‹ Traité pratique d'auscultation, ou, Exposé méthodique des diverses applications de ce mode d'examen à l'état physiologique et morbide de l'économieChapitre 54 sur 74 · SECTION IV · texte numérisé non relu

SECTION IV

AUSCULTATION APPLlQUi^ AUX MEMBRES.

Maladies du système vasculaire.

Dans les anévrysmes des membres^ comme dans ceux de Taorte ou des autres artères situées dans les grandes cavités, Fauscultation fournit des signes précieux pour le diagnostic. Le stéthoscope révèle tantôt un battement simple , beaucoup plus intense que la pulsation normale, tantôt un bruit de souffle ou de râpe; tantôt enfin on perçoit une espèce de frémissement, de bruissement particulier. Ces différences dans les phénomènes acoustiques dépendent de là disposition dit vaisseau, dé celle du sac anévrysmal et de rouvèrtiire de communication.

Oh conçoit combien la perception de Tuii ou l'autre de ces signes sera avantageuse dans quelques cas de diagnostic douteux, où inanquelit les phénomènes fournis par la vue et lé toucher, soit parce que Tanévrysme est situé profondément, que ses parois sont épaisses ou sa cavité presque oblitérée par des couches fibrineuses , soit parce que le membre est infiltré, tuméfié, ou qu'une certaine

quantité de sang s'est épanchée dans le tissu cellulaire environnant, après la rupture de l'artère.

Dans quelques circonstances, l'auscultation ne sera pas moins utile par ses résultats négatifis, puisqu'eUe servira, par l'absence même de tout j^iénomène stéthoscopique, à distinguer d'un anévrysme quelque autre tumeur qui, située au voisinage d'une artère, pourrait offrir des pulsations et des soulèvements.

Dans la varice anévrysmale, comme dans certains anévrysmes, en même temps qu'on sent uu frémissement à la main, l'oreille perçoit un bruissement produit par le passage du sang artériel à travers l'ouverture de la veine, et qui se propage plus ou moins loin du point de communication des deux ordres de vaisseaux. L'un de nous a vu, en 1847, un malade qui portait sur le bras droit, une varice anévrysmale, développée à la suite d'une saignée. £n plaçant la main sur la tumeur du pli du bras, on sentait un frémissement très-marqué coïncidant avec chaque pulsation de l'artère ; et ï l'auscultation, on entendait sur la tumeur un souffle frémissant, vibrant, très-manifeste, synchrone à la diastole artérielle, qui ressemblait à un bruit de forge lointain et qui s'entendait en s'affaiblissaut, en haut jusqu'à l'aisselle, et en bas jusque sur le tiers inférieur de l'avant-bras.

Parfois aussi il arrive qu'on entende un bruit de

MALAD. DES ARTICULAT. ET DES OS. 557

souffle dans les tumeurs érectiles. Nous avons observé chez un malade de THôtel-Dieu deux tumeurs placées. Tune au-devant du sternum , et Fautre, à Textrémité supérieure du bras gauche et formée aux dépens de la partie externe de Fhumérus. Toutes deux offraient des soulèvements visibles, synchionesau pouls, et un mouvement d'expansion accompagné d*un frémissement sensible à la main : par Tauscultation on y constatait, à chaque soulèvement, un souffle très-intense. A Fautopsie, on trouva que ces tumeurs étaient formées par du tissu encéphaloîde et des vaisseaux, et qu'elles contenaient de petits épanchements sanguins.

Maladies des parties molles, des articulations et des os.

Dans son mémoire, Lisfranc avait montré Futilité de l'emploi du cylindre pour reconnaître au fond d'une plaie (de même que dans une cavité naturelle, comme l'œsophage, le rectum ) des corps étrangers , dont la présence serait révélée par le son particulier que produirait le stylet en les frappant. Laennec confirma la justesse de cet aperçu : » Je ne doute pas, dit-il, que les bruits différents donnés par le choc de la sonde contre une balle, une pointe d'épée, un éclat d'obus, placés • 47.

profondément auprès d'un os, ou implantés dans sa substance, ne fassent reconnaître ces corps étrangers beaucoup plus facilement que la sensation transmise à la main par la sonde. »

Le stéthoscope aidera encore, selon Lisfranc, à diagnostiquer des kystes profondément situés, ou ceux qui renferment des corps semblables à des pépins de poire ou à des grains de melon.

Laennec, de son côté, avait pensé qu'où pourrait, avec le cylindre, mieux qu'avec la sonde , avoir une idée de la situation et de l'étendue des trajets fistuietix et des clapiers, en y développant, à l'aide d'injections de liquide et d'air, un gargouillement analogue au râle des cavernes pulmonaires.

L/'auscultation ne devait pas rester étrangère au diagnostic des maladies des articulations. Cette application nouvelle, que Lisfranc avait indiquée à propos des hydarthroses et des corps étrangers , a été faite aussi à quelques cas d'inflanomation articulaire. M. Andral {édit. de Laennec^ 1. 1, p. 148) dit avoir constaté, en imprimant des mouvements à la rotule, un bruit de frottement analogue à celui de la plèvre, dans l'articulation fémoro-tibiale d'un homme chez lequel cette partie offrait tous les autres signes d'une inflammation commençante. Marjolin a observé un fait absolument semblable.

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