‹ Traité pratique d'auscultation, ou, Exposé méthodique des diverses applications de ce mode d'examen à l'état physiologique et morbide de l'économieChapitre 13 sur 74 · THÉORIE I>E LA RËSPIB. NORMALE · texte numérisé non relu

THÉORIE I>E LA RËSPIB. NORMALE

caYerneax beaucoup plus marqué, et constitue le bruit respiratoire laryngé»

Théorie du bruit respiratoire normal. — Laennec attribuait le murmure de la respirati(m au passage de l'air dans l'arbre aérien, et aux vibrations qu'il détermine dans ses diverses parties. Cette explication était généralement acceptée comme la plus naturelle et la plus conforme aux faits, lorsque M. Beau {Archives générales de médecine j août 1834, p. 557) lui opposa une théorie nouvelle (1) : « Le murmure de la respiration pulmonaire n'était, d'après cet observateur, que le retentissement dans la colonne d'air inspiré et expiré, du bruit guttural résultant du refoulement de cette colonne d'air contre le voile du palais ou les parties voisines. » Cette opinion ne

(1) L'idée première de cette théorie appartient à M.Chomei, qui disait en 1827, à propos du souffle perçu quelquefois dans les épanchements de la plèvre : « Laennec pense que le bruit de respiration bronchique est dû à ce que l'air inspiré s'arrête dans les bronches comprimées et aplaties par l'épanchementpleurétique; mais aJors comment ce même bruit s'entendrait-il dans l'expiration? N'est-ll pas plus vraisemblable qu'il est produit dans le larynx et i'arrière-bouche , et qu'il est transmis à l'oreille appliquée sur la poitrine, de la même manière que la voix qui est produite et arUculée dans les mêmes organes ^ » (Dictionnaire de médecine, t. xvii, p. 133; 1827.)

pouvait se soutenir en présence des observations cliniques qui démontrent que la destruction accidentelle du voile du palais n'altère en rien le bruit pulmonaire (1).

En 4839, le docteur Spittal institua des expériences (2) pour prouver que les bruits formés

(1) On a pu voir longtemps à rHôtel-Dieu un garçon de pharmacie dont le voile du palais avait été complètement détruit par la 'syphilis, et chez lequel on entendait sur la poitrine un murmure vésiculaire très-pur et tout à fait naturel.

(2) Voici la plus importante : Il prit la trachée-artère d'un agneau, qui a, comme on sait, trois divisions bronchiques, dont la première est située au-dessus de la grande bifurcation. Au bout supérieur de cette trachée, il adapta une sonde à œsophage A de grosseur ordinaire : cette sonde y était fixée par son extrémité arrondie, et sur les côtés de celle-ci était un orifice oblpng d'envirçn un demipouce de longueur et d'un quart de pouce de largeur; à la première ramification bronchiale , il attacha, par son extrémité métallique, une sonde à œsophage B plus petite, pour donner passage à Tair ; l'extrémité arrondie de cette sonde B était percée de plusieurs trous, fermés tous, sauf un seul qu'on pouvait diminuer ou agrandir à volonté, par un bouchon en forme de coin; il lia une vessie de mouton, longue de dix pouces et large de cinq, à 1 une des grosses bronches de la bifurcation, et, à l'autre, il laissa attaché le poumon correspondant. L'appareil étant ainsi disposé, on fit arriver, par la sonde A, l'air d'un condensateur. La vessie se gonfla la première, puis le poumon, et finalement l'air sortait par la petite sonde œsophagienne quand ces organes avaient été assez distendus pour faire équilibre

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aux voies aériennes supérieures ont, en effet, une certaine influence sur ceux qui s'entendent inférieurement II en plaça le foyer de production non plus à Tarrière-gorge , comme M. Beau, mais à l'ouverture de la glotte. Du reste, tout en admettant la réalité du retentissement dans la poitrine de ce

