POIVRES BLANCS
Les poivres blancs ont été l’objet d’une élude particulière du Conseil de la Seine, au point de vue de leur fabrication et de
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l'hygiène publique. — Voici le rapport de M. le professeur Boucliardat (octobre 1857) :
Première question. — Par la nature des préparations qu'on leur fait subir, les poivres blancs sont-ils nuisibles?
Deuxième question. — Les poivres blancs de Paris sont-ils vendus pour poivres blancs de l’Inde ou de Malabar, et cette fabrication est-elle ainsi le point de départ de tromperie sur la nature de la marchandise vendue?
Pour résoudre la première question, il me faudra entrer dans quelques détails de fabrication. Pour résoudre la seconde, je me suis livré à une enquête dans le commerce de Paris.
Le poivre blanc, comme le poivre noir, nous vient de Sumatra, Malabar, Java; il parait cer tain que la plus grande partie, pour ne pas dire la totalité, du poivre blanc qui nous est exporté de ces localités n’est que du poivre noir décortiqué; pour l'obtenir, on laisse, dit-on, davantage mûrir le fruit, on le soumet, avant dessiccation, à une assez longue macération dans l’eau, et on détache ainsi, en frottant dans les mains, l’enveloppe colorée du poivre.
Si l’on s’en rapportait cependant à un passage de Gardas, appuyé par des figures de Clusias, le poivre blanc serait fourni par une espèce différente, mais très-voisine de celle qui donne le poivre noir. Cela peut être exact pour un poivre blanc de première qualité, qui apparaît de temps à autre dans le commerce sous le nom de la côte d’Alepy.
Arrivons maintenant aux préparations que l’on fait subir, à Paris, au poivre noir pour le convertir en poivre blanc.
1° Lesgrébeaux sont retirés parle criblage.
2° On sépare le poivre lourd du poivre léger par deux opérations : Immersion dans l’eau, immersion dans l’acide sulfurique étendu à 10 pour 100, puis immersion dans l’eau.
La portion qui surnage est vendue comme poivre noir.
5° Le poivre lourd est plongé dans l’eau chaude, dans laquelle il séjourne huit à dix jours; il fermente, s'échauffe; l’eau est renouvelée, plus ou moins fréquemment dans les derniers jours, matin et soir.
4“ Arrivé à point, il est mis dans l’eau chaude, puis décortiqué à la main et lavé.
5° On le passe dans un tonneau avec du sable fin, on le roule avec ce sable.
6° On le lave trois fois à l’eau; l'action est aidée par trois heures de macération.
7° Le poivre ainsi décortiqué a perdu de 18 «à 2ü pour 100. On en plonge environ cent kilogrammes dans de l'eau dans laquelle on a délayé un kilogramme de chlorure de chaux; il reste dix heures dans ce bain. Celle opération esL renouvelée une deuxième fois.
8“ Après ce bain au chlorure de chaux, on passe le poivre pendant trois heures dans une dissolution contenant la même proportion d’alun.
I'OMPES A FEU.
9° Le poivre séché est ensuite enduit d’une légère couche de gomme, puis tourné dans un tonneau avec quelques pincées de talc, puis grabelé, pour qu'il ne soit pas teinté.
J’ai suivi toutes ces opérations, j'ai examiné les produits et les matières premières employées, tout m'a paru conforme à la description que je viens de donner.
Si, maintenant, je cherche à juger de la valeur de ces opérations, je dirai, comme un expert, M. Lassaigne, qui a eu déjà à s’occuper de cette industrie : L’opération du blanchiment du poivre est un travail inutile ; mais je n’adopterai pas sa conclusion, quand il dit : C’est une opération qu’on devrait interdire.
J'irai plus loin que lui dans mon jugement sur la valeur réelle de l’opération, et je le formulerai ainsi : Non-seulement le blanchiment du poivre est un travail réellement inutile, mais il a pour but de le priver de ses principes actifs en augmentant son prix.
Cependant, dans ma pensée, ce n’est pas une raison suffisante pour interdire cette fabrication; si les maîtresses de maison veulent orner leurs tables de poivre d’une grande blancheur, et que cette qualité soit acquise au détriment de sa force : libre à elles; nous n’avons à nous enquérir que d’une chose : ce produit est-il nuisible à la santé ?
Il ressort des détails dans lesquels je suis entré que le poivre blanc de Paris ne devient pas nuisible par la préparation qu’on lui fait subir.
Pour résoudre la seconde question, je me suis transporté chez plusieurs négociants en poivre, dignes de ma confiance, et je leur ai demandé : Les poivres blancs de Paris sont-ils vendus comme poivres blancs de l'Inde ou de Malabar; tous m’ont répondu non, et la preuve, c’est que presque toujours leur prix est plus élevé. J’ajouterai qu’un homme qui connaît les marchandises ne peut confondre ces produits, un examen même superficiel suffit pour les distinguer.
Conclusions. — 1° Les préparations que l’on fait subir au poivre noir pour le convertir en poivre blanc de Paris ne lui communiquent aucune qualité nuisible.
2° Le poivre blanc de Paris n’est pas vendu comme poivre blanc de l’Inde. .V II est bon d’insister encore auprès des fabricants afin qu’il ne paisse y avoir aucune équivoque sur la nature de la chose vendue.