VERNOIS, 11YG. 1NI>. II
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de dépôt géminés, communiquant entre eux par des déversoirs de superficie; (on a essayé à la sucrerie d'Illies d’établir la communication en faisant passer le liquide au travers d’une muraille filtrante constituée par du charbon et des escarbilles ; mais en peu de temps les pores de ce filtre ont été obturés, et le liquide s’est épanché par déversement); le passage de l’eau limoneuse au travers de grilles assez serrées pour s’opposer à l'arrivée des débris organiques dans les bassins; le curage fréquent de ces mêmes bassins. On n’a tenu presque aucun compte des arrêtés préfectoraux; et aujourd’hui encore, dans beaucoup de localités, le mal se reproduit d’une manière d’autant plus grave, que les industriels n’ont rien ou presque rien fait pour le conjurer, et que la sécheresse continue a mis à sec les fossés et les mares qui, dès lors, ne reçoivent que les eaux de lavage sans mélange.
Il ne faut pas cependant exagérer les dangers de cette situation, au point de vue de la santé publique. Avant la reprise du travail des sucreries, le lit des petits cours d'eau qui servaient aux usages domestiques était à sec; il en était de même de beaucoup de marais ; on devait donc se pourvoir ailleurs. Aujourd’hui ils contiennent de l’eau qui n'est pas potable ; il n’y a rien de changé aux conditions imposées par la nature. Seulement cette eau répand souvent une odeur d’hydrogène sulfuré. Cela est assurément incommode; mais dans l’état de dilution où se trouve ce gaz, si toxique lorsqu’il existe dans l’air dans la proportion de quelques centièmes, il n’y a absolument à en redouter aucun effet fâcheux sur l’économie. Dans les nombreuses visites que nous avons faites sur les lieux où on se plaignait surtout de la mauvaise odeur de l’eau, nous nous sommes toujours enquis avec un soin tout particulier de l’état sanitaire des plaignants, et nous sommes hèureux de pouvoir affirmer que jamais nous n’avons rencontré plus de maladies là qu'ailleurs ; les enfants, les adultes, les vieillards, jouissaient de cette santé robuste qu’on 11e rencontre qu’à la campagne. Ce fait a du reste un précédent : dans les vallées de la Toscane où se trouvent les lagoni, l’air contient toujours des quantités d’acide sulfhydrique relativement considérables, et la santé des ouvriers qui travaillent à l’extraction de l’acide borique, toujours au sein de cette atmosphère impure, ne parait pas plus influencée d’une manière fâcheuse par ce milieu, peu hygiénique en apparence.
De ce que la situation n’est pas immédiatement compromettante pour la santé, ce n’est pas toutefois une. raison pour ne pas chercher à atténuer ou à faire disparaître l’inconvénient. Nous ne l’avons jamais pensé, et nos actes de longue date le prouvent d’une manière surabondante.
Nous croyons qu’à force de soins et de précautions, qui ne sont pas incompatibles avec les exigences de l'industrie, on peut obtenir des résultats avantageux.
Nous avons parlé de la séparation des matières organiques avant l'introduction de l'eau dans les bassins de dépôt, du mode de construction et de fonctionnemen t des bassins géminés, de leur fréquent curage. Nous ajouterons que, lorsque le terrain le permettra, le déversement de ces eaux de lavage sur des terres drainées sera un bon moyen de purification, déjà employé
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avec un résultal très-satisfaisant par M. Fiévct, fabricant de sucre à Masny.
L’écoulement dans des puits absorbants, après épuration par dépôt préalable, a été pratiqué avec succès dans les arrondissements de Douai, de Cambrai, de Lille, sans que ce mode ait été suivi des inconvénients que les probabilités permettaient de redouter. Mais si, dans quelques conditions favorables, on peut y avoir recours sans danger, lorsqu’il s’agit d'eaux auss, peu chargées de matières organiques et inorganiques que les eaux provenant du lavage des betteraves, il suffit néanmoins que quelques exemples de corruption des eaux souterraines servant à l'alimentation des populations se soient produits par ce fait pour qu’on ne puisse l’admettre en principe, et que la prudence conseille de. n’y avoir recours qu’exceptionnellement.
Le déversement des eaux de lavage des betteraves dans un cours d’eau important à la sortie des bassins de dépôt constamment en bon état ne peut exercer sur la composition et les propriétés de ce cours d’eau aucune influence fâcheuse; il a été expérimenté avec succès, on peut sans inconvénient y recourir encore.
Jusqu’ici nous ne nous trouvons encore qu’en présence des sucreries ; la plus grande partie des plaintes proviennent de l’inexécution des mesures prescrites par l’autorité; et à plusieurs reprises les conseils de salubrité de tous les arrondissements ont témoigné le regret du défaut de surveillance et de contrôle intelligent exercé sur les industriels pour guider et éclairer leur inexpérience dans l’emploi des moyens capables d’atténuer les inconvénients de leurs travaux, et, au besoin, les contraindre à accomplir ce qui leur est imposé dans l'intérêt général. Dans la nouvelle période que nous allons parcourir, l'absence de ce contrôle officiel se fera sentir plus vivement encore.
En effet, si la sollicitude de l’administration et des conseils pour les intérêts hygiéniques des populations a été vivement éveillée par l’incommodité inhérente à l'écoulement des eaux de lavage des betteraves sortant des sucreries, que sera-ce lorsqu'à ces mêmes eaux se joindront des résidus liquides dix fois plus insalubres, les vinasses des distilleries, que la maladie de la vigne en 1853 fait surgir tout à coup dans le Nord et le Pas-de-Calais? Dans l'ignorance du résultat, on ne prend, à l’égard de ces nouvelles usines, d’autres mesures, quant à l’écoulement des eaux, que celles adoptées poulies sucreries. Aussi voyons-nous chacun se débarrasser de l’énorme quantité de vinasse produite chaque jour par la voie qui parait la plus convenable à ses intérêts ou le plus en harmonie avec les exigences de sa situation, laissant au hasard le soin de sauvegarder les populations.
Le mal ne tarja pas à se manifester dans toute son étendue, et appela 1 attention de l'autorité. Il se révéla par l’odeur infecte que répandirent tous les cours d’eau, et par la mortalité des poissons.
Il n en pouvait être autrement. En effet, à la faible proportion de sulfates existant dans la betterave à l’état normal, sulfates qui, par la décomposition, avaient déjà donné lieu a tant de plaintes, on ajoutait encore l’énorme quantité de sulfates résultant de la combinaison de l’acide sulfurique avec les bases alcalines et terreuses contenues dans la betterave elle-même ou dans
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les cours d’eau, acide mélangé au jus dans la proportion de jjfa pour en en faciliter la fermentation.
Celle masse de sulfates si facilement décomposables par les matières organiques qui les accompagnaient dans les vinasses devait nécessairement enlever à l’eau tout l’air et l’oxygène indispensables à la vie des poissons et les asphyxier dans leur élément; l’acide sulfhydrique eu dissolution, ainsi que l’acide minéral libre, n’étaient-ils peut-être pas non plus sans avoir leur part d'influence dans ce résultat. Ce môme acide sulfhydrique, en se volatilisant dans l’air, frappait les populations d’épouvante en leur faisant supposer que l’eau qui avait déterminé une si grande mortalité chez les poissons était de nature à produire le même effet sur les animaux et sur l’homme ; aussi les riverains des cours d’eau et les bateliers n’osaient plus employer pour les usages internes le liquide qui auparavant était leur boisson habituelle et avec lequel ils préparaient leurs aliments. On remarque encore là les exagérations de la crainte et l’assimilation irréfléchie d’un effet à un autre. Nous avons alors examiné beaucoup d'échantillons d’eaux dans lesquelles les poissons étaient morts, et certes ces eaux, quoiqu'un peu moins pures que dans leur état normal, n’étaient ni insalubres ni de nature à apporter une perturbation profonde dans la santé des animaux qui en auraient fait usage.
Telle était la situation dans laquelle on se trouvait, lorsque notre collègue, M. Kulhmann, présenta au conseil le remarquable rapport dans lequel il a traité d’une manière complète et sous toutes ses faces la difficile question de l’écoulement des vinasses de betteraves. Dans ce rapport, inséré au recueil de vos travaux de Tannée 1854, n° XIII, page 124, nous trouvons des appréciations très-saines et très-judicieuses, exposées avec tout le talent et la compétence que nous nous plaisons à reconnaître à son auteur, sur le mode de déversement dans les puits absorbants, l'absorption des vinasses par la surface du sol, drainé ou non, la concentration par la chaleur. Ce travail est assurément le précurseur du rapport qui nous est communiqué par M. le préfet. Nous trouvons en effet dans ce dernier document la même division, les mêmes opinions, les mêmes moyens, les mêmes conclusions, le même respect des principes qui protègent la liberté commerciale, et les mêmes efforts pour concilier les intérêts de la santé publique et ceux de l'industrie.
Aussi, comme le rapport précité de M. Kulhmann a tracé la voie dans laquelle le conseil central de salubrité s’est efforcé de diriger l'industrie de la distillerie de l'alcool de betteraves, pour rendre son existence compatible avec les lois de l’hygiène, nous allons trouver dans les faits résultant des nombreuses expériences entreprises dans tout le département d'après chaque mode particulier employé pour l’écoulement des vinasses, les réponses aux questions que nous pose M. le préfet.
Des essais de déversement des vinasses dans les puits absorbants, entrepris dans l’arrondissement de Lille, n'ont généralement pas été suivis de résultats satisfaisants. Ou bien les puits s'encombraient de matières organiques qui, primitivement dissoutes, formaient en s'organisant sur les parois des enduits imperméables; ou bien les vinasses, se mélangeant aux eaux qui
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alimentaient les pompes, les rendaient impropres aux usages domestiques.
Dans les arrondissements de Cambrai et de Douai, ainsi que nous l avons dit au sujet du déversement des eaux de lavage des betteraves, le fonctionnement de larges puils, terminés par une vaste galerie horizontale, parait avoir été satisfaisant, quant à l’absorption et à ses conséquences.
Des expériences suivies de mauvais résultats ont fait condamner ce mode dans l’arrondissement de Valenciennes.
