‹ Traité pratique d'hygiène industrielle et administrative comprenant l'étude des établissements insalubres, dangereux et incommodesChapitre 195 sur 240 · URINOIRS PUBLICS. — LATRINES PUBLIQUES · texte numérisé non relu

URINOIRS PUBLICS. — LATRINES PUBLIQUES

La question des urinoirs publics n’est, à la rigueur, qu’une question d'hygiène publique générale : mais elle se rattache d’une manière si intime à l’industrie, à cause des nombreux ateliers et de la grande quantité d’ouvriers qui y sont employés, que j’ai cru devoir en faire un chapitre spécial : leur construction et leur surveillance médicale sont, du reste, entièrement soumises au contrôle des conseils d’hygiène : car ces établissements mal tenus deviennent rapidement un foyer d’infection. — Leur propreté est un des éléments principaux de leur existence et, comme il ne faut jamais compter sur les soins de cette nature quand il s’agit du public, l’administration encourage tous les perfectionnements qui ont pour but de rendre indépendant de la volonté du public leur entretien. Une fois leur construction bien établie, il ne reste plus qu’à assurer le service de l’eau en abondance et l’usage régulier des désinfectants. Le goudron, étendu à l’intérieur des réservoirs, les chlorures, les sulfates de fer, de magnésie, de zinc, peuvent être indifféremment employés. Les liquides peuvent alors, sans inconvénients, s’écouler dans les égouts : et l’odeur est, en général, presque entièrement abolie. Mais ces résultats ne seront obtenus qu’à l’aide de dispositions qui permettront le mélange continu des désinfectants aux liquides versés, et s’opposeront à la projection del’urine hors les cuvettes. — Ces urinoirs devront être inspectés plusieurs fois par an: c’est pour éclairer ceux qui sont intéressés dans cette question que je donne plus bas, in extenso, le rapport fait au conseil de la Seine sur ce sujet par M. Boudet.

On ne saurait, du reste, indiquer les innombrables formes d’appareils qui ont été conseillés en celte circonstance. Je me bornerai à signaler un procédé que j’ai vu mis en pratique à Hambourg. Un réservoir contenant une solution de sulfate de fer (couperose verte) est placé au-dessus du siège dont l’orifice est toujours ouvert (la ventilation s’exerçant de haut en bas). Le mouvement de la porte, pendant l’entrée et la sortie,

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fait jouer un mécanisme qui ouvre le réservoir et donne lieu à un flot abondant de liquide désinfectant. Il y a donc deux lava ges opérés, chaque fois qu’on se sert de ces latrines ou urinoirs. — Toute la dépense est dans la grande quantité d’eau qui peut être employée ; — mais l’avantage est supérieur, car il n’y a ni odeur ni malpropreté.

En Angleterre on a étendu les mesures hygiéniques plus loin encore que dans notre pays. Tous les débitants de vins ou de liqueurs sont obligés d’avoir dans l’intérieur de leurs établissements des appareils parfaitement entretenus : on évite ainsi, dans les rues, le spectacle dégoûtant qu’entraîne toujours l’usage abondant et répété des boissons alcooliques. Il serait à désirer que les mômes mesures fussent prises dans toutes les grandes villes.

Documents relatifs aux urinoirs publics.

I. RAPPORT AU CONSEIL d’iIÏGIÈNE PUBLIQUE ET DE SALUBRITE DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE SUR LES LATRINES PUBLIQUES (URINOIRS TUBLICs) ÉTABLIES A PARIS, QUAI DE LA MÉGISSERIE, PAR UNE COMMISSION COMPOSÉE DE 5IM. MICHAL, DUBOIS, ARCHITECTE, ET BOUDET, RAPPORTEUR.

Monsieur le préfet,

Vous avez réclamé l’avis du conseil d'hygiène sur les moyens propres à faire cesser l’insalubrité des latrines publiques établies dans les murs de soutènement des quais de Paris, et à faire droit aux plaintes dont elles sont l’objet depuis longtemps.

Les commissaires soussignés ont été chargés par le conseil d’examiner cette question, et ce sont les résultats de cet examen qui font l'objet du présent rapport.

