‹ Traité pratique d'analyse chimique, suivi de tables, servant, dans les analyses, à calculer la quantité d'une substance d'après celle qui a été trouvée d'une autre substance (volume 4)Chapitre 55 sur 122 · Acide hydriodique · texte numérisé non relu

Acide hydriodique

L’acide hydriodique pur est gazeux. Le gaz iodide hydrique ressemble aux gaz chloride et bromide hydriques. Cependant il est plus aisément décomposé qu’eux par les substances qui se combinent avec l’hydrogène. Il se décompose également avec plus de facilité que ces deux gaz quand on le traite par plusieurs métaux, qui se combinent avec l’iode , en dégageant du gaz hydrogène , comme est par exemple le mercure.

Le gaz iodide hydrique se dissout dans l’eau avec une facilité extraordinaire. La dissolution est incolore, et ressemble aux acides hydrochlorique et hydrobromique liquides. Quand on la fait bouillir , elle dégage du gaz iodide hydrique et s’affaiblit. Exposéeàl’air, elle se colore d’abord en jaune, puis peu à peu en brun foncé, l’hydrogène étant oxidé par l’air, et l’iode , qui se trouve ainsi mis à nu, étant dissous par l’acide non encore décomposé.

Le chlore, l’acide nitrique, l’acide sulfurique et les suroxides métalliques font subir à l’acide hydriodique liquide des changemens semblables à ceux qu’ils déterminent dans les dissolutions des iodures métalliques , et dont il sera parlé plus loin.

L’acide hydriodique forme avec les oxides métalliques des iodures métalliques. Ces combinaisons ressemblent, sous certains rapports, aux chlorures et aux bromures métalliques. Cependant la plupart des iodures métalliques diffèrent de ces derniers par leur insolubilité dans l’eau. Il n’y a que les combinaisons de l’iode avec les métaux des alcalis, ceux des terres et quelques autres métaux, qui se dissolvent dans l’eau. Les iodures métalliques insolubles dans l’eau ont souvent une couleur qui les caractérise $ c’est pourquoi on emploie la dissolution

d’iodure potassique comme réactif pour les dissolutions de certains oxides métalliques. Aussi a-t-il déjà été question de la manière dont la dissolution d’iodure potassique se comporte avec ces oxides. Cependant Fiodure potassique n’est pas très-recommandable comme réactif, parce que les précipités qu’il détermine sont plus ou moins solubles dans un excès de la liqueur employée pour les faire naître. Les combinaisons de l’iode avec les métaux dont les oxides constituent des acides puissans , sont bien volatiles, mais elles le sont beaucoup moins que les combinaisons correspondantes de brome et chlore.

Une dissolution de nitrate argentique produit, dans la dissolution des iodures métalliques, un précipité blanc, qui a une teinte de jaunâtre. On peut, à ce précipité, reconnaître la dissolution des iodures métalliques et l’acide liydriodique libre, parce que, comme le chlorure, le bromure et le bromate argentiques, il est insoluble dans l’acide nitrique étendu, et qu’il diffère de ces trois combinaisons en ce qu’il n’est dissous qu’en très-faible proportion par l’ammoniaque libre. Lorsque la dissolution d’un iodure métallique contient en même temps un chlorure métallique, la présence de Fiodure se reconnaît très-aisément au peu de solubilité dans l’ammoniaque du précipité produit par la dissolution de nitrate argentique, ainsi qu’à l’aide d’autres moyens encore; cependant on est fort exposé, dans ce cas, à ne point s’apercevoir de la présence du chlorure métallique. Ce qu’il y a de mieux à faire alors, c’est d’ajouter de l’ammoniaque en excès à la liqueur dans laquelle la dissolution de nitrate argentique a produit un précipité, et ensuite de sursaturer avec de l’acide nitrique étendu la liqueur qu’on a séparée de Fiodure argentique par la filtration. Si Fon voit survenir de cette manière un précipité abondant, c’est une preuve que la dissolution de Fiodure métallique contenait aussi un chlorure métallique; si, au contraire, il ne se forme qu’un très-faible

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précipité, ou plutôt si la liqueur ne fait que devenir opaline , on conclut de là qu’elle ne contenait pas du tout de clilorure métallique , ou du moins qu’elle n’en contenait qu’une très-petite quantité.

