SULFURE DE CARBONE
vapeurs de sulfure de carbone ; celles-ci passent ensuite dans une bombonne qui en condense une partie et de là dans un serpentin bien refroidi.
On a perfectionné ce procédé en le rendant plus économique et plus salubre.
On emploie un vase en fonte elliptique de deux mètres.de hauteur, un mètre sur quarante centimètres de section diamétrale et d’une épaisseur de cinq centimètres, chauffé sur ses parois latérales et point sur son fond, par lequel il repose sur la voûte du foyer. A la partie inférieure est un ajustage à bride, fermant par une porte en fonte, qui sert à charger le soufre. Le fond supérieur est surmonté d’une buse fermant à volonté par un disque ou tampon de fonte très-lourd ; un tube incliné, adapté latéralement sur cette buse, vient se rendre sur le couvercle en tôle d’un vase intermédiaire; au bout de ce tube incliné est une bride destinée à pouvoir, à l’aide d’un tampon de linge, intercepter la communication entre le vase distilla toire et le condensateur. Ce vase intermédiaire doit retenir le soufre volatilisé qui n’est pas entré en combinaison, car il est bien moins volatil que le sulfure de carbone.
Le condensateur est formé de trois larges cylindres en zinc, superposés communiquant entre eux, et entourés d’un cylindre d’eau bien froide; le sulfure en vapeurs arrive dans le cylindre le plus inférieur, et les produits non condensés vont achever de se liquéfier dans les deux cylindres supérieurs; le cylindre supérieur porte un tube qui serL à laisser dégager dans une cheminée les gaz non condensables ; le cylindre inférieur est terminé par un robinet qui sert à soutirer le liquide condensé.
Le cylindre elliptique est rempli avec sept cents litres de braise environ; on le chauffe au rouge, et par la tubulure inférieure, on introduit successivement des fragments de soufre, comme il a été dit dans la description précédente.
Le sulfure de carbone obtenu est distillé pour l’avoir plus pur; celte opération a lieu dans un alambic en zinc chauffé au bain-marie; le condensateur est un serpentin placé dans un cylindre d’eau entretenue bien froide.
SOUFRE
Usages. — Ce corps a trouvé de nombreuses applications dans l’industrie du caoutchouc, dans celle de la fabrication des dentelles ; on l’a appliqué aussi à l’extraction des huiles de graines oléagineuses, des graisses des os, et on a cherché à employer l’acide sulfureux provenant de sa combustion à la fabrication des sulfites. Ce n’est que depuis qu’on a pu le produire en abondance que l’on a fait ces applications.
On s’en sert aussi pour dégraisser les os et la laine, et on le reprend ensuite par distillation. On l’utilise encore, quand il est très-épuré , pour fixer les huiles et les résines du poivre, du piment, et pouvoir livrer celles-ci très-pures au commerce sous un volume bien moins considérable. Je mentionnerai enfin une de ses plus récentes applications (Aubert et Girard de Grenelle, près Paris) : c’est celle qui a trait à la formation du collodion. Le coton azotique se dissout très-bien dans le sulfure de carbone, et les quantités d’éther et d’alcool habituellement employées à cet effet sont réduites à de très-faibles proportions. Par ce procédé, le prix des collodions sera fort abaissé, et l’industrie pourra s’en servir avec une concurrence très-utile dans les arts et le commerce.
Causes d’insalubrité. — Dangers d’incendie.
Danger pour les ouvriers qui sont soumis à l’action de ses vapeurs (tremblement. — Affection de la moelle).
Causes d’incommodité. — Odeur très-désagréable.
Prescriptions. — Éviter les fuites des appareils.
Ventiler très-énergiquement les ateliers où il est produit et où l’on s’en sert.
Isoler les magasins où on le conserve en grande quantité.
Placer dans les ateliers où on emploie du sulfure de carbone des vases contenant de la chaux hydraulique dans le but d’absorber complètement les vapeurs libres du sulfure de carbone.
Protochlornrc do soufre.
Ce liquide, que l’on commence à préparer dans l’industrie pour la vulcanisation du caoutchouc, a une densité égale à 1 ,687. Il bout à cent trente-huit degrés, et se décompose en présence
de l'eau en acides sulfureux, sulfurique et chlorhydrique.
On l’obtient :
En faisant arriver un courant de chlore lavé, puis desséché dans des vases remplis de chlorure de calcium dans une cornue contenant du soufre fondu, maintenu de cent vingt-cinq à cent trente degrés ; le soufre en vapeurs et le chlore se combinent, et le produit va se condenser dans un ballon refroidi, muni d’un tube de sûreté qui sert à dégager le chlore en excès. — On le sépare du soufre entraîné et dissous par distillation dans des vases bien secs. — Voir Chlore , t. I, p. 407, et au mot Étoffes , l’article Caoutchouc , t. T, p. 655.
STÉARIQUE (Acide). Voir Acides , t. I, p. 160.
SUCRES (Iadustrie des).
Le sucre est une matière d’une saveur bien connue qu’on trouve dans un assez grand nombre de végétaux. 11 se présente à l’état de sucre cristallisable ou incristallisable. Dans le premier cas, le suc de la plante est toujours neutre, tandis que dans le deuxième il est toujours franchement acide ; la canne à sucre, l’érable, la carotte, la betterave, le sorgho, le maïs, etc., donnent la première variété de sucre ; les raisins, les pommes, les groseilles fournissent le sucre incristallisable.
