MATIÈRES DÉTONANTES ET FULMINANTES (FABRIQUE DE
laisse retomber dans des mortiers, où doit s'effectuer le mélange; cette opération se nomme le battage.
Le charbon est battu seul pendant vingt minutes environ avec une certaine quantité d’eau, on y ajoute le salpêtre et le soufre, et une demi-heure après on procède au rechange , c’est-à-dire au transvasement d’un mortier dans un autre de toute la matière qu’ils contiennent, afin de la mieux mélanger. On fait aussi douze rechanges d’heure en heure, on laisse le battage se continuer deux heures encore après le dernier, en ayant soin d’arroser de temps en temps. On peut prolonger le battage de plusieurs heures pour la poudre de chasse, le diminuer d’autant pour la poudre de mine : c’est pendant quatorze heures qu’on fait durer celui de la poudre de guerre.
Lorsqu’on retire la matière des mortiers, on la verse dans des Unes pour la porter au grenoir, on l’y laisse dessécher partiellement pendant un ou deux jours pour la rendre plus propre au grenage. Le grenage s’exécute dans des cribles appelés guillaumes , grenoirs et égalisons; on imprime un certain mouvement au crible nommé guillaume, et à l’aide d’un tourteau ou disque lenticulaire de bois de cormier, on écrase les masses agglomérées sous le pilon. Avec le grenoir on- isole les grains de la grosseur voulue, c'est un tamis percé convenablement; Yégalisoir sert à tamiser et retenir le grain plus fin. En dessous de ce dernier tamis est placé un tissu de crin ou soaségalisoir qui retient le grain et laisse passer le poussier.
Le grain parfait est porté au séchoir, tandis que le poussier et le gros grain sont repassés sous la meule ou le pilon pour donner une qualité supérieure ou poudre royale , si les proportions du mélange sont bien établies.
La poudre de chasse, grenée toujours plus fine que celle de guerre, subit encore une opération de plus, c’est le lissage. On l’exécute dans des tonneaux en bois, d’assez grandes dimensions, divisés en cinq compartiments et mobiles autour d’un axe horizontal; plusieurs traverses de bois rendent le frottement encore plus grand. La poudre est introduite dans les lissoirs, et tourne pendant huit ou dix heures, en prenant de plus en
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plus un lustre qui la rend plus facilement maniable, moins poreuse et plus facile à conserver; après ce temps, on ouvre les portes d’introduction, on continue de laisser tourner et on reçoit la poudre dans une caisse placée au-dessous.
La poudre s’est échauffée pendant le lissage, elle a pourtant encore besoin de subir une dessiccation à l’air; on l’étend en couches minces sur des tables recouvertes de tissus de laine appelés draps à sécher, on en renouvelle la surface de temps en temps avec un rabot, de manière à rendre l’évaporation bien complète et homogène. Quand on se sert d’un séchoir artificiel , on emploie l'air chaud qu’on force à traverser les toiles sur lesquelles on a étendu la poudre ; cette sécherie permet de rendre continu le travail malgré les intempéries de la saison ; c'est généralement avec l’eau chaude produite par un générateur trèséloigné qu’on chauffe des tubes au -dessus desquels est disposée la poudre. Les poussiers, les grains trop fins sont remis au pilon pour y être transformés plus tard en grains.
Vrocédé des meules. — Ce procédé, mis en pratique pour la fabrication de la poudre de chasse, donne des produits d’une qualité supérieure.
Le salpêtre est pulvérisé séparément avec des billes de bronze de huit à neuf millimètres de diamètre, dans des tonneaux en bois, traversés par un axe, au moyen duquel on peut leur donner un mouvement de rotation ; six litaux fixés à l’intérieur de la tonne font sauter les gobilles pour produire le frottement qu’on en attend.
Le charbon est pulvérisé de la même manière ; on y mêle le soufre quand il est déjà à demi pulvérisé, et on continue de faire tourner. Le mélange des trois matières s’effectue avec des billes de bronze et même d’étain, dont les chocs n’ont jamais une dureté suffisante pour faire prendre feu à la poudre, ce que l'on peut redouter avec les billes de bronze; la tonne dans laquelle s’effectue le mélange des trois matières se nomme mélangeoir.
