II. AVIS HYGIÉNIQUE AUX FUMEURS
Depuis la fameuse affaire du château de Dilrcmont, on s’esl beaucoup préoccupé de l'action de la nicotine sur la santé des fumeurs, et, par suite de l’extension énorme de la vente et de l’usage du tabac, de l'influence réelle de cet agent sur les fonc-
TABACS
lions du système cérébro-spinal. Il faut cependant réduire à sa propre valeur l’action d’une substance dont l'abus seul peut être nuisible. Quoique ennemi personnel de l'usage du tabac, prisé, fumé ou chiqué, au point de vue de son inutilité et de ses inconvénients par rapport à la propreté, je classe cette habitude parmi les incommodités sociales qu’il faut subir, surtout quand elles enrichissent l’Etat. Mais voici quelques préceptes qu’il ne faudrait pas oublier. Je les extrais en partie d’un article fort intéressant et très-peu connu de M. Malapert, pharmacien à Poitiers, inséré dans le Bulletin de la Société de médecine de cette ville, n° 19, 1852.
a La nicotine ne bout qu’à deux cent cinquante degrés ; elle doit donc se condenser dans les premières parties froides qu’elle rencontre. Cette condensation a lieu dans les longs tuyaux d’où la nicotine mélangée d’eau retombe dans le fourneau de la pipe, si celle-ci n’est pas munie d’un récipient ou pompe. Si les tuyaux des pipes sont très-courts, presque toute la nicotine doit arriver dans la bouche, et se condenser en partie dans cet organe, si on n’a pas le soin de laisser au fond de la pipe une certaine quantité de tabac, autrement ditîm culot.
« La nicotine, comme tous les corps organiques, est décomposable à une température élevée, si elle ne se trouve pas mélangée avec un autre corps volatil qui la préserve de la décomposition en facilitant son évaporation. Aussi est-on indisposé plus promptement, et à un plus haut degré, quand on fume du tabac humide que quand on fume du tabac sec. C’est que, dans le premier cas, la nicotine est préservée de la décomposition par la vapeur aqueuse qui se forme, et qui l’entraîne ou l’accompagne dans son évaporation; tandis que le tabac sec ne donnant de l’eau que celle produite par sa combustion, la vapeur aqueuse n’est pas assez abondante pour préserver complètement la nicotine de la décomposition, du moins pendant la combustion des premières portions de tabac, et une partie du principe vénéneux est détruite.
« Les fumeurs ne trouvent pas le même goût au tabac au commencement et à la fin d’une pipe ou d’un cigare. C’est que la nicotine qui se dégage des premières portions de tabac qui brûlent dans une pipe se condense dans la portion inférieure avec plus ou moins de produits pyrogénés, et, lorsque le feu est arrivé au milieu de la pipe, la nicotine qui se dégage alors s’ajoute à celle qui y était condensée, et arrive en masse dans la bouche.
« Il en est de même des cigares : lorsqu’on fume la première moitié d’un cigare, la majeure partie de la nicotine s'arrête dans l’autre moitié, d'où elle est chassée avec celle qui se dégage de cette dernière portion du cigare qui brûle.
a On doit l’agrément qu'on trouve au tabac aux portions de vapeurs qui
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peuvent se condenser avec facilité, et dont la nicotine fait partie ; car lorsqu’on fume dans une pipe neuve, faite d'une matière absorbante, comme les pipes de terre, on trouve un mauvais goût au tabac, parce que la nicotine et le goudron s’imprégnent dans la matière même de la pipe, de sorte qu’il n’arrive dans la bouche que des produits pyrogénés gazeux; mais quand, par l’usage, la pipe se trouve imprégnée des autres produits de la combustion, lorsqu’elle est culotée, la nicotine et le goudron n’étant plus absorbés, tous les produits de la combustion du tabac arrivent en même temps en proportions variables, suivant qu’on est au commencement ou à la fin d’une pipe.
« On peut se préserver de tout accident: 1° En ne fumant pas le tabac trop humide; — 2° en adaptant aux pipes l’accessoire, récipient ou pompe, qui condense la nicotine ; — 5° en ne fumant la pipe ou le cigare qu’à moitié, et rejetant le reste du tabac qui se trouve imprégné de nicotine.
« Quant aux mâcheurs ou chiqueurs de tabac, je ne peux leur donner qu’un conseil, c’est d’éviter d’avaler la salive, qui, s’étant imprégnée de nicotine, ne serait pas sans danger pour eux. Je ferai observer, toutefois, qu'il n’est pas plus dangereux de mâcher que de fumer, parce que la sécrétion de la salive se faisant abondamment pendant qu’on mâche, la nicotine qui se dissout se trouve très-diluée, et n’a pas plus d’action directe que celle qui est entraînée dans la bouche par la fumée du tabac. »
TABATIÈRES EN CARTON. Voir au mot Papier ( Industrie du), t. II, p. 280.
TANNERIES. Voir Cttirs (Industrie des), t. I, p. 541.
TANNIN ARTIFICIEL. Voir Résineuses (Matières), t. II, p. 397.