Le sucre cristallisable est très-soluble dans l’eau, de moins en moins soluble dans l’alcool, à mesure que celui-ci devient de plus en plus concentré et insoluble dans l’alcool anhydre à froid. Il diffère du sucre incristallisable en ce qu’il ne réduit pas au minimum d’oxydation les sels de cuivre au maximum; en ce qu’il n’est pas coloré en brun, devenant de plus en plus noir quand on le fait bouillir avec la soude, la potasse, la chaux, etc.; qu’au contraire, il prend une coloration noire quand on le fait bouillir avec de l’acide sulfurique, ce qui n’a pas lieu avec la glucose.
Sucre de cannes (rubriques de) classe). — 27 janvier 1857.
La canne à sucre (arundo saccluirifera) est une graminée que l’on cultive aux Antilles et dans beaucoup de pays voisins des tropiques; sa tige, qui atteint parfois une hauteur de six mètres,
Vr.IlN'OIS. IIYG. IND. II. 50
SUCRES
a la forme d’un roseau présentant des nœuds ou anneaux de distance en distance ; elle contient un tissu spongieux, renfermant un suc très-doux; elle peut donner jusqu’à 18 pour 100 de sucre cristallisablc, mais jamais on ne relire cette quantité dans 1 industrie.
Expression. — Pour extraire le suc sucré de la canne, on la soumet à un écrasage sur une meule verticale ; celle-ci se promène sur une aire au centre de laquelle est un axe pivotant qui porte une pièce de bois destinée à maintenir la meule.
A ces meules verticales que l’on n’emploie presque plus, on a substitué des moulins à trois cylindres verticaux en pierre mis en mouvement par des engrenages et un manège, puis des cylindres horizontaux aussi au nombre de trois; ils sont en fonte et creux intérieurement; les deux inférieurs sont ordinairement cannelés, le cylindre supérieur n’a pas besoin de l’être. Les cannes arrivent et glissent sur une table en fonte sur le premier cylindre inférieur ou alimenleur ; elles passent entre les deux autres, y subissent un écrasage suffisant, et sortent derrière le deuxième cylindre inférieur ou déchargeur. Le jus tombe sur une trémie placée sous les cylindres broyeurs, une pompe l'y puise et l’envoie immédiatement aux chaudières d’évaporation pour empêcher la fermentation alcoolique qui se se produit aussitôt; la bayasse épuisée vient derrière les cylindres ; on la recueille, on la sèche au soleil, on la met en bottes et on s’en sert comme combustible. Le vesou ou jus formé des cinquante-six aux soixante et un centièmes du poids des cannes, selon la puissance des moyens d’extraction dont on dispose, est séparé du dépôt solide qui se forme bientôt dans la masse, et dirigé dans les chaudières de clarification.
Défécation. — On emploie une faible quantité de chaux pour clarifier le vesou, surtout s’il est très-récent, parce qu’à mesure que l’on élève la température des chaudières, la matière albumineuse du jus frais, qui est abondante, suffit à entraîner les particules insolubles en suspension dans le liquide; il se forme une écume abondante; on cesse le feu quand on approche du point d’ébullition, on laisse reposer la liqueur pendant une
heure, puis on décante dans des chaudières destinées à achever l’évaporation. Le sirop convenablement concentré est abandonné à la cristallisation dans une purgerie , puis séparé du sirop qui le mouille par un égouttage dans des barriques percées de trous fermés par des bouchons spongieux; ceux-ci donnent aux mélasses une voie d’écoulement pour se rendre dans la citerne inférieure, dont le fond incliné est en plomb ou en bois bien ajusté. La purgerie est maintenue à une température suffisante, afin que la mélasse soit assez fluide pour s’écouler; l’opération, qui a pour but de séparer la mélasse du sucre concret, s’appelle empotage; elle dure de trois à six semaines, selon la grosseur du grain cristallin.
Au lieu- de barriques, on emploie souvent aujourd’hui de grands bacs plats où le refroidissement et la cristallisation se font pendant vingt-quatre heures environ ; on brasse pour grener la masse, puis on la transvase dans des moules coniques en poterie grossière qu’on appelle formes , qui offrent à leur pointe un petit orifice que l’on bouche avec une cheville; après un jour environ, on enlève cette cheville pour permettre à la masse de tomber dans un réservoir inférieur.
Terrage. — Puis on procède au terrage ; cette opération consiste à recouvrir la base de la forme d’une bouillie de terre argileuse; l’eau qu’elle contient filtre dans la masse de sucre, en entraînant le sirop visqueux; on renouvelle deux et trois fois cette terre jusqu’à ce que le sucre soit assez blanc pour être expédié en Europe et y être raffiné.
SIcttcraves (Distillerie <lu jus de) (2' classe). Voir, au mol Alcool, l'article Distillerie d'alcool, t. 1, p. 208.
Sucre de betteraves (rubrique de).