L'odeur qui s'exhale des latrines publiques des quais de Paris, et particulièrement de celles qui sont exposées au midi, est très-forte et se fait sentir d’une manière très -incommode jusque sur les trottoirs des quais; on a tenté à plusieurs reprises d’assainir ces latrines à l’aide de substances désinfectantes. Ces essais ont été infructueux. La disposition de ces latrines est telle qu’elles ne sont pourvues d’aucun moyen de ventilation, et qu’on ne pourrait en établir qu’en élevant sur les quais des cheminées d’appel qui offriraient elles-mêmes de très-graves inconvénients. On a proposé de faire écouler directement les matières à la Seine; mais si l’on adoptait cette mesure, lorsque les berges seraient à sec, pendant la saison des eaux basses, elles seraient couvertes de matières fécales qui blesseraient également la vue et l’odorat.

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Un autre système consisterait à convertir les fosses d’aisances qui desservent les latrines publiques en caveaux de fosses mobiles, à y installer des appareils séparateurs avec récipients mobiles et réservoirs pour les solides et les liquides, et à établir une ventilation aussi active que le comporte l’état des lieux. Les liquides préalablement désinfectés seraient pompés et directement portés à la Seine, les récipients mobiles seraient enlevés au moment de leur plénitude. Ce système est actuellement en fonction dans les latrines publiques du port Saint-Nicolas; la préfecture de la Seine y a fait établir des sièges garnis de cuvettes à bascule et des appareils séparateurs, et les résultats obtenus sont assez satisfaisants. La question cependant est loin d’être résolue, et la commission déléguée par le conseil de salubrité pour l’étudier cherchait à lui donner une solution plus complète, lorsque M. Deplanque vous a prié, monsieur le préfet, de vouloir bien soumettre à une commission spéciale du conseil de salubrité un système de vidange dont il se dit l'inventeur, et qui aurait pour effet la désinfection complète des matières fécales et leur conversion immédiate en engrais.

Le conseil consulté sur cette demande a été d’avis, qu’il était impossible d’apprécier à priori les difficultés de la mise en pratique de ce système, qui théoriquement donnerait de bons résultats, et qu’il conviendrait d’accorder au sieur Deplanque l’autorisation de l’expérimenter dans l’enceinte du dépotoir de la Villette, sur une échelle aussi grande qu’il serait possible de le faire, sans gêner le service, et aux frais, risques et périls du pétitionnaire, afin de vérifier l’efficacité des moyens proposés, et de reconnaître notamment s’ils sont applicables à de vastes opérations. D’autre part, M. le directeur général de la salubrité, tout en reconnaissant les résultats satisfaisants produits par les appareils d’essai établis par l’inventeur dans son laboratoire, situé aux Thernes, a pensé qu’une application en grand du procédé dont il s'agit, était nécessaire pour qu’il pût se prononcer sur sa valeur, et a proposé d'autoriser le sieur Deplanque à l’appliquer à titre d’essai à la fosse d’aisances desservant les latrines publiques du quai de la Mégisserie, près l’escalier du pont au Change.

S’autorisant de ces avis favorables, le sieur Deplanque a demandé au préfet de la Seine la permission d’instituer ses expériences aux latrines publiques du quai de la Mégisserie, et cette permission lui ayant été accordée à la date du 13 janvier dernier, il a mis son système en pratique, et a invité les commissaires soussignés à examiner les résultats de son application.

Les expériences instituées par le sieur Deplanque se continuent depuis un mois, elles intéressent une des questions les plus graves de la salubrité des villes et de la fabrication des engrais; leurs résultats, s’ils sont favorables, peuvent avoir des conséquences très-importantes pour la ville de Paris. Les commissaires ont dû en étudier les conditions et en suivre la marche avec une attention digne delà mission qui leur était confiée.

Et d’abord, ils ont dû prendre pour point de départ de leurs études l'exposé du système proposé par le sieur Deplanque pour la transformation immédiate des matières fécales en engrais, et de son application à l'établisse-

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ment des fosses dites à siphon , qu'il propose de substituer aux fosses actuelles.

Dans le système du sieur Deplanque, la transformation des matières fécales en engrais s’exécute de la manière suivante.

