DES APONÉVROSES DU COU
le l'aponévroftc omo^claviculairo. On la détache difticileincnl de la trachée en avant, mais sur les côtés et en arrière, cette dissection devient phis facile et peut être ipérée avec le manche dn scalpel.
Quant k la gaîne des vaisseaux carotidicns, elle est constituée par les mêmes éléments; la veine jugulaire interne, les nerfs pneumogastrique et grand sympathique, la branche descendante de rhy|)oglosse et la carotide y sont compris et ramassés en
aeul faisceau. Quelquefois l'artère paraît renfermée dans une loge séparée , et le sujet qui m'a servi à faire représenter la région sterno-mastoîdicnne profonde, les carotides primitives étaient complètement isolées et paraissaient enveloppées comine d*une gaine fibro-séreusc. Mais ce cadavre était celui d une vieille femme, doot les artères, ossifiées en partie et décrivant des courbures très prononcées, effraient beaucoup plus de prise ù Toudée sanguine, en sorte qu'à chaque impulsion du cœur, le vaisseau devait éprouver un déplacement en masse, qui n'était cer* lainement pas étranger à la formation de cette sorte de séreuse accidentelle. Le plus ardioairement, les artères sont si intimement unies à la veine, aux nerfs pneumogmrique, grand sympathique et à la gaine commune, qu'on a la plus grande peine I les isoler.
Cette gaîne des vaisseaux et nerfs est reliée à celle de la trachée et de rcesophago par des tractus lamelliformes qui passent de Tune ■! l'autre,' et l'on peut, avec une certaine habileté de scalpel, détacher au-ilevant d'elles une sorte de membrane qui parait les recouvrir et les envelopper. Cette pseudo-aponévrose peut être ainsi pour- Mhie latéralement jusqu'aux apophyses transverses, où elle semble se fixer, tandis que, inférieurement , on peut la conduire sur le péricarde, ainsi que paraissent ravoir fait Godman et M, Velpeau. Blandin, qui niait cette disposition aponévrotique, aiait anatomiquemenl raison , car on ne retrouve nullement ici le caractère réel des Iponévroses, c'est-à-dire un feutrage régulier et une membrane isolée ; mais, an point de vue chirurgical^ il faut reconnaître cependant que cet arrangement existe et qa*il a une certaine im|K)rtance, car il est d obsenation que les collections purulentes développées au-dessous de cette couche ont plus de tendance à fuser du côté de la poitrine, en suivant les vaisseaux ou la trachée, qu'à se porter au dehoi*s.
En résumé donc, la trachée, l'œsophage et les vaisseaux carotidiens, sont enveloppés dans des gaines particulières, spéciales, réunies cependant par des tractus fibreux. Cette sorte de feutrage, qu'on peut à la rigueur disséquer en membrane, fcnne au-devant et autour de ces organes une couche lamelliforme qui les accompagne dans la poitrine et se jette sur le péricarde, remonte sur les vaisseaux jusque dans la région parotidienne, et latéralement s'insère sur les apophyses transverses. C*cst cette pseudo-aponévrose (pi'on a désignée sous le nom de lame cervicale profonde; s*il fallait lui assigner une dénomination, je l'appellerais thyro ou cervicopérieardique, en raison de ses insertions à la partie inférieure du cartilage thyroïde et au péricarde.
Si maintenant, pour embrasser d'un seul coup d'œil la dis|)osition de ces divers plans aponévrotiques prévertébraux et en suivre la marche, on étudie attentivement la figure /i2, voici ce que l'on observe : !• sous la peau, le fascia super ficialis ou €U>uche sous-cutanée qui enveloppe le cou dans toute sa circonférence ; 2" au-dessous de lui, Y aponévrose cervicale superficielle, disposée de la môme manière superficiellement, mais s'insérant par un feuillet qui se détache verticalement de sa face profonde, aux apophyses transvei'ses des vertèbres, divisant ainsi le c/ni en deux loges,