Détail des opérations. — La betterave présente de nombreuses variétés : quelques-unes seulement sont propres à la production économique du sucre. Elle contient de 5 à 1 1 pour 100 de sucre, identique sous tous les rapports avec celui des cannes. Les betteraves sont livrées à la fabrique par des fermiers. Prie fois les betteraves déposées au magasin de la fabrique,
SUCIiES.
on les fait passer clans un lavoir cylindrique à claire-voie, tournant horizontalement dans un réservoir d’eau (lavage). Elles en sortent dégagées de toute la terre qui les entourait plus ou moins, suivant les soins du livreur ou suivant la nature du sol qui les a produites. Cette terre mélangée à l’eau du lavoir s’écoule avec elle dans de larges fossés ménagés ad hoc dans le voisinage de la fabrique. Elles sont recueillies plus tard et répandues sur les champs ; l’eau du lavoir n'exhale aucune odeur. La betterave, ainsi lavée, est passée à la râpe (râpage) et mise à l’état de bouillie ; cette bouillie, mélange de pulpes et de jus, est placée dans des sacs de toile grossière ; ceux-ci sont mis en pile, séparés les uns des autres par des plaques de tôle et livrés ainsi à l'action vigoureuse de très-fortes presses hydrauliques. Le jus s’écoule, arrive dans un monte-jus qui le renvoie dans les chaudières à déféquer ; la pulpe est portée dans de larges silos et sert à la nourriture et à l’engraissement des bestiaux.
La pulpe se conserve très -bien en silos; elle peut y rester un an et môme plus, lorsque ces silos sont bien faits; elle passe promptement à la fermentation vineuse et reste fort longtemps en cet état.
Les diverses opérations auxquelles est soumis le jus de betteraves, sont :
La défécation ;
La filtration ;
L’évaporation ;
La cuite;
Et la cristallisation.
La défécation se fait au moyen de la chaux éteinte ; lorsque le jus est arrivé dans les chaudières à déféquer, il pèse alors ordinairement cent quatre au densimètre, soit environ cent six à l'aréomètre de Baumé. On ajoute de l’eau à la râpe lorsque les jus sont plus forts; le jus est chauffé à la température de quatre-vingts degrés centigrade, puis on ajoute une quantité de chaux éteinte qui varie suivant la nature et la qualité des betteraves. La chaux a pour effet de se combiner avec l’albumine, aux matières gommeuses colorantes, aux faibles quantités d’acides libres, de
former avec elles tles composés insolubles ou facilement séparables ; elle se combine même avec le sucre, en formant un sucrate soluble. Aussi évite-t-on l’emploi d’un excès de cliaux dont on pourrait, du reste, se débarrasser par l’alun à base d’ammoniaque : l’alun ordinaire et l’acide sulfurique sont des agents de défécation ; mais, comme il faut avoir encore recours à la chaux, on a renoncé à leur usage. On met ordinairement un kilogramme de chaux par deux hectolitres de jus, puis l’on continue de chauffer à la température de quatre-vingt-dix degrés ; on voit les mucilages contenus dans le jus de betteraves devenir insolubles par leur combinaison avec la chaux; ils montent à la surface et forment une ccume boueuse, compacte, épaisse, et dans laquelle se forment bientôt des crevasses au fond desquelles on aperçoit le jus parfaitement clair ; alors le liquide esta une chaleur de quatre-vingt-quinze à quatre-vingt-seize degrés; il faut tout de suite fermer les robinets de vapeur ou éteindre les feux, si on travaille à feu nu, le jus ne devant jamais bouillir. On fait couler le jus déféqué ; il se rend sur des filtres en passant par des débourbeaux, espèces de becs dans lesquels on met une couche de noir pour retenir les impuretés qui pourraient être entraînées; les écumes sont mises en sacs, pressées pour en extraire le jus qu’elles renferment et ensuite mises en réserve pour servir d’engrais.
On a reconnu la nécessité de mettre ces écumes à couvert sous des hangars ; la pluie les fait fermenter très-vite, elles dégagent alors une odeur putride très-incommode et perdent une grande partie de leur qualité fertilisante.
De là, les jus passent à l’atelier de noir animal.
Le noir animal se fabrique avec des os carbonisés; on le passe au moulin et on l’emploie à l’état de grains gros comme du gros sel de cuisine ; ses qualités absorbantes sont très-énergiques ; il ne filtre pas seulement comme du sable qui retient les corps étrangers au liquide, il absorbe les corps qui sont môme en solution dans le liquide, comme les sels de chaux, les matières colorantes, les mucilages non décomposés par la défécation, etc., etc. 11 s’assimile ces corps, et, sans se combiner
SUCRES
avec eux, il les retient dans les pores nombreux que possède chacun de ces grains. Le noir neuf est très-cher, et, d’ailleurs, les os seraient insuffisants pour en fournir si on n’avait trouvé le moyen de lui rendre ses qualités, au moins en grande partie ; c’est ce qu’on appelle révivifier le noir. Pour cela, lorsqu’il a servi, on le met en tas à l'état humide; il fermente , et, en cet état, rejette une partie des corps qu’il a absorbés. Souvent, pour faciliter ce travail, on l’arrose avec de l’eau acidulée, ou même on le passe dans des cuves d’eau acidulée; cette eau pèse de cent un à cent un degrés cinquante par une addition d’acide hydrochlorique. Le noir est ensuite parfaitement lavé dans un courant d’eau ; on renouvelle ce lavage au moins deux fois, puis on le fait sécher sur des plaques placées sur des fours à révivifier. 11 y a plusieurs systèmes pour revivifier le noir ou. pour mieux dire, pour le carboniser de nouveau après le lavage ; tous consistent à le chauffer dans des cornues parfaitement closes et à ne lui faire prendre l’air que quand il est assez refroidi pour qu’il ne puisse pas brûler. Après cette opération, on emploie le noir pour filtrer de nouveau.
