Acide hydrofluorique
L’acide hydrofluorique forme, a l’état de pureté, un liquide incolore, qui, même à la température ordinaire de l’air, se convertit en un gaz également sans couleur, doué d’une odeur fort piquante, et soluble en très-grande
quantité dans l’eau. La dissolution aqueuse concentrée répand une épaisse fumée à l’air. Par l’ébullition, elle perd la plus grande partie du fluoride hydrique, et il reste un acide plus faible.
L’acide hydrofluorique aqueux n’est décomposé ni par les acides nitrique et sulfurique , ni par le gaz chlore. Ce qui le distingue surtout de tous les autres acides , c’est la propriété qu’il a de dissoudre la silice, et par conséquent d’attaquer le verre. Aussi les expériences auxquelles on le soumet ne peuvent-elles point être faites dans des vaisseaux de verre •, le mieux est de les exécuter dans des vases en platine.
L’acide hydrofluorique forme avec les oxides des fluorures métalliques , dont la plupart se distinguent déjà des chlorures correspondans par leur solubilité moindre dans l’eau. Les combinaisons du fluor avec les métaux des alcalis sont peu solubles à l’état de pureté ; celles avec les métaux des terres alcalines sont ou tout-à-fait insolubles ou du moins extrêmement peu solubles; celles enfin avec les métaux proprement dits , sont presque toutes assez peu solubles , cependant il y en a quelques unes dont la solubilité surpasse celle des chlorures métalliques correspondans. Plusieurs de ces fluorures métalliques se combinent avec de l’acide hydrofluorique , et deviennent solubles par là ; mais certains sont totalement insolubles dans cet acide. Les combinaisons du fluor avec les métaux dont les oxides constituent des acides puissans , sont en partie trèsvolatiles , et souvent on ne les connaît qu’à l’état gazeux ; c’est ce qui arrive par exemple au fluoride silicique et au fluoride borique.
Des précipités sont produits principalement par les sels calciques dans les dissolutions des fluorures métalliques. En versant une dissolution de chlorure calcique dans celle d’un fluorure métallique très-pur , on n’obtient proprement qu’une masse gélatineuse tellement translu- L 30
eide, qu’on croit d’abord n’avoir obtenu qu’un précipité fort peu considérable. Le fluorure calcique ainsi produit ne se dépose bien qu’après qu’on a a jouté de l’ammoniaque, et alors il forme un volumineux précipité très-visible. Ce précipité n’est que fort peu soluble dans les acides hydrochlorique et nitrique. Cependant si le fluorure métallique contenait de la silice, le fluorure calcique obtenu se dissout plus facilement dans ces deux acides : l’ammoniaque l’en précipite de nouveau. Le fluorure calcique n’est également que très-peu soluble dans l’acide hydrofluorique libre.
Comme le fluorure argentique est soluble dans l’eau, la dissolution de nitrate argentique ne trouble ni l’acide hydrofluorique , ni les dissolutions des fluorures métalliques. La dissolution de nitrate mercureux ne produit pas non plus de précipité dans l’acide hydrofluorique; mais celle d’acétate plombique en détermine un.
Un moyen facile et certain de reconnaître les plus petites quantités des fluorures métalliques à letat solide , consiste à verser dessus de l’acide sulfurique concentré , et à chauffer le tout dans un creuset de platine } il se dégage alors de l’acide hydrofluorique, dont les plus petites traces se décèlent par l’action corrosive qu’elles exercent sur le verre. Il est nécessaire de chauffer le creuset de platine, parce plusieurs fluorures métalliques, par exemple le fluorure calcique, se dissolvent à froid dans l’acide sulfurique concentré , et produisent ainsi une liqueur transparente, visqueuse et filante, sans qu’il y ait d’acide hydrofluorique mis en liberté ; mais lorsqu’on fait chaufferie tout, de Faeide hydrofluorique se dégage, et il finit par rester un sulfate métallique. Pour reconnaître l’acide hydrofluorique qui se dégage , on applique sur le creuset de platine une plaque de verre couverte d’un enduit de cire sur lequel on a tracé des caractères d’écriture. On fait tenir l’enduit sur la plaque de verre , en la chauf-
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fant et fondant un peu de cire dessus ; quand la plaqué est refroidie, on écrit sur la cire avec une aiguille ou
un ûl de fer mou, en ayant soin que l'instrument pénètre jusqu’au verre. Cela fait, dès qu’on a versé de l’acide sulfurique concentré sur le fluorure métallique qu’on veut examiner, on applique sur le creuset le côté ciré de la plaque de verre , et on le chauffe avec l’extrémité delà flamme d’une lampe à esprit de vin, assez doucement pour que la cire ne fonde point. On peut aussi répandre quelques gouttes d’eau sur le côté supérieur de la plaque, pour s’opposer plus efficacement à la fusion de la cire. On laisse ensuite refroidir le creuset , et on racle la plaque pour enlever la cire. Alors on reconnaît que le verre a été forte nent corrodé dans l’endroit où les caractères avaient été tracés. Il suffit d’opérer sur quelques milligrammes d’un fluorure métallique pour que la corrosion du verre soit encore sensible. Lorsque la quantité du fluorure métallique mise en expérience est trop peu considérable, on n’aperçoit la corrosion du verre, après avoir enlevé la cire, qu’en passant l’hàleine dessus.
