‹ Traité pratique d'analyse chimique suivi de tables, servant, dans les analyses, à calculer la quantité d'une substance d'après celle qui a été trouvée d'une autre substanceChapitre 22 sur 133 · DU FER · texte numérisé non relu

DU FER

Détermination du fer, de V oxyde ferreux , de l'oxyde ferrique et de Voxyde ferroso-ferrique. — Que le fer soit à l'état de métal , d'oxyde ferreux, d'oxyde ferrique ou d'oxyde ferroso-ferrique , dans la substance qu'on analyse , on ne le détermine jamais que comme oxyde ferrique. Si la combinaison contient du fer métallique , de l'oxyde ferreux ou de l'oxyde ferroso-ferrique, on la dissout dans de l'acide nitrique ou dans de l'eau régale. La dissolution contient alors le fer à l'état d'oxyde ferrique. Lorsqu'une liqueur contient de l'oxyde ferreuxou de l'oxyde ferroso-ferrique, on la fait chauffer, après y avoir ajouté un peu d'acide nitrique, pour produire de l'oxyde ferrique. Si la dissolution est très-étendue , l'oxydation complète par l'acide nitrique n'a lieu souvent qu'après qu'on a chauffé la liqueur presque jusqu'à l'ébullition, ou que, sans y verser d'acide nitrique, on l'a fait traverser par un courant de gaz chlore, ou qu'on y a ajouté une quantité suffisante de brôme , ce qui toutefois n'est point aussi bon que l'oxydation par l'acide nitrique. Quand la quantité de l'oxyde ferreux est assez considérable, la liqueur, après qu'on y a ajouté de l'acide nitrique et qu'on Ta fait chauffer convenablement , devient noire et presque opaque , sans déposer de précipité; mais elle ne tarde pas à s'éclaircir, et alors on peut être convaincu que tout t'oxyde ferreux est converti en oxyde ferrique. La couleur noire de la liqueur tient à de l'oxyde nitrique , qui provient de la décomposition de l'acide nitrique, et qui est dissous par la dissolution de l'oxyde ferreux non encore décomposé.

Lorsqu'on n'a, dans une liqueur, que de l'oxyde ferrique seul à précipiter, on se sert pour cela d'ammoniaque. Ce réactif précipite complètement l'oxyde ferrique. Le précipité est d'un rouge-brunet très-volumineux. Il se resserre déjà un peu sur lui-même, comme celui de l'alumine, pendant qu'on le lave sur le filtre; mais lades-

siccation le réduit bien davantage encore, et, après avoir été rougi, il forme une niasse dure , vitreuse et d'un noir-brun. Lorsqu'on chauffe la liqueur après la précipitation , le précipité devient plus dense et plus foncé en couleur. Après la dessi cation, on le fait rougir, opération pendant laquelle il lui arrive souvent de décrépiter, ce qui fait qu'on doit mettre de la circonspection quand on commence à le calciner. La calcination sur une lampe à esprit de vin à double courant d'air ne lui enlève point d'oxygène, et l'on peut même brûler le filtre avec lui , sans qu'il s'en réduise la moindre parcelle, pourvu qu'on ait soin d'entretenir convenablement le courant d'air. En faisant rougir l'oxyde ferrique, on remarque parfois, mais pas toujours , un dégagement vif de lumière.

D'après le poids de l'oxyde ferrique , on calcule la quantité du fer, de l'oxyde ferreux ou de l'oxyde ferroso- ferrique, si le métal existait sous l'une de ces formes dans la combinaison qu'on a analysée.

L'oxyde ferrique peut aussi être précipité complètement parla potasse; mais il est alors difficile à laver, et il retient toujours un peu de potasse , d'où peut résulter un léger excès d'oxyde ferrique dans l'ana/yse. Par conséquent , lorsqu'on s'est servi de potasse pour précipiter l'oxyde ferrique, il faut redissoudre ce dernier encore humide dans de l'acide chlorhydrique , et le précipiter de nouveau par l'ammoniaque. L'oxyde ferrique est complètement précipité aussi par le carbonate potassique et par le carbonate ammoniacal, quand la dissolution ferrique est neutre ; si la liqueur est acide, le bicarbonate alcalin qui se forme retient en dissolution une frès-petile trace d'oxyde ferrique, dont on n'obtient la précipitation complète qu'en chauffant la liqueur pendant quelque temps.