Quand on lave le noir, l’eau entraîne avec elle tout le noir fin qui s’y trouve; on a bien soin de recueillir ce noir fin en faisant passer l’eau dans des citernes à compartiments, et ce noir est un engrais très-énergique pour certains sols; on peut le vendre douze ou quatorze francs l’hectolitre.
Filtrage. — Les jus, en sortant de la défécation, passent dans des filtres au charbon, s’y décolorent, et, après avoir été recueillis dans des monte-jus, sont envoyés dans des chaudières où on les évapore (évaporation) jusqu’à ce qu’ils aient acquis la densité de cent quinze aréomètres de Baumé; alors ils sont passés sur d’autres filtres, puis évaporés une seconde fois jusqu’à cent vingt-cinq degrés de densité; enfin, on les filtre une troisième fois pour les envoyer dans la chaudière de cuisson qui les concentre jusqu’à cent quarante degrés environ . Ln cet état, ils sont renvoyés dans les bacs de Y empli.
Lorsqu’un filtre vient d’être rempli de noir, on commence par y faire passer des sirops à cent vingt-cinq degrés, puis ceux a
SUCltE DE BETTERAVES (FABRIQUE DE).
cent quinze degrés, et ensuite des jus sortant de la défécation, et enfin de l’eau pour en retirer toute la partie saccharine que le noir aurait pu conserver. On met environ dix -sept hectolitres de noir par filtre. Au commencement de la fabrication, on ne se sert que de noir révivifié; ensuite on y met un demi, un, deux et même trois hectolitres de noir neuf, suivant la qualité des betteraves et le plus ou le moins de difficultés qu’on éprouve dans le travail.
Le sirop cuit, envoyé à l’empli, doit s’y refroidir très-lentement, sans cela il se changerait partiellement en sucre incristallisable.
L’évaporation donne lieu à une quantité considérable de vapeurs odorantes, et, lorsqu’il est à la température de quatrevingt-cinq à quatre-vingt-douze degrés centigrade, on le met en formes de quarante litres de contenance où il se cristallise tout à fait ; l’endroit où sont ces formes doit être chaud; il faut au moins vingt-cinq degrés centigrade de chaleur, sans cela le sirop se prendrait confusément et la mélasse resterait dans le sucre ; c’est par ce procédé que se fait le sucre d'orge.
Pour diminuer considérablement l’altération du sucre, on a recours à l’évaporation dans le vide à l’aide d’appareils présentant diverses formes. Le sirop, pendant cette évaporation, tend quelquefois à mousser , surtout au commencement; on modère alors l’arrivée de la vapeur et on projette une petite quantité d'un corps gras , comme le beurre , dans la masse en ébullition , afin d'éviter que le jus ne sorte de la chaudière pour aller au dehors dans un vase cylindrique appelé vase de sûreté. Le sirop destiné à l’évaporation dans le vide a déjà subi un dessèchement notable en coulant sur les tubes de condensation de l’appareil à évaporation dans le vide et servant ainsi de liquide réfrigérant.
Le sirop, suffisamment concentré, est porté dans une étuve chauffée à vingt-cinq degrés; on laisse ce sirop dans des rafraîchissoirs jusqu’à ce qu’il commence à se former des cristaux, et l’on procède à l 'empli, c’est-à-dire que l’on verse ce sirop dans des formes en terre-, comme celles qui ont été décrites pour le sucre de canne; on les dispose en trois rangs, sur des
472 sucres.
bancs percés de trous et placés eux-mêmes sur des gouttières communes en zinc.
Dans le but d’éviter les pertes notables dans les produits du raffinage dues à la perméabilité de la terre cuite qui s’imbibe de sirop, on a proposé d’enduire l’intérieur des formes avec une couche de peinture laite à la céruse, au minium et une huile siccative. L’emploi du plomb doit être proscrit. On pourrait faire cette peinture avec un enduit dans lequel on remplacerait la céruse par la terre de pipe mêlée à l’oxyde de zinc.
Vient ensuite l 'égouttage; il a lieu en enlevant les chevilles pour permettre l’écoulement du sirop. Quand les pains sont égouttés en loches, on secoue légèrement la forme pour en détacher le pain qu’on brise, et on le livre au commerce ou au raffineur.
On a modifié ce procédé; quand le sirop est au point convenable, on le porte dans les réchauffoirs, on élève la température à soixante dix-huit degrés, et on agite de temps en temps pour avoir des cristaux isolés; après vingt-quatre heures de cristallisation, on porte la matière prise en masse dans des caisses en tôle galvanisée dont le fond est en tôle métallique, ce qui permet un égouttage prompt.
Clairçage par déplacement. — Pour enlever le sirop et la mélasse en excès, on a recours au clairçage. C’est un déplacement de ces matières, à l’aide d’une solution de sucre bien décolorée et saturée à la température de l’étuve qui n’enlève pas le sucre cristallisé ; après deux ou trois clairces le sucre est devenu blanc; l’endroit où s’effectue le clairçage se nomme une purgerie.
Clairçage par la force centrifuge. — On opère un clairçage très-prompt en employant un appareil à force centrifuge analogue à ceux qui servent à essorer le linge. Le sucre à égoutter est placé dans un vase intérieur traversé par un axe vertical qui reçoit d’une poulie une vitesse de douze cents tours a la minute; les parois du vase sont garnies d’une toile métallique fine, que la mélasse peut seule traverser pour être lancée contre les parois du vase fixe dans lequel l’appareil est contenu. Pcn-
SUCRE DE BETTERAVES (FABRIQUE De) . 473
dant la rotation, on jette deux ou trois fois de la claircc de plus en plus pure; on arrive à faire en cinq minutes le travail qui dure de dix-huit à quarante-cinq jours avec le procédé précédent : aussi ce procédé est-il devenu d’un application générale.