Adéfaut de creuset en platine, on réduit le fluorure métallique en poudre, et on en fait , avec de l’acide sulfurique, une pâte qu’on applique sur la plaque de verre couverte de cire , après avoir tracé des caractères d’écriture dans l’enduit. Au bout d’un long espace de temps , on enlève la pâte parle lavage, on racle la cire, et l’on reconnaît que le verre est corrodé â l’endroit des caractères. Cependant il faut pour cela avoir une assez grande quantité de fluorure métallique à sa disposition.
On peut aussi de la meme manière, et à l’aide de l’acide sulfurique, découvrir les fluorures métalliques dans de*s dissolutions, quand celles-ci ne sont point trop étendues. Si la dissolution du fluorure métallique est étendue, il faut, après avoir ajouté l’acide sulfurique à la liqueur, ▼erser cette dernière dans un verre dont on a préalable-
3û8 TRAITÉ D’ANALYSE CHIMIQUE.
ment couvert le côté intérieur d’un enduit de cire, sur quelques points duquel ont été tracés des caractères d’écriture. On laisse séclier la dissolution dans ce verre. Lorsqu’ensuite on enlève la masse sèche par le lavage , el qu’on gratte la couche de cire, on s’aperçoit que le verre a été attaqué dans les points qui correspondent aux caractères. Si l’on ne dispose que d’une très-petite cpiantité d’une dissolution contenant elle-même fort peu de fluorure métallique, on peut, suivant Berzelius, évaporer la liqueur sur un verre de montre : cependant, il faut que ce verre soit en état de résister à l’action des acides ordinaires. Lorsqu’ensuite on dissout la masse saline sèche au moyen de l’eau, on découvre que le verre a été manifestement corrodé dans l’endroit correspondant au résidu de la dessiccation. Cependant la plus sûre ma ière de constater la présence du fluorure métallique, est celle que j’ai indiquée précédemment , et qui consiste à traiter la combinaison sèche par de l’acide sulfurique dans un creuset de platine.
Les fluorures métalliques se décomposent bien tous quand on les chauffe avec de l’acide sulfurique. Cependant il y a des combinaisons qui contiennent des fluorures métalliques parmi leurs principes constituans, et que l’acide sulfurique ne décompose point avec le secours de la chaleur. On ne peut donc point, dans celles-là, reconnaître la présence du fluorure métallique par le procédé qui vient d’être décrit , meme lorsqu’il s’y trouve contenu en quantité considérable. Plusieurs combinaisons silicifères qui existent dans la nature, comme par exemple la topaze, appartiennent «à cette catégorie. On y peut constater la présence du fluor à l’aide du chalumeau, en suivant la marche qui sera tracée plus loin : cependant ce moyen ne réussit pas non plus quand la proportion du fluor est très-faible, comme dans les espèces d’amphibole. Yoici quel est le procédé par lequel on reconnaît de la manière
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la moins équivoque l’existence du fluor dans des combinaisons que l’acide sulfurique ne décompose point. On réduit la combinaison en poudre fine par la trituration ou par la lévigation, on la mêle avec environ trois ou quatre fois son poids de carbonate sodique, on la fait rougir fortement dans un creuset de platine, on ramollit avec de l’eau la masse calcinée, et on sépare la dissolution de ce qui ne s’est point dissous , en jetant le tout sur un filtre. Si l’on a obtenu une trop grande quantité de dissolution , on l’évapore, dans une capsule de porcelaine, jusqu’à ce qu elle soit réduite à un volume convenable ; on la verse ensuite dans une capsule de platine, ou, à défaut de ce vase , dans une capsule d’argent pur, et on la sursature prudemment avec del’acide liydrocblorique. Pour la remuer on se sert , non d’un tube de verre, mais d’une baguette en argent ou en platine. On laisse la liqueur acide en repos pendant longtemps, afin qu’elle dégage à froid autant d’acide carbonique que possible, et on la sursature avec de l’ammoniaque dans la capsule. La liqueur ammoniacale est alors versée dans une bouteille de verre qu’on puisse fermer avec un bouchon de liège; on l’y mêle avec une dissolution de chlorure calcique, d’où résulte un précipité de fluorure calcique, si la combinaison contenait un fluorure métallique. Le fluorure calcique peut très-bien se déposer dans un vase où l’air n’ait point accès, et de cette manière il ne saurait être sensiblement altéré par du carbonate calcique. On filtre alors la liqueur, et, après avoir fait sécher le précipité , on le décompose par l’acide sulfurique , dans un creuset de platine , ainsi qu’il a été dit précédemment, afin de pouvoir être bien certain qu’il était réellement formé de fluorure calcique.