Les matières provenant des vidanges des villes, arrivées dans la voirie où elles doivent être traitées, sont divisées en matières lourdes et en eaux vannes; la proportion des matières lourdes est à Taris de 20 pour 100 parties d’eaux vannes; les matières lourdes, désinfectées au moyen d’une petite proportion de pyrolignite de fer, sont malaxées avec une quantité de plâtre suffisante pour leur donner une solidité telle qu’elles puissent être immédiatement étendues au séchoir. Le produit ainsi obtenu est ordinairement séché en vingt-six heures. L’opération qui le permet est désignée sous le nom de première passe.

On pulvérise ce produit et on l'emploie pour solidifier de nouvelles quantités de matières lourdes, c’est ce qui s'appelle exécuter la deuxième passe; on en fait une troisième et une quatrième, et Ton obtient ainsi une matière qui, d’après une analyse officielle de l’École des mines, contient 2,05 d’azote pour 100.

Les eaux vannes, à leur tour, sont mélangées avec un volume égal d'eau de chaux, et abandonnées au repos. Au bout de vingt-qualres heures, elles ont formé un dépôt qui, d’après l’analyse de l’École des mines, contient pour cent parties à l’état sec, 1,77 d'azote, et 3,48 d’acide phosphorique à l’étal de phosphate calcaire; en même temps elles sont éclaircies et sont devenues susceptibles d'être rendues sans inconvénients à la circulation générale.

Ainsi, d’une part, le procédé de 31. Deplanque transforme en engrais au moyen du plâtre les matières lourdes des vidanges, et d’autre part, au moyen de l’eau de chaux, il dépure les eaux vannes, en précipitant en grande partie les matières fertilisantes qu’elles contiennent et les transforme aussi en engrais.

La fosse dite à siphon proposée par le sieur Deplanque a pour objet la décomposition continue dans les fosses elles-mêmes des matières solides et liquides qu’elles reçoivent, leur précipitation immédiate et l'écoulement continu dans les égouts des eaux qui surnagent les précipités.

Pour obtenir ce résultat, le sieur Deplanque procède de la manière suivante :

Étant donnée une fosse vide et en bon état, il supprime la cheminée d’appel ou de dégagement pour les gaz, lute avec soin le tuyau de descente et installe dans la voûte de la fosse un tuyau de plomb qui, d'un côté, plonge dans l’intérieur de ladite fosse à la naissance de la voûte, et, de l'autre, s’élevant au-dessus de celte voûte à une hauteur supérieure au radier de l’égout voisin, se courbe ensuite pour aller s’introduire dans la paroi de cet égout.

L’appareil étant ainsi disposé, il remplit complètement d’eau de chaux la capacité de la fosse qui se trouve alors prête à fonctionner; la fosse étant entièrement pleine en effet jusqu’à la courbure du tuyau de plomb, qui doit

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lui servir de déversoir, chaque volume de matières solides ou liquides versé dans la fosse par le tuyau de descente se trouve précipité par l'eau de chaux, et fait écouler dans l’égout un volume égal de liquide dépuré, il ne reste donc plus rien à faire pour le fonctionnement régulier de l'appareil, si ce n’est d’exécuter les lavages ordinaires des latrines avec de l'eau de chaux au lieu d’eau ordinaire, et d'introduire de temps à autre dans la fosse de petites quantités de liqueurs désinfectanles. Une fosse ainsi disposée, n’a plus besoin d'èlre vidangée qu’autant que le précipité s’est élevé à peu de distance du sommet de la voûte, et un ajutage avec robinet adapté au tuyau audessous de la courbure permet de reconnaître l’état du liquide contenu dans la fosse, et le moment où elle doit être vidangée.

Tel est le système proposé par le sieur Deplanque, tant pour la fabrication des engrais que pour l’établissement des fosses; l’action de l’eau de chaux sur les matières des vidanges en est évidemment la base, il importe donc pour l’apprécier de constater la nature et l’efficacité de celle action.

Depuis longtemps déjà, on sait que la chaux a la propriété de désinfecter et de précipiter les eaux d’égouts et les matières de vidange : l'application de cette propriété remarquable a été réalisée en Angleterre, dans plusieurs villes, et notamment à Leicester où M. Wickteed désinfecte et exploite chaque année, sous forme d’engrais, les cinq millions de mètres cubes d’eaux d’égouts fournies par une population de soixante-cinq mille âmes.