Quand le sucre est cristallisé dans les formes, on les débouche et la mélasse s’écoule; ensuite on leur fait subir un clairçage , opération qui consiste à verser sur la forte deux, trois, quatre et même quelquefois cinq litres de beau sirop à la densité de cent vingt-sept à cent vingt-huit degrés aréomètre de Baumé, et au bout de quinze à vingt jours de séjour dans les purgeries, le sucre peut être loché, éerasô et livré à la raffinerie.
Les sirops qui s’écoulent des formes s’appellent sirops de deuxième jet. On les clarifie en les mélangeant avec du noir fin neuf et quelques litres de sang; on les filtre une seule fois, et on les cuit comme des premiers jets ; ces sirops étant moins . riches que les premiers jets, on les fait cristalliser dans de grands bacs de vingt-cinq à cinquante hectolitres décontenance. Il a été reconnu par l’expérience que plus un vase est grand, plus les cristaux s’y forment facilement. Enfin, les sirops qui sortent de ces seconds jets sont passés dans la chaudière à cuisson, sans autre préparation, et envoyés de là dans des citernes de cent à deux cents hectolitres, pour y laisser cristalliser le peu de sucre qu’ils contiennent encore; au bout de deux à trois mois et plus, on y retrouve de 15 à 25 pour 100 de sucre. La mélasse est le sirop venant des citernes, lorsque le sucre en a été extrait.
Je dois ajouter qu’il y a divers modes de fabriquer les sucres de betteraves; les uns emploient le système Rousseau.
Procédé Rousseau. — 11 consiste dans l’emploi d’un excès de chaux pour éviter l’altération des jus et mieux épurer le sucre ; en s’appuyant sur ce fait, que la combinaison que forme le sucre avec la chaux peut se conserver très-longtemps sans altération, et qu’on peut facilement en isoler le sucre par un acide faible, l’acide carbonique, par exemple, de préférence. C’est dans la chaudière à défécation que se fait cette addition de chaux (vingtcinq kilogrammes, pour 100 de jus); on élève la température
Sl'CRûS.
jusqu’à quatre-vingt-quinze degrés. On filtre dans une caisse à double fond, percée de trous, garnie d’un toile plucheuse, recouverte de vingt-cinq centimètres de noir en grains. Le liquide, filtré et déféqué, est traversé par un courant d’acide carbonique produit par un foyer à charbon et coke dans lequel une pompe lance de l’air; l’acide carbonique lavé passe par un tube terminé en pomme d’arrosoir jusque dans le fond de la chaudière; le carbonate de chaux se précipite; le sirop qui le surnage cristallise et se raffine facilement; il est d’ailleurs peu coloré, et ne mousse plus.
Procédé Melsens. — Pour conserver le jus de betterave, on a fait usage de bisulfite de chaux; mais ce procédé, laissant plus de matières étrangères dans le sirop, même incolore , a été abandonné.
Procédé Schutzenbach. — Ce procédé, mis en pratique en Allemagne et dans le nord de la France, consiste à découper les betteraves à l’aide d’un coupe-racines, à dessécher les cossettes qu’on peut garder presque indéfiniment dans un endroit parfaitement sec. Quand on veut en extraire le sucre, on les place avec cinq centièmes de chaux dans de grands cylindres en tôle, munis d’un faux fond, enveloppé chacun d un autre cylindre en bois pour maintenir la chaleur; un trou d'homme, placé à la partie supérieure des cylindres, sert à opérer la charge. On dispose en étage quatorze de -ces cylindres, de manière que la partie inférieure du premier communique avec la partie supérieure du suivant, et ainsi de suite; on les remplit d’eau bouillante au moyen d’un réservoir supérieur, tandis qu’à l’aide d’un autre tube on aspire l’air contenu dans l'appareil. La pression est d’environ cinq mètres d’eau; elle est due a la différence de niveau du réservoir et des cylindres. Après quelques minutes de macération, le liquide passe sur des cossettes de plus en plus riches, et sort marquant vingt-deux degrés Baumé; on évapore ce sirop, on le filtre sur le noir, et le rapproche pour le faire cristalliser comme à l’ordinaire.
On a proposé d’épurer le sucre avec le sous-acétate de plomb. — En France, par suite d’ordonnance (voir Plomb , t. 11,
p. 512), ce procédé est prohibé; mais il est permis en Angleterre et dans les colonies anglaises. Ce procédé porte le nom de Scoffern-Patent. Malgré tout le soin apporté à l'élimination du plomb, à l’aide de l’acide sulfureux et de la fibration, les sucres ainsi fabriqués retiennent encore du plomb. L’entrée de ces sucres plombifères, qui nous arrivent des iles anglaises, devrait être prohibée.
Quant au sucre d’érable, il s’obtient en quantité notable, dans l'Amérique du Nord, à l'aide de trous percés dans le tronc de l'érable saccharifère ; on ajoute un tuyau de sureau pour faire écouler la sève sucrée qu’il suffit de concentrer, pour obtenir, par des moyens analogues à ceux que je viens de décrire, un sucre brut que l’on ne raffine presque jamais. — (Voir au mol Alcool , l’article Distillerie, t. 1, p. 225.)