Les combinaisons dont un fluorure métallique fait partie essentielle , comme le spath fluor et la topaze, sont précisément celles dans lesquelles il est le plus difficile de découvrir la présence de ce fluorure à l’aide du chalumeau.
3io traité d’analyse chimique.
On a moins de peine, au contraire, à la constater dans les combinaisons qui n’en contiennent qu’une très-petite quantité, et où le sel semble être en quelque sorte accidentel , comme, par exemple, dans les variétés de mica , lorsque ces combinaisons renferment en même temps un peu d’eau. Pour reconnaître la présence d’un fluorure métallique dans les combinaisons de la première sorte , il faut les mêler avec du sel de phosphore préalablement fondu, et les chauffer, à l’extrémité d’un tube en verre ouvert , de manière qu’une partie de la flamme soit poussée par le courant d’air dans le tube. Il se produit ainsi de l’acide bydrofluorique aqueux , qui suinte le long du tube, et qui se reconnaît non-seulement à son odeur particulière, mais encore à ce qu’il dépolit l’intérieur du tube dans toute sa longueur, principalement clans les endroits où il s’est déposé de l’humidité. Si l’on introduit alors un papier de Fernambouc imbibé d’eau dans la partie la moins chaude du tube , il devient jaune. Suivant Bonsdorf, l’acide bydrofluorique partage cette propriété de jaunir le papier de Fernambouc avec quelques autres acides , par exemple, avec les acides phosphorique et oxalique *, elle sert à le distinguer des acides sulfurique , nitrique , arsénique et borique.
Suivant Smithson l’acide bydrofluorique se dégage même du spath fluor et de la topaze , sans le concours du sel de phosphore , quand on les chauffe sur une feuille de platine à la flamme du chalumeau. Afin de pouvoir reconnaître l’acide hydrofluorique qui se dégage , il faut replier un peu la feuille de platine , de manière qu’elle forme une gouttière ou un cylindre , et l’enfoncer jusqu’à moitié environ dans un tube de verre ouvert à ses deux extrémités. En soufflant, on tient ensuite le tube de verre un peu obliquement, afin que l’acide hydrofluorique qui se dégage le traverse, l’attaque et le rende opaque. On peut aussi soumettre à ce mode d’exploration d’autres combinaisons
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contenant des fluorures métalliques. D’après Smithson, l’expérience peut encore être modifiée de la manière suivante : on assujétitle tube dans un bouchon de liège avec un fil métallique , puis on fixe la substance qu’on veut examiner à l’extrémité d’un fil de platine, au moyen d’un peu d’argile, et l’on plonge également ce fil dans le bouchon , en ayant soin que la substance qu’il s’agit d’examiner se trouve en face de l’orifice inférieur du tube , et qu’en soufflant sur elle la flamme soit chassée dans ce dernier.
Quand un fluorure métallique n’existe qu’en petite quantité dans une combinaison , et que celle-ci contient en même temps un peu d’eau, la présence du fluor peut souvent être constatée par le simple procédé suivant : on introduit la combinaison dans un tube de verre un peu épais, soudé à l’un de ses bouts, et dans l’extrémité béante duquel on fait entrer un papier de Fernambouc humecté : On la fait ensuite chauffer à la flamme du chalumeau , ou mieux à la lampe d’émailleur. Si elle contient de l’acide silicique , la chaleur en dégage du fluoride silicique -, un anneau d’acide silicique se dépose à peu de distance d’elle, et l’extrémité du papier de Fernambouc qu’on a glissé dans le tube devient jaune. Mais si la combinaison ne contient point d’eau, ces phénomènes n’ont pas lieu, lors même que le fluorure métallique s’y trouverait en grande quantité.
