fétat de sulfure de tellure noir. Ce moyen peut servira le séparer des substances qui viennent d’être désignées. On réunit sur un filtre le sulfure de tellure qui s’est précipité. Si l’on a acquis la conviction qu’aucun autre sulfure métallique ne l’a accompagné dans sa précipitation, ôn pourrait le recueillir sur un filtre pesé, et, après l’avoir fait sécher , déterminer son poids, d’après lequel on calculerait la quantité de l’oxide tellurique. Mais souvent le sulfure de tellure contient un excès de soufre , ce qui arrive surtout lorsqu’il y avait de l’oxide ferrique dans la dissolution. Il faut alors prendre ce sulfure encore humide, avec le filtre , et le mettre en digestion dans de l’eau régale 5 le tellure s’oxide, tandis que le soufre se sépare en partie, et, en partie aussi, se transforme en acide sulfurique. On prolonge la digestion jusqu'à ce que le souf're mis en liberté ait acquis une couleur parfaitement jaune : alors on filtre la dissolution, on détruit l’acide nitrique qui s’y trouve en y ajoutant une suffisante quantité d’acide hy-
TÈLLtJRtl. 271
droclilorique , et 011 réduit le tellure par le moyen du sulfite ammonique.
Lorsque du teliure métallique est combiné avec les métaux des oxides qui ne sont pas précipités d’une dissolution acide parle gaz sulfide h5^drique, on dissout Falliage dans de l’acide nitrique ou dans de l’eau régale , et, après avoir étendu d’eau la dissolution, on la traite par le gaz siilfide hydrique. Il faut employer de l’acide nitrique fort pour dissoudre la combinaison, parce qu’il pourrait arriver quelquefois, en la traitant par de l’acide nitrique faible, qu’il s’opérât un léger dégagement de gaz telluride hydrique.
Le gaz sulfide hydrique n’est pas le seul réactif auquel on puisse avoir recours pour séparer l’oxide tellurique des oxides métalliques inscrits en tête de ce paragraphe; la séparation s’exécute plus aisément encore à l’aide de l’acide sulfureux ou du sulfite ammonique , lorsqu’il s’agit de liqueurs acides, parce que ces réactifs ne précipitent pas les oxides en c|uestion. Quand on a dissous dans de l’acide nitrique ou dans de l’eau régale les combinaisons du tellure métallique avec le:, métaux de ces oxides, il suffit, avant d’opérer la précipitation du tellure , de veiller à ce que l’acide nitrique soit détruit aussi complètement que possible dans la dissolution par l’acide hydroehlorique. On sépare ensuite le tellure par la filtration , et on précipite les oxides de la liqueur filtrée , en suivant les méthodes qui ont été indiquées précédemment.
Maniéré de séparer V oxide tellurique des oxides de mercure , d'argent , de cuwre , de bismuth , de plomb et de cadmium. — On sépare l’oxide tellurique de ces oxides par le moyen du sulfhydrate ammonique. On ajoute un excès de ce réactif â la dissolution , cjui doit avoir été préalablement sursaturée avec de l’ammoniaque, et on laisse le tout digérer pendant long-temps â une douce chaleur. Le sulfure de tellure se dissout ainsi, tandis que les sulfures des autres métaux rcsient sans se dissoudre.
2^2 IriiAnÊ d’analyse chimiqüe.
Quoique le sulfure de tellure soit très-soluble dans le sulfhydrate ammonique , il est bon de laisser digérer long-temps à une très-douce chaleur, dans un excès de ce sel, les sulfures métalliques qui y sont insolubles.
Quand du tellure métallique est combiné avec les métaux des oxides en question, on dissout la combinaison dans de l’acide nitrique ou dans de l’eau régale , puis ou sursature la liqueur avec de l’ammoniaque , et on la traite comme il vient d’etre dit. On précipite le sulfure de tellure de sa dissolution dans le sulfhydrate ammonique , au moyen d’acide hydrochlorique très-éteiidu , ou d’acide acétique-, oïl réunit ce sulfure sur un filtre, on l’oxide en le traitant par l’eau régale , et on réduit le tellure dans la liqueur, en suivant la marche qui a été tracée plus haut.
On peut , du reste, employer aussi la même méthode pour séparer de l’oxide tellurique les oxides de cobalt , de zinc , de fer et de manganèse.