Causes d’insalubrité. — Aucune.
Causes d’incommodité. — Vapeurs odorantes produites pendant l’évaporation.
Odeur fétide des noirs en fermentation.
F umée de la machine à vapeur.
Ecoulement d’eaux de fabrication fermentescibles. — Écoulement des vinasses.
Odeur des vinasses.
Dangers d'incendie à cause des alcools.
Prescriptions. — (Elles s’appliquent spécialement à la fabrication du sucre par le jus de betteraves.)
Isoler la fabrique.
Diriger dans une cheminée, haute de vingt-cinq à trente mètres, la vapeur du foyer et toutes celles produites pendant l’évaporation.
La distillerie sera tout à fait isolée des ateliers où seront lavées et pressées les betteraves.
Les jus y seront apportés, soit de ces ateliers, soit du dehors, pour être immédiatement soumis à la fermentation alcoolique.
La distillerie sera pavée en pierres dures, rejointoyées à la chaux hydraulique.
SUCIIES.
Toutes les opérations, sans exception, se feront à l’aide de la vapeur.
Les foyers des générateurs et les générateurs eux-mêmes seront séparés par une muraille de la chambre où seront établis les appareils distillatoires.
Les alcools seront enlevés au fur et à mesure de leur production.
Dans le cas contraire, et de force majeure, ils seront déposés dans des magasins construits en briques.
On ne pourra pénétrer le soir dans les magasins que muni d’une lampe de sûreté.
La concentration des vinasses, provenant delà distillation des mélasses , se fera de manière qu’il ne puisse s’échapper aucune odeur désagréable ou incommode ; soit que les vinasses ne soient concentrées qu’à un certain degré, soit qu’elles soient neutralisées par une bouillie de chaux ou par de la potasse; soit qu’on fasse arriver les vapeurs dans un lait de chaux, où elles barboteront avant de se diriger dans une cheminée particulière et en bois ; soit enfin, à l’aide de tout autre moyen que la science ou la pratique pourraient indiquer ultérieurement.
Les vinasses concentrées seront transportées hors de l'établissement dans des tonneaux bien fermés. (Voir comptes rendus du département du Nord, n° 13, 1855, p. 124.)
Ne jamais laisser couler sur la voie publique (rues, routes) les eaux de fabrication, mais les conduire dans des citernes ou bassins après leur avoir fait traverser deux grilles dont les barreaux de la première ne pourront être espacés de plus de un centimètre, et ceux de la deuxième, de plus de deux millimètres. — On pourrait, selon le terrain des localités, les perdre dans des puits absorbants creusés dans la craie (Douai); après celte double filtration, elles arriveront successivement dans deux bassins de un mètre de profondeur et à large surface par un courant de superficie passant sur la crête parfaitement horizontale d’un déversoir en pierre dure établi sur toute la longueur d’un des côtés du bassin.
A deux centimètres à l’amont delà face antérieure des déver-
SUCRE DE BETTERAVES (FABRIQUE De).
soirs, et sur toute leur longueur, sera lîxé un madrier de vingt centimètres de hauteur, plongeant de moitié dans l’eau, de manière à former écumoire par rapport aux matières qui surnagent.
Curer les bassins au moins tous les huit jours, — et, à cet effet, pour ne pas entraver la marche de l’usine, avoir un deuxième système de bassins qui fonctionnera pendant qu’on nettoiera l’autre.
Surmonter les citernes à mélasse d'une cheminée d’appel pour éviter l'accumulation du gaz hydrogène carboné.
Ne faire en aucun endroit de la voie publique, ni dans aucun fossé, de dépôts de matières fermentescibles.
Ne point laisser séjourner dans l’usine les eaux de condensation des machines à vapeur ou les résidus liquides delà fabrication.
Les résidus des cuves à fermentation et les eaux provenant du lavage de ces mômes cuves seront conservés comme engrais et transportés journellement hors de la fabrique dans des tonneaux également bien fermés. — Ces résidus ne pourront, dans aucun cas, séjourner dans l'usine ni sur la voie publique.
S’il existe une grande rivière dans la localité, on pourra, pendant la nuit seulement, les y verser.
La distillation des jus ou des cosseltes de betteraves ne pourra avoir lieu pendant tout le temps du chômage des canaux, des rivières ou cours d’eau dans lesquels se rendraient les eaux de la fabrication.
S’il existe une citerne pour les mélasses, elle devra être constamment et convenablement ventilée.
Enfin, il y aura dans l’établissement une pompe à incendie avec tous ses accessoires, et, dans l’atelier à distillation et le magasin des alcools, on aura toujours à portée, et selon l’importance de la fabrique, de un quart à un mètre cube de sable tin.
C’est ici le lieu de rappeler avec plus de détails les prescriptions qui doivent être imposées aux fabriques de distilleries
SUCHES.
d’alcool de betteraves et de sucreries. — Celte industrie étant exercée presque toujours en commun , — ces préceptes ont ici leur place comme à l’article Distillerie d’alcool.
Art. 1er. Les eaux de lavage des betteraves des distilleries et des sucreries seront séparées des matières organiques et inorganiques d’après les procédés et moyens prescrits par l’autorité, et ne pourront, dans tous les cas, s’écouler dans les cours d’eau que parfaitement limpides.
L’écoulement dans les marais d’une faible superficie, ou mares à eaux stagnantes, sera formellement interdit.