Parmi les fluorures métalliques, il en est un grand nom* bre qui ne se décomposent point quand on les fait rougir à l’air libre. Cependant plusieurs, de même que certains chlorures, éprouvent pendant l’opération un commencement de décomposition , due à l’humidité de l’air ; il se forme un peu d’acide hydrofluorique , qui se dégage , et une petite quantité de métal passe à l’état d’oxide.
Les combinaisons simples du fluor produisent, en s’uni-ssanl ensemble, des combinaisons doubles , qui souvent
3t2 traité d'analyse chimique.
ont d'autres propriétés que leurs principes constituans. C’est pourquoi on serait exposé à méconnaître en elles la présence du fluor, si l’on se bornait à un examen superficiel. Les plus importantes de ces combinaisons doubles sont celles du fluoride silicique avec d’autres fluorures métalliques.
Le fluoride silicique forme , à l’état de pureté, un gaz incolore, qui a une odeur acide suffocante , et qui fume au contactdel’air. Il n’attaque point leverre; cependant, lorsque ce dernier est liumide, il le couvre d’un dépôt d’acide silicique, qui y adhère avec force. Les oxides secs ne l’absorbent pas , mais bien les fluorures métalliques secs. Il se dissout en grande quantité dans l’eau , mais en subissant une décomposition partielle : de l’acide silicique se dépose à l’état gélatineux, tandis qu’il se dissout une combinaison de fluoride silicique et de fluoride hydrique ( acide hydrofluosil iciqu e ) . Si l’on n’a employé qu’une petite quantité d’eau, la masse entière est convertie par l’acide silicique mis à nu en une gelée demntransparente. L’acide hydrofluosiliciquea une saveur franchement acide 5 il n’exige pas, pour se volatiliser, une température supérieure à celle qui est nécessaire pour l’eau.
Quand on évapore cet acide , il se décompose : le fluoride silicique se dégage, et il reste de l’acide hydrofluorique. L’acide hydrofluosilicique n’attaque point le verre : cependant lorsqu’on l’évapore dans des vaisseaux de verre, ceux-ci sont corrodés par l’acide hydrofluorique que l’opération met à nu. Si l’on évapore une goutte d’acide hydrofluosilicique sur du verre, il se forme sur celui-ci une tache que le lavage avec de l’eau ne peut point enlever.
L’acide hydrofluosilicique se combine avec les oxides métalliques basiques , et produit des fluorures doubles (fluosiliciures métalliques ). Pour obtenir ces fluosiliciures, il est nécessaire d’ajouter à la base un excès d’acide
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hydrofluosilicique, ou du moins d’en mettre autant qu’il en faut pour saturer cette base. Quand la base se trouve en excès, le fluosiliciure métallique qui s’est produit se décompose, et de la silice se sépare en flocons gélatineux. Les dissolutions desfluosiliciures métalliques dont les métaux forment des alcalis, sont, d’après Berzelius , les seules desquelles les alcalis séparent de l’acide silicique pur, et qui forment ainsi des fluorures métalliques purs. Cependant cette décomposition n’a lieu qu’à la faveur de l’ébullition. Quand on s’est servi de carbonate alcalin pour l'opérer, du gaz acide carbonique se dégage avec effervescence pendant cpi’on chauffe la liqueur : l’acide silicique se dissout dans le carbonate alcalin en excès , et se sépare par le refroidissement , sous la forme d’une gelée opaline ( p. 228 ). Les alcalis versés dans les fluosiliciures métalliques dont les métaux forment des terres alcalines, séparent de l’acide silicique, mêlé avec le fluorure du métal de la terre alcaline , qui n’est point décomposé par les alcalis , tandis que le fluorure du métal alcalin reste en dissolution. Versés dans les fluosiliciures métalliques dont les métaux produisent les terres et les oxides métalliques proprement dits, les alcalis séparent de l’acide silicique en combinaison avec la terre ou avec l’oxide métallique, tandis que tout le fluor des fluosiliciures métalliques forme un fluorure métallique avec le métal de l’alcali. Si l’oxide métallique séparé est soluble dans l’ammoniaque, ce dernier réactif n’en sépare pas moins l’acide silicique, non point seul , mais en combinaison avec une certaine quantité de l’oxide.