Dans un très-grand nombre de cas, on précipite l'oxyde ferrique à l'état de sulfure de fer, pour le séparer ainsi d'autres substances. Quand laliqueur est acide, on la neutralise avec de l'ammoniaque, dont on peut mettre aussi un léger excès ; il résulte bien de là un précipité d'oxyde ferrique , mais sa manifestation ne nuit en rien. On ajoute ensuite du sulfhydrato ammonique, jusqu'à ce que tout l'oxyde ferrique soit converti en sulfure de fer, qui se dépose très- Jentement, sous la forme, d'un volumineux précipité noir. Lorsque IL 8

la liqueur qui surnage n'a plus qu'une teinte jaunâtre, duc à l'excès qu'on a mis de Bulfhydrate ammonique, un réunit de suite le sulfure de fer sur un filtre , et on le lave avec de l'eau à laquelle on a ajouté du sulfhydrate ammonique.

Souvent la liqueur reste encore leinte en vert après que le sulfure de fer s'est déposé ; c'est ce qui arrive surtout quand elle contient beaucoup de substances organiques, par exemple, de l'acide tarlrique. Cette coloration est due à du sulfure de fer très-divisé, qui reste en suspension dans le liquide, et qui fréquemment ne se dépose qu'au bout d'un long espace de temps. Si l'on filtre alors la liqueur, elle passe verte à travers le papier. Mais, dans ce cas, il suffit de chauffer doucement et pendant long-temps la liqucurcolorée en verî, sur le bain de sable, à l'abri du contact de l'air, avant delà filtrer; le sulfure de fer se dépose ainsi d'une manière complète, et le liquide n'a ensuite qu'une teinte jaunâtre.

Le sulfure do fer recueilli sur le filtre absorbe très-rapidement l'oxygène de l'air, et sa surface acquiert au bout d'un laps de temps assez court une cjuleur brune, rougeâtre, pâle, qui se communique peu à peu à toute la masse. Cette promptitude avec laquelle il s'oxyde fait qu'on ne peut pas se servir de son poids pour calculer la quantité de l'oxyde de fer, et qu'on est obligé de le convertir en oxyde ferrique. On le traite donc à peu près de la môme manière que le sulfure manganeux précipité. Tandis qu'il est encore humide, on le met dans un verre, avec le filtre, et l'on verse dessus de l'acide chlorbydrique, qui le dissout aisément, au milieu d'un dégagement de gaz sulfide hydrique : on chauffe le tout doucement , jusqu'à ce que l'odeur du sulfide hydrique se soit dissipée. On filtre alors la liqueur, on lave bien le filtre , on ajoute de l'acide nitrique à la liqueur filtrée , et on lachauffe. Le fer, qui se trouvait à l'état d'oxyde ferreux dans la dissolution , est converti par l'acide nitrique en oxyde ferrique, qu'on précipite ensuite au moyen de l'ammoniaque.

Le sulfure de fer, avec le filtre, ne doit point être traité immédiatement par l'eau régale , dans la vue de convertir sur-le-champ le fer qu'il contient en oxyde ferrique. Kn effet, l'action de l'eau régale sur certaines sortes de papiers donne naissance à des sub-

stances organiques qui pourraient s'opposer à ce qu'une partie de l'oxyde ferrique fût précipitée par l'ammoniaque.

Quand on précipite du sulfure de fer, peu importe , du reste , à quel degré d'oxydation le métal se trouve dans la liqueur. L'oxyde ferreux est précipité par le sulfhydrale ammonique avec les mômes phénomènes que l'oxyde ferrique.