Les meules destinées à broyer la matière avec 4 pour 100 d’eau environ, sont en carbonate de chaux ou en fonte, le limbe est alors garni de laiton ; elles pèsent de trois à six mille kilo-
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grammes; elles tournent verticalement au nombre de deux dans une auge en fonte dans laquelle le mélange est placé.
Le grenage se fait mécaniquement; huit tamis ou grenoirs à trois compartiments servent à toutes les préparations que j’ai exposées déjà au grenage, toutes les matières sont séparées convenablement et en môme temps ; il suffit de charger l’appareil et de l’abandonner à lui-même, il fonctionne au moyen d’une roue hydraulique. Les huit tamis sont réunis sur un cadre circulaire horizontal mis en mouvement par un arbre vertical ; chacun d’eux est la réunion des effets de tous ceux qui ont déjà été décrits.
Poudre ronde. — La poudre ronde est la forme qu’on donne maintenant à la poudre de mine en France; on l’avait depuis longtemps appliquée à la poudre ordinaire à l’étranger.
Le mélange des matières premières se fait dans des tonnes, mais la granulation diffère beaucoup de celle qui a été exposée plus haut. File se fait dans un tambour d’un mètre de diamètre environ, et de trois ou quatre décimètres de large, traversé par un axe qui lui donne un mouvement de rotation. Il est percé sur sa circonférence d’une ouverture qu’on ferme à volonté, pour donner entrée ou sortie à la matière ; un trou circulaire, placé sur une des faces, donne passage à l’axe et à un tube parallèle à l’axe percé d’une file de trous d’arrosoirs très-fins : ce tuyau lance une foule de filets d’eau qui provient d’un réservoir d’eau comprimée.
Quand le tambour tourne, la pluie fine tombe sur le mélange pulvérulent; chaque gouttelette y devient le noyau d’un petit grain qui va sans cesse croissant en se recouvrant par couches concentriques. On arrête le mouvement de rotation quand les grains ont une grosseur suffisante ; il ne reste plus qu’à tamiser ceux-ci, à séparer le poussier et les petits grains pour les remettre dans le tambour ; les masses et les gros grains pour les pulvériser de nouveau.
Le lissage s’exécute comme dans les procédés précédents.
Procédé révolutionnaire. — Ce procédé, abandonné maintenant, fut mis en pratique lorsque de pressants besoins se firent
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sentir pendant la révolution. On pulvérisait avec des billes de bronze le soufre et le charbon ensemble, et lenilre séparément; les mélanges des trois matières avaient lieu avec des billes d’étain.
On prenait ensuite un plateau carré en cuivre; on y plaçait une toile mouillée, puis un cadre pour maintenir la couche de poudre qu’on étendait dans l’intérieur du cadre. On enlevait le cadre et recouvrait la matière d’une nouvelle toile mouillée ; on recommençait de superposer et de charger un nouveau plateau disposé comme le premier et ainsi de suite, de manière à former une pile. Quand la pile était devenue assez considérable, on la soumettait à l’action d’une presse hydraulique; l’eau des toiles se répandait uniformément dans la masse, les couches de neuf millimètres d’épaisseur se réduisaient à deux; il restait des galettes solides qu’on desséchait à l’air et grenait par les moyens ordinaires.
J’ai déjà rappelé, à l’article Plomb , l’inconvénient et parfois le danger qu’il y a d’envelopper la poudre dans des feuilles de plomb. Au bout d’un certain temps, il se forme, au contact, du carbonate de plomb. L’enveloppe devient cassante sans la moindre pression, et la poudre tend à s’échapper. — 11 faudrait y substituer l’étain.
Causes d’insalubrité. — Danger très-grave et très-fréquent d’explosion.
Danger d’incendie.
Danger pour les ouvriers dans la préparation du fulminate de mercure, pendant le mélange de l’alcool à la solution mercurielle, à cause des produits qui se vaporisent (mercure, alcool, espèce d’éther et acide hydrocyanique, dont la présence a ôté constatée dans les alcools qui proviennent de la fabrication des fulminates).
Prescriptions. — On trouvera, dans les documents qui sont annexés à cet article, presque toutes les prescriptions qui doivent être ordonnées ; on devra souvent y ajouter les suivantes :
Placer sous une hotte ou dans un lieu ouvert, afin que les va-