Parmi les fluosiliciures métalliques , le potassique , le sodique et le barytique sont très-peu solubles dans l’eau. C’est ce qui fait qu’on peut employer l'acide hydrofluosilicique pour découvrir le potasse, d’autant mieux d’ailleurs que le fluosiliciure potassique a des caractères remarquables (p. 3 ). L’acide hydrofluosilicique
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sert également à découvrir la baryte, ou plutôt à la distinguer de la slrontiane et de la chaux ( p. 18 ). Les autres fluosiliciures métalliques, même le plombique et l’argentique, sont très-solubles dans beau.
Quand on verse de Y acide sulfurique concentré sur les fluosiliciures métalliques, la plus grande partie de ceux-ci se décompose ; du fiuoride silicique se dégage sous forme gazeuse, et c’est seulement lorsqu’on fait chauffer la liqueur qu’on voit paraître de l’acide hydrofluorique liquide, qui attire avidement l’humidité de l’air. Les fluosiliciures calcique et barytique ne sont décomposés par l’acide sulfurique que quand on les chauffe avec lui jusqu’au delà de ioo°. Si ces décompositions ont lieu dans des vaisseaux de verre , ceux-ci, par les motifs qui ont été indiqués plus haut , sont fortement corrodés pendant que l’on chauffe la liqueur. Si l’on fait usage de vaisseaux en platine, une plaque de Terre dont on les couvre se trouve attaquée , comme Jl arrive dans la décomposition des fluorures métalliques par l’acide sulfurique (p. 3o8).
1Y acide silicique et Y acide hydrochlorique ne dégagent l’acide hydrofluosilicique qu’en partie des fluosiliciures métalliques 5 de même aussi ces acides ne sont séparés qu’incomplètement des nitrates et des chlorures métalliques par l’acide hydrofluosilicique. Mais lorsque l’acide hydrofluosilicique forme des combinaisons insolubles ou peu solubles avec les bases de ces sels , la séparation s’effectue presque complètement par la voie humide. Ainsi, par exemple, l’acide hydrofluosilicique, versé dans les dissolutions des sels potassiques, précipite de toutes la potasse presque entotalité à l’état de fluosiliciure potassique.
Les fluosiliciures métalliques se décomposent quand on les fait rougir*, ils se convertissent ainsi en fluorures métalliques , tandis que du fiuoride silicique se dégage à l’état de gaz. La décomposition a lieu complètement dans des vaisseaux distillatoireâ 5 mais il faut souvent une
Acides.
chaleur long-temps soutenue pour expulser la totalité du fluoride silicique. La décomposition commence plus tôt dans des vaisseaux ouverts*, mais alors le fluorure métallique qui reste après îa calcination contient ordinairement de l’acide silicique, parce que le fluoride silicique, pendant qu’il se volatilise , est décomposé par l’humidité de l’air , souvent aussi par l’eau de cristallisation, quand la combinaison en contient, et qu’il dépose de l’acide silicique. La décomposition du fluoride silicique peut aussi être opérée par l’eau à laquelle la combustion de l’alcool donne naissance, lorsque la calcination s’exécute, dans un creuset de platine ouvert , à la flamme de l’esprit de vin. L’acide silicique mis à nu est alors ordinairement dissous par le fluoride métallique pendant la fusion*, mais, lorsqu’on dissout ce dernier dans de l’eau, il reste sans se dissoudre. Quand on chauffe dans des vaisseaux de verre des fluosiliciures métalliques contenant de l’eau de cristallisation, et qu’on élève assez la température pour que le fluoride silicique commence à se volatiliser , on obtient un sublimé blanc d’acide hydrofluosilicique. En examinant ce sublimé au microscope , on reconnaît qu’il est composé de gouttes limpides qui peuvent être chassées d’un point à un autre par la chaleur , mais qui laissent de l’acide silicique lorsque l’air atmosphérique trouve accès dans l’appareil.