538 ANàTOMIE DES RÉGIONS.
Tune antérieure cl Tautre posléricurc : on peut remarquer aussi la manière dont Hle envclop|)c le stcrno-mantoïdion ; 3"* au-dessous de ce fascia, Vaponévrase omo-claviculaire, renfermant dans ses d(';doubIemcnts les muscles omo-hyoTdien , stemohyoïdien et thyroïdien, et les diverses veines qui se trouvent à cette liautear; /r enfin, au-dessous d'elle, la gatne fibro-celluleme de la tracliée et de rceso|)hige sur la ligne médiane, et celle des vaisseaux et nerfe sur les côtés, reliées entre dks par une pseudo-aponévrose qu'on peut désigner sous le nom de thyro- ou cervicopéricardique ; 5' enfin, tout à fait profondément, la colonne vertébrale recouverte par les muscles prévertébraux et leur a|)onévrose dite prévertébrale.
Il ne m'a pas été donné de voir ce diaphragme cervico-thoracique qui fermerait supérieurement la poitrine, et que, au dire de M. Degrusse (1), M. Devilleatât rhabitude de décrire dans ses cours. Je ferai d'al)ord obsener que ces deux anatomistes ne sont nullement d'accord sur sa disposition, ce qui impliquerait déjà qu'clk est sujette à varier ; puis il est certain qu'ils ont pris |)our une a|)oncvrosc parlicolière les adhérences qui unissent la pseudo -aponévrose cercico-péricardique aoi divers organes qui pént'trent en ce point dans le médiastin.
Déduclions phi/siolognjuea et pathologiques, — On a beaucoup discuté sur le rôle physiologique dos aponévroses du cou, et, depuis Béclard (2), tout le monde a répété qu'elles étaient destinées à empêcher la pression atmosphérique de s'exercer sur la trachée ; c^mme preuve, on a invoqué la dépression des creux sus-slemal et claviculaires , dans les inspirations difficiles (Blandin). M. Malgaigne s'est éleré contre ces idées, et il a fait observer avec beaucoup de raison qu'alors môme qoeh trachée est mise à nu , la pression atmosphérique ne |)eut l'affaisser, les cerceau cartilagineux qui la protègent étant assez résistants pour la maintenir dilatée et iDlter contre la tendance au vide. Comment expliquer cependant ces faits bien constats de gène extrême de la respiration survenant après la destruction de ces aponévroses dans une grande étendue, soit par un abcès, alors que le pus trouve brusquemcat une issue, soit par une large blessure (3) ? Ne pouvant s'en rendre compte, M. M^ gaigne préfère les nier, et pour lui ces obsen allons émanées d'hommes comme A. Burns, Béclard, Blandin, MM. Velpeau et Laugier, ne sont que des conte» en l'air (/i). a Non-seulement, dil-il, ces faits ne prouvent rien, mais il en est d'autres absolument contraires, ceux, par exemple, dans lesquels, pour découvrir le tronc brachio-céphalique, on a débridé largement l'aponévrose sans qu'il soit sunenu aucun symptôme de suffocation ». Comme si jamais personne eût prétendu que ces phénomènes dussent toujours et constamment se produire. L'entrée de l'air dans les veines est un accident réel et heureusement fort rare dos opérations pratiquées dans la région cervicale ; quehiu'un sorait-il fondé à dire qu'il nexiste pas parce qu'il n'a pas toujours lieu ? .le ne puis partager un pareil sopticisme, et sans m'exagérer autrement la fréquence et riinportancc dos |)lionomèncs observés par Allan Burns, je crois néanmoins qu'il ne faut pas los nioltro on donto ; soulomenl ce que je ne puis admettre, c'est Toxplicaiion donnée par le cliirurgi'ii anglais, la trachée ne pomani être comprinuV par la pression atinosphoriiiuo. Je pense qu'une connaissance plus
(1) Travail cite, p. 48.
(2) Ses idées sur ce sujet sont eipost-es à l'article Cou du Diclionuairc en 25 volumes.
(3) Blandin, Velpeau, Analonih rhiruvfficalc. — Laugier, Dictionnaire en 25 volumeJ, articles Cor, Patiiulo(;ik.
(4) Klalgaigoo, Traité (VanaOrnie rhirurgivatc, 1858. l II, p. 12*'..