Art. 2. L’écoulement des vinasses des distilleries, même purifiées par quelque mode que ce soit, dans les fossés, mares à eaux stagnantes, cours d’eau d’un débit presque nul, ou puits absorbants, ne sera toléré dans aucun cas.
Art. 5. Les distilleries d’alcool de jus de betteraves ne seront autorisées qu'aux conditions suivantes, que l’administration déterminera, selon les divers cas, d’après justification complète et préalable des moyens à employer et des quantités à produire :
■1° Ou bien on suivra des procédés ne fournissant que des résidus propres à être employés intégralement pour la nourriture du bétail ;
2° Ou bien les vinasses seront déversées sur de larges surfaces de terres arables, sans qu’aucune partie puisse déborder et s’écouler dans les fossés, mares ou cours d'eau.
Dans ce cas, l’industriel sera libre d’employer le procédé de fabrication qui lui conviendra.
3° Ou bien les vinasses seront déversées dans les cours d'eau après filtration au travers d’un terrain drainé, reconnu d’une nature et d’une superficie convenable, pourvu que, dans leur mélange avec l’eau de la rivière, elles n'excèdent pas la proportion de ïoT de la quantité d'eau à l'étiage. L’acide chlorhydrique sera substitué à l’acide sulfurique. Le traitement des vinasses par la chaux, ainsi que les bassins de dépôt, mais pour les vinasses seulement, ne seront point obligatoires.
4° Ou bien les vinasses seront déversées directement dans un cours d’eau peu éloigné, pourvu que leur volume n’excède pas jAg de la quantité d’eau à l’étiage.
Dans ce cas, l’emploi d'un acide quelconque sera facultatif; mais l'industriel devra traiter chaque hectolitre de vinasse bouillante par un kilogramme de chaux vive à l’état de lait; construire les bassins de dépôt et n’en laisser sortir les vinasses que franchement alcalines et parfaitement limpides.
Art. 4. Les distilleries d’alcool de jus de betteraves autorisées à se débarrasser de leurs vinasses d’après les modes spécifiés dans les 2°, 3°, 4° de l’article 3 ne pourront, sous quelque prétexte que ce soit, travailler que pendant les mois d’octobre, novembre, décembre, janvier, février, mars.
Art. 5. Les distilleries d’alcool de mélasse de betteraves seront soumises aux mêmes prescriptions que celles de jus toutes les fois que les vinasses ne seront pas employées en totalité à la fabrication de la potasse.
sucre (raffineurs de). 479
Art. 6. Les distilleries déjà existantes ne pourront reprendre leurs travaux sans que les propriétaires aient fait en temps opportun la déclaration de leur situation et adressé leur demande à l’administration, qui, tout en réservant le droit de priorité, décidera à quelles conditions l’autorisation pourra être maintenue.
Art. 7. En ce qui louche l’industrie en général :
1° Les industriels autorisés à déverser les résidus liquides de leurs opérations dans les cours d'eau exécuteront d’une manière rigoureuse et complète toutes les mesures de purification spécifiées dans les arrêtés d'autorisation.
2° Les industriels non pourvus d'une autorisation sont tenus de régulariser leur situation dans un délai de trois mois, à partir de la promulgation du présent arrêté.
Le conseil central émet en outre le vœu :
1° Que M. le préfet sollicite un décret qui range dans la première classe «les établissements dangereux, insalubres et incommodes, les distilleries d’alcool de jus de betteraves non classées, et les sucreries, rangées aujourd'hui dans la deuxième classe;
2° Qu’il soit procédé sans retard au curage des cours d’eau, et que ces derniers soient régis par des associations syndicales, contrôlées d’une manière active par l’autorité;
5° Qu’il soit nommé un inspecteur de salubrité départementale, avec mission d’éclairer les industriels sur la marche à suivre dans l’exécution des mesures qui leur sont prescrites, d’en surveiller l’exécution, de contrôler les résultats obtenus, de verbaliser, au besoin, et de proposer les modifications dont l’expérience aurait démontré la nécessité.
Sucre (Kaflineurs de) (2’ classe). — 14 janvier 1815.
Détail des opérations. — Le sucre brut ou cassonade contient du sable et de la terre, des matières colorantes, azotées, du sucre incrislallisable, des acides libres provenant d’une fermentation, des sels, et, en particulier, du saccharate ou sucrate de chaux. Les sucres de cannes et de betteraves sont raffinés de la même manière; on les conserve dans un endroit sec, aéré; on les dépote , on les vide sur une pièce dallée nommée bac à sucre , on en sépare les agglomérations résistantes pour les traiter à part. On lave ensuite les barriques pour en détacher les dernières portions de sucre, à l’aide d’un jet de vapeur qui se condense en dissolvant le sucre; on donne le nom de dégraissage à celte opération.
sucres.
On passe au crible le sucre ainsi préparé, on le dissout dans la moitié de son poids d’eau dans des chaudières à défécation placées à une certaine hauteur pour faciliter l’écoulement dans les fdtres. Ces chaudières, chauffées par la vapeur circulant dans un double fond, sont portées à l’ébullition; le sucre est dissous; on y met préalablement cinq kilogrammes de noir animal fin pour cent de sucre, et, quand l’ébullition commence, on y verse 1 à 2 pour 100 de sang battu dans quatre ou cinq fois son volume d’eau.
