DES APONÉVROSES IW COU
Ooire ks muscles déjà signalés, et auxquels elle forme une gaîne complèic, on trouve encore dans son épaisseur, à sa partie moyenne, les plexus veineux thyroïdiens, les veines jugulaires antérieures, et un peu plus en dehors, elle reçoit, dans un aulrc dédoublement, les veines jugulaires interne et externe à leur embouchure dans la sous-davière.
En résumé, son bord inférieur irrégulier s*insère à la face fiostérieurc du sternum ci de la clavicule, embrassant dans une expansion les troncs veineux brachioeéphaliques et les veines sous-ciavières jusqu'au creux axillaire. Son bord supérieur, très régulier, formé par les muscles omo-hyoïdiens, représente une concavité dirigée en hant et en dehors, concavité qui peut s'eiïacer lorsque ces pctils muscles se contradent; enfin, son sommet est fixé h Tos hyoïde, dont je dois faire remarquer reztrême mobilité.
Il résulte de cette description que celle aponévrose ne peut être en aucune façon
comparée à celle des membres dont les fibres resplendissantes et entrecroisées forment
une trame solide destinée à contenir des nmscles vigoureux pendant leur contraction,
et qu'elle doit être considérée comme une membrane à feuillets multiples, séparés
par des muscles, dans récarlement desquels sont reçues des veines nombreuses,
présentant là des caractères qu'on ne retrouve que dans quelques autres points de
récouomie. Si, en effet, on incise ces vaisseaux, leurs parois, au lieu de s'aflaisser,
testent béantes comme celles des sinus de la dure-mère ou des veines du bassin, ce
qû tient à leurs adhérences aux divers feuillets dont elle se compose et qui demeurent
liparés lorsque la membrane est tendue.
Par quel mécanisme s'effectue cette tension? Quel peut être son but? Loi-squ'on
oamineles insertions et la direction du muscle omo-hyoïdien, on acquiert prompte-
Beat la conviction que c'est à lui qu'est spécialement dévolue cette fonction. Dire,
m eflet, avec la plupart des auteurs, qu'il est élévateur de l'épaule, n'est pas soute-
naUe; et quant à cette opinion, plus plausible en apparence, qui en fait un abaisseur
de l'os hyoïde, il suffit, |K)ur la ruiner, de faire observer que si tel devait être son
Usage, ou ne voit pas pourquoi la nature ne l'eût pas fait insérer directement à la
davicule ou au sternum, plutôt que sur le bord coracoïdien du scapulum, où il vient
ne rendre en décrivant une courbe qui change complètement sa direction et lui fait
perdre toute action directe sur cet os hyoïde.
Déjà Sœmmering semble avoir entrevu son action lorsqu'il dit que ce muscle, qn'il regarde comme un abaisseur de l'hyoïde, peut, lorsque ses deux points d'insertion an squelette sont maintenus fixes, devenir tenseur de l'aponévrose cervicale ; nais il ne considère cette action que conmie accessoire et ne semble y attacher, d'idleurs, aucune importance. Je pense, au contraire, que c'est là sa principale, je dirais volontiers son unique fonction, celle pour laquelle il existe. Lorsque ces deux muscles se contractent simultanément, eu redressant leur courbure ils tendent toutes ks lames aponévrotiques comprises entre eux, les clavicules et le sternum, et par suite, les parois des gros troncs veineux juxta- thoraciques auxquelles ils adhèrent se trouvent écartées et maintenues dans un état de dilatation qui dure autant que la coQtraction de cet appareil musculo-aponévrotique.
II importe d'ajouter que cette fonction de maintenir écartées les parois veineuses io moyen de cet artifice d'adhérence aux lames fibreuses ne semble pas exclusi>ement confiée aux deux muscles omo-hyoïdiens, et que d'autres, tels que les sternomastoidiens, hyoïdiens et thyroïdiens y concourent activement Ces derniers, en
cfTct, soutèvont lors do leurs coiUractions la |)ariie moyenne do l'aiioii^vrose, d^a. chenl les feuillels superficiels des profonds, et séparent ainsi les parois dos moines jugulaires et du plexus thymîdien qui eussent échappé aux tractions verticales des oino- hyoïdiens. Enfin, la mobilité de Tos hyoïde permet de supposer qu'il n'est pis étranger à celte tension.