Lorsqu'on rougit fortement le sulfure de fer qu'on a obtenu* qu'on n'interdit pas tout-à-fait l'accès de l'air, et qu'au contraire on le favorise autant que possible, celle seule opération suffit pour le convertir complèlemenl en oxyde ferrique. Cependant il faut pour cela une chaleur qu'on ne peut guère produire avec une lampe à esprit de vin à double courant d'air. On y parvient aisément en menant le sulfure de fer, avec le filtre, dans une petite capsule de p\aûne tarée, ou dans un creuset de platine, et le faisant ensuite rougir dans le moufle d'un petit fourneau d'essai. Mais si l'on ne s'est procuré qu'une petite quantité desulfure de fer, il suffit, pour convertir complètement celui-ci en oxyde ferrique, de le faire rougir, au contact de l'air, dans le creuset en platine.

Manière de séparer f oxyde ferrique de l'oxyde manganeux. — On emploie le procédé suivant pour séparer l'oxyde ferrique de l'oxyde manganeux : si les deux oxydes sont dissous dans un acide , par exemple dans de l'acide chlorhydrique , on ajoute du chlorure ammonique à la dissolution, surtout quand l'oxyde manganeux est fort abondant en proportion de l'oxyde ferrique , puis on la sature très-exactement avec de l'ammoniaque. Si la liqueur est fort acide, on n'a pas besoin d'y ajouter de chlorure ammonique, parce que la saturation avec l'ammoniaque produit une assez grande quantité de sel ammonique. La saturation avec l'ammoniaque est difficile à obtenir, surtout quand l'oxyde manganeux existe en grande proportion. Lorsque la liqueur est arrivée à un point assez voisin de la saturation, il n'y faut verser de l'alcali qu'avec précaution. Le mieux est alors de se servir d'une ammoniaque fort étendue d'eau , qu'on laisse tomber goutte à goutte dans la liqueur, jusqu'à ce que celle-ci soit devenue d'un rouge obscur très-foncé, ou jusqu'à ce qu'il se précipite un peu d'oxyde ferrique, qui ne se rcdissolve point par l'agitation. Cependant la liqueurqui surnage ce peu d'oxyde doit avoir une couleur rouge foncée, et tenir encore

G& M a ne H F. DE l/ANAtYSE QUANTITATIVE.

en dissolution la plus grande partie de l'oxyde ferrique. Si Ton a précipité la totalité de ce dernier par une addition trop considérable d'ammoniaque, on ajoute de nouveau, goutte à goutte, de l'acide chlorhydrique étendu de beaucoup d'eau, afin de redissoudre la plus grande partie de l'oxyde ferrique.

Puis on verse dans la liqueur la dissolution d'un succinate neutre, ce qui donne lieu à un abondant précipité brun-cannelle de succinate ferrique, qui est beaucoup plus volumineux que l'oxyde ferrique précipité par l'ammoniaque. Cependant la couleur du précipité n'est pas le brun-cannelle pur , lorsque l'oxyde ferrique a déjà été en partie précipité par l'ammoniaque. Toutes ces précautions sont nécessaires pour ne précipiter aucune tnce de manganèse. Lorsque, avant d'ajouter du succinate alcalin, on a précipité un peu d'oxyde ferrique , mais que la plus grande partie de cet oxyde se trouve encore dissoute et communique une couleur rouge à la liqueur, on peut être certain qu'aucune trace d'oxyde manganeux n'a été précipitée avec l'oxyde ferrique. Si, avant d'ajouter le succinate alcalin , la liqueur n'avait pas été convenablement saturée avec de l'ammoniaque, il pourrait arriver ensuite que des traces de succinate ferrique restassent en dissolution.

Lorsque l'oxyde ferrique doit être précipité , à l'état de succinate , d'une dissolution ferrique neutre, on conçoit que le succinate alcalin neutre peut Cire ajouté de suite à cette dernière. Cependant il vaut mieux ajouter une petite quantité d'ammoniaque à la dissolution ferrique, avant d'y verser le succinate alcalin. Après le refroidissement complet , on réunit le succinate ferrique sur un filtre, et on le lave avec de l'eau froide , car l'eau chaude le décompose souvent et dissout du sursuccinate ferrique. Il arrive aussi parfois à l'eau froide de dissoudre un peu de succinate ferrique pendant le lavage ; mais cela n'a lieu que quand la liqueur de laquelle ce dernier a été précipité était acide. Il est bon de chauffer un peu le tout, mais il faut le laisser complètement refroidir avant de procéder à la filtra tion.