Le drainage a été expérimenté sur une vaste échelle par MM. Fiévet, à Masny et à Sin. M. Fiévet, de Masny, a déversé pendant cent cinquante jours de travail de la campagne 1854-55 onze cent hectolitres de vinasses par jour sur une surface de vingt hectares. L’eau qui sortait des drains était encore trouble, et, en s’écoulant dans un fossé qui, après un trajet de huit kilomètres, l’amenait à la Scarpe, se corrompait et répandait l’odeur sulfhydrique caractéristique. M. Fiévet employait les râpes et les presses et acédifiait les moûts par l’acide sulfurique. La terre retenait une certaine quantité de matières organiques, même dissoutes primitivement; mais presque tous les sulfates restaient en dissolution dans l’eau qui sortait des di’ains et subissaient la loi de la décomposition sous l’influence des matières organiques.
A Moulins-Lille, quoique la terre sur laquelle on déversa les vinasses ait été drainée, elles s’infiltrèrent dans le sous-sol crayeux et gâtèrent l’eau des puits de deux quartiers dans un rayon trés-étendu. Les eaux souterraines furent très-longtemps infectes avant de recouvrer leur pureté primitive.
Dans les arrondissements de Cambrai, de Douai, de Valenciennes, on a fait écouler les vinasses sur de grandes superficies de terres non drainées; l’absorption a été lente, mais le résultat a été satisfaisant, surtout au point de vue de la culture.
Dans l’arrondissement de Lille, ce mode a été mis en pratique pendant plusieurs années consécutives, à Anstaing, Annœullin, Séclin, etc. Les industriels cultivateurs qui y ont eu recours s’en sont bien trouvés. Mais les récoltes étaient trop fortes, les racines sarclées étaient encore en pleine végétation à la fin de 1 année; les betteraves énormes ne contenaient que trèspeu de sucre, que la distillerie pouvait extraire et convertir en alcool, mais que la sucrerie n’aurait pu travailler qu’avec perte. Les pommes de terre étaient très-aqueuses et peu féculentes. Nous y avons vu des blés aux fanes noires ne pouvoir fructifier et des escourgeons pourrir sur pied.
Du reste, on ne remarquait aucune mauvaise odeur se dégageant de la terre, qu’on se hâtait de labourer au printemps.
Il est donc évident que les distilleries situées en pleine campagne peuvent être dans de bonnes conditions pour utiliser les vinasses. Mais il n’en est pas de même de celles qui se trouvent près des villes ou au centre d’une agglomération de population; pour elles, la situation est plus précaire et 1 écoulement des vinasses plus onéreux. C’est surtout aux industriels ainsi placés qu’on a dû prescrire la construction des bassins de dépôt et le traitement des vinasses par la chaux. Leur voisinage n'était plus tolérable; il fallait absolument ou faire fermer les usines, ou contraindre les industriels à
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se conformer rigoureusement aux prescriptions de l’autorité. Quelques-uns nous ont permis, par les soins consciencieux avec lesquels ils ont exécuté les arrêtés qui ont autorisé leurs travaux, de constater l’efficacité des procédés de purification ; d’autres, par un semblant d’exécution, ont aggravé le mal, compromis les principes auxquels ils étaient censés se conformer, provoqué des plaintes sans cesse renouvelées et ébranlé la confiance de l’autorité dans l’efficacité des mesures qui lui étaient conseillées.
C’est par suite de ce mépris des injonctions administratives que M. le préfet, cédant aux réclamations constantes des populations, a pris l’arrêté du 5 juillet 1855, qui interdit tout écoulement des vinasses dans les cours d’eau.
Cette mesure trop radicale ruinait tout à coup l’industrie de la distillerie qui devait périr peut-être quelques années plus tard par une autre cause. Mais, comme elle était alors viable, comme le conseil de salubrité avait foi dans les moyens capables d’atténuer les inconvénients de l'écoulement des vinasses dans les cours d’eau, pourvu que les industriels voulussent bien les employer consciencieusement, il se posa en médiateur et obtint de M. le préfet la suspension pour une année de l’exécution de l’arrêté du 5 juillet.
L’emploi des puits absorbants fut proscrit formellement, et on apporta tous les soins possibles dans la combinaison des moyens de purification. C’est alors que la substitution de l’acide chlorhydrique à l’acide sulfurique fut prescrite pour la fermentation ; que les vins durent être neutralisés avant la distillation; que la chaux dut être ajoutée dans les bassins à la vinasse bouillante; qu’enfin, comme contrôle d’une opération bien faite, la vinasse ne put sortir des bassins que claire et franchement alcaline. Nous avons le regret de le dire : généralement l’industrie ne tint aucun compte de la concession qu’on venait de lui faire.
L’acide chlorhydrique ne fut pas employé, parce que, dit-on, ses vapeurs attaquaient les appareils distillatoires, inconvénient auquel on ne pouvait remédier, attendu que la neutralisation des vins avant la distillation était déclarée impossible industriellement. Cependant cette impossibilité a disparu quand on a distillé plus tard les riz plus ou moins avariés qu’on saccharifiait avec ce même acide chlorhydrique.
On ne construisit pas de bassins de dépôt, ou bien on les construisit dans des dimensions telles, qu’ils ne pouvaient servir à rien. On n employa pas la chaux, pour s’affranchir d’une dépense prétendue inutile; ou bien on en mit dans les bassins une quantité juste convenable pour obtenir la neutralisation des acides, et dès lors la décomposition putride se déclara avec une intensité effrayante. Les habitants de Moulins-Lille en firent la triste expéiience. Dans de telles conditions, la corruption des cours d’eau s aggrava.
Mais ce qui porta le mal à ses dernières limites, ce fut la distillation du riz, accomplie pendant les chaleurs du printemps et de l’été de 1857. La saccharification répandait au loin des odeurs repoussantes ; les vinasses, chargées d’une quantité énorme de matières organiques et inorganiques, ces dernières très-sulfureuses, se rendaient sans purification dans les cours d’eau, dont le débit était considérablement réduit par la sécheresse et 1 é-
vaporation, ne tardaient pas à s’y corrompre sous l’influence d'une chaleur tropicale, portaient au loin l'infection et tuaient partout le poisson.
C’est pendant cette dernière période que vous avez pu vous convaincre de l’efficacité de la chaux employée en excès.
En effet, pour purifier les vinasses de betterave, il fallait les traiter bouillantes par un kilogramme de chaux vive (à l’état de lait) par hectolitre; c’est une défécation tout à fait analogue à celle mise en pratique dans la sucrerie. L’excès de chaux est indispensable pour rendre inactif le ferment azoté, qui l’est également quand la vinasse est acide. Aussi longtemps que la vinasse restait alcaline ou acide, nous n’y avons jamais remarqué de fermentation d’aucune nature. Les fermentations diverses, et les produits infects qui en sont la conséquence, ne se manifestaient qu’au moment où les liquides devenaient neutres ou presque neutres ; de là l’inconvénient d'employer la chaux en quantité trop faible. Pour déféquer les vinasses de riz, un kilogramme de chaux était insuffisant, il fallait en employer un kilogramme cinq cents grammes.
Dés que ces quantités ont été employées et que le traitement de la vinasse s’est opéré dans des cuves de capacité convenable, d’où elle se rendait ensuite dans les bassins, tous les inconvénients signalés jusqu’alors ont cessé de se produire : conservation de la vinasse sans altération aucune ; suppression de toute odeur gênante pour les voisins; précipitation rapide des matières rendues insolubles ; communication cl’un bassin à l’autre par toute la crête d’un déversoir de superficie horizontal; écoulement dans les cours d’eau d’un liquide clair, alcalin et privé d’une grande partie de matières azotées, qui jouent le rôle de ferment; neutralisation rapide par le mélange dans une grande quantité d’eau; précipitation immédiate de la chaux transformée en carbonate ; atténuation sensible et constatée par l’expérience des propriétés nuisibles aux poissons.
Mais, nous le répétons, ce n’est que dans deux, à peine trois usines que nous avons pu constater les améliorations successives, conséquence de l’emploi rationnel et consciencieux du système complet d’épuration. Les inconvénients primitifs disparaissaient l’un après l’autre, et on arrivait enfin à un état stable et satisfaisant sous tous les rapports.
C’est là que nous avons vu que les théories scientifiques qu’on nous oppose doivent, dans le cas présent, s’incliner devant les faits; en effet, pendant les chaleurs caniculaires des mois de juin, juillet et août 1857, nous avons visité des bassins carrés ayant jusqu’à dix mètres de côté et un mètre cinquante centimètres de profondeur, restés pleins de vinasses de riz chaulées, sans que la moindre odeur s’en soit dégagée ; le liquide qui surnageait le dépôt était fortement alcalin. Après deux mois de conservation, l’acide carbonique de 1 air ayant neutralisé les couches supérieures, une faible odeur sulfhydrique et butyrique se manifesta. Nous fîmes alors mélanger à ces cent cinquante mètres cubes de vinasses deux cents kilogrammes de chaux vive à l’état de lait; toute odeur cessa, le dépôt se forma promptement et le liquide resta clair et inodore jusqu’au moment de la vidange, qui eut lieu à
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la fin d'août. Pendant celte opération, la vase à réaction alcaline, qui occupait une hauteur de soixante-dix centimètres, agitée par des ouvriers qui y étaient enfoncés jusqu’au-dessous du genou, ne répandait pas la moindre odeur.
Vous le voyez donc, messieurs, l'excès de chaux n'a pas l’inconvénient qu’on lui a prêté gratuitement. Permettez-nous donc d’insister sur ce fait, car il est la base de tout le système. Avec une quantité seulement suffisante pour neutraliser les acides, la précipitation des dépôts est Irés-lente, les ferments azotés sont mis en liberté, et la décomposition s’empare des matières organiques. Au contraire, avec la chaux en excès, un kilogramme par hectolitre de vinasses de betterave, un kilogramme et demi par hectolitre de vinasses de riz (ceci pour mémoire seulement, par suite du décret du 50 juillet 1857, qui interdit la saccharification des riz par les acides), la séparation des parties solides et liquides est prompte et facile, les ferments azotés sont rendus inactifs, et la conservation des résidus est assurée aussi longtemps que l’alcali terreux prédominera. Les dépôts boueux qui se forment dans les bassins sont un excellent engrais. Desséchés, ils contiennent de 4 à 5 pour cent d’azote.
