RÉSONNANCE EXAGÉRÉE DE LA VOIX
Diagnostic différentiel. — Puisqu'on ne saurait décider d'une manière absolue où finit la résonnance normale de la voix, et où commence la résonnance morbide, à cause des nombreuses difîé* rences qui existent à Fétat naturel {Voy, p. 178), il faudra, comme nous Fa vous dit plus haut, explorer avec soin les deux côtés de la poitrine sur des points exactement correspondants, pour tâcher de trouver un terme de comparaison dans le côté sain ; et comme il se pourrait que les deux poumons fussent affectes également, il faudra considérer aTec soin les diverses conditions physiques de la cavité pectorale et de la voix, avant de prononcer qu'il y a maladie. — Le retentissement exagéré se distinguera d'ailleurs des autres modifications morbides de la résonnance vocale, en ce qu'il est plutôt, comme la bronchophonie vraie, une altération d'intensité, tandis que l'égophonie, et la pectoriloqnie sont surtout des altérations de timbre et de caractère.
Cause physique (Voy. Voix bronchique^ p. 191).
Signification pathologique, — Elle est la même et pour le retentissement exagéré, et pour la bronchophonie (p. 192) : les lésions sont semblables; seulement, dans le premier cas, elles sont en général moins marquées et moins étendues que dans le second.
B. Voix bronchique ou bronchophome.
Synonymie, — Voix tubaire; voix bourdonnante.
Caractères, — La bronchophonie est une résonnance très-forte de la voix dans l'intérieur de la poitrine. Elle n*est qu'un d^ré de plus du retentissement simple , et elle offre elle-même plusieurs variétés d'intensité. — Elle n'a pas toujours le même caractère : tantôt la vibration vocale est nette et franche , il y a bronchophonie pure; tantôt son timbre est plus aigre, et elle a quelque chose de tremblotant : c'est la bronchophonie chevrotante. — Elle peut occuper tous les points du thorax, mais la partie postérieure plus souvent que l'antérieure ; lorsqu'elle a son siège en avant, c'est d'ordinaire sous les clavicules. — Son étendue est variable. Quelquefois le retentissement a des limites bien tranchées au delà desquelles on retrouve la résonnance normale dé la voix; ailleurs il s'affaiblit et se perd insensiblement — Il est d'ordinaire permanent dans les régions où on l'a constaté. — Le plus souvent il commence par une légère exagération de la résonnance naturelle, et gagne peu à peu en intensité; puis, arrivée à un certain d^ré, la voix bronchique 'peut rester stationnaire ou faire place plus tard à la voix caverneuse ; ou bien elle diminue au bout de quelques jours, et
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perd graduellement de sa force. — La broncbopbonie coîacide la plupart du temps ayec la respiration bronchique.
Diagnostic différentiel. — La bronchophmie ne dififère du retentissement exagéré de la voit que par sa plus grande intensité; elle se distingue de la pectoriloquie par son caractère diffus, par l'absence de la respiration et du râle cavemieux; de Yégophonie par sa résonnance plus forte, son timke moins aigre , son caractère moins chevrotant, par son siège plus variable, assez fréqueDt au sommet de la poitrine, et par sa fixité dans le point où OQ la constate.
Came physique. *— Les conditions physiques qui coïncident le plus habituellement avec la brpn- (îophonie sont, d'une part, un diamètre plus large des bronches où elle se forme , et d'autre part, une densité plus grande du tissu pulmonaire environnant. On conçoit, en effet, la production du phénomène, si la voix au lieu de vibrer dai^s des tubes à parois molles et Qexibles, de s'affaiblir en se propageant dans des ramifications de plus en plus ténues, et de s'amoindrir en traversant un tissu souple et spongieux , retentit dans des conduits plus larges, ou se concentre dans les bronches, par suite de l'oblitération des vésicules, et si les vibrations, renforcées dans des tuyaux à parois fermes, élastiques, se prop^eiit è travers un tissu
devenu meilleur conducteur du son. Plus ces conditions morbides seront nombreuses , plus les lésions matérielles seront prononcées, et plus le phénomène sera marqué : il aura son maximum d'inlensité dans les cas d'agrandissement du diamètre des tuyaux coïncidant avec une augmentation de densité du tissu environnant, comme dans certaines dilatations des bronches avec induration du pareiîchyme puknonaire : dans ces cas, le retentissement est quelquefois tellement fort qu'il affecte Toreillc péniblement.
Signification pathologique. — La voix bronchique a presque la même signification morbide que la respiration bronchique , de sorte que l'on peut rapprocher ce chapitre de celui où nous avons étudié cette modification du bruit respiratoire ( Voy. p. 92). Dilatation uniforme des bronches, surtout avec augmentation de densité du parenchyme pulmonaire environnant ; — iiiduration du poumon par apoplexie, cancer, mclanose, etc. , et en première ligne, par tubercules crus ou par inflammation du parenchyme : telles sont les lésions anatomiques dont la bronchophonie est l'expression. — On perçoit encore la voix bronchique dans quelques cas de pleurésie avec épanchement liquide.