On peut se servir, pour opérer celle précipitation, du succinate sodique cristallisé, qu'il est toujours possible d'obtenir à letat neutre. Cependant on emploie ordinairement le succinate ammonique neutre, et, dans un très-grand nombre de cas, celui-là est

le seul auquel on puisse avoir recours. Mais il no faut r>as se servir du succinate ammonique cristallisé, parce qu'il est acide. On se procure le sel dont on a besoin en saturant de l'ammoniaque éten ■ due avec de l'acide succinique.

Après que le succinate fer ri que a été lavé et séché, on le fait rougir. En le calcinant dans un creuset de platine, il faut avoir soin de placer un corps froid sur le creuset, afin d'entretenir un courant d air, qui empêche le carbone de l'acide succinique de réduire un peu d'oxyde ferrique. Lorsque le succinate ferrique est en petite quantité, on évite sans peine que la moindre trace d'oxyde ferrique se réduise pendant l'action de la chaleur; mais la chose est plus difficile quand on opère sur de grandes quantités de sel. Cependant, après avoir lavé le succinate ferrique , on peut lui enlever la plus grande partie de l'acide succinique en versant dessus de l'ammoniaque étendue , tandis qu'il est encore sur le filtre; Jalca/i s'empare d'une certaine quantité d'acide, ce qui diminue le volume du précipité et en rend la couleur plus foncée.

On sépare alors l'oxyde manganeux, de la liqueur obtenue, en filtrant le succinate ferrique. On précipite ce corps, à l'état de carbonate manganeux, par du carbonate potassique, ou bien on le transforme en sulfure manganeux. On conçoit que, dans ce dernier cas, l'oxyde ferrique a dû être précipité par du succinate ammonique, et non par du succinate sodique.

Cette méthode de séparer l'oxyde ferrique de l'oxyde manganeux ne présente aucune difficulté, quand la quantité de l'oxyde ferrique est très-considérable. Mais si cet oxyde est moins abondant, on a de la peine à neutraliser la liqueur avec l'ammoniaque, de lelFe sorte que la plus grande partie de l'oxyde ferrique reste encore dissoute, et qu'il ne s'en précipite qu'une faible portion; car il suffit souvent d'une goutte d'ammoniaque fort étendue pour le précipiter en totalité, s'il yen a fort peu. Les difficultés augmentent encore lorsqu'en même temps la quantité de l'oxyde manganeux est très-considérable ; car il peut fort bien arriver alors que de J'oxyde manganique se forme par absorption de l'oxygène atmosphérique et se précipite avec l'oxyde ferrique. Par conséquent, lorsqu'on a une petite quantité d'oxyde ferrique à séparer d'une très-grande quantité d'oxyde manganeux , le mieux est de procès

der comme il suit : On ajoute du chlorure ammonique à la liqueur, et l'on en précipite l'oxyde ferrique par le moyen de l'ammoniaque. Si la liqueur est fort acide , on n'a pas besoin d'y \erser de chlorure ammonique. On évite avec soin de meure un excès d'ammoniaque, et l'on filtre aussi rapidement que possible l'oxyde ferrique qui s'est précipité, aûn de prévenir l'oxydation de l'oxyde manganeux. L'oxyde ferrique ainsi précipité contient encore du manganèse ; on le dissout dans de l'acide chlorhydrique, et on le précipite ensuite de celte dissolution, à l'état de succinate ferrique, ce qui est très-facile, parce qu'alors la liqueur contient beaucoup d'oxyde ferrique et peu d'oxyde manganeux.