Le sang employé a été battu pour le défibriner au moment de la saignée ; on le conserve dans des tonneaux soufrés , ou contenant un millième d’une dissolution d’acide sulfureux ; on emploie quelquefois un mélange de sang et de noir desséché, qui se conserve assez bien ; le sang doit toujours être frais. Si les œufs n’étaient pas à un prix si élevé, ils seraient d’un utile concours dans cette clarification.
Dès que l’ébullition se prononce nettement dans la chaudière, on fait couler le mélange de sirop et de noir sur des filtres Taylor plus ou moins modifiés; on sépare ainsi du sucre une partie de la matière colorante, les matières en suspension, tout le noir et les écumes; on épuise ce noir par deux arrosages à l’eau bouillante, et on le revend même plus cher que le noir neuf pour les usages de l’agriculture, sous le nom de noir de raffineries.
La clairce limpide, qui provient de celte première filtration, passe immédiatement, au sortir des premiers filtres, sur des filtres à noir en grains semblables à ceux que l’on emploie pour obtenir le sucre. Après la filtration, on concentre le sirop comme à l’ordinaire, on verse les cuites ou sirops concentrés dans des réchauffoirs chauffés à quatre-vingts degrés, où la cristallisation s’effectue; on la trouble, on égrène pour verser la masse à l’état pâteux dans les formes où la cristallisation va s’achever. Ces formes sont en terre cuite ou en tôle zinguée ou galvanisée; quelquefois recouverte d’un vernis vitreux ou d'une peinture plombifère ( céruse et huile de lin 1, qu'on renouvelle deux fois par an.
SUCRE (rAFFINEUUS DE) .
Les formes en cuivre étnmé sont les plus convenables et les plus durables. On les remplit avec des pucheux ou puisoirs en cuivre, et on procède quelque temps après, et à deux ou trois reprises, à un mouvage destiné à ramener dans toute la masse le grain qui se précipite au fond. L ’ empli, pièce où se fait cette opération, est maintenu à trente-cinq degrés. Les formes y sont disposées comme pour la fabrication du sucre brut ; elles restent environ de huit à douze heures dans l’empli et sont montées dans les greniers (pièces où s’exécute l’égouttage), à une température d’environ 68 degrés.
Apres six ou sept jours d’égouttage, on procède au terrage , qui s’effectue avec de l 'argile comme pour le sucre de canne; après quelques jours d’un second égouttage , on procède au pianotage, c'est-à-dire qu’on ratisse et égalise la surface du pain encore dans sa forme. Cela fait, on loche et remet le pain dans sa forme pour parfaire l’égouttage qu’empêchait partiellement l’adhérence. Les sucres, lochés de nouveau ou retirés des formes, sont exposés vingt-quatre heures à l’air, puis séchés à l’étuve.
On procède alors au clairçage pour enlever quelques particules de mélasse contenues à l’intérieur, puis on expose les pains dansune étuve, où ils subissent une température graduellement croissante jusqu’à quarante-cinq degrés.
On a cherché à opérer l’égouttage au moyen de l’appareil centrifuge, et l’on a réussi ; les formes sont disposées dans le cylindre, la pointe tournée vers l’axe ; on arrive en cinq ou six heures à exécuter un travail de vingt jours.
Causes d’incommodité. — Fumées.
Buées.
Mauvaise odeur.
Écoulement des eaux de condensation.
Prescriptions. — Élever la cheminée de vingt-cinq à trente mètres.
Disposer la purgerie et les séchoirs de manière à éviter les incendies.
Etablir une ventilation active dans les ateliers.
Xe point laisser couler sur la voie publique les eaux de con-
VERXOIS, Il YG . 1SD. II.
SUCRES
densalion, mais les diriger par des conduites couvertes jusqu’au cours d’eau ou à l’égout le plus voisin.
Ne jamais laisser dans l’usine les résidus de la clarification et les exporter avant toute fermentation.
Caramel et» graixl (Fabrique «te) (3* classe). — 5 novembre 1826.
Détail des opérations. — Le sucre éprouve différentes modifications par la chaleur avant de se décomposer; il fonda cent quatrevingts degrés, redevient dur et transparent par refroidissement et cristallise spontanément; en cet état, il porte le nom de sucre cî'orge, de sucre de pommes. Si on le chauffe à deux cent dix degrés, il se colore en jaune, puis en brun rougeâtre, perd une partie de son eau de constitution, se change complètement en un nouveau produit brun noirâtre, soluble dans l’eau, non fermentescible et incristallisable, c'est le caramel. Chauffé davantage, il devient insoluble en perdant une nouvelle quantité d’eau, puis se transforme en un charbon boursouflé, brillant, d’un beau noir.
Quand on fabrique le caramel en grand, on emploie la mélasse ; on la porte à une température de deux cent dix à deux cent quinze degrés, en l’agitant constamment, pour faciliter le dégagement de vapeur et empêcher la carbonisation de se manifester au fond de la chaudière. Il se dégage des gaz et des vapeurs , sinon insalubres, au moins incommodes, qu’on lance dans l’atmosphère au moyen de la cheminée du foyer, après les avoir fait circuler dans un serpentin pour en condenser la plus grande partie. (Voir Mélasses, t. II, p. 487.)
Causes d’insaludrité. — Aucune.
Causes d’incommodité. — Vapeurs très-odorantes.
Odeur forte dans les magasins.
Prescriptions. — Construire le fourneau en fer et briques.
Isoler ce fourneau à l’aide de cloisons faites en briques; doubler les portes en tôle.
Le surmonter d’une large hotte qui puisse facilement recueillir toutes les vapeurs produites.