Les moyens de distinguer les dissolutions des iodures métalliques au moyen des dissolutions plombiques ou mercuriques, et de celles d’autres oxides métalliques, ont déjà été indiqués précédemment (p. 77, 106 , et ailleurs).

Si l’on ajoute de X acide nitrique médiocrement fort aux dissolutions des iodures métalliques et à l’acide hydriodique , celles-ci deviennent jaunes, et, lorsqu’on fait chauffer le mélange , il se colore en brun-rouge \ des vapeurs violettes d’iode se dégagent , et , après le refroidissement , de l’iode se dépose en paillettes noires.

Lorsqu’on verse de Veau de chlore dans les dissolutions des iodures métalliques, ou dans l’acide hydriodique , ces liqueurs deviennent sur-le-champ d’un brun rouge ; une plus grande quantité d’eau de chlore les rend limpides comme auparavant. La même chose arrivequandon ajouteà la dissolution d’unioduremétallique du chlorure calcique et un peu d’acide hydrochlorique étendu.

Quand on ajoute une dissolution d’amidon dans de l’eau chaude ( empois) à la dissolution d’un iodure métallique, ou à de l’acide hydriodique , aucun changement ne se manifeste. Mais si l’on verse ensuite un peu d’acide nitrique dans la liqueur , elle se colore en beau bleu. La couleur est si intense, qu’elle semble noire, pour peu que la quantité d’iode soit considérable. Il n’y a que l’iode libre qui produise cette couleur bleue avec l’amidon ; lorsqu’il est uni à de l’hydrogène ou à des métaux , on ne la voit point paraître. Aussi la couleur bleue ne se montre-t-elle, par l’amidon, dans l’acide hydriodique et dans les dissolutions des iodures métalliques, que quand on ajoute une substance qui met l’iode en liberté, comme , par exemple, de l’acide nitrique. L’eau de chlore produit également la cou-

5oa traité d’ analysé chimique.

leur bleue dans ces dissolutions, mais elle la fait disparaître quand on en met un excès. S’il se trouve beaucoup d’acide arsénieux , la couleur bleue ne se manifeste point dans les conditions précédentes ; mais on peut la faire naître en instillant dans la liqueur quelques gouttes d’acide nitrique un peu étendu. Si l’on a versé dans la dissolution d’un iodure métallique assez de chlorure mercurique pour que l’iodure mercurique produit se dissolve dans l’excès de chlorure mercurique , il ne paraît également point de couleur bleue lorsqu’ensuite on verse dans la liqueur de l’acide nitrique et delà dissolution d’amidon; et elle ne peut point non plus être produite, dans ces circonstances , par une addition d’acide sulfurique. Quand une liqueur contient une petite quantité d’acide hydriodique ou d’iodure métallique , et en même temps beaucoup d’acidehydrochlorique ou de chlorures métalliques, l’addition de la dissolution d’amidon et de l’acide nitrique fait paraître la couleur bleue à froid ; mais cette couleur disparaît dès qu’on soumet la liqueur h l’ébullition. La couleur bleue de la combinaison d’iode et d’amidon qui s’est formée est détruite par les dissolutions des alcalis , par l’a*cide sulfureux , par l’acide phosphoreux , par le sulfide hydrique , etc. ; mais elle peut être reproduite par l’acide nitrique. Lorsqu’on a mis un excès d’eau de chlore clans une dissolution d’acide iodique, dans une dissolution d'un iodure métallique, ou dans de l’acide liydriodique, la dissolution d’amidon ne détermine l’apparition de la couleur bleue dans ce mélange qu’après qu’on y a ajouté un peu de chlorure stanneux. En se conformant aux préceptes qui viennent d’être tracés , la solution d’amidon peut faire découvrir les plus petites traces d’acide liydriodique et d’iodure métallique dans des dissolutions. Une petite quantité d’amidon ne fait pas naître une couleur bleue , mais une teinte de vert foncé, dans la dissolution d’une grande quantité d’iode, ou, après l’addition d’un peu d’a-

Acides.

eide nitrique , dans une dissolution saturée soit d’iodide hydrique, soit d’iodure métallique.

