SUR LA QUESTION DES VINASSES
§ Ier-
« Il serait extrêmement désirable que l'industrie, qui fait tant de bien et d'honneur au pays, qui améliore les procédés connus et en invente chaque jour de nouveaux, pût, soit par elle-même, soit à l'aide des indications de l’administration, accomplir son importante mission sans altérer les eaux indispensables aux populations et aux ouvrages agricoles. Je verrais donc avec une grande satisfaction que le conseil central voulût bien me faire connaître les dispositions qu’il y aurait lieu de recommander et même de prescrire pour atteindre ce but, non-seulement dans les distilleries, mais aussi dans les autres établissements industriels, sucreries, teintureries, etc., qui déversent aujourd'hui leurs résidus insalubres dans les cours d'eau. »
Pour répondre au désir manifesté par M. le préfet, le conseil nomma une commission, composée de MM. Kolb, Demesmayel Meurein, à l'effet d’étudier de nouveau la question.
' Ces ordonnances ont été rédigées d’après plusieurs rapports remarquables de mon collègue Jl. le docteur Ueaude. — On devrait les rendre applicables à l’industrie des jouets d’enfants colorés, et à un grand nombre de pâtisseries.
Voici le rapport quelle rédigea, et qui, après avoir été lu et adopté en séance générale, fut adressé à M. le préfet :
En vous communiquant le rapport que le comité consultatif d’hygiène publique et des arts et manufactures ont présenté à M. le ministre des travaux publics sur les moyens d’obvier aux inconvénients qui résultent de l’évacuation, dans les cours d'eau, des vinasses provenant des distilleries, M . le préfet vous a demandé votre avis sur les mesures à prendre et les moyens pratiques à adopter pour faire cesser un état de choses qui a lésé de nombreux intérêts et provoqué les plaintes générales des populations; il vous invite, en outre, à ne pas borner vos conseils à ce qui concerne les distilleries, mais à les étendre à tous les établissements industriels qui déversent leurs résidus incommodes ou insalubres dans les cours d’eau, tels que sucreries, teintureries, dégraissage de laine, etc.
Aussi loin que nous nous reportions dans vos archives, à 1829 par exemple, nous voyons que la première fabrique de sucre de betterave ne tarde pas à donner lieu à des plaintes par l’écoulement des eaux de lavage des racines saccharifères. A mesure que cette industrie se développe, les plaintes, d’abord isolées, deviennent plus générales, et se font entendre sur beaucoup de points. Toutes sont provoquées par la mauvaise odeur qui se dégage des fossés où circulent les eaux de lavage, mais surtout des mares ou marais où elles sont stagnantes. Cette odeur, c’est celle de l’acide sulfhydrique, dont la diffusibilité est telle, qu'il affecte l’odorat, alors même que les réactifs chimiques les plus sensibles sont incapables d’en déceler la présence.
C'est le dégagement de ce gaz infect qui frappe les commissaires enquêteurs des conseils de salubrité dans leurs investigations. Partout les phénomènes se passent d’une manière identique, ainsi que le démontrent les nombreux rapports émanant des conseils des arrondissements de Lille, Douai, Cambrai, Valenciennes. Loin des fabriques, les eaux sont laiteuses, soit par le maintien en suspension du soufre dans un grand état de division, par suite de la décomposition des sulfures, qui eux-mêmes sont produits par la désoxygénation des sulfates contenus normalement dans la betterave1, soit par toute autre cause encore mal connue; elles répandent une odeur vive d’acide sulfhydrique; çà et là une écume noire et compacte les recouvre. En approchant des fabriques, cet aspect laiteux disparaît, elles sont souvent claires; plus près encore, elles sont de plus en plus limoneuses et presque inodores. Les fosses ou bassins d’où elles sortent sont partout remplis de terre, de radicules de betteraves, de particules de pulpe, enfin dans un état qui dénote, de la part des industriels, une incurie coupable. Pendant cette macération, l’eau dissout les sels et les matières organiques solubles des betteraves; tantôt la décomposition se produit dans les fosses mêmes, tantôt ce n’est qu’à de grandes distances qu’elle a lieu. C’est pour obvier à cet inconvénient que vous avez conseillé la construction de bassins
1 D’après nos analyses, le jus pur de betteraves contient 0 gr. OOSüS 0/0 d’acide sulfurique anhydre combiné aux bases alcalines.