par leur élasticité à la force de Tair venu du condensateur. En auscultant avec le stéthoscope, sur le point de la trachée-artère où Tair sortait de la grosse sonde A, on entendait un souffle très-prononcé, qui se prolongeait un peu plus faible dans tout le reste de la trachée et dans la grande bifurcation, et qui paraissait plus faible encore si on appliquait le stéthoscope sur le poumon. Ce bruit avait le caractère des bruits trachéal, bronchique et vésiculaire. On passa ensuite la vessie à travers un anneau métallique, et, en faisant varier les dimensions de sa cavité, on modifiait la nature du bruit : il ressemblait parfaitement au souffle caverneux, quand elle n'avait qu'un pouce et demi ou deux pouces de diamètre, et au souffle amphorique lorsqu'elle était beaucoup plus vaste. — « Dans cette expérience, ajoute M. Spittal, toutes les variétés du murmure respiratoire étaient produites artificiellement, ou du moinf le bruit paraissait vésiculaire sur le poumon, trachéal et bronchique sur la trachée-artère et les bronches, caverneux et amphorique dans la vessie, suivant qu'on en changeait les dimensions ; et comme il n'y avait point dans le poumon et la vessie de courant d'air, tel du moins que celui de la respiration habituelle, on doit en conclure que les bruits n'étaient que la réflexion du bruit formé à l'extrémité arrondie de la grosse sonde œsophagienne. [On the cause of the sounds of Respiration. Edinburgh Med. and Surg. journ., t. 41, p. 99.)

bruit glottique, i! ne le regarde pas positivement comme la cause unique du murmure respiratoire.

Cette modification anatomique de sa théorie, M. Beau Ta depuis adoptée et développée avec talent dans un mémoire très-remarquable (Archives gêner, deméd.^ juin 1840); mais toujours exclusif, dans sa nouvelle comme dans son ancienne opinion, il legarde le retentissement du bruit qui se produit à la glotte, lors du passage de Tair à travers cet orifice, comme ïumque cause des bruits trachéal, bronchique et vésiculaire.

On ne saurait nier, en thèse générale, qu'un bruit formé à Tune des extrémités d'un conduit ne se propage aux diversv points de ce conduit, principalement par la colonne d*air contenu, et en partie par ses parois. Il y a lieu, dans le cas particulier, d'admettre que le bruit glottique, produit pendant les deux temps de la respiration, se transmet jusqu'aux bronches et au tissu pubnonaire. Npus reconnaissons aussi que la glotte est le principal foyer de production du bruit qui va retentir dans la poitrine. Mais il n'en est pas de ce retentissement comme de la résonnance de la voix dans le thorax à laquelle on l'a comparé : et il ne faudrait pas conclure de l'analogie apparente que présentent les deux phénomènes à l'identité du mécanisme de leur production. Il y a, en effet, entre eux de notables différences ; la voix qui re-

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lentit à Tair libre avec tant de force, et qui fait vibrer les parois thoraciques, ne transmet à l'oreille appliquée sur la poitrine qu*un bourdonnement confus qui s'affaiblit à mesure qu'on s'éloigne du larynx , de manière à être , chez quelques individus, à peine sensible à la base du poumon. Le bruit respiratoire, au contraire, qui retentit si faiblement à l'extérieur , et qui ne détermine aucun frémissement thoracique, est néanmoins entendu aussi bien à la base qu'au sommet du thorax, pourvu qu'on ausculte sur un point qui corresponde à une masse de parenchyme suffisamment épaisse. Il ne peut donc pas, comme la résonnance de la voix, être uniquement la transmission affaiblie d'un biniit lointain.

De l'aveu même du docteur Spittal , son expérience n'est pas de nature à démontrer que le bruit glottique soit la seule source des bruits bronchique et pulmonaire ; et les recherches expérimentales (1) que nous avons faites, de concert avec

(1) I" J^xp^nencc— Nous avons pris un appareil pulmonaire de mouton, et après avoir mis à découvert la première division bronchique et l'avoir coupée perpendiculairement à son axe, nous avons introduit dans la trachéeartère un tube de verre de trente à trente-cinq centimètres de longueur, et d'un diamètre égal à celui de ce conduit. Pendant que l'un des expérimentateurs souillait dans ce lobe de manière à produire du bruU à l'orifice de labron-

M. le docteur Poumet, nous ont amenés à cette conclusion , que les causes du murmure respiratoire sont complexes. En effet, nous avons constaté dans nos expériences que le bruit pulmonaire perçu par transmission a un certain degré d'éloignement et un caractère soufflant, tandis que les bruits produits par le passage de l'air dans le parenchyme même sont entendus sous Foreille.

