‹ Traité pratique d'anatomie médico-chirurgicaleChapitre 15 sur 122 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

« La plupart des anatomistes nous donnent les faits tout nus, peu soucieux » de leurs significations pratiques ; et s'il faut le dire, précisément parce » qu'ils se bornent à voir sans raisonner, à décrire sans appliquer, très flré^

• quemment leurs descriptions sont inexactes ou incomplètes : dans les » limites de notre sujet, ce n'est nullement un paradoxe d'affirmer que les

• anatomistes de profession ne possèdent que très imparfiiitement l'anatomie. » (Malgaigni, préface du Traité d'anotomie chirurgicale,)

Si j'ai rapporté textuellement ces paroles de M. Malgaigne, c'est qu'il est encore bon nombre d'hommes distingués pénétrés de cette idée que l'anatomie dite chirurgicale est une inutilité, et qui pensent que l'anatomie descriptive, telle qu'elle est exposée dans les traités aujourd'hui entre les mains des élèves, est tout à fait suffisante pour former des médecins et des chirurgiens.

Marquer les différences qui séparent ces deux modes d'investigation, définir leur but afin de prouver que tous deux sont indispensables à une éducation médicale complète, ne me parait donc pas chose inutile.

Pour simplifier l'étude des divers éléments qui concourent à former l'organisation, os, articulations, muscles, vaisseaux et nerfs, l'anatomie descriptive est obligée de les isoler pour les suivre dans chacun de nos <»rganes ; elle s'occupe donc bien plus de séparer que de réunir, de décomposer que de synthétiser. De plus, c'est à peine si elle s'attache aux dispositions topographiques ; et, quant aux rapports, lorsqu'elle les signale, ils sont tellement dénaturés par le mode de préparation nécessaire à la clarté de la démonstration, qu'envisagés de cette manière, ils sont plus propres à induire en erreur qu'à préparer utilement à l'étude de la médecine opératoire ou de la pathologie.

IVlll PRÊFilCE 1>K LA PBIMlfcBK ÉDITION.

Prenons pour excmpio la partie qui traite de l'angiologie. Pour di.ss(';«|uer les artères et dc^gager les branches qui en naissent, on enlève soigneusement le tissu cellulaire au milieu duquel elles sont plongées, on dé{Niui11e k« muscles de leurs gaines aponévroti(|ues, et, afin de pouvoir pénétrer dans la profondeur des parties, on écarte, on tiraille, soit avec les doigts, soit avec les érignes, tous les tissus avoisinants ; souvent même on divise les os. Puis, quand la préparation est, comme on le dit, achevée^ on rapproche, on replace les artères, les nerfs, les muscles et les os, et c'est alors seulement qu on étudie les rapports. Mais la forme des muscles est tellement altérée, leurs connexions avec les troncs artériels et nerveux sont tellement changées, que les notions approximatives ainsi acquises se trouvent en désaccord formel avec les rapports réels.

Consultez les traités d'anatomie descriptive, tous s'accordent à dire que les artères carotides externe et interne à leur origine, situées en dedans du muscle steruo-mastoîdien , sont recouvertes seulement par la peau ; prenei un bistouri, et suivant ces indications cherchez ces artères en avant du relief de ce faisceau musculaire, vous tomberez infailliblement à un bon centimètre en avant de ces vaisseaux. C'est qu'en effet le muscle stemomastoidien est maintenu très rapproché de l'angle maxillaire par une expansion aponévrotique que la nécessité de la dissection fait disparaître, 6l pendant la vie, aûisi que j'ai eu l'occasion de m'en assurer tout récem* ment ^core, son bord antérieur recouvre complètement les deux carotides k leur naissance.

Voici un autre exemple qui mettra bien mieux encore dans tout son jour ce qu'offre d'incomplet ce mode d'investigation. Les membres supérieurs et inférieurs, particulièrement le pied et la main, pris dans leur ensemble et eu égard aux fonctions qu'ils remplissent, peuvent être considérés comme des organes moins compliqués, il est vrai, que ceux qu'on rencontre dans les cavités splanchniques, mais plus intéressants peut-être pour le chirurgien, à cause des opérations dont ils sont si souvent le théâtre. Ouvrez les li\Tes d'anatomie descriptive, vous y trouverez sans doute la description des os de la main et du pied, des articulations de la main et du pied, des muscles de la main et du pied, des artères de la main et du pied, etc., mais c'est en vain que vous y chercherez celle du pied ou de la main envisagés dans leur ensembla Que de considérations du plus liaut intérêt pratique surgissent cependant de cette étude, qui ne peuvent trouver place dans les descriptions isolées des divers éléments qui les comix)sent !

Quelquefois, il est vrai, quittant cette métliode aride et purement contemplative, Tanatomie descriptive, abordant Thistoire des viscères, s'occupe

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imti viui iMir|irttMlr« fe» diiniridaB* ! il fiiilMl fe nellni a l'axiTie oonmae û mu o'«lil «U; Un ukf ok «uj^i, «l crubr , puur lôofi dinr, «k Ufutm yièom une atfwiUitiée ëfâBeiate tUs oAUs nai^i. Pour luuckr lai dcMTi|iliufi de lew^Miiiair fétmrmii^mêtkimnff 'lUmii^um u'a-l»il pu» elé ulilig6 de luUer de toute mio éuergie eouiM le» erreur» iiou euojm euia|iielefiJ«Dt détruite», qu'avait eiinidutt» dau» fa» eftfiriU c»Ue de|4anibâe uiellMidede diiM^clioii qui ouu»i>te, pour niieui fiarer la preparaliou, a ne guère raapeder que le» vai^Maux, Us nerfe ei fa«u«u»cie»?