Dans un rapport très-étendu sur la question du drainage de la ville de Londres, adressé aux commissaires de la reine d’Angleterre par MM. Hoffmann et Henry Witt, ces savants chimistes ont étudié avec soin l’action de la chaux sur les eaux d'égouts; ils ont constaté qu’en versant dans deux cents litres de ces eaux un lait de chaux fait avec un litre d’eau et cinquante-deux grammes de chaux, on obtient en une heure une précipitation aussi complète que si on avait abandonné le liquide au repos pendant quatre heures sans l’avoir traité par la chaux; la liqueur surnageant, le précipité était en grande partie désinfectée, mais elle contenait une légère opalescence, une odeur encore très-sensible, et retenait une quantité de matières organiques putrescibles assez considérable.

MM. Hoffmann et A\ ilt ont déduit de leurs expériences les conclusions suivantes :

La chaux appliquée à la fabrication des engrais, au point de vue hygiénique, remplit, dans une certaine mesure, comme le charbon, comme le mélange de chaux et de sulfate d’alumine et de charbon (procédé Stothert et Golto), le but pour lequel ces agents ont été proposés. Cependant, si l’on construisait dans le voisinage immédiat de Londres des usines affectées à la désinfection de ses eaux d'égouts, la construction de pareilles usines aurait pour la santé des habitants les résultats les plus fâcheux et les plus funestes; enfin, si l’on persistait à former des établissements de ce genre, et si l’on versait dans la Tamise à proximité de Londres les eaux surnageant ce dépôt, ou provenant des divers traitements, nous n'hésitons pas à croire que l’eau du lleuve pourrait s'en trouver très-sérieusement affectée. Si l'on

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compare cette opinion avec celle que M. Maugen a exprimée dans sa brochure sur la fabrication des engrais, telle qu’elle a été établie à Leicester par M. Wickteed, on est frappé de leur désaccord. M. Maugen, en effet, assure que la transformation des eaux d’égouts en un liquide transparent et inodore, et en briquettes d’engrais solide, s’effectue à Leicester dans des ateliers d’une propreté absolue, sans qu’aucune odeur s’y fasse sentir, et que l’application du procédé de M. Wickteed et la construction du syslème complet d’égouts qui en a été la conséquence aient été, pour la salubrité de la ville, un bienfait inappréciable. Un rapport de la commission d’hygiène constate, en effet, que la mortalité, qui depuis quelques années s’élevait à Leicester de quatre cent vingt à quatre cent cinquante décès par trimestre, était tombée, depuis l'achèvement des travaux en mai 1855, au chiffre de trois cent vingt-six à trois cent quarante.

La divergence de ces conclusions peut s'expliquer jusqu’à un certain point si l’on considère que la population de Londres est quarante fois plus considérable que celle de Leicester; que le lit de la Tamise, dans l’enceinte de la ville de Londres, est couvert d’un limon fétide, qui, eu égard à l’influence du reflux de la mer et aux conditions particulières que présente le fleuve, s’y est accumulé depuis longtemps, et que les circonstances dans lesquelles se trouve la ville de Londres ne permettent pas d’y réaliser tout ce qui peut être praticable dans un centre de population beaucoup plus restreint et dans des conditions essentiellement différentes.

Ces considérations suffisent-elles, toutefois, pour expliquer des opinions aussi contradictoires? Les commissaires soussignés ne l’ont pas pensé, et ils ont dû comparer les dernières des expériences qui leur ont servi de base, et s’appliquer ensuite à l’examen des avantages que pouvait offrir l’application de la chaux au traitement des vidanges dans les fosses à siphon , en tenant compte des conditions spéciales que présente la question de l'assainissement de Paris.

Il est à remarquer d’abord que les eaux d’égouts ont une composition extrêmement variable, selon les localités et les circonstances dans lesquelles elles se sont formées et ont été recueillies; il résulte, toutefois, des expériences faites par MM. Aikin et Taylor sur un mélange de divers échantillons d’eaux d’égouts de Leicester, prises d'heure en heure, que ces eaux

contenaient par litre :

Matières dissoutes Ig, 4014

Matières solides en suspension 1 g, 9977

Total 5 g, 5991

Soit, pour mille grammes d’eau, trenle-quatre décigrammes de matières fixes, dont quatorze de matières solubles et vingt décigrammes de matières insolubles en suspension.