3ans doute il y a rapport habituel entre la force du bruit glottique et celle des bruits bronchique et pulmopaire : mais cette ^-dation prquve-t-elle que

chc coupée, l'autre, auscultant sur la grande bifurcation et sur le poumon, entendait sur les bronches un souffle analogue à la respiration bronchique, puis sur le tissu pulmonaire un bruit assez semblable au murmure de la respiration, mais moins doux, plus soufflant, et moins manifestement formé sous Toreille. Si ensuite, continuant à chasser Fair à travers le tube, on venait à boucher Toriflce précé- ' demment ouvert de la petite bronche, on entendait aussitôt un bruit formé presque entièrement par une crépitation très-fine, très-nombreuse, évidemment produite sous Foreille et qui se prolongeait tant que durait le déplissement des vésicules pulmonaires.

Il* et m* Expériences. — Après avoir enlevé Fappareil pulmonaire d'un cadavre, nous détachons Fun des poumons en coupant la bronche correspondante ; puis tandis que Fun de nous souffle dans un tube de verre introduit dans la trachée-artère et qui s'y adapte exactement, Fautre, appliquant le stéthoscope sur le poumon conservé, entend, comme dans Fexpérience précédente, un bruit assez sem-

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ces derniers ne reconnaissent d'antre cause que le premier? La rapidité et la force des inspirations qui exagèrent ordinairement le bruit de la glotte, ne soDt-elles pas des conditions qui exagèrent aussi le murmure respiratoire dans Farbre bronchique, en augmentant la vitesse avec laquelle Tair se meut dans ses divisions? De ce que la suspension artifi* cielle du bruit glottique suspend le murmure pulmonaire, on ne peut en conclure que ce dernier soit exclusivement Feffet du premier, et en tirer cette conséquence que, dans leg res[mtion8 ordi*

blable au munnure respiratoire, mais qui n'est pas tout à M 80US Toreille. Si, au contraire, on ferme, comme précédemment, l'extrémité de la bronche tronquée, on perçoit aussitôt un bruit d'une antre nature, mêlé d'une crépitation fine, et manifestement produit sous l'oreille. — Nous avons répété la même expérience sur les poumons d'un chien, une ou deux minutes après la mort : pendant qu'un expérimentateur souillait dans un tube long d'un mètre, adapté très-exactement à la trachée-artère, l'autre, auscultant sur le tissu pulmonaire, entendait sous l'oreille une crépitation vésiculaire très-nombreuse ; et, après l'enlèvement d'un des poumons et la section de la bronche correspondante, ce bruit se changeait en un souille doux un peu lointain. — Ces expériences prouvent que le passage de l'air dans les ramifications bronchiques peut déterminer dans le poumon même, un bruit distinct de celui qui est le retentissement d'un bruit plus ou moins éloigné, et l'on peut en conclure que, sur le vivant, les bruits inférieurs ne résultent pas seulement des bruits supérieurs.

naires, la pénétration de Tair dans le poumon ne détermine aucun murmure. La suspension du bruit inférieur s'explique par la même cause qui suspend le supérieur : si, en elTet, on respire assez faiblement pour qu*il ne se fasse aucun bruit à la glotte, dont Tétroitesse est une condition si favorable aux vibrations sonores , n*est-il pas naturel qu'aucun murmure ne se produise dans les bronches et dans les cellules aérîennes?

D'ailleurs, le rapport entre les bruits inférieurs et supérieurs n'est ni constant ni forcé : on peut à volonté produire beaucoup de bruit dans le poumon et très-peu à la glotte, et vice versa (1 ). Dans les cas de rétrécissement du larynx, et chez quelques asthmatiques (2) le bruit supérieur est très-fort, et l'inférieur est faible. Dans d'autres circonstances, Toreille les perçoit simultanément et parvient

(1) A Tappui de cette manière de voir, M. le Dr Skoda fait observer que, généralement, « le bruit respiratoire est beaucoup plus distinct et plus fort chez les enfants que chez les adultes, bien qu'il n'y ait aucune différence dans rintensité du bruit laryngé. » Il ajoute que, chez l'adulte, «< le bruit respiratoire du thorax peut augmenter d'intensité par différentes causes, égaler même le bruit respiratoire des enfants, alors que le bruit du larynx ne présente aucune modification. » (F. la traduction de M. Âran.)

(2) « Je connais un homme asthmatique par suite d'une dilatation des ventricules du cœur , et dont la respiration peut habituellement être entendue à vingt pas de dis^

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