Suivant Hisinger, on peut très-bien substituer aux succinates alcalins les benzoaies, qui ne précipitent pas moins complètement l'oxyde ferrique. Dans ce cas, il faut observer les mêmes précautions que quand on précipite le fer à l'état de succinate ferrique. Autrefois, lorsque l'acide benzoîque coûtait moins que l'acide succinique, il y avait de l'avantage à l'employer pour opérer la précipitation de l'oxyde ferrique; mais aujourd'hui l'inverse a lieu relativement au prix des deux acides. Au reste, le précipité de benzoate ferrique est plus volumineux encore que celui de succinate, cl comme l'acide benzoîque contient beaucoup plus de carbone que l'acide succinique , on a plus à craindre encore, en calcinant le benzoate ferrique , qu'il se réduise un peu d'oxyde. Cependant le benzoate peut, de même que le succinate, être dépouillé par l'ammoniaque de la plus grande parlie de son acide.

Fuchs a proposé d'avoir recours, pour séparer j l'oxyde ferrique de l'oxyde manganeux , au carbonate calcique , qui ne précipite des dissolutions aucune trace de ce dernier , tandis qu'il précipite complètement l'autre. On dissout les deux oxydes dans de l'acide chlorhydrique. Si le manganèse se trouvait uni avec l'oxyde ferrique à l'état d'oxyde manganique, il est converti en chlorure manganique, lorsque la dissolution a lieu avec le secours de la chaleur. Si le fer existe à l'état d'oxyde ferreux , on opère la dissolution dans de l eau régale, pour le convertir en oxyde ferrique. Dans ces dissolutions, on cherche à éviter un grand excès d'acide. La dissolutiou achevée, on fait chauffer la liqueur, et l'on y ajoute peu à peu du carbonate calcique en pou*

drc. Le mieux est d'employer un carbonate calcique qu'on aura précipité , par le carbonate ammoniacal, d'une dissolution de chlorure calcique pur.

On continue d'ajouter du carbonate, en remuant la liqueur, jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus de bulles et que le carbonate soit en excès. Une condition de rigueur ici est d'éviter avec soin la chaleur. L'oxyde ferrique se précipite, avec l'excès de carbonate , sous la forme d'une poudre d'un brun clair. On le laisse se déposer, on le recueille sur un filtre, et on le lave avec de l'eau chaude ; puis , tout en le laissant sur le filtre, on verse dessus de l'acide chlorhydrique , on filtre la dissolution, et on en précipite l'oxyde ferrique par le moyen de l'ammoniaque. Le précipité doit être soigneusement garanti du contact de l'air, afin qu'il ne se produise pas de carbonate calcique.

Après que l'oxyde ferrique a été séparé par le carbonate calcique , on prend la liqueur filtrée , on l'introduit dans un flacon susceptible d'être bouché , et on en précipite l'oxyde manganeux, à l'aide du sulfhydrate ammonique , pour l'obtenir exempt de la chaux qui est dissoute dans le liquide (p. 60).

Cependant , cette méthode ne peut être employée , et n'est préférable à celle par Je succinate ammonique que dans des cas rares. On peut substituer le carbonate barytique au carbonate calcique, comme Fuchs l'a aussi proposé le premier, et ce réactif a de grands avantages, parce qu'il est plus facile d'éloigner la baryte que la chaux, au moyen de l'acide sulfurique. Le carbonate barytique s'emploie absolument de la même manière que le carbonate calcique; on le met aussi en excès , on filtre après un laps de temps qui ne soit pas trop long , et on évite avec soin de chauffer. L'oxyde ferrique se sépare avec l'excès de carbonate barytique, et l'oxyde manganeux reste dissous. Après la filtration , on traite le filtre par l'acide chlorhydrique, et quand le précipité est complètement dissous , on précipite la baryte au moyen de l'acide sulfurique étendu ; on ch;ui(Te la liqueur ; puis, quand le sulfate barytique s'est séparé , on précipite l'oxyde ferrique par l'ammoniaque. Si l'on a agi avec les précautions requises, il ne s'est précipité aucune trace d'oxyde manganeux. On verse également de lucide sulfurique étendu dans 1« liqueur, pour précipite;

72 MARCHE DE l/ANALYSE QUANTITATIVE.

la baryte dissoute, et, après la séparation du sulfate barytique, on précipite l'oxyde manganeux.