On pourrait objecter peut-Otre que la structure de Taponévrosc omo-claviculfeire nVst pas en rap|)ort, comme résistance, avec des fonctions aussi importantes ; ce serait une erreur. Si elle eût été constituée par des fibres aussi denses, au8>i complètement inextensibles que celles des aponévroses engainantes des muscle^), au lieu de présenter cette textme lamelleuse (|ui, tout en offrant une certaine densité, n*e\rhi pas Télasticité, elle eiU trop résisté h l'action de ses muscles tenseurs, et de plusse serait opposée aux libres mouvements de la tète \ers la |K>itrine, et en parlicolifr b Textension du cou.
J/aponévrose omo-claviculaire ainsi comprise est donc constituée par les feuillrt! profonds de Taponévrose cervicale des auteurs, de Blandin, de M. Velpeau, de M. Froriep (1), de M. Malgaigne, de M, Denonvilliers et de M. I>egrusse (2). Scukment, ces auleui*s décrivent ces feuillets comme se continuant au delà du muscle omo-byoïdien dans les régions claviculaires et mastoïdiennes, tandis qu1l m'a toujours paru qu'au delà du bord supérieur des omo-hyoïdiens, il n*e\islait le plus son* ^ent rien autre chose qu'une lamelle très mince, qui se perdait bientôt dans le tisn cellulaire ambiant et ne |you\ait mériter le nom d'aponévrose. Quelle que soit d'ailleurs ro{>ini()n que Ton s(* forme relativement à cette contiimation, cela ne rliaage rien h la question physiologique sur laquelle j'insisterai bientôt.
Au-d(>ssous de c<\s lames fibro-cclluleuses dont l'ensemble constitue l'aponéfrofe omo>cla\iculaire, on rencontre la trachée et l'œsophage sur la ligne médiane, et, de chaque coté, les vaisseaux et nerfs. La plupart des auteurs ont décrit au devant de ces organes un feuillet apouévrotique qui, descendant du bord inférieur du cartHaiïe thyroïde, envelopperait dans un dédoublement la glande de ce nom ; inférieuremeot, suivant (lodinan et M. Velpeau, il se prolongerait en suivant la trachée el les vais* seaux jusque sur le péricarde, tandis que sur les cotés il s'insérerait à la base da tubercules des apophyses Iransverses.
Ce que j'ai vu dans mes dissections se rapproche beaucoup de celte descriptioB; seulement, je crois qu'il n'est guère possible de donner le nom d'aponévrose II ws Iractus fibro-celluleux mal liés entre eux qui enveloppent tous ces organes, lesrtonissent (*n même temps qu'ils les séparent, et vont ainsi se prolongeant de proche en proche, jusqu'au diaphragme.
.l'aimerais mieux dire que la trachée el l'œsophage sont pounus d'une gaine connnune cpii semble prendre naissance vers la partie inférieure du larynx cl quib accompagne jusque dans les médiastins. f ieite gaîne, formée par un tissu cellulaire dense vl assez résistant en avant et sur les colés, mais lam(*Ileu\ en arrière, se confond sur les côtés avec celle qui renferme les vaisseaux et nerfs, tandis qu'en avant elle contracte des adhérences avec la lame profonde de l'aponévrose omo clauculaire; elle est commune d'ailleurs à la glande thyroïde et h la trachée, el c'est dans soo épaisseur que se ramifient les plexus thyroïdiens avant de pénétrer entre les lames
(1) Archives de médecine t mai 1835.
\2) Thcae sur l'aponcvrologie du cou, 1849, n" 130.