tiuoM II aiiie |Nu croire, d'ailleui», avec quelque» e»prit» preveuub, que rauaUniiiM clitrurgicale m: faoïue a nueui preta^er le» rapport» et k» ouuueftiou» de» diver» orgauii» eiitie eux, a le» étudier coudie par coucfae et topograpiiiquetiieiu ; dlcauic4>ie |x>ur but, et pour but pnucipal, de coudeuser toute» le» preiaeuae» uotioii» eleweutaire» l'ouruie» par rauatomie deticriptive, de Um preuwer, de le» tecouder, de le» élever eiUiu à la bauteur de» cuiuiai»- MUiea» rai»ouuâ«» pour le& taira servir d iutroductiou a l'étude de Li pattiolo|pe uiÀdlco-ebirurgiflale. Tel e»t le vérîUible rùle de cette auatoiuie que j'appellerai médieu't'hiruryicaii, |mrce qu'elle e»t uou 'moins iudi»peu»able à ceux qui se deitiuuiit à lu pratique de la iiiiklcciiie qu'à ceux qui veulent se livrer exclusivauuint a la chirurgie.

li'aprè» ce qui prHC4Nle, ou comprendra san» peine que, pour rempUr la tAche que je me »uift lm|Kisce, il ne m'a pa» suili de m adresser à l'auatomie normale, et qu'il m'a lallu taire souvent appel a ranatomie pathologique, mais surtout à la physiologie et à l'observation clinique. J'ai largement puisé A ees deux dernières sources, sans oublier cependant qu'elles ne devaient jamais intervenir qu'accessoirement, soit connue adjuvant nécessaira pour la solution d'un problème donné, soit comme conlirmation du précepte pose.

Voici l'oniiH) tjue j'ai suivi.

A lexemple de MAI. Velpeau et Malgaigno, j'ai traité successivement de ranatomie gênénile el de ranatomie par régions.

J'ai envisagé l'anatomie générale exclusivement au point de vue de sea appUcaUuns à la i^adiologie, négligeant à dessein, ou me bornant à men- Ikomer les faits purement scientiliques, tout en reconnaissant, je m'empn«se de le dire, rimportance qui s'y rattache à d'autres tiUres. Mais j'ai pensé que les connaissances anatomiques ayant des rapports inunédials et vlirtvts avec la patliulogie devaient seules trouver place dans un hvre qui a ete rédigé pour des médecins et qui doit être regardé comme aM InA «I^HHMi MM ks études purement spéculatives et Tapplicatioo. CM 4b% lÉik ^M ja B*ai uaé qœ sobremoit des données microsco-

PltlâOB DE tk PHlmilM ÊOlTléIf. f^i

iw|ues, qui jusqa'id ont benaooup plus pi'omis qu'elles n'ont tenu. J'af d^iilleura depuis longtemps aequis Tinlinie Gonviotlon que Timportance exagérée accordée, aujourd'hui surtout, k ce mode d'investigation anatomique qu'on semble placer au-dessus de tous les autres, fkusse l'esprit des élèves en leur faisant abandonner Tanatomie qu'on voit, l'anaton^ie qui seule les guidera dans la pratique de leur art, pour celle qu'ils ne voient pas, qu'ils apprennent de mémoire, et qu'ils auront souvent oubliée avant même d'avoir quitté les bancs de l'école.

Dans la partie qui traite de l'anatomic par régions, je me suis attaché à séparer les faits anatomiques des déductions pratiques, de manière que Texamen cadavérique ne fdt pas interrompu par des considérations qui auraient beaucoup perdu de leur intérêt à être ainsi morcelées, et ne peuvent réell^nent, d'ailleurs, être bien comprises qu'après une étude complète et approfondie de la région tout entière.

Après avoir délimité la région, j'étudie ses formes extérieures qui fournissent à la pathologie, et principalement à la médecine opératoire, tant et de à précieuses indications; puis, procédant par ordre de superposition, j'examine les divers plans des parties superficielles aux parties profondes, en insistant sur les plus importants. Les vaisseaux et nerfs viennent ensuite, et font l'objet d'un paragraphe spécial.

Enfin, dans un chapitre distinct, je me livre aux considérations physiologiques, opératoires et pathologiques, qui découlent de l'exposé ana-

tomique.

Tout en donnant aux membranes fibreuses, aux aponévroses, l'importance qu'elles méritent réellement, j'ai cherché à éviter l'exagération, bien naturelle d'ailleurs, qu'on a reprochée avec tant de raison à ceux qui, les premiers, ont attiré sur elles l'attention des chirurgiens.

Pour la partie théorique, j'ai beaucoup emprunté aux ouvrages de Blandin, de MM. Velpeau et Malgaigne ; mais c'est sur le cadavre qu'ont été faites toutes les descriptions : elles sont le résumé des cours que pendant six années j'ai professés à l'école pratique en ma qualité de prosecleur chargé d'un enseignement quotidien. Depuis j'y ai ajouté des considérations pratiques puisées dans les services des grands hôpitaux dont j'ai

été chargé.

Qu'il me soit permis de remercier publiquement les deux maîtres auxquels j'ai été plus spécialement attaché dès le début de ma carrière médicale, MM. les professeurs Velpeau et P.-H. Bérard, dans l'enseignement desquels j'ai puisé les principes de chirurgie et de physiologie qui occupent une si large place dans ce traita Qu'ils soient assurés que les

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bonnes traditions ne sont pas tout à fait perdues, et qu'il est encore dans notre génération des élevés dévoués qui ooqservent, pour ceux qui les ont initiés aux difficultés de notre art et les ont aidés de leurs conseils, ces sentiments de vénération et de reconnaissance qui ont fiiit l'honneur de nos devanciers.

DMTONIE MÉDIGOCHIRIIRGICALE

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