Des expériences que nous avons suivies avec beaucoup de soins, et que nous venons de mentionner, il résulte qu'un seul mode d’écoulement de vinasses est de nature à donner une satisfaction complète à tous les intérêts et aux exigences de la salubrité, c'est le déversement sur de larges surfaces de terres arables ; puis deux modes atténuent le mal d’une manière sensible, c’est le déversement sur des terres drainées et le déversement dans les cours d’eau d’un débit suffisant, après purification complète par la chaux et clarification du liquide dans les bassins de dépôt. En cas de déversement sur des terres drainées, il est indispensable que les vinasses proviennent de jus fermentés avec l’acide chlorhydrique ; cette nécessité est absolue.
Par les deux premiers modes, l’agriculture tire un produit avantageux de l’emploi d’un engrais assez puissant; par le dernier, on perd la partie liquide la moins riche en matières organiques, mais il reste le dépôt boueux composé de chaux hydratée, de sels de chaux, parmi lesquels nous trouvons les phosphates en quantité notable, de sels de soude et de potasse, de matières organiques azotées, dépôt qui, à l’état sec, titre de 4 à 6 pour cent d’azote, et jouit, par conséquent, de propriétés fertilisantes incontestables.
Nous croyons devoir consigner ici le résultat d’observations que nous avons faites sur la puissance fertilisitante des vinasses, afin d’éclairer un peu la marche des cultivateurs qui les emploieront en irrigations sur les terres drainées ou non drainées. Il fera connaître en outre aux partisans trop exclusifs du drainage les inconvénients qui résulteront nécessairement pour l’agriculture elle-même, qu’ils veulent favoriser, toutes les fois que cet engrais sera employé avec peu de discernement et de mesure.
Dans l’arrondissement de Lille, où on suit habituellement l’assolement triennal, il est admis, en principe, que, pour fumer convenablement une terre destinée à la culture des récoltes sarclées, il faut employer par hectare
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environ six cents quinfaux mélriques de fumier de ferme, plus onze quintaux de tourteaux; le prix de cette fumure dans les conditions les plus avantageuses est de cinq cents francs.
La quantité d’azote contenue dans cette somme d’engrais, dont l’action n’est épuisée qu’après trois ou quatre récoltes, est de deux cent quatrevingt-quinze kilogrammes. D’après les connaissances que nous possédons sur la composition des vinasses provenant du travail par les râpes et les presses, il nous est facile de déterminer la quantité qui contient deux cent quatre-vingt-quinze kilogrammes d’azote : elle est de mille huit cent quarante-quatre hectolitres. Il est bien entendu qu’il s’agit de la vinasse normale, c’est-à-dire de la partie liquide et solide de ce résidu industriel. Or nous avons vu que la partie solide, composée presque exclusivement de ferment, contient, à très-peu de chose près, la moitié de l’azote du tout ; donc, si on la sépare par un dépôt préalable dans une fosse ou un bassin, il est évident que, pour obtenir deux cent quatre-vingt-quinze kilogrammes d’azote, il faut une quantité double de liquide clair, ou trois mille six cent quatrevingt-huit hectolitres, lesquels, répandus sur un hectare, forment une couche épaisse d’environ trente-sept millimètres. Cette fumure exercera probablement une action encore trop énergique, car, comme tous les engrais liquides, celui-ci se trouve dans des conditions d’assimilation immédiate, ce qui n’a pas lieu pour l'engrais de ferme et le tourteau, dont la décomposition est plus lente et se fait sentir sur les récoltes qui se succèdent. Celle surabondance d'aliments qu’on fournit ainsi instantanément aux végétaux produit un effet analogue à celui que l’excès de nutrition détermine chez les animaux, la stérilité. C’est ce que les expériences citées plus haut, entreprises sur une large échelle, nous ont suffisamment démontré.
En admettant cette quantité maximum de trois mille six cent quatre-vingthuit hectolitres de vinasses privées de ferment par dépôt, répandues par hectare de terre, il faudrait qu’une distillerie moyenne produisant huit cents hectolitres de vinasses en vingt-quatre heures, et travaillant pendant cent cinquante jours, pût disposer d’une superficie de près de trente-cinq hectares, ce qui n’est pas impossible. L’économie réalisée par ce mode de fumure serait de huit mille francs, moitié du prix des engrais solides, et il resterait dans les bassins ou fosses de dépôt cent deux mille kilogrammes de ferment sec contenant 10 pour 100 d’azote et 4 1/2 pour 100 de phosphate de chaux. La richesse de ce dernier engrais lui assure une valeur vénale importante.
Ces considérations doivent engager les cultivateurs à employer les vinasses à la fertilisation du sol, mais elles ont en outre pour but de les mettre en garde contre les conséquences de l’excès.
L'irrigation par écoulement naturel est seule praticable, car il ne faut pas songer à transporter par charrois des masses de liquide donl la valeur intrinsèque ne pourrait payer les frais de main-d’œuvre.
Au point de vue de la question qui nous préoccupe, il ne faut pas nous faire illusion et croire avoir trouvé une solution satisfaisante sous tous les rapports. En effet, toutes les terres ne sont pas susceptibles d’être drainées
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ou irriguées; toutes les récoltes ne peuvent recevoir les vinasses comme engrais; ces vinasses ne peuvent non plus être déversées pendant longtemps sur le même sol sans amener ces résultats fâcheux, conséquence de l'emploi exclusif des engrais liquides.
Quant aux puits absorbants, nous pensons que ce n'est que très-exceptionnellement qu’il faut y avoir recours ; car, si la conservation de la pureté des eaux, coulant à ciel ouvert, est d’un haut intérêt pour les populations, surtout dans la période de sécheresse où nous nous trouvons, il est plus important encore de ne pas altérer les eaux souterraines, dont les niveaux sont énormément abaissés et dont la pénurie se fait partout si vivement sentir.
Nous ne savons quel est l’avenir réservé à la distillerie de l’alcool de betteraves dans le Nord; mais, si elle se relève de la crise qui aujourd’hui a si gravement compromis son existence, il serait désirable, dans l'intérêt général, qu’elle cessât d’être une industrie commerciale et seulement capitaliste, pour devenir exclusivement une industrie agricole. Les travaux se faisant alors sur une moins grande échelle, il serait possible d’employer les procédés de macération dans la vinasse et de fermentation directe de la racine divisée, dont les résidus cuits, mélangés à des fourrages, à des substances farineuses et à des tourteaux, sont si favorables aux bestiaux ; dès lors plus ou presque plus de vinasses; possibilité d’avoir dans l’exploitation rurale un plus grand nombre de bestiaux, par suite plus abondante production de fumier; possibilité d'élever les salaires des agents agricoles et de les retenir pendant toute l’année dans les campagnes, en leur procurant le bien-être des ouvriers des villes, bien-être dont la recherche est la cause de l’émigration et du manque de bras pour les travaux des champs.
Nous arrivons à l’examen du procédé de purification présenté à M. le préfet par M. Dupont, inspecteur du travail des enfants dans les manufactures. L’ensemble de ce procédé se compose de bassins de dépôt, de cloisons filtrantes, constituées par de la paille, enfin de petits bassins contenant de la chaux et du charbon. Ce n’est qu’une modification malheureuse des procédés dont vous avez conseillé l’emploi. La filtration mécanique de grandes masses de liquides troubles, soit au travers de la paille, du foin, de la tannée, de murailles de charbon, de craie ou de gravier, essayée depuis longtemps dans maintes circonstances, n’a jamais réussi à donner des résultats satisfaisants ; on a dû y renoncer partout; et c’est seulement après ces diverses tentatives infructueuses que vous avez eu recours aux vastes bassins, où l’épuration se produit par décantation spontanée des liquides au-dessus de réservoirs horizontaux; on évite ainsi toute agitation dans les liquides, par suite on favorise le dépôt des matières en suspension. Le résultat obtenu prouve que ce moyen est satisfaisant toutes les fois que les industriels se conforment aux prescriptions de l’autorité, ce qui malheureusement est exceptionnel.
Au surplus, pendant que M. Dupont était encore fabricant de sucre à Pont-à-Marcq, des plaintes se sont produites contre son usine. Le conseil a dû la faire visiter plusieurs fois par ses commissaires délégués, et leurs rapports
n’ont pas été favorables aux moyens de purification qui y étaient employés.
Nous pensons donc qu'il n’y a pas lieu de prendre en considération cette communication.
Nous arrivons au terme de notre mission ; mais, avant de conclure, nous répéterons ce que nous avons dit en commençant, à savoir que l’administration, pour atténuer ou faire disparaître ce que les travaux de l’industrie ont d'incommode ou d'insalubre, n’a qu’à faire exécuter rigoureusement les arrêtés qui ont été pris pour chaque usine en particulier. On ne peut coucher l'industrie et la mettre à la gêne sur le lit de Procuste; c’est pourquoi, les principes hygiéniques généraux étant admis, vous avez indiqué et vous indiquez encore tous les jours comment ils doivent être appliqués à chaque usine en raison des conditions spéciales où elle se trouve. Chez certains industriels, l’abstention ou la mauvaise exécution des procédés sont la conséquence de l’ignorance; chez d’autres, c’est du mauvais vouloir. Dans le premier cas, il faut les éclairer; dans le second, les contraindre. Aussi, avec nos collègues des arrondissements, avec la commission de Paris, vous engageons-nous à réclamer de M. le préfet l’institution d’un service d’inspection de la salubrité, sollicité d’ailleurs par vous chaque année depuis bien longtemps, comme devant mettre un terme aux abus que vous avez trop souvent l’occasion de constater, devant lesquels vous êtes impuissants, et dont l’opinion publique, trompée par les apparences, vous rend quelquefois responsables.
Pour nous résumer, nous dirons que les plaintes auxquelles a donné lieu l’écoulement des eaux de lavage des betteraves provenant des fabriques de sucre et de ces mêmes eaux, jointes aux vinasses des distilleries, dans les fossés, les marais, les cours d’eau d'un faible débit, ont toujours été provoquées par le dégagement de l’acide sulfhydrique produit sous l’influence de la décomposition des sulfates par les matières organiques ; et que la mortalité des poissons, autre sujet de récrimination, a été la conséquence de la désoxygénation de Pair respirable contenu dans l’eau par ces mêmes matières organiques, peut-être aussi de l’action toxique de l’acide sulfhydrique et des acides minéraux à l’état de liberté ; que par conséquent le déversement de ces résidus liquides, purifiés ou non, dans les mares à eaux stagnantes, cours d'eau d’un très-faible débit, ou fossés n’aboutissant qu’à un cours d’eau éloigné, doit être formellement interdit.