Diagnostic raisonné. — Si la bronchophonie existe sans matité notable à la percussion , si elle
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dore des semaines , des mois, des années, sans fièvre, sans influence trop fâcheuse sur la santé générale, elle est un indice de dilatation des bronches. — Si elle est accompagnée de matité , elle annonce une induration pulmonaire; si, occupant n'importe quel point du poumon , le phénomène est très-limité et peu intense, s'il persiste longtemps sans changement marqué, Tinduration se lie plutôt à l'existence de produits accidentels très-rares, mélanose, cancer ^ etc. — S'il débute brusquement chez un individu atteint d'affection dncœur, avec crachats de sang pur, oppression extrême, etc. , il constituera un des signes de Vapoplexie pulmonaire. — S'il est constaté au sommet du poumon, chez un malade qui a eu des hémoplysies , qui tousse habituellement, qui maigrit, etc. , s'il a une marche progressive, commençant par un léger retentissement simple, pour se transformer insensiblement en une plus forte résopnance, il indique une agglomération considérable de tubercules crus. — Si la bronchophonie survenue dans le cours d'une affection aiguë , a une grande intensité , si elle occupe la partie postérieure et surtout inférieure de la poitrine, et si elle coïncide avec du souffle tubaire, on diagnostiquera une hépatisation du poumon; plus lard, si elle diminue à mesure que le souffle fait place au râle crépitant de retour, elle annonce
que la pblegmasie est en voie de résdution. Si, au. contraire, la résonnance persiste avec la respiration bronchique et la matité du thorax, elle marque le passage de la pneumonie à Tétat chronique.
La bronchophonïe existe aussi dans la pleurésie avec épanchement ; mais dans cette affection elle est perçue plus rarement que dans la pneumonie, et quand eue existe, elle a une durée moindre et ne persiste point aussi longtemps que la maladie; en outre, elle a des caractères qui lui sont propres, et qui la font distinguer d^ la broncho^nie de rhépatisation pulmonaire. £n effet, les conditicms anatomiques du phénomène diffèrent notablement dans la pneumonie et dans la pleurésie : dans la pblegmasie parenchymateuse, le poumon est dense, et plutôt augmenté que diminué de volume; les bronches sont environnées et soutenues par un tissu solide qui renforce les vibrations sonores et en favorise la transmission : leur caMbre n'est pas changé, et elles ne sont point éloignées des parois thoraciques. Dans Tépanchement pleurétique, au contraire, le tissu est seulement comprimé, et non pas induré; son volume est diminué; les bronches sont aplaties, leur cavité est plus ou moins effacée, et elles sont éloignées de Toreille quand la collection du liquide est considérable. Ces dissemblances matérielles font déjà pressentir que les phénomènes vocaux ne sauraient être identi-
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qnes dans ces deux maladies, et qu'ils doivent pré* senter des différences anal(^es à celles que nous avons signalées entre la respiration bronchique de la pleurésie et le souffle tubaire de Thépatisatlon. L'expérience confirme encore cette donnée, et l'observation prouve que le retentissement vocal de l'épanchement pleurétique diffère de la bronchophonie vraie par son siège et ses caractères. Ainsi la résonnance est plus circonscrite, limitée ordinairement à la région inter-scapulaire qtd correspond aux grosses bronches, et elle semble se produire dans le lointain, pour peu que l'oreille s'écarte de cette région. D'ailleurs, un autre retentissement, plus remarquable par son timbre que par sa force, Yegophonie est le signe caractéristique de la pleurésie : ajoutons que souvent même l'auscultation de la voix, dans cette dernière affection, ne révèle qu'une diminution de la résonnance vocale. — Il résulte de là que si, dans un cas où l'on aurait, par d'autres signes, constaté un épanchement pleural, on entend la voix bronchique, avec un caractère de force et de proximité, dans un point éloigné de la bifurcation des bronches, il y a lieu de penser qu'il existe simultanément une induration pulmonaire^ et si ce phénomène se montre dans une affection aiguë, on pourra diagnostiquer une pteuro- pneumonie^ su est perçu dans le cours d'une pleurésie chronique, on soup-
çonnera que le poumon est induré par des tubercules.
Conclusion : 'pâleur sémiotique. — En raison de la rareté de la dilatation des bronches , c'est presque toujours une induration pulmonaire qu'annonce la bronchophonie : or^ de toutes les altcralions oii la densité du poumon est augmentée, la pneumonie et les tubercules sont incomparable -ment les plus communes, J^s conditions de la voùc bronchique étant mieux remplies dans la pneumonie que dans les tubercules , elle est plus prononcée dans cette première maladie que dans la seconde; elle n'existe guère que dans certains cas de pleurésie , et si alors elle est forte et étendue^ elle peut faire penser que répanchement pleurétique est compliqué d^induration pnéumonique ou tuberculeuse.