Ce liquide précipité par la chaux a perdu la totalité des matières en suspension et 1 g, 2727 de matières dissoutes, c’est-à-dire les neuf dixièmes de ces matières, de sorte qu’il n’a retenu que 0 g, 1287 de matières solubles,

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c’esl-à-dire treize centigrammes de ces matières par litre ou treize centmillièmes de son poids.

D’autre part, les eaux d’égouts de Londres, analysées par MM. Hoffmann et Henry AVilt, avant et après leur précipitation par la chaux, leur ont donné les résultats suivants : •

Un litre ou mille grammes de ces eaux contiennent 2 g, 7C25 de matières fixes, dont Og, 895 ou un tiers en suspension, et 1 g, 850 ou deux tiers en dissolution. Après l’action de la chaux, les eaux se trouvent dépouillées de toutes les matières en suspension, et sur les 0 g, 957 de matières organiques qui s’y trouvaient en dissolution, elles en ont perdu 0 g, 205, c'està-dire plus du cinquième, de sorte qu’elles ne retenaient plus que 1 g, G25 de matières fixes représentées par 0 g, 895 de substances minérales et 0 g, 752 de substances organiques, c’est-à-dire à peu près sept dix-millièmes de leur poids.

M. Maugen a fait à son tour, sur les eaux de l’égout de la rue de Rivoli, à Paris, des expériences intéressantes; il a reconnu qu’un litre de ces eaux contenait 1 g, 726 de matières fixes, dont 1 g, 242 en dissolution et 0 g, 484 en suspension, que la chaux précipitait avec cesderniers, 0g,264 dematiéres organiques dissoutes, et laissait dans le liquide 0 g, 978 de malières organiques, soit un peu moins d’un millième de leur poids.

11 existe, comme on le voit, une notable différence entre les résultats obtenus par MM. Aikin et Taylor, et ceux de MM. Hoffmann et Witt. D’après les premiers observateurs, en effet, les eaux de Leicester dépurées par la cbaux ne retiendraient que treize cent-millièmes de matière organique en dissolution, c’est-à-dire un dixième delà matière organique totale contenue dans les eaux impures, tandis que les derniers observateurs retrouvent dans les eaux des égouts de Londres, après leur dépuration, sept dix-millièmes de leur poids de ces malières.

Les résultats obtenus par M. Maugen ayant été fournis par des eaux des égouts de Paris, qui ne reçoivent pas, comme ceux de Leicester et de Londres, toutes les matières des vidanges, ne peuvent pas être rigoureusement comparés à ceux des chimistes anglais, mais ils montrent au moins que, pour les eaux peu chargées aussi bien que pour celles qui sont très-impures, la précipitation par la chaux est un moyen de dépuration très-efficace.

11 est facile, d’ailleurs, de se rendre compte de celte efficacité, si l’on considère que la chaux, non-seulement détermine la précipitation rapide de toutes les matières en suspension dans les eaux des égouts et de vidanges les plus impures, mais en arrête la fermentation, mais encore forme avec l’acide cerique, l’acide phosphorique, les matières grasses et des composés insolubles, qu’elle absorbe les gaz acide carbonique et sulfhydrique, décompose le carbonate et le sulfbydrate d’ammoniaque, et fait éprouver ainsi aux éléments les plus fétides des eaux vannes et des matières solides des égouts une transformation qui en atténue singulièrement l’odeur et l’insalubrité, et, en dernière analyse, n'y laisse jamais à beaucoup prés un millième de matières organiques en dissolution.

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Ce fait capital étant bien établi, et en admettant à priori que la fosse à siphon proposée par M. Deplanque fonctionne convenablement , et que la précipitation des matières qu’elle reçoit s’y fasse avec régularité, quels avantages présenterait l’application de son système, soit aux latrines publiques, soit d’une manière générale aux maisons de la ville de Paris? Les commissaires soussignés pensent qu’il convient d’examiner maintenant la question à ce point de vue, et de discuter ensuite les moyens proposés par le sieur Deplanque pour réaliser les conditions fondamentales de son système.