Que parmi les moyens de purification employés pour atténuer le mal et soumis à une expérimentation longue et variée, les puits absorbants et la filtration mécanique n’ont généralement pas donné de bons résultats.
Que la chaux vive, employée comme agent de défécation, moyennant un dosage approximatif (l’excès n’étant ici jamais à craindre), a assuré la conservation des vinasses et fait disparaître toute mauvaise odeur.
Que les bassins de dépôt géminés de grande capacité, communiquant entre eux par déversoirs de superficie s’étendant d’un bord à l’autre des bassins, ont été favorables à la précipitation des matières solides en suspension et à la clarification des liquides.
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Que l’écoulement des vinasses sur les terres drainées a le double inconvénient de boucher promptement les pores du sol, si les surfaces sont peu étendues ; et, en outre, quand les surfaces sont assez grandes pour que la filtration s’opère d'une manière facile et continue, de laisser sortir des drains un liquide presque toujours trouble, chargé de sulfates dissous, odorant, et devenant infect en se corrompant ultérieurement dans les petits cours d’eau.
Que l’irrigation sur des terres arables, non drainées, d'une grande étendue, sans écoulement aucun dans les cours d’eau, mares ou fossés, a donné de bons résultats.
Que la substitution de l’acide chlorhydrique à l'acide sulfurique, tout en ayant l’avantage d'éviter la production des sulfates, offre néanmoins deux dangers contre lesquels l’industriel doit être mis en garde, afin qu'il puisse les conjurer : ou bien les vins sont distillés sans neutralisation préalable, et alors l’acide volatil corrode les appareils et les met assez promptement hors de service; ou bien ils sont neutralisés avec le carbonate de chaux; et, dans ce cas, si le liquide est clair, il contient de la chaux dissoute à l’état de carbonate; s’il ne l’est pas, c’est du carbonate neutre en suspension qui trouble sa transparence. Sous l’influence de la chaleur, ces deux sels réagissent sur le chlorhydrate d’annnoniaque contenu normalement dans les betteraves, et donnent lieu à la production de chlorure de calcium fixe et de carbonate d’ammoniaque volatil. Ce dernier, en contact avec les parties de cuivre non étamées, forme de l’ammoniure de cuivre ou de l’oxyde de cuivre ammoniacal qui reste dans l’alcool, le colore en bleu de ciel d'autant plus foncé que la quantité est plus grande, et lui communique des propriétés toxiques.
On évite ces résultats fâcheux en laissant une très-faible quantité d'acide libre, dont l'action sur les appareils est alors insignifiante.
Nous avons vu pendant toute une campagne que, lorsque les opérations sont bien conduites, il est possible, industriellement, d’éviter les deux écueils et de fabriquer d’excellents produits.
Il était indispensable d'appeler l’attention sur ces réactions, parce que, dans le cas où on aurait le projet de se débarrasser des vinasses après épuration par voie de drainage, en les laissant écouler dans un cours d’eau, l’emploi de l’acide chlorhydrique serait la condition obligée.
En outre, comme les voisins des sucreries et des distilleries ont souvent à souffrir des odeurs qui s’en dégagent malgré les soins et les précautions que les chefs d’usine peuvent avoir ; comme les eaux des puits ont été fréquemment corrompues par de faibles infiltrations de liquides contenant en dissolution des sulfates ou des matières organiques, nous pensons qu'il est convenable d’éloigner ces établissements industriels des habitations, et, a l'avenir, de ne plus en autoriser la création au centre d’agglomérations de populations.
Quant aux résidus liquides déversés dans les cours d'eau par les autres industries, ils sont loin d'offrir les inconvénients des vinasses sous le rapport de la corruption de l’air et de l'eau, si on en excepte toutefois quelques
teintureries opérant sur une échelle hors ligne et quelques ateliers où on dégraisse les laines, ou bien où on extrait des ébroués les acides et les corps gras. Même encore, pour ces deux dernières industries, l’expérience a démontré qu’il est possible d’enlever aux eaux, par des procédés pratiques et pas trop onéreux, la plus grande partie des matières qui en troublent la pureté; il n’y a donc qu’à les appliquer enfin, en se conformant à tous les articles des arrêtés d'autorisation.
Mais, en admettant qu’à l’avenir l’industrie ne déverse plus dans les cours d’eau que des liquides suffisamment purs pour ne pas donner lieu à des décompositions subséquentes, il est à craindre que le mal ne se perpétue encore, moins grave cependant, mais néanmoins d’une manière appréciable par le fait de l’envasement excessif des petits cours d’eau non navigables et des canaux à eaux dormantes. Bien souvent, après y avoir constaté les caractères insalubres communiqués à l’eau pure par le dégagement permanent des gaz méphitiques et la dissolution d'une faible quantité de matières organiques de la vase, vous en avez demandé le curage à vif fond par qui de droit. En présence de la réduction exceptionnelle du débit des cours d’eau que nous remarquons par suite de la persistance de la sécheresse, réduction qui rend ce liquide plus facilement altérable sous l'influence des mêmes causes, il est plus urgent que jamais de renouveler notre vœu, qui, nous n’en doutons pas, sera exaucé par l’administration.
En conséquence, pour atteindre les bons résultats que réclame l’intérêt général des populations, nous avons l’honneur de vous proposer l’adoption des conclusions suivantes, un peu plus rigoureuses, peut-être, que celles de la commission spéciale des distilleries, prise dans le sein des comités d’hygiéne publique, et des arts et manufactures, mais que nous croyons nécessaires en raison des circonstances de localité dans lesquelles nous nous trouvons : pour abréger, nous les présenterons sous la forme d’un projet d’arrêté à solliciter de M. le préfet, projet dont les considérants, basés surtout sur les moyens de conserver la salubrité des cours d’eau et de l'air, ont été suffisamment développés dans ce qui précède.
Pour se débarrasser de ces résidus, on prend ordinairement le parti de les évacuer dans les cours d'eau; il en est résulté dans certaines localités les plus graves inconvénients.
Dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, où l'industrie de la distillation a pris les plus grands développements, les cours d’eau ont en général un débit et une pente très-faibles. Les vinasses qu’on y a déversées les ont corrompus. Ces résidus renferment, en effet, des matières organiques capables de se putréfier au sein de l’eau. Elles y sont contenues sous deux formes différentes : à l’état de simple suspension, à l’état de dissolution complète. D’après des analyses qui ont été faites par M. Meurein, membre du conseil central d’hygiène et de salubrité du département du Nord, un litre de vinasse renferme environ huit grammes de matières organiques
SUCRES
insolubles, onze grammes de matières organiques dissoutes et sept grammes de substances minérales. Un échantillon de vinasse, qui a été remis à la commission et analysé par les soins de M. Bussy, était moins concentré que le précédent. 11 ne renfermait par litre que deux grammes, deux de matières en suspension et sept grammes de matériaux solubles. Nous devons ajouter qu’au sortir des chaudières les vinasses contiennent une petite quantité d’un acide minéral puissant, ordinairement de l’acide sulfurique.
Quoi qu’il en soit, lorsque ces résidus sont déversés dans les cours d'eau, les débris cellulaires, et, en général, les matières organiques insolubles qu’ils renferment se déposent au fond ou le long des bords, s'accumulent dans les sinuosités ou dans les profondeurs, partout où le courant est faible, y forment des couches plus ou moins épaisses, qui se putréfient lentement en dégageant des gaz auxquels l’hydrogène sulfuré vient se mêler souvent. Les matières solubles elles-mêmes prennent part à cette fermentation. Devenues insolubles en partie, elles forment à la surface celte écume blanche et ces pellicules irisées qui empêchent la dissolution de l’air dans l'eau. Dans cet état, les eaux corrompues deviennent impropres aux usages domestiques, tuent le poisson, infectent les puits qu’elles alimentent et exhalent au loin une odeur repoussante. Ces faits se sont produits dans maintes localités du Nord. Le Cojeul, la Sensée, le canal de Roubaix, le canal d'Aire à la Bassée, la Deule, la Scarpe, l’Escaut lui-même, ont été infectés.
Les autorités locales se sont émues d’un état de choses qui a soulevé les plaintes unanimes et intéressées des populations. Sur l’avis des conseils d’hygiène, les préfets du Nord et du Pas-de-Calais ont prescrit diverses mesures qui semblaient devoir améliorer les conditions de salubrité qu'on voulait rétablir avant tout. Néanmoins le mal a persisté et a éveillé toute la sollicitude de S. Ex. le ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics. Par ses ordres, une commission d’enquête composée de MM. Chevreul, président, Mélier, Féburier et Wurtz, s'est rendue sur les lieux et a visité les usines qui avaient été l’objet des plaintes les plus vives. L’honorable M. Chevreul a rendu compte de celte mission dans un rapport qui est devenu la base de celui que nous avons l’honneur de vous présenter aujourd'hui.
Avant de sanctionner les propositions de la commission d’enquête, M. le ministre a voulu les soumettre aux lumières réunies des comités d'hygiène et des arts et manufactures. Dans votre séance du 8 mai, M. le président vous a informé des désirs de Son Excellence, et a chargé une commission, composée de MM. Rayer, président , Chevreul, Julien, Mélier, Baumes, Féburier, Lechatelier, Bussy, Retaille, Wurtz, de vous soumettre un rapport sur la grave question dont l’examen vous a été déféré.
Organe de cette commission, je vais essayer de vous rendre compte de ses travaux.
Elle s’est principalement appliquée à la recherche et à l'examen des moyens les plus propres à remédier aux dangers résultant de l'évacuation des vinasses dans les cours d’eau.
Ces moyens sont les suivants :
■1“ Substitution de l’acide chlorhydrique à l’acide sulfurique pour la fermentation du jus de betteraves ;
‘2° Traitement des vinasses par la chaux et épuration des liquides ainsi traités dans des bassins de dépôt;
5° Filtration des vinasses à travers un sol argileux drainé;
4° Emploi des vinasses comme engrais liquides sur des terres en culture.
5° Leur absorption par des bois-tout.