Dansées opérations, il est nécessaire qu'il n'y ait point d'acide sulfurique dans la dissolution qui contient l'oxyde ferrique et l'oxyde manganeux. 11 faut aussi que cette liqueur ne contienne ni acide phosphorique , ni acide arsenique.

11 y a des cas où ce mode de séparation par le carbonate barytique est préférable à celui par le succinate a m m on i que ; mais, la plupart du temps , ce dernier exige moins de temps , et mérite par conséquent la préférence.

Herschel qui , depuis long-temps déjà , s'est servi de cette méthode ou d'une autre analogue , pour séparer l'oxyde ferrique de plusieurs autres oxydes , évite le carbonate calcique et le carbonate barytique ; il emploie une méthode qui se fonde sur ce que l'oxyde ferrique des sels ferriques neutres ou un peu basiques est précipité des dissolutions de ces sels par l'ébullition , tandis que les autres oxydes, par exemple l'oxyde manganeux , demeurent dissous. La dissolution est saturée à froid avec une dissolution de carbonate ammoniacal , soit exactement , soit de manière qu'il commence à se montrer un léger précipité d'oxyde ferrique. On la fait alors bouillir, ce qui précipite l'oxyde ferrique , pendant que l'oxyde manganeux reste dissous.

Manière de séparer l'oxyde ferreux de l'oxyde manganeux. — On commence par convertir l'oxyde ferreux en oxyde ferrique , et l'on procède ensuite comme il vient d'être dit. La conversion s'opère à chaud , par l'eau régale , qui ne fait point passer l'oxyde manganeux à un degré plus élevé d'oxydation.

Manière de séparer t'oxyde ferrique de la zircone. — On sépare l'oxyde ferrique de la zircone par le procédé suivant : A la dissolution étendue de ces deux substances on ajoute une dissolution d'acide lartrique. Cet acide a la propriété, quand on le môle avec les dissolutions d'un grand nombre d'oxydes métalliques et de terres , d'empêcher ceux-ci d'être précipités par les alcalis : or, tel est le cas précisément de l'oxyde ferrique et de la zircone. Lors donc qu'à la dissolution de ces deux oxydes on a ajouté une quantité suffisante d'acide tartrique , l'ammoniaque qu'on y met ensuite en excès ne fait pas naître de précipité. On verse alors du sulfhydrale

ammonique, jusqu'à ce qu'il ne se produise plus de précipité noir. L'oxyde ferrique se trouve précipité par-là, à l'état de sulfure de fer, tandis que la zircone n'éprouve aucun changement. Lorsque le précipité s'est rassemblé complètement , et que la liqueur surnageante n'a plus qu'une couleur jaunâtre, on filtre sans délai ; si , au contraire, la liqueur reste verdàtre , on fait préalablement digérer le tout à une très-douce chaleur, et à l'abri du contact de l'air, jusqu'à ce que le liquide ait pris une teinte jaunâtre. On lave rapidement le sulfure de fer avec de l'eau à laquelle on a ajouté du sulfhydrate ammonique, et on le convertit en oxyde ferrique par les moyens qui ont été indiqués plus haut ( p. 66 ).

La liqueur séparée du sulfure de fer par la filtralion est évaporée jusqu'à siccité , et l'on fait rougir le résidu sec dans un

de platine taré, au contact de l'air, jusqu'à ce qu'il soit devenu blanc. Ce résultat est cependant un peu difficile à obtenir quand on agit sur une assez grande quantité de masse sèche, parce que le carbone de l'acide tarlrique a de la peine à brûler complètement. Sa combustion s'opère néanmoins d'une manière assez facile , quand on met la masse sèche dans une petite capsule de platine tarée, et qu'on introduit celle-ci dans le moufle d'un pei/l fourneau d'essai échauffé. On pèse ensuite la zircone qu'on a obtenue. Si l'acide tartrique contient des substances étrangères fixes, par exemple de la chaux , on les trouve , après l'expérience, avec la zircone.