La fluoride borique produit des combinaisons semblables à celles que le fluoride silicique forme avec les fluorures métalliques. A l’état de pureté , le fluoride borique est un gaz incolore, qui répand à l’air des vapeurs plus épaisses que le gaz fluoride silicique , et n’attaque pas le verre comme ce dernier. L’eau le dissout en grande quantité et avec dégagement de chaleur: pendant que la dissolution s’opère, on remarque qu’il se dépose une poudre blanche, qui est de l’acide borique , et, après le refroidissement de la liqueur, il s’y forme des cristaux du même acide. La dissolution est fort acide ? et contient une combinaison de
3l6 TRAITÉ D’ANALYSE CHIMIQUE.
fluoride borique avec du fluoride hydrique ( acide hydrofluoborique ). Si l’on évapore cette dissolution avant que l’acide borique, produit par la décomposition de l’eau, se soit séparé , l’acide et le fluoride hydrique reproduisent ensemble du fluoride borique quand la liqueur est arrivée à un certain degré de concentration.
L’acide hydrofluohorique se combine avec les oxides métalliques basiques, et formeainsi des combinaisons doubles de fluor ( fluoborures métalliques') . La plupart de ces composés sont solubles dans l’eau. Le moins soluble d’entre eux paraît être le fluoborure potassique, qui, dans toutes ses propriétés ^ a une fort grande analogie avec le fluosiliciure potassique. Quelques uns des fluoborures semblent ne point être décomposés par les bases salifiables, comme le sont les fluosiliciures. Ainsi , par exemple, l’ammoniaque , même à chaud ne dissout pas le fluoborure potassique en plus grande quantité que 1 eau , et le sel cristallise au sein de la dissolution ammoniacale chaude, comme au sein d’une dissolution aqueuse chaude. A ce caractère on peut le distinguer du fluosiliciure potassique , puisque l’ammoniaquesépare de celui-ci de l’acide silicique. Quelques fluoborures paraissent également ne pointse décomposer quand on les fait bouillir avec des dissolutions de carbonate potassique, de carbonate sodique, ou de potasse pure : du moins lorsqu’on traite le fluoborure potassique par ces réactifs, il ne se dégage point d’acide carbonique, et, à mesure que la liqueur se refroidit, le sel s’en sépare sans avoir éprouvé aucun changement. Cependant d’autres fluoborures métalliques se décomposent lorsqu’on y ajoute un excès de base, et se convertissent en fluorures métalliques et en borates.
L 'acide sulfurique concentré décompose les fluoborures métalliques de la même manière que les fluosiliciures métalliques , mais plus difficilement, avec plus de lenteur, et seulement avec le concours de la chaleur. Il se dégage
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d’abord du gaz fluoride borique, puis il se forme ordinairement de l’acicle hydrofluoborique et de l’acide hydrofluorique liquides , et il finit par rester un sulfate.
Quand on fait rougir au feules fluoborures métalliques, ils subissent une décomposition semblable à celle qu’éprouvent les fluosiliciures métalliques, mais qui s’accomplit avec plus de difficulté ; il se dégage du gaz fluoride borique , qui , lorsque le fluoborure métallique n’est point anhydre, et que la calcination a lieu dans une petite cornue de verre , se dépose en gouttelettes parfaitement semblables à un sublimé; il reste un fluorure métallique. Si l’on fait rougir les fluoborures métalliques dans un creuset en platine , il se dépose , autour du rebord du couvercle, de l’acide borique fondu, que l’humidité de l’air ou l’eau fournie par la flamme de l’alcool , précipite du gaz fluoride borique, dans l’endroit même où elle est produite. Lorsque la chaleur n’est point très forte et soutenue, les fluoborures métalliques ne se décomposent qu’incomplètement.
Indépendamment des fluorides silicique et borique, il est encore plusieurs combinaisons du fluor avec des corps dont les oxides jouent le rôle d’acides, qui forment des composés doubles avec des fluorures métalliques basiques. Ces composés se comportent autrement que les fîuoborures et les fluosiliciures métalliques , quand on les fait rougir au feu , et qu’on les traite par l ucide sulfurique : il ne se dégage alors aucune combinaison gazeuse de fluor ; mais lorsqu’on emploie l’acide sulfurique, il ne s’échappe presque autre chose que de l’acide hydrofluorique.
L’acide hydrofluorique se distingue de tous les autres acides , en ce qu’il attaque fortement le verre. Ce caractère ne permet point par conséquent de le confondre avec eux. Il n’est pas moins facile, en traitant les combinaisons solides du fluor par l’acide sulfurique, d’après le pro-
3iB traité d'analyse chimique.
cédé qui a été décrit plushaut ( p. 3o8 ) , de les reconnaître toutes à Faction corrosive qu’elles exercent sur le verre , et de les distinguer ainsi de toutes les autres substances.