Nous allons décrire sommairement ces divers procédés :
Substitution de l'acide chlorhydrique à l'acide sulfurique. — L’acide sulfurique qu’on ajoute généralement au jus de betteraves a pour effet de transformer le sucre ordinaire qu'il renferme en sucre de fruits fermentescibles. Lorsque les vins ou les vinasses qu’ils laissent après la fermentation sont neutralisés par la chaux, il en résulte du sulfate de chaux qui reste dissous dans le liquide, et qui s’y trouve en présence des matières organiques qu’il renferme. Or on a reconnu depuis longtemps que dans ces circonstances le sulfate de chaux peut se réduire en sulfure, qui, en se décomposant sous l’influence de l’eau et de l'acide carbonique, devient une source d’hydrogène sulfuré. La formation des sulfures et le dégagement de l’hydrogène sulfuré ont été constatés dans les cours d’eau des départements du Nord, qui reçoivent une grande masse d’eaux industrielles. Les bateaux qui naviguent sur ces cours d’eau noircissent quelquefois dans l’espace de huit jours par suite de la formation du sulfure de plomb à leur surface. Dans les faubourgs de Lille, certaines industries de luxe ont été obligées de se déplacer à cause des émanations sulfhydriques qui noircissent, comme on sait, certains métaux et particulièrement l'argent. La cause première, la condition indispensable de ces émanations est la présence simultanée dans les eaux des sulfates et des matières organiques. Beaucoup d’eaux courantes renferment naturellement une petite quantité de sulfates, toutes renferment des traces de matières organiques. Mais, dans les conditions normales, l’air que l’eau dissout au contact de l’atmosphère empêche la réduction des sulfates. Que la proportion des matières organiques vienne à augmenter notablement, cet air tendra à disparaître, et aussitôt pourra commencer la formation des sulfures. Cette action réductrice que les matières organiques contenues dans les vinasses exercent sur les sulfates a été mise hors de doute par M. Chevreul, qui a bien voulu entreprendre quelques expériences à ce sujet1.
1 Voici la note que M. Chevreul a remise â la commission:
« Une vinasse B, provenant du travail des betteraves par les râpes et les presses, et dans lesquelles l'acide chlorhydrique a été substitué à l’acide sulfurique, étendu de deux fois son volume d’eau distillée, puis renfermée dans un flacon à l’émeri, sans le contact de l’atmosphère, n’a pas subi d’altération putride dans le temps où deux échantillons de la même vinasse B, étendus du double de leur volume, l’un d’eau de Seine, l’autre d’eau de puits, sont devenus très-sulfureux. Le sulfure s’est manifesté dans l’eau de Seine vingt-quatre heures avant d’être sensible dans l’eau de puits. L’odeur du dernier mélange était plus fétide que celle de la vinasse additionnée d’eau de Seine.
« Ces trois expériences démontrent l’influence de l’eau sur l’infection. Avec l’eau dis-
SUCRES
Introduire des matières organiques dans un cours d'eau qui renferme naturellement des traces de sulfates, c’est donc se placer dans une mauvaise condition; introduire à la fois des matières organiques et des sulfates, c’est évidemment aggraver le mal.
A ce point de vue, la substitution de l’acide chlorhydrique à l'acide sulfurique dans la fermentation du jus de betteraves ne peut avoir que de bons effets. On doit d’autant moins hésiter à encourager l'emploi du premier de ces acides, qu’il a été déjà éprouvé et accepté par la pratique.
Des hommes compétents dans la question, industriels, agriculteurs, membres du conseil d’hygiène du département du Nord, chargés des mesures propres à prévenir l’infection des cours d’eau, ont indiqué l’emploi de l’acide chlorhydrique. Sur leur avis, l’autorité locale en a prescrit l'usage, et un certain nombre de fabricants se sont conformés jusqu’à ce jour à cette prescription. Il est donc incontestable que l’acide chlorhydrique peut être substitué à l’acide sulfurique dans l’opération dont il s’agit, sans qu’il en résulte un dommage sérieux pour la fabrication. On a remarqué qu’il attaquait les soudures dans les appareils dispendieux où l’on distille les vins encore acidulés. Il esL facile de remédier à cet inconvénient en neutralisant les vins avant la distillation.
En résumé, la commission est d’avis qu’il y a lieu d’apporter certaines restrictions à l'emploi de l'acide sulfurique. Elle pense qu a l'avenir il ne faudrait autoriser l’évacuation des vinasses provenant du traitement des jus par cet acide que dans des cours d’eau offrant un débit considérable, eu égard au volume des vinasses.
Malheureusement, l’hydrogène sulfuré n’est pas la seule cause de l'infection des cours d'eau dans les départements du Nord. Les matières organiques prennent la plus large part aux altérations qui s’y produisent. Qu’a-t-on fait, que peut-on faire pour empêcher ou du moins pour amoindrir ces réactions funestes?
L’indication qu'il s’agirait de remplir consisterait, non-seulement à clarifier les vinasses, en précipitant et en retenant les matières organiques qu’elles tiennent en suspension, mais encore à séparer les matières organiques dissoutes. Clarifier les vinasses par filtration ne semble pas une opération bien difficile à réaliser dans la pratique. Mais celte opération, quoique très-utile, n’est pas d’une efficacité absolue. Une vinasse simplement clarifiée par filtration n’est pas encore une eau salubre. Elle ne le devient que lorsqu’elle est débarrassée, sinon de la totalité, du moins de la plus grande partie des matières organiques qu’elle tientjjen dissolution. Ce dernier résultat est plus difficile à atteindre.
lillée, il n’y en a pas eu, tandis qu’elle a eu lieu avec des eaux contenant des sulfates; d’où on déduit la conséquence que l'acide chlorhydrique, substitué à l’acide sulfurique, ne prévient pas le développement des sulfures, si les eaux auxquelles se mêlent les vinasses renferment des sulfates.
« Je dois ajouter qu’une vinasse A, provenant d’une opération où l’acide chlorhydrique avait été employé, n’a point donné de sulfure dans les circonstances où U en a donné.
« En outre, une vinasse C, provenant d’une opération où l’acide sulfurique avait été employé, n'a point donné de sulfure dans les circonstances où B en a donné. *
DOCUMENTS RELATIFS A L’iNDUSTRIE DES SUCRES. 513
Traitement par la chaux. — Parmi les moyens qui ont été indiqués pour clarifier les vinasses et pour leur enlever une portion des matières organiques qu’elles tiennent en dissolution, nous devons citer en première ligne le traitement par la chaux, dont les effets utiles pour la clarification des eaux impures ont été signalés depuis longtemps par M. Chevreul. Cette matière est très-abondante et à vil prix dans les départements du Nord. Son emploi a été reconnu avantageux, et a été prescrit par l’autorité locale de ces départements.
Lorsqu'à une vinasse trouble on ajoute un léger excès de lait de chaux de manière que la liqueur soit faiblement alcaline, il s’y forme un précipité floconneux, et le liquide s'éclaircit peu à peu. Soit qu’elle agisse en se combinant aux matières azotées, soit qu’elle exerce cette action particulière que M. Chevreul a désignée sous le nom d’affinité capillaire, la chaux produit dans ces circonstances un double effet: elle entraîne les matières suspendues, elle précipite une portion des matières organiques dissoutes.
D’après les expériences de M. Kuhlmann, la chaux peut séparer d'une vinasse environ le tiers des matières organiques qu’elle tenait en dissolution.
Ces résultats ont fixé l’attention de la commision qui demeure convaincue que la chaux est un agent utile pour la purification des vinasses. Nous indiquerons plus loin une réserve qu’elle a cru devoir exprimer relativement à l’emploi de cette substance.
Au surplus, il n’est pas inutile de rappeler ici les bons résultats que l’on a obtenus en Angleterre, en traitant les eaux d’égout par la chaux. Sans qu’on puisse assimiler ces eaux aux vinasses elles-mêmes, il est néanmoins permis de penser que l’action de la chaux doit être, jusqu'à un certain point, analogue dans les deux cas.
Quoi qu’il en soit, nous devons exposer maintenant de quelle manière et avec quel succès elle a été employée et appliquée jusqu’ici à l'épuration des vinasses.
Bassins d épuration. — Dans les instructions données par le conseil central d’hygiène du département du Nord, il est dit :
« Après la distillation, amener les vinasses bouillantes immédiatement dans une série de bassins d’épuration géminés, séparés les uns des autres par des déversoirs de superficie. Les murs et les fonds de ces bassins sont en bonne maçonnerie. Le premier bassin servira principalement à combiner la vinasse bouillante avec de la chaux vive en poudre qui devra y être jetée d’intervalle à intervalle, à raison de deux kilogrammes par hectolitre de vinasse. Ce bassin aura dix mètres de longueur sur trois mètres de largeur au moins, et un mètre trente centimètres de profondeur. La matière qu’il renfermera sera maintenue en un état continuel d’agitation, soit par un moyen mécanique, soit par l’effet d’un homme armé d'un ringard. Le bassin n° 2 présentera une superficie de cent mètres carrés et une profondeur de un mètre dix centimètres. Il servira au dépôt des matières solides, ainsi que le bassin n° 3, de même superficie, et de quatre-vingt-dix centimètres de profondeur.
VKRNOIS. I1YG. INI). II. 33
SUCRES
« Chacune des deux séries de bassins ci-dessus prescriles servira à recevoir alternativement les vinasses de la distillerie, tandis que l’autre, mise en chômage, sera curée à vif-fond. Ce nettoiement sera opéré au moins tous les cinq jours, ou plus souvent, si l'activité de la fabrique l’exige, » etc.
Ces bassins, dont la construction a été rendue obligatoire, et que la commission d’enquête a vus fonctionner dans plusieurs usines, n’ont point toujours donné, au point de vue de la purification des vinasses, les résultats qu’on s’était proposé d’obtenir. Cela tient, d’une part, à l'incurie et à la négligence de quelques fabricants qui ont incomplètement exécuté les prescriptions de l’autorité, d'autre part à des conditions inhérentes à la construction des bassins eux-mêmes, et peut-être aussi à l’usage immodéré qui a été fait de la chaux.
Développons ces divers points :
Dans certaines usines, les bassins n’ont jamais été établis; dans d’autres, ils ont mal fonctionné, parce qu’ils étaient mal construits et que leur capacité trop exiguë était hors de proportion avec la masse des eaux qu’ils devaient recevoir. Mais dans quelques distilleries, où toutes les précautions semblaient avoir été prises pour assurer la clarification des vinasses, ce résultat n’a pas été obtenu. Les eaux se sont écoulées troubles par la crête de déversement du dernier bassin. Ici l'insuccès ne dépend pas du mode d’opération, il tient à la construction même des bassins et au système de clarification qu’ils doivent réaliser.
