DU SYSTÈME CARTILAGINEUX
M quaniDte-neuvîèine joar une cicatrice déjà assez solide , et présentant det Bbret (pi'il a fait dessiner ^ mais J. Dœmer, qui avait multiplié ces mômes expérimentations, a constamment obtenu des résultats négatifs, et je suis étonné que M. Broca, qui rejette ces faits parce que, dit-il, les autopsies |ont été faites après trente jours seule* ment, n*ail pas connu ceux que j'ai publiés en 1844 (1), auxquels il n'aurait pu faire le même reproche, puisque les animaux n*ont été sacrifiés que trois mois après les perles de sabstance pratiquées aux cartilages. Je n*ai jamais rien vu dans ces cas qui noonçât que la nature eût fait le moindre effort pour réparer la plaie; le cartilage était coupé comme un ongle qu'on vient de rogner et sans trace aucune de cicatrisaiioiL
C'est donc là une question encore loin d'être jugée ; et quoique les faits de M. Red* fera obligent à la réserve, et que l'on puisse à la rigueur concevoir que, quelque iâtk que soit la vitalité des cartilages, ils puissent travailler cependant à réparer leurs pertes de substance, il n'en reste pas moins démontré que tel n'est point le cas ordi- Miie.et que cette cicatrisation, si tant est qu'elle a lieu lorsque le tissu cartilagineux oft ml Intéressé, est un fait au moins très rare et très insolite.
Quant à TosnTication des cartilages articulaires, elle est plus difficile encore à admettre que la cicatrisation ; s'ils étaient en effet susceptibles de s'ossifier, on trouverait des 'vaisseaux dans leur substance comme dans celle des cartilages d'ossification iQKpieb on tend à les assimiler, tantôt avant, tantôt en même temps, ou bien encore pea après la déposition des sels calcaires, puisque nous avons vu, lorsqu'il a été de la formation des os (2), que c'est ainsi qu'apparaissent les artères. Or jV<yt que personne, Jusqu'à présent, n'y avait démontré ces vaisseaux. M. Broca, cipeftdaot, a présenté à la Société anatomique une pièce (^) qu'il a prétendu démon* Irar Tossiication des cartilages diarthrodianx. Selon cet anatomisle, on voyait dis* tiactenient à rœil nu, sur la lame cartilagineuse qui recouvrait la tête d'un humérus malade d'aHleurs, de petites taches jaunâtres qui, soumises à l'analyse microscopique, pinreat formées de cavités cartilagineuses unies par des lignes noirâtres. En ajoutant une goutte d'acide chlorhydrique, on crut, après quelque temps, voir une efferresceoce légère, et la préparation, lavée, redevint transparente; mais de vaisseaux, poÎBt; maïs de canalicules, point; seulement quelques trous de loin en loin qui pour^ m'efit bien, est-it dit dans l'observation, être l'analogue des canalicules. M. Robin, aiqncl on montra la pièce, fut d'accord avec M. Broca i)our déclarer que c'était lieo là une ossification du cartilage.
Mais en admettant, ce qui est loin d'être mis hors de doute par la description qs'on vient de lire, que ces traces noirâtres soient l'annonce de la déposition de sels calcnres, et que ces trtms soient l'analogue des canalicules, serait-on autorisé à dïi-e qu'il y avait réellement ossification? Cela n'est pas admissible, et il y a tout un onnde entre cet état et l'ossification proprement dite. J'ai consulté plusieurs fois H Robin «or ces concrétions ossiformes qu'on trouve dans l'épaisseur des synoviales malad€s,«€t il m'a toujours répondu qu'il pensait qu'en raison de l'absence des ostéoplastes, on devait les considérer comme de simj^es dépôts calcaires. Comment donc se Ciit il que le même anatomiste veuille donner les lignes sombres ci -dessus
()) Thèse iuaugurale. Paris, mars 184i.
(2) Page 61.
(3) Bulletins de la Société anatomique, 1851, p. 167-168.
su ANATOMIE GÉNÉRALE MÊDICO-CHIRURGIGALE.
décrites dans les cartilages comme la preuve d'une ossification? Quant à moi, je pense avec tous ceux qui ne se contentent pas seulement de rapprochements ingénieux, que ce fait est complètement insuffisant, et que rossification des caililages articulaires reste encore à démontrer.
On remarquera d'ailleurs que ces faits de cicatrisation et d'ossification des cartilages, fussent-ils aussi clairement prouvés qu'ils sont loin de l'être, n'établiraient pas encore que ces organes puissent devenir le siège d'altérations nées primitivement dans leur tissu, et n'apporteraient aucune modification à la théorie de leur nutrition parasitaire telle que je l'ai développée précédemment, et de laquelle découlent des conséquences pratiques importantes.
Je suis entré dans des détails minutieux peut-être, mais c'est qu'il m'a paru utile de prémunir les élèves contre cette tendance? à faire du microscope l'arbitre suprême de l'anatomic et de la pathologie. J'ai voulu leur signaler l'écueil, et tout en reconnaissant les services que peut rendre cet instrument, leur montrer que robservation directe à l'œil nu aidée du raisonnement, suffit dans beaucoup de cas pour remonter à la source des phénomènes et expliquer rationnellement les altérationa morbides. Si l'on veut ne pas déprécier les études microscopiques et leur conserver l'influence légitime qu'elles doivent avoir, il faut se maintenir dans de justes limites et éviter surtout les exagérations, qui gâtent les meilleures causes. '
Les cartilages, par cela même qu'ils ne |)ossèdent point de vaisseaux, résistent i l'envahissement des dégénérescences morbides qui atteignent tous les autres fissusu c'est ainsi qu'on les retrouve intacts au milieu des cancers les plus aTancés, defl inflammations les plus violentes, lorsque ces dernières n'existent pas depuis un temps assez long pour les couvrir de fausses membranes vasculaires qui exercent sur eox une active résorption. C'est là une circonstance heureuse et que le chirurgien doit mettre à profit : ainsi il faut savoir que dans le cancer qui débute par les os, b diaphyse, et même l'extrémité épiphysaire, |)euvent être complètement détruites sans que l'articulation , protégée par la lame cartilagineuse, participe elle-même à la maladie, ce qui permet de tenter avec chance de succès une désarticulation que l'on n'eût pas osé entreprendre sans la connaissance de cette disposition.
Après les amputations dans la contiguïté des membres, on a proposé de niginer, d'enlever les cartilages. C'est là une mauvaise pratique ; ils ne nuisent eo aucune façon à la réunion Immédiate, et plus tard, si Ton examine le moignon après cicatrice, on ne les retrouve plus, ils ont été absorbés.
Leur usage est de protéger par leur élasticité les extrémités osseuses contre les chocs trop rudes, surtout contre les frottements, il ne faudrait pas croire cependant qu'ils sont indispensables; car on rencontre quelquefois des malades chez lesqaeb ib ont disparu, et dont les os sont lisses et polis par le frottement comme des bilki d'ivoire; mais il faut convenir qu'alors les mouvements sont difficiles et accompagnés d'un bruit sec et désagréable. On a dit avoir vu leur absence engendrer quelquefois une ostéite sourde entraînant la perte de la lamelle compacte qui ferme les extrémités osseuses, et par suite l'aukylose vraie ou par fusion (1).
£sl-il possible que, dans une chute, une |)ortion du cartilage puisse se détacberf rester flottante dans rarticulation, et devenir Torlgine de ces corps mobiles dits corps
(1) Voyez ma thèse du coucours pour le professoral : Des procédés opératoires appUcabiesà Vankylosc, Paris, 1850.