Aujourd’hui, le régime des vidanges de la ville de Paris est tel que les liquides contenus dans les fosses sont, après une désinfection toujours insuffisante, versés dans les égouts, et, de là, dans la Seine, tandis que les matières que la pompe ne peut enlever sont transportées par des voitures, soit au dépotoir, soit aux fabriques de poudrelte, dont l’existence est, comme chacun sait, une véritable plaie pour le département.

Il résulte de cet état de choses que la vidange des fosses est encore, malgré les perfectionnements qu’elle a reçus, une opération éminemment insalubre pour la cité, dont plusieurs rues sont infectées chaque soir par des émanations nauséabondes, qu’elle est excessivement onéreuse pour les propriétaires, et présente un obstacle insurmontable à la distribution générale des eaux de la ville, qui, si elles étaient abondamment employées, contribueraient puissamment à la propreté et à la salubrité des habitations; enfin, que la Seine reçoit par les égouts une très-grande partie des matières organiques versées dans les fosses, et, de plus, les substances employées à leur désinfection.

L'influence fâcheuse de ces matières sur la salubrité des eaux du fleuve est, il est vrai, contestée, et des hommes d’une compétence irrécusable n’ont pas craint de regarder comme une des solutions désirables du problème de la vidange l’introduction dans les fosses des eaux ménagères et pluviales, et d'une quantité suffisante des eaux de la ville pour que toutes les matières solides et liquides puissent être délayées et entraînées à la Seine par un courant continu. Quoi qu’il en soit de cette opinion, il est évident que le mélange d’une proportion considérable de matières organiques fétides avec les eaux de la Seine est un inconvénient dont personne ne peut contester la gravité.

En présence d’une situation aussi fâcheuse, et qui présente un contraste aussi frappant avec les progrès réalisés à d’autres points de vue dans l’assainissement de la capitale, quel est le système dont le fonctionnement a paru jusqu’ici le plus propre à satisfaire le plus complètement les intérêts de l'agriculture. M. le préfet de la Seine, dans le rapport qu’il a adressé, en 1856, au conseil municipal, en a depuis trois ans déterminé les conditions en ces termes :

11 faudrait, dit-il, imaginer des appareils capables non-seulement de séparer les liquides des matières denses, mais de retenir ces dernières avec toutes les substances chargées de miasmes, avec tous les principes fertilisants des liquides, et de ne laisser écouler à l’égout qu’une eau inoffensive

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et inutile : dans celte combinaison, le départ des résidus s'opérerait au moyen de tinettes amenées souterrainement par la communication ouverte entre la fosse et lYgout, et qui, une fois remplies, seraient placées sur des wagons spéciaux et transportées sur les chemins de fer des galeries des égouts.

Ce système hypothétique, proposé il y a trois ans par le préfet de la Seine comme le but vers lequel devaient tendre toutes les tentatives, ne semblet-il pas pouvoir être réalisé au moyen de la chaux ? Que l'on fournisse, en effet, aux matières versées dans les fosses, une préparation de chaux suffisante pour les précipiter; que l’on réunisse en même temps, que l’on fasse affluer dans ces mêmes fosses les eaux ménagères, les eaux pluviales et les eaux de la ville livrées abondamment aux habitations et employées sans restriction ni réserve; que l’on mette enfin chaque fosse en communication avec l’égout voisin par un déversoir qui en écoule le trop-plein, toutes les matières insolubles, organiques ou minérales continuellement introduites dans les fosses, et une partie des matières organiques solubles qui y seront retenues à l’état de précipité pesant, compacte, imputrescible, composé de matières éminemment utiles à l’agriculture, et il s’écoulera dans 1 égout un liquide presque limpide, peu odorant, et qui ne retiendra que quelques dix-millièmes de matières organiques.

Or, la fosse à siphon, qu’il serait plus juste de nommer fosse à déversoir, combinée avec l’emploi de la chaux, parait devoir conduire à ce résultat si désirable.

Il reste à examiner toutefois si les procédés du sieur Deplanque sont aussi bien entendus que possible pour avoir toute leur efficacité, et s'ils sont d’une application facile. On peut objecter que le plus grand nombre des fosses actuelles étant en contre-bas du niveau des égouts, il est impossible d’y faire écouler directement les liquides; mais il est à remarquer que c'est seulement par leur partie supérieure que les fosses doivent se décharger dans les égouts, et que le sieur Deplanque a proposé une disposition particulière qui semble propre à résoudre la difficulté, qui n’est certainement pas d'ailleurs au-dessus des ressources de la science des ingénieurs et des architectes.