Une vinasse étant traitée par la chaux, il s’y forme un précipité qui se dépose, et il reste à la surface un liquide clair qu’on peut décanter. La construction des bassins dont il s’agit doit être conçue de manière à faciliter ce dépôt et à permettre cette décantation. Or il arrive qu'à mesure que les matières solides s’y accumulent et que la couche en devient plus épaisse, le mouvement de translation de l’eau devient aussi plus rapide, et le dépôt se fait par cela même plus difficilement. Dans ces conditions, les eaux qui entrent dans le bassin ne font que s’étaler et couler en nappe à la surface des dépôts déjà formés, et la clarification devient, sinon impossible, du moins très-incomplète.
D’ailleurs, en supposant même que ces bassins de dépôt et de décantation puissent fonctionner en toute circonstance, de manière à amener une décantation complète du liquide, ce résultat ne suffirait pas pour assurer les bons effets de l’opération. En effet, les vinasses clarifiées par la chaux renferment encore une dissolution des matières organiques, qui, en se décomposant ultérieurement, peuvent devenir une cause d’infection. Un excès de chaux peut jouer un rôle important dans celte décomposition en favorisant la formation d’acides gras volatils et odorants et particulièrement celle de l’acide butyrique.
Or il ne semble pas qu’on se soit assez préoccupé jusqu’ici des inconvénients que peut entraîner l’emploi d’un grand excès de chaux. La commission d’enquête a pu se convaincre que dans les bassins de certains établissements les eaux sont fortement alcalinées. On conçoit qu’il puisse en être
ainsi, si l'on n'apporte pas le plus grand soin au dosage de la chaux et si on se contente, comme on le fait, de la jeter à la volée dans le premier bassin. Dans ces conditions, il n’est que trop facile et trop commode d’abuser de la chaux, qui, en sursaturant la liqueur, mettra en liberté de la potasse et de l’ammoniaque. Ajoutons qu’il est probable qu’un liquide chargé de matières organiques, comme le sont les vinasses, est capable de dissoudre la chaux en plus forte proportion que ne peut le faire l'eau pure. Tous les chimistes demeureront d'accord que l’alcalinité très-prononcée de ces vinasses est une rDauvaise condition, au point de vue de leur conservation. L’excès d’alcali favorise la fermentation acide et particulièrement la fermentation butyrique. Les faits que l’on a observés à l'usine de Boyelles semblent venir à l'appui de cette proposition. On a remarqué, en effet, dans celte localité que les eaux fortement alcalines, à la sortie des bassins, en coulant lentement dans le lit du Cojeul, ne tardaient pas à perdre celte alcalinité, à devenir acides et à dégager une odeur tenace et repoussante d’acide butyrique. Lors de la visite que la commission d'enquête a faite à Boyelles en février dernier, M. Chevreul a constaté que les eaux du Cojeul, recouvertes à ce moment d’une couche de glace, renfermaient encore de l'acide butyrique.
Ainsi, tout en approuvant l'emploi de la chaux, votre commission croit devoir signaler les inconvénients qui peuvent résulter de l’usage immodéré de cette substance.
Elle pense qu’il en faut mettre une quantité suffisante pour déterminer la précipitation et pour rendre possible la décantation ou la filtration. Obligée de s’en tenir à ces termes généraux, elle ne saurait prescrire les doses. C’est à la pratique qu'il appartient de les fixer dans chaque cas particulier.
Les remarques critiques qui viennent d’étre exposées ne sont pas destinées à affaiblir la confiance que peut inspirer l’emploi méthodique de la chaux, comme moyen de purification des vinasses. Les inconvénients inhérents à ce système d’épuration, tel qu’il a été pratiqué jusqu’aujourd'hui, disparaîtraient peut-être par l'adoption de quelques dispositions que nous allons indiquer.
En ce qui concerne la saturation par la chaux, un bassin, c’est-à-dire un réservoir, offrant une grande surface sur une faible profondeur, ne réalise pas les conditions qu'exige ce genre d’opération. Une cuve profonde ou une large citerne semblerait préférable. Dans la pensée de la commission, deux de ces cuves devraient être installées dans chaque usine : Tune se remplirait pendant que le liquide contenu dans l’autre serait traité par un lait de chaux, puis déversé dans les bassins de dépôt. Pour faciliter le mélange et la combinaison avec la chaux, il serait nécessaire d’agiter le liquide. Le tuyau d'une pompe devrait plonger jusqu’au fond de chaque cuve. Rien ne serait plus facile que d'effectuer l’agitation du liquide et son déversement dans les bassins en distrayant pour ces opérations mécaniques une portion minime de la force motrice dont dispose chaque établissement.
La vinasse traitée par la chaux doit être débarrassée du précipité qu’elle tient en suspension. Le système de bassins géminés peut convenir pour cet
SUCIïES.
usage. Seulement, pour remédier aux inconvénients qui ont été signalés plus haut, il semblerait nécessaire d’abandonner ce mode de décantation et de déversement par trop-plein, qui n’a donné jusqu'ici que des résultats incomplets, et d’y substituer les procédés d’une véritable filtration. Celte opération pourrait se faire à l’aide de barrages en sable ou de digues filtrantes qui formeraient une des parois du bassin. Deux cloisons en planches, parallèles, percées de trous, maintenues, au besoin, par des murs en pierres sèches et séparées par un intervalle qu’on remplirait de sable, voilà une disposition simple et peu coûteuse qui réaliserait ces barrages. Les digues filtrantes pourraient être formées par deux rangs de fascines séparées par une couche de sable. Le liquide filtré à travers la première digue serait reçu dans un second bassin, traverserait une seconde digue et pourrait, au besoin, éprouver une troisième filtration.
Pour que ces filtres en sable puissent fonctionner d’une manière efficace, il faut que les bassins situés en contre-bas les uns des autres, et toujours remplis, reçoivent à chaque instant autant de liquide que le barrage ou la digue filtrante en laisse écouler. On peut assurer la régularité de l’écoulement en modifiant suivant les besoins la hauteur réelle et efficace de la digue filtrante, par le moyen d’une pale régulatrice placée en aval de la digue et par-dessus laquelle les eaux filtrées se déversent en nappe. Pour les détails de celte construction, nous renvoyons à un mémoire de M. Parrot (Annales des mines, 1830, t. VIII, p. 33), qui a appliqué la disposition dont il s'agit à la filtration des eaux de lavage de certains minerais. Elle a l’avantage de faciliter beaucoup le dépôt des matières insolubles. En effet, le liquide s’écoulant par la digue sur une certaine hauteur, le mouvement de translation des eaux dans l’intérieur du bassin s’établit, non plus par des courants superficiels, mais sur une profondeur correspondant à la hauteur réelle de la digue, c’est-à-dire lentement et de manière à permettre le dépôt des matières insolubles.
En raison de la nature mucilagineuse du précipité suspendu dans les vinasses, il est probable que les filtras s’engorgeraient au bout de quelque temps; il suffirait de laver le sable par un courant d’eau pour le remettre en état de servir de nouveau.
Ajoutons qu’en dehors des procédés décrits plus haut, d'autres modes de filtration pourraient être adoptés par les fabricants. La condition essentielle qu’ils devront réaliser sera de clarifier complètement les vinasses traitées par la chaux et destinées à être filtrées.
Épuration des vinasses par infiltration à travers des terrains argileux drainés. — Votre commission a pensé que les procédés du drainage pourraient être appliqués avec succès à l'épuration ou même à l'absorption des vinasses. A cet égard, deux systèmes différents ont fixé son attention : 1 un consiste à filtrer les eaux impures à travers une surface relativement restreinte d’un terrain argileux drainé ; l’autre, à les faire absorber par une étendue considérable de terres en culture et drainées au besoin.
Le premier de ces systèmes pourrait trouver une application assez géné-
raie dans les départements du Nord. En effet, le sol de ces départements est partout formé par de l'argile ou par un mélange d'argile et de sable. De pareils terrains peuvent se prêter encore à la filtration des vinasses, et cette filtration est bien plus efficace cjue celle que l’on peut effectuer à travers le sable. En effet, l’argile est douée de la propriété d’absorber et de retenir les matières organiques solubles que contiennent les eaux dont on l’arrose. — Fixées sur l’argile, ces matières organiques se consument lentement au contact de l’air, et peuvent devenir ainsi une source.de fertilité pour le sol qui les a absorbées.
Qu’il nous soit permis ici de citer quelques expériences de M. Ilervé- Mangon, concernant l’absorption des matières solubles des vinasses par la terre argileuse. De l’argile pure, de la marne calcaire, des mélanges à parties égales d’argile et de marne, d’argile et de sable, ont été arrosés avec une vinasse très-riche, donnant soixante grammes de résidu solide par litre, et qui a été ajoutée à la dose de 3 à 4 pour 100 du poids total de la terre. Ces mélanges exposés à l’air n’ont exhalé aucune odeur. Au bout de dix jours, on les a lavés, on a filtré le liquide et on l’a fait évaporer : le résidu de l'évaporation ne renfermait plus de vinasse.
Dans un autre essai, M. Uervé-Mangon a cherché à se placer dans des conditions plus voisines de la pratique. A cet effet, il a introduit dans des tubes verticaux de un mètre trente centimètres de bailleur de la terre argileuse naturelle, recueillie aux environs d’Arras. 11 a versé à la partie supérieure de cette terre une couche de vinasse de trois centimètres d'épaisseur, et il a soigneusement recueilli le liquide qui s’est écoulé au bas du tube. Évaporé, ce liquide n’a laissé qu’un résidu organique tout à fait insignifiant. Si, comme ces expériences le démontrent, le sol argileux possède la propriété d’absorber les matériaux solubles des vinasses, il n’en faudrait pas conclure que son pouvoir absorbant est en quelque sorte illimité. Un pareil sol étant arrosé avec des quantités considérables-de vinasses, il arriverait un moment où l’argile, saturée de matières organiques, refuserait d’en retenir davantage. Ces considérations sont de nature à laisser entrevoir les avantages d’un pareil drainage restreint sur un sol argileux, comme aussi les limites et les inconvénients de cette opération.