Berthier a proposé une autre méthode pour séparer la zircone, dans les dissolutions , des oxydes du fer. On sature la dissolution dans l'acide chlorhydrique avec du gaz sulfide hydrique, par lequel on la fait traverser, puis on y ajoute de l'ammoniaque en excès, ce qui précipite la zircone, conjointement avec le sulfure de fer produit. On laisse le précipité se rassembler, à l'abri du contact de l'air; on décante autant que possible le liquide qui surnage , et qui contient du sulfhydrate ammonique , puis on ajoute immédiatement à ce précipité assez d'une dissolution aqueuse d'acide sulfureux , pour que celui-ci se donne à connaître par son odeur. Le sulfure de fer se trouve converti par-là en hyposulfile ferreux, qui se dissout, tandis que la zircone reste, avec une couleur blanche. On recueille celle dernière sur un filtre , on

74 MARCHE DE l'aNALTSE QUANTITATIVE.

la lave, et on en détermine le poids. Quant à la liqueur qui en a élé séparée par la fillralion, après l'avoir oxydée par l'acide nitrique , on détermine comme oxyde ferrique le fer qu'elle contient.

Si l'acide sulfureux mis en excès avait dissous des traces de zircone, on les séparerait complètement en chauffant la liqueur jusqu'à l'ébullition.

Manière de séparer Coxyde ferrique de* oxydes du cârium. — On sépare l'oxyde ferrique des oxydes du céritim, au moyen du sulfate potassique, en suivant la marche qui a élé tracée (p. 50) pour séparer ces oxydes de l'ytlria.

Manière de séparer Coxyde ferrique de l'yttria. — L'oxyde ferrique peut être séparé de l'y t tria par le mémo procédé dont on se sert pour le séparer do la zircone. Cependant on s'y prend ordinairement do la manière suivante : On sature la dissolution des deux substances avec de l'ammoniaque , puis on précipite l'oxyde ferrique à l'aide du succinateammonique, et l'on précipite l'ytlria de la liqueur séparée du succinate ferrique par la filtralion, en y ajoutant davantage d'ammoniaque. Mais il est à remarquer que la dissolution doit eire étendue, qu'après la précipitation de l'oxyde ferrique par le succinate ammonique on doit chauffer le tout , et que le précipité d'oxyde ferrique doit être recueilli sur un filtre aussitôt après le refroidissement ; car le succinate yltrique, quoique peu soluble , ne se précipite pas de suite, mais seulement au bout de quelque temps, dans les dissolutions concentrées. Cependant, une fois précipité, il se dissout difficilement dans l'eau froide, mais l'eau chaude le dissout avec plus de fan lité.

Manière de séparer C oxyde ferrique de la thorine. — Cette séparation s'effectue par le sulfate potassique, au moyen duquel on sépare la thorine, de la manière qui a été indiquée p. 47.

Manière de séparer l'oxyde ferrique de la glucine et de l alumine. — C'est par la potasse qu'on sépare l'oxyde ferrique de la glucine et de l'alumine. La dissolution est réduite jusqu'à un assez petit volume par l 'évapora lion , puis on la mêle, dans une capsule de porcelaine ou mieux de platine , avec une dissolution de potasse pure ; on chauffe ensuite, ou on fait bouillir légèrement. Tout est d'abord précipité par-là; mais, quand on a mis une suflisante quantité de potasse , l'alumine et la glucine se redissolvent. À

mesure que la dissolution de ces deux terre9 s'effectue , le précipité non dissous, qui finit par n'être plus composé que d'oxyde ferrique, devient d'un brun foncé. On filtre alors, et on lave l'oxyde ferrique ; puis, prenant la liqueur qui a été séparée par la fiHration , on la sursature d'abord avec de l'acide chlorhydrique, puis on en précipite l'alumine par le carbonate ammoniacal , la glucine par l'ammoniaque pure. Si les deux terres s'y trouvent en même temps, on les sépare Tune de l'autre par le procédé qui a été indiqué p. 45. Dans une analyse rigoureuse, on dissout l'oxyde ferrique au moyen de l'acide chlorhydrique, et on le précipite par l'ammoniaque.