L’oxide tellurique tenu en dissolution avec quelques uns des oxides énumérés en tête de ce paragraphe, peut également en être séparé au moyen de l’acide sulfureux ou du sulfite ammonique , lorsque les oxides ne sont point susceptibles d’etre réduits par là, ou ne forment pas, comme il arrive à l’oxide plombique, des combinaisons insolubles avec l’acide sulfurique qui se produit. Il n’y a donc, parmi les oxides en question, que ceux de bismuth et de cadmium dont on puisse séparer ainsi l’acide tellurique.
Il existe une méthode facile de séparer l’oxide tellurique et l’oxide argent! que Tun de l’autre, quand ils sont dissous tous deux dans de l’acide nitrique o^dans un autre acide. Elle consiste à recourir à l’acide hydrochlorique, qui, lorsque la dissolution est étendue, précipite complètement l'oxide argentique à l’état de chlorure argeiitique. Après avoir réuni ce dernier sur un filtre - ou ré-
TELLURE. ' Îî^3
duît Toxidc tellurique daus la liqueur filtrce, en suivant la méthode qui a été décrite précédemment.
Une combinaison métallique d’argent et de tellure qu’on veutsoumettre à l’analyse, doit être dissoute dans de l’acide nitrique pur. La dissolution s’opère aisément avec Je secours de la chaleur. Lorsqu’elle est complète , on étend d’eau la liqueur, et on se hâte d’en précipiter l’oxide argenlique , à l’état de chlorure argentique , par le moyen de l’acide hydrochlorique, parce que si on laissait la dissolution nitrique en repos pendant quelque temps, il s’y formerait des cristaux d’une combinaison d’oxide tellurique et d’oxide argentique.
Maniéré de séparer le tellure métallique d'autres mé~ taux. — Quand le tellure est combiné avec des métaux régulins , on parvient très-bien à le séparer d’un grand nombre d’entre eux par le moyen du chlore. On prend un poids quelconque de la combinaison qu’il s’agit d’analyser, et on la chauffe dans un appareil semblable à celui qui est représenté pl. II , fig. 2 , en faisant arriver un courant de chlore sur elle. De cette manière il passe à la distillation du chlorure de tellure , tandis que les chlorures des autres métaux, qui ne sont pas volatils, restent. Si le courant de chlore qui passe sur le tellure échauffé est fort, il se produit du chlorure de tellure blanc; mais si le courant est faible, et la chaleur appliquée à la combinaison un peu forte, on obtient du chlorure de tellure noir, qui passe à la distillation sous la forme de vapeurs violettes. On dirige ce chlorure dans un flacon contenant de l’eau à laquelle on a ajouté de l’acide hydrochlorique. Le chlorure noir se dissout complètement dans cette liqueur, tandis que , quand on le traite par l’eau pure , il se sépare de l’oxide tellurique. Mais le chlorure de tellure blanc se dissout dans de l’eau mêlée d’acide hydrochlorique en laissant un résidu de tellure métallique noir ; traité par l’eau seule, il donnerait, en se décomposant, un mélange
TRAITÉ d’an A LYSE CHIMIQUE.
d’oxide tellurique et de tellure métallique. Quand l’opération est terminée, qu’il ne se dégage plus de chlorure de tellure, et que tout l’appareil est refroidi, on réduit par l’acide sulfureux ou par lesulhte ammoniquel’oxide tellurique dissous dans le liquide du flacon. Si auparavant du tellure métallique s’était séparé dans cette liqueur, il ne serait pas nécessaire de l’enlever par la filtration avant de réduire l’oxide tellurique dissous. Quant aux métaux des chlorures métalliques non volatils, on les analyse d’après les méthodes qui ont été décrites précédemment.
Cette méthode peut être employée pour séparer le tellure non-seulement de la plupart des métaux qui ont été nommés jusqu’ici , mais encore de l’or, avec lequel on le rencontre combiné dans la nature.
Manière de séparer le tellure de V arsenic^ de ïanlimoine et de V étain. — On ne sait pas encore bien comment on pourrait s’y prendre pour séparer quantitativement le tellure de ces métaux. L’arsenic, soit lorsqu’il est combiné à l’état de régule avec du tellure, soit lorsque du iiilfure d’arsenic est combiné avec du sulfure de tellure , peut être séparé , d’après Berzelius , par la simple distillation : il reste alors du tellure métallique, parce que le sulfure de tellure lui-même perd son soufre à la chaleur *, cependant il peut aisément arriver qu’un peu de tellure se volatilise avec l’arsenic. On n’a point encore examiné s’il était possible, à l’aide de l’acide sulfureux ou du sulfite ammonique, d’isoler l’oxide tellurique des oxides de ces métaux, dans des dissolutions contenant un excès d’acide hydrochlorique.