Les eaux qui s'écouleront par les drains seront plus pures que celles qui résulteraient de la filtration à travers le sable; mais, comme l’absorption par la terre argileuse se fait lentement, et que, pour assurer la purification des eaux, il faut que la masse des matériaux à absorber soit dans une juste proportion avec la masse de la couche filtrante, il devient nécessaire d’ajouter à cette opération une étendue de terrain assez considérable. Il est impossible d’assigner, à priori, des limites précises à la surface de ces terres. Néanmoins il est permis de penser que, dans les cas ordinaires et pour une quantité de vinasse ne dépassant pas huit cents à douze cents hectolitres par jour, un ou deux hectares pourraient suffire. Que l’on suppose, en effet, qu’il s’agisse de faire absorber par voie d’infiltration, dans des terres drainées d’une étendue d’un hectare, mille hectolitres ou cent mètres cubes de
SUCRES
vinasses par jour, la couche de liquide que cette surface devra absorber en vingt-quatre heures n’aura qu’une épaisseur d’un centimètre; une surface plus grande serait nécessaire pour les usines les plus considérables. Sans vouloir trop préciser les choses, il est permis de penser que, dans ces cas, trois, peut-être quatre hectares devraient être affectés à la clarification des vinasses. Une pareille étendue comprendrait une masse de quarante-cinq mille à soixante mille mètres cubes de terre argileuse propre à l'absorption, en supposant que les drains soient placés à un mètre cinquante centimètres de profondeur.
Ces terrains, préalablement nivelés avec soin, pourraient, au besoin, être entourés d’une petite digue propre à empêcher les fuites latérales. Peut-être serait-il utile de les diviser en un certain nombre de compartiments, dont chacun recevrait à son tour les vinasses écoulées en vingt-quatre heures. Après avoir reçu ces vinasses, le compartiment chargé serait pour ainsi dire abandonné au repos pendant quelques jours avant d’en recevoir une nouvelle quantité. Dans cet intervalle, la filtration pourrait s’effectuer complètement, et les terres auraient le temps de s’égoutter et de se dessécher jusqu’à un certain point. Du reste, cette distribution fractionnée assurerait la répartition uniforme des vinasses sur toute la surface du terrain, en remédiant aux inconvénients qui résulteraient d’un défaut de nivellement et d'infiltrations trop abondantes sur les parties déclives. 11 est important de faire remarquer ici que la clarification serait incomplète si l’on n’apportait le plus grand soin au tassement des terres accumulées sur les drains. En effet, s’il restait des vides dans les tranchées, les vinasses se seraient bientôt frayé, dans ces espaces trop perméables, des voies assez larges pour rendre la filtration imparfaite.
A la fin de la campagne, c’est-à-dire vers le mois de mars ou d’avril, ces terres pourraient être rendues à la culture. Recouvertes d’une couche de limon et saturées jusqu’à une grande profondeur de matières fertilisantes, elles pourraient se passer d’engrais.
Pour la campagne suivante, une nouvelle étendue de terrains pourrait, à son tour, être affectée à l’épuration des vinasses, et recevoir, pour les saisons à venir, les mêmes éléments de fertilité. C’est ainsi que les résidus des distilleries, alternativement distribués dans le cours des années sur les champs avoisinant les usines, au lieu d’être une cause d’insalubrité et un sujet de souffrance pour les populations, pourraient devenir une source de richesse pour l’agriculture.
La condition importante qu’il s'agirait de réaliser pour assurer 1 efficacité de ce système serait de donner à la surface de filtration une étendue suffisante. 11 est bien entendu qu'il ne sera applicable que dans les localités où la couche de terre argileuse offre une profondeur suffisante, et où la surface du sol s’élève au moins à un mètre cinquante centimètres au-dessus du niveau des cours d'eau.
Absorption des vinasses par des terres en culture. — Le système qui consisterait à employer les vinasses en irrigations ou en arrosements, et que
DOCUMENTS RELATIFS A l’ INDUSTRIE DES SUCRES.
nous allons exposer maintenant, exige l'annexion à l’usine d'une étendue considérable de terres en culture. C’est làun inconvénient qui rendra difficile, sinon impossible, son application générale. Mais, comme dans certains cas il peut rendre de grands services, nous allons indiquer sommairement les conditions que nécessite son emploi.
Tout le monde conviendra que les substances contenues dans les vinasses, matières organiques diverses, azotées ou non azotées, suspendues ou dissoutes, principes minéraux, tels que le salpêtre et les sels ammoniacaux, que toutes ces matières sont des éléments de fertilité et constituent de véritables engrais pour les terres sur lesquelles elles sont répandues. Le sulfate de chaux lui-même, si nuisible lorsqu’il est introduit dans les cours d’eau avec les vinasses, peut contribuer d’une manière efficace à l’amendement des terres. Malheureusement ces matériaux fertilisants sont délayés dans des masses d’eau tellement considérables, que le transport et la distribution de cet engrais liquide et étendu deviendraient une charge onéreuse pour une exploitation agricole. Nous essayerons de montrer néanmoins que ces inconvénients, tout en diminuant les avantages que l'on pourrait retirer de l’application de ce système, ne sont point de nature à en compromettre le succès d'une manière absolue.
Comment transporter dans tous les points et aux extrémités d’un domaine d’une cinquantaine d’hectares, par exemple, ces quantités énormes de vinasses qu’une grande distillerie rejette pendant cinq ou six mois de l’année? Cette question soulève une difficulté réelle. Elle peut recevoir diverses solutions.
Lorsque les pentes naturelles du terrain s’y prêtent, les vinasses peuvent être répandues sur les terres par voie d’irrigation dans des tranchées ouvertes et dans des rigoles.
C’est le système le plus économique. Là où la configuration du terrain ne permet pas son application, il faut recourir aux procédés qui consistent à refouler les vinasses, sous une pression considérable, dans des tuyaux en fonte posés dans les champs. La pression exercée sur le liquide permet de le répandre uniformément par voie d’arrosement, à l’aide de tuyaux flexibles terminés par des lances à incendie.
Ces procédés, employés dans beaucoup de localités en Angleterre, ont été appliqués dernièrement à la distribution des engrais liquides de Bondy dans les fermes de la terre de Vaujours.
Enfin, un troisième système consisterait à combiner les deux précédents, c'est-à-dire à faire arriver les vinasses au moyen de tuyaux souterrains dans des réservoirs placés au milieu des terres, et qui perdraient leurs eaux par le moyen de rigoles d'irrigation.
L’établissement de ces tuyaux en fonte dans un domaine d'une certaine étendue est sans doute une opération dispendieuse. Un agriculteur qui installerait ce sysitème tubulaire pour y répandre un engrais aussi étendu que le sont les vinasses trouverait difficilement, dans les bénéfices de l’exploitation, une compensation suffisante des frais d’installation et d’entretien.
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Mais ce n’est point ainsi qu’il faut envisager celte question. Dans l’espèce, ce n’est point seulement l’exploitation agricole qui aurait à supporter les Irais dont il s’agit. Il serait de toute justice qu’on en attribuât une partie à l’entreprise industrielle elle-même. C’est l’industrie qui crée l’embarras, elle doit supporter la charge.
Construction de bassins, traitement par la chaux, filtration à travers le sable, toutes ces opérations constituent un sacrifice en pure perte, mais un sacrifice nécessaire. L’établissement d'un système tubulaire est une charge plus lourde, sans doute, mais qui peut trouver une certaine compensation dans les bénéfices de l’opération agricole.
Nous devons ajouter que l’emploi le plus avantageux des vinasses comme engrais consisterait peut-être à les répandre en irrigation sur les prairies. Il est bien permis, en effet, de comparer les vinasses et les eaux d’égout en ce qui concerne leur application à l’agriculture, et l’on sait que les eaux d’égout sont devenues, sous ce rapport, en Écosse, et aux environs de Milan, l’objet de tentatives longtemps prolongées et couronnées de succès. Il existe dans le voisinage d’Édimbourg des prairies sur lesquelles on répand depuis soixante ans, par le moyen d’irrigations faites à ciel ouvert, une partie des eaux d’égout de celte cité.
D’après une évaluation approximative, la couche d’eau qui passe annuellement sur la surface de ces prairies et qui s’y infiltre offre une épaisseur de plus de deux mètres. Telle est la puissance d’absorption d’un sol convenablement drainé.
Le système qui consisteà faire absorber les vinasses par les terres, ou à les répandre en irrigations, ne peut-il pas devenir une cause d’insalubrité, en favorisant dans les endroits où le sol serait alternativement sec et humide la formation de principes odorants, ou même de miasmes paludéens ? Grave question qui a été soulevée dans le rapport de M. Chevreul, et discutée dans le sein de la commission. Il est permis d’espérer que les effets nuisibles dont il s'agit ne se manifesteront point sur des terres convenablement drainées, où l'absorption est rapide, où l’écoulement des eaux surabondantes est facile, où l’accès de l’air est possible. On ne pourrait craindre le danger des émanations fétides que dans le cas où l’irrigation se ferait à ciel ouvert, par le moyen de fossés et de rigoles. Les bords et le fond de ces fossés pourraient se couvrir de débris organiques dans certains endroits. On remédierait à celte accumulation de matériaux fermentescibles par un bon entretien et par un curage fréquent des fossés.
11 n’est d'ailleurs pas inutile de faire remarquer ici que, dans le cas où les vinasses seraient employées en irrigations, il faudrait en séparer préalablement les débris grossiers qu’elle peut entraîner.
11 ne nous reste que peu de mots à ajouter concernant quelques moyens proposés ou même pratiqués pour remédier aux dangers qui résultent de l’écoulement des vinasses dans les cours d'eau.
Puits absorbants. — Parmi ces moyens, nous devons signaler ici les puits absorbants ou bois-tout. On en connaît les inconvénients : ils sont sujets à
s’obstruer; ils peuvent corrompre les puits du voisinage ; en un mot, les cas où leur établissement peut être considéré comme offrant des garanties sérieuses à la santé publique sont extrêmement rares. Ces cas ont été si bien définis par M. Chevreul, que nous demandons la permission de reproduire ici les passages de son rapport qui les concernent :
« Les bois-tout, sorte de puits creusés dans le sol, avec l’intention d’y faire écouler des eaux qui sont à sa surface, n’ont d'efficacité qu’à trois conditions.
« La première est que les liquides qu'on fera écouler dans les bois-tout ne corrompront pas la nappe d’eau potable qui alimente les puits et les sources d’eau servant aux usages économiques du pays où les bois-tout seront creusés.
« La seconde est que les bois-tout aient leur fond dans une couche parfaitement perméable, autrement, le terrain, bientôt saturé, ne permettra plus au bois-tout d’absorber l’eau.