Cette méthode a seulement cela de désagréable qu'un chimiste peu exercé ne peut pas savoir s'il a été ajouté une quantité convenable de potasse à la liqueur contenant l'oxyde ferrique avec la glucine ou l'alumine , car la couleur brune foncée de l'oxyde ferrique non dissous peut le tromper. Ce n'est qu'après avoir séparé ce dernier de la glucine et de l'alumine dissoute dans la potasse qu'on peut se convaincre qu'il a été employé une su (lisante quantité de potasse; pour cela, on laisse tomber une goutte d'acide chlorhydrique dans la liqueur. S'il se forme un petit nuage, dû à de l'alumine ou à de la glucine mise en liberté, mais que ce nuage disparaisse par l'agitation, il y avait excès de potasse. Cependant on ne peut pas trop compter non plus sur cette épreuve, quand la quantité d'alumine ou de glucine combinée avec l'oxyde ferrique est très-faible.

Manière de iéparer toxyde ferritfue de la magnétie. — On sépare la magnésie de l'oxyde ferrique par le même procédé à peu près que celui qui sert à la séparer de l'oxyde mangancux. On ajoute d'abord du chlorure ammonique, puis de l'ammoniaque en excès, à la dissolution de la magnésie et de l'oxyde ferrique. Si la dissolution est acide , l'addition du chlorure ammonique devient inutile. L'ammoniaque précipite toujours, avec l'oxyde ferrique, une petite quantité de magnésie, même lorsqu'on a ajouté beaucoup de chlorure ammonique. Le précipitéest dissous dans de l'acide chlorhydrique , après quoi on sature exactement la liqueur avec de l'ammoniaque, et on la précipite au moyen d'un succinate alcalin neutre, en observant les précautions qui ont été détaillées plm

haut (p. 68). La liqueur séparée du succinate ferrique par la filtra lion , et qui contient une petite quantité de magnésie , est mêlée avec celle qui résulte de la fillration du précipité d'oxyde ferrique produit par l'ammoniaque , et qui renferme la plus grande partie de la magnésie. On précipite ensuite la magnésie de la liqueur, dans laquelle se trouve alors réunie la totalité de cette terre.

11 va sans dire que quand la quantité de l'oxyde ferrique n'est pas trop faible, en comparaison de celle de la magnésie , on sature immédiatement la dissolution des deux bases avec de l'ammoniaque , et Ton précipite l'oxyde ferrique, à l'état de succinate, par le moyen d'un succinate alcalin. La méthode qui vient d'être indiquée ne se rapporte qu'au cas où la quantité de la magnésie est fort grande, et celle de l'oxyde ferrique très-faible.

Suivant Fuchs, la magnésie peut, comme l'oxyde manganeux, être séparée de l'oxyde ferrique par le moyen du carbonate ca Ici que ou barytique (p. 71).

Manière de séparer l'oxyde ferrique de ta chaux et de la strontiane. — On sépare l'oxyde ferrique de la chaux et de la strontiane par l'ammoniaque, qui ne précipite point les deux terres; celles-ci sont ensuite séparées du précipité d'oxyde ferrique par la filtrat ion, après quoi on les extrait de la liqueur filtrée. Il faut avoir soin ici de filtrer et laver rapidement le précipité d'oxyde ferrique, et, pendant la fillration , d'éviter autant que possible le contact de l'air, parce que , sans ces précautions, l'oxyde pourrait contenir du carbonate calcique ou strontianique. Du reste, après avoir fait rougir et pesé l'oxyde ferrique , il faut s'assurer de la présence ou de l'absence des carbonates terreux , par les moyens qui ont été indiqués à l'article de l'alumine (p. 41).

Manière de séparer l'oxyde ferrique de la baryte.— On sépare l'oxyde ferrique de la baryte par l'acide sulfurique , et on le précipite avec l'ammoniaque de la liqueur obtenue, en recueillant le sulfate barytique sur un filtre.

Manière de séparer C oxyde ferrique des alcalis, — C'est par l'ammoniaque qu'on sépare l'oxyde ferrique des alcalis fixes. Les alcalis sont contenus dans la liqueur filtrée ; on les obtient en évaporant celle dernière jusqu'à siccilé, cl faisant rougir le résidu sec.

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