La fosse à siphon étant remplie d’eau de chaux, au moment où elle va entrer en fonction, les matières qu'elle reçoit sont rapidement précipitées^ cette assertion de M. Deplanque paraît exacte, mais, à mesure que la précipitation s’opère, l'eau de chaux s’affaiblit; elle s’affaiblit surtout si on verse dans la fosse une grande quantité de liquide, elle est alors entraînée en grande partie dans l’égout avant que la chaux dont elle est chargée ait pu servir à la précipitation; il importe donc que de nouvelles quantités de chaux soient continuellement versées dans la fosse, en même temps que les matières qui doivent être précipitées; on peut remplir cette condition essentielle; le sieur Deplanque déclare qu’il suffit d’opérer les lavages ordinaires des latrines à l’eau de chaux, au lieu d’eau simple, et que dans les maisons dont les cabinets d’aisances sont pourvus d’un réservoir, un morceau de chaux vive placé dans le réservoir permet d’obtenir le résultat désiré. Ce

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point important, dans la question dont il s'agit, mérite beaucoup plus d’attention que le sieur Deplanque ne semble le croire ; l'emploi régulier de l’eau de chaux en quantité proportionnelle avec les soins de la précipitation des matières jetées dans la fosse, est la condition essentielle du système, et ce n’est pas à l'aide de lavages plus ou moins réguliers, plus ou moins complets, ou de l'introduction d'un morceau de chaux dans chaque réservoir, que cette condition peut être remplie convenablement ; il y a là une difficulté qui peut être résolue sans doute, mais qui peut l’être d’une manière efficace sans imposer à la population des soins trop multipliés et trop assujettissants pour qu’ils puissent entrer dans ses habitudes, et mérite d’être étudiée avec une très-grande attention.

Il faudrait que chaque latrine ou cabinet fût pourvue d’un réservoir couvert, d’un mètre au moins de profondeur, muni d’un agitateur et d’un tuyau d’écoulement ouvrant à trente centimètres du fond, et communiquant avec la cuvette du siège; une certaine quantité de chaux éteinte introduite dans ce réservoir et agitée avec l’eau chaque fois qu’on le remplirait, permettrait de maintenir continuellement cette eau à l'état de chaux saturée, et il deviendrait possible ainsi, soit à l'aide d'une cuvette à bascule, soit à l’aide d’un robinet, de verser dans les tuyaux de descente et dans la fosse toute la quantité de chaux nécessaire à la dépuration et à la précipitation des matières. Le sieur Deplanque, autorisé par le préfet de la Seine, a fait l’application de ses procédés aux latrines publiques du quai de la Mégisserie, et a déjà réalisé en partie cette disposition ; l’état de ces latrines a été trèsnotablement amélioré, et les résultats obtenus et vérifiés par les commissaires soussignés sont de nature à l’encourager dans ses essais et à lui mériter le bienveillant concours de l’administration pour la suite de ses expériences.

Le plan représentant l’organisation actuelle de ces latrines donne une idée du système du sieur Deplanque, tel qu’il pourrait être employé pour les fosses de la ville de Paris, et en démontre la simplicité.

Quoi qu’il en soit de cette première application de ce système, les commissaires soussignés estiment que si l’emploi de la chaux et les dispositions d’une fosse à siphon plus ou moins analogue à celle que propose le sieur Deplanque, semblent offrir les moyens de réaliser un progrès considérable dans l’assainissement de la ville de Paris, au point de vue des vidanges, tout en assurant à l’agriculture l’utilisation de la plus grande partie des matières fertilisantes qu’elles contiennent, il faut reconnaître, cependant, que les applications pratiques de ce système laissent encore beaucoup à désirer, et réclament, pour être définitivement jugées, des expériences plus régulières, plus longtemps suivies, et plus complètes que celles qui ont été faites jusqu'à présent.

En conséquence, ils ont l’honneur, monsieur le préfet, de vous proposer d’encourager le sieur Deplanque à continuer ses expériences, et de l’autoriser à les continuer aux latrines publiques des quais, en y pratiquant, sans gêner le service, toutes les dispositions applicables, soit à ces latrines, soit aux

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