« La troisième est que la couche perméable où se rendra l'eau qu’on veut évacuer de la surperticie du sol, étant située au-dessous de la nappe d’eau qui alimente les puits du pays, cette couche perméable ne conduise pas les eaux dans une nappe d’eau servant à l’économie domestique d’un pays autre que celui où le bois-tout est creusé. »
Peut-être parviendrait-on à diminuer les inconvénients que présentent les puits absorbants, et à améliorer les conditions de leur emploi en n'y recevant que des liquides préalablement clarifiés par la filtration à travers le sable.
Concentration des vinasses. — On avait eu la pensée de se débarrasser des vinasses par la concentration. Si cette opération devait se faire par la chaleur d'un combustible, même de qualité trés-inférieure, elle entraînerait des frais énormes qui ne seraient que faiblement compensés par la valeur des sels contenus dans les résidus. Il ne faut pas songer à un pareil expédient.
Nous en dirons autant du procédé qui consisterait à soumettre les vinasses à l'évaporation par le moyen de bâtiments de graduation construits avec des débris organiques de peu de valeur, tels que pailles de colza, fanes de pommes de terre, tiges de pavots et de topinambours, etc. On avait espéré qu'en orientant dans la direction des vents régnants ces amas de végétaux légers et volumineux, et en y faisant ruisseler les vinasses, l’évaporation serait assez active et assez complète pour que les résidus solides, en s’accumulant à la surface de ces débris et en se putréfiant avec eux, finissent par les transformer en une sorte d’engrais. Une seule considération suffit pour détruire ces illusions. Le travail devant se faire en hiver, l’évaporation ne sera jamais assez active pour que l’on puisse espérer que des centaines de mètres cubes d’eau se dissipent en vapeur dans un seul jour, et pour une seule usine.
En résumé, les moyens sérieux que l'on peut employer pour remédier aux inconvénients résultant de l’évacuation des vinasses dans les cours d’eau sont les suivants :
sucp.es.
1° Substitution de l'acide chlorhydrique à l’acide sulfurique pour la fermentation du jus de betteraves ;
2° Traitement des vinasses par la chaux dans un système de bassins ;
5° Leur filtration à travers une surface limitée d'un terrain drainé;
4° Leur absorption par une étendue considérable de terres en culture et drainées au besoin.
Les deux premiers moyens sont des palliatifs plutôt que des remèdes véritables ; les derniers sont plus efficaces, comme il semble, mais d'une application plus difficile. Tous pourront trouver suivant les circonstances un utile emploi. S’agit-il d’une usine située sur un cours d’eau important, la neutralisation et au besoin une simple clarification pourront suffire. Dans le cas, au contraire, où les usines voudraient évacuer leurs résidus dans des cours d’eau offrant un débit et une pente faibles, les vinasses devront être épurées avec soin.
Il est à craindre que cette purification ne puisse dans aucun cas être assez complète pour qu’il soit permis d’assimiler les liquides clarifiés à de l’eau ordinaire. Votre commission estime en conséquence qu’il y a lieu d’interdire l’écoulement des vinasses épurées dans les fossés et dans les mares, elle croit, en outre, que leur évacuation dans les cours d’eau pourrait encore offrir de graves inconvénients, dans les cas où le volume des liquides évacués ne formerait pas une très-faible fraction du débit de ces cours d’eau.
En ce qui concerne les moyens d’épuration, elle pense que les procédés du drainage peuvent être plus efficaces que le traitement par la chaux et la filtration à travers le sable. Toutefois elle hésite à recommander à l’administration de faire à cet égard des prescriptions formelles. Quoique, dans sa pensée, les procédés dont il s’agit aient le double avantage d’offrir une garantie sérieuse contre l’infection des cours d’eau, et d’employer au profit de l’agriculture des résidus qui renferment des éléments fertilisants, elle croit néanmoins que quelque chose leur manque encore : la sanction d’expériences faites sur les lieux mêmes.
L’administration, dans sa sagesse, provoquera ces expériences et les voudra aussi complètes et aussi démonstratives que possible. En attendant, sera-ce trop présumer des efforts de la commission que de penser qu’elle aura préparé les voies et donné dans le présent rapport quelques indications pour une solution au moins provisoire de la question? Elle n’a point visé plus haut. Dans son opinion, les difficultés qu'il s’agit de surmonter ne sont point de nature à recevoir une solution uniforme et absolue, et le moment n’est pas venu où l’administration puisse, en toute sécurité, prescrire des procédés de purification. Pour la campagne prochaine, elle voudra laisser, quant au choix de ces procédés, une certaine initiative aux fabricants, se bornant à les éclairer de ses conseils.
De leur côté, les propriétaires des usines redoubleront d’efforts, et, choisissant parmi les indications qui ont été données celles qui pourront convenir à leur situation particulière, ils parviendront à améliorer un état de
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choses qui est devenu un danger pour la santé publique et un embarras pour eux-mêmes. L’administration n’est point restée indifférente en présence d’un mal qui n'a fait que s’accroître depuis quatre ans ; en présence de l'incurie ou du mauvais vouloir de quelques-uns, elle ne serait point désarmée. Mais, dans son désir de concilier tous les intérêts, elle a reculé jusqu’ici devant l’exercice rigoureux des droits que la législation lui confère. L’appel qu’elle adressera de nouveau aux fabricants sera entendu, nous n’en doutons pas.
Quant à ceux qui ne. seraient pas en mesure de profiter des indications données, il leur resterait une ressource extrême : ce serait de modifier le travail de leurs usines. Parmi les procédés qui ont été employés pour la distillation des betteraves, celui de Champonnois et celui de le Play ne donnent lieu, en effet, qu’à des quantités de vinasses relativement peu considérables, et dont il est facile de se débarrasser en les répandant sur les terres. Il serait fort désirable que l'emploi de ces procédés pût se généraliser. Ils trouveront principalement une application avantageuse dans les distilleries de moindre importance, et surtout dans celles qui seraient annexées à de grandes exploitations rurales. Déjà un certain nombre de propriétaires ont réalisé cette heureuse combinaison. Elle présente les garanties les plus sérieuses au double point de vue de la sécurité commerciale, de l’entreprise et de la salubrité publique. Dans ces établissements, où l’activité de l'usine peut se régler sur l’étendue et sur les besoins de la ferme, l’évacuation des résidus n’offrira plus de difficultés réelles. Les pulpes seront consommées par les bestiaux et les vinasses iront féconder les terres.
Ces considérations contribueront peut-être à dissiper dans vos esprits tous les doutes concernant l’avenir de la belle industrie dont il s'agit. Dût-elle faire de nouveaux sacrifices, dût-elle, dans certains cas, transformer son économie ou ses procédés, elle survivra à la crise actuelle.
En terminant, nous avons l’honneur de prier les deux comités de vouloir bien donner leur approbation aux vues qui sont développées dans le présent rapport, en proposant à Son Excellence M. le ministre l’adoption des mesures suivantes pour la campagne qui va s’ouvrir.
L’évacuation des vinasses dans les cours d’eau ou leur absorption par le sol ne pourra avoir lieu à l’avenir qu'aux conditions et avec les restrictions énoncées ci-après :
Art. 1". L’écoulement de ces résidus dans les fossés ou inares à eaux stagnantes ne pourra être toléré dans aucun cas.
Leur évacuation dans des puits absorbants ne pourra être autorisée qu’à titre provisoire et sous toute réserve de retrait des autorisations données, dans le cas où ce moyen présenterait des inconvénients constatés.
Art. 2. L'acide libre contenu dans les vinasses devra être neutralisé.
Art. 3. Les vinasses provenant du traitement du jus de betteraves par l'acide sulfurique ne pourront être évacuées dans les cours d’eau qu’après avoir été clarifiées complètement, soit par voie d’infiltration à travers un sol
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argileux drainé, soit par la chaux et la filtration à travers le sable, ou tout autre moyen de filtration équivalent.
Les cours d’eau dans lesquels ces vinasses clarifiées seront évacuées devront avoir, au moment des plus basses eaux, 'un débit journalier variant au minimum de trois cents fois à cinq cents fois le volume des vinasses, suivant la rapidité plus ou moins grande du courant, le voisinage ou l’éloignement des grandes rivières ou de la mer, ou toutes autres circonstances favorables ou défavorables à la prompte évacuation des résidus nuisibles.
Art. 4. Les vinasses provenant du traitement du jus de betterave par l’acide chlorhydrique devront, comme les précédentes, être clarifiées par l’un ou l’autre des moyens spécifiés ci-dessus, et ne pourront être évacuées que dans des cours d’eau offrant un débit journalier égal au minimum à cent fois le volume des vinasses.
Art. 5. Dans le cas où quelque nouveau système de traitement présentant des garanties de salubrité suffisantes serait proposé, les préfets, sur l’avis des conseils d’hygiène, pourront en autoriser l’essai.
Art. 6. Les fabricants qui feront absorber leurs vinasses par voie d’arrosage sur des prairies ou des terrains en culture ne seront assujettis à aucune condition spéciale en ce qui concerne le traitement de ces vinasses. Ils seront simplement tenus défaire à l’administration la déclaration préalable du système qu’ils se proposent d’employer, et d’indiquer l’étendue et la situation des terres qu’ils voudront arroser.
Art. 7. Les autorisations d’évacuer les vinasses dans les cours d’eau, accordées par les préfels, seront toujours révocables dans les cas où les moyens d’épuration employés seraient reconnus insuffisants.
Art. 8. La commission émet le vœu qu’il soit institué dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais un service de surveillance pour assurer l’exécution des mesures prescrites.
SUIF (Industrie du).
Suit' en branches (Fonderie de) ù l’acide (2' classe). — 14 janvier 1815.
Snir en branches (Fonderie de) à l'alcali (2' classe, par assimilation).
Suif en branches (Fonderie de) an bain marie ou à la vapeur, avec des appareils parfaitement construits (5* classe). — 14 janvier 1S15.
Suif brun (Fabrication du) (1" classe). — 14 janvier 1S15.
Suif d’os (Fabrication du) (1" classe). — 14 janvier 1815.
Cretonniers (1" classe). — 14 janvier 1815.
Chandeliers (2“ classe). — 15 octobre 1810 cl 14 janvier 1815.
Suif en branches (Dépôts de) (1" classe).
Le suif est la graisse des animaux herbivores, il a une consistance assez ferme à la température ordinaire, et variable selon les animaux qui l’ont fourni.
Détail des opérations. — Pour l’extraire du tissu membra-