Lorsqu’après avoir introduit des iodures métalliques à l’état solide dans un tube de verre blanc soudé à l’une de ses extrémités , on verse dessus de l’acide sulfurique concentré , et qu’on fait chauffer le tout , il se dégage de l’iode gazeux, qui remplit la partie lamoins chaude du tube, et qu’il est facile de reconnaître à la couleur violette qui le caractérise *, en même temps aussi il se forme de l’acide sulfureux , mais il ne se produit pas d’acide hydriodique. Par ce procédé, on décompose ceux même des iodures métalliques dont les chlorures et bromures correspondais ne sont point décomposables par l’acide sulfurique concentré , comme, par exemple , l’iodure mercurique. Si l’on mêle l’iodure métallique avec du suroxide de manganèse , du suroxide plombeux ou du suroxide plomhique, et qu’on chauffe ensuite le mélange avec de l’acide sulfurique , il ne se dégage que de l’iode gazeux et point d’acide sulfureux. L’acide sulfurique détermineaussi une décomposition semblable dans les dissolutions concentrées des iodures métalliques et de l’iodide hydrique : les liqueurs prennent alors , en raison de l’iode rendu libre , une couleur jaune à froid , et une teinte brun-rouge quand on les chauffe : ce phénomène est moins sensible dans les dissolutions très-étendues.

Les combinaisons de l’iode avec les métaux des alcalis ne se décomposent point quand on les chauffe à l’air : elles se volatilisent seulement un peu à une très-forte chaleur, et , de même qu’il arrive pour les chlorures métalliques correspondais , leur volatilisation s’opère plus facilement au contact qu’à l’abri du contact de l’air. Les autres iodures métalliques subissent , pour la plupart , une décomposition partielle quand on les fait rougir à l’air: ordinairement, alors, de l’iode se dégage en vapeurs Violettes , et il reste un oxide.

3o4 TRAITÉ D’ANALYSE CHIMIQUE.

Au chalumeau , les iodures métalliques, chauffés avec un bouton de sel de phosphore qui tient de l’oxide cuivrique en dissolution , donnent à la flamme une belle couleur verte d’émeraude.

Quand l’iode est combiné avec un métal , et que cette combinaison est soluble dans l’eau, le meilleur moyen d’y découvrir l’iode est d’avoir recours à la dissolution d’amidon et à l’acide nitrique. On peut ainsi découvrir l’iode dans toute dissolution quelconque, même lorsque la liqueur contient plusieurs autres substances : cependant il faut avoir égard à ces dernières, qui peuvent empêcher la couleur bleue de se manifester. Lorsqu’au contraire la combinaison dans laquelle on cherche l’iode est insoluble dans l’eau , le mieux est de la traiter par l’acide sulfurique concentré , afin d’obtenir les vapeurs violettes de l’iode. Il est bon alors d’ajouter un peu de manganèse à la substance, pour s’opposer à la formation de l’acide sulfureux. Si l’iode est en trop petite quantité pour produire manifestement des vapeurs violettes , on peut se convaincre de sa présence , en mêlant la combinaison avec du manganèse, introduisant le tout dans une bouteille, et versant dessus de l’acide sulfurique : on glisse ensuite dans le vide delabouteilleun papier enduit d’empois : le mieux est de fixer ce papier entre le goulot et le flacon ; au bout de quelque temps il se colore en bleu, même quand la combinaison ne contenait que de très-faibles traces d’iode.

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