XI. Les contraventions, etc. (Comme à ladite ordonnance
X. ORDONNANCE CONCERNANT LA DÉSINFECTION DES MATIÈRES CONTENUES DANS LES FOSSES D’AISANCES, ET L’ÉCOULEMENT DES EAUX VANNES AUX ÉGOUTS. (Du
29 novembre 1854.)
Nous, préfet de police,
Vu: 1° Les ordonnances de police des 12 décembre 1849 et 8 novembre 1851, concernant la désinfection des matières contenues dans les fosses d’aisances de la ville de Paris ;
2° Le décret du 10 mars 1852 ;
5° La loi du 16-24 août 1790, et les arrêtés du gouvernement des 12 messidor an VIII et 5 brumaire an IX ;
4“ Les rapports du conseil d’hygiène publique et de salubrité du département de la Seine, et notamment ceux du 19 mai 1854;
Considérant que, par suite d’expériences déjà anciennes et suffisamment répétées, il est reconnu qu’on peut désinfecter rapidement et économiquement les matières contenues dans les fosses d'aisances; qu'en outre, il est aujourd’hui démontré que cette désinfection peut être assez complèt
pour que les matières liquides extraites des fosses soient écoulées dans les égouts, sans aucun inconvénient; que la division des matières dans les fosses fixes ou mobiles est peu coûteuse à établir, qu’elle est tout entière dans l’intérêt du propriétaire, et qu'elle permet d’obtenir une désinfection plus prompte et plus complète ;
Considérant enfin qu'il importe d’encourager les systèmes qui tendent, d’une part, à prévenir toutes causes d’insalubrité sur la voie publique, et, d’autre part, à faire disparaître les inconvéniens que présente la vidange des fosses ;
Qu'à ces différents points de vue, l’écoulement direct et souterrain des eaux vannes dans les égouts complétera les améliorations apportées déjà dans cette partie du service ;
Vu la délibération de la commission municipale de Paris, en date du 20 décembre 1850, approuvée par M. le ministre de l’intérieur;
Ordonnons ce qui suit :
Art. 1er. Il est expressément défendu de procéder à l’extraction et au transport des matières contenues dans les fosses d'aisances avant que la désinfection en ait été complètement opérée.
Il devra être procédé à cette désinfection, autant que possible, dans la nuit qui précédera l'extraction des matières, et toujours dans les limites de temps fixées par les règlements pour la vidange des fosses, sauf les exceptions que nous jugerons convenables d’autoriser.
Art. 2. Tout entrepreneur de vidange devra nous faire connaître son procédé de désinfection, et ne pourra l’employer qu'après que ce procédé aura été approuvé par nous sur l'avis du conseil de salubrité.
Art. 5. Les matières liquides désinfectées provenant de fosses à proximité des égouts ne pourront être écoulées dans ces égouts, lors de la vidange, qu’au moyen d’une conduite souterraine préalablement autorisée par M. le préfet de police.
L’administration déterminera les conditions dans lesquelles cette conduite devra être établie pour prévenir tout écoulement qui ne serait point autorisé par la préfecture de police.
Ces dispositions seront obligatoires après la première vidange qui suivra la publication de la présente ordonnance.
Partout où il serait impossible d'établir une conduite souterraine, les matières liquides désinfectées pourront être écoulées au moyeu d’un tuyau aboutissant à la bouche de l’égout le plus voisin.
Si l’éloignement de l’égout ou toute autre circonstance ne permet pas ce mode d'écoulement, les liquides seront transportés au dépotoir.
Les liquides des fosses pourront encore, à mesure de leur production, être écoulés directement et d’une manière permanente dans les égouts au moyen d'une conduite souterraine, à la charge par les propriétaires de se pourvoir des autorisations nécessaires et de se conformer à toutes les conditions qui leur seront prescrites pour que ce mode d’écoulement n’ait aucun inconvénient soit pour la salubrité, soit pour le service des égouts.
VERSOIS. Il VG • IND. II. 40
VIDANGES
Art. 4. Tout entrepreneur qui voudra faire écouler les liquides dans les égouts devra nous en faire préalablement la déclaration, en prenant l’engagement de payer à la ville, conformément à la délibération ci-dessus visée, un franc vingt-cinq centimes par mètre cube de matières solides ou liquides extraites des fosses; il devra se soumettre en outre à toutes les conditions qui lui seront imposées pour l’opération dont il s'agit.
Art. 5. Les entrepreneurs qui feront écouler les liquides dans les égouts pourront transporter les matières solides dans des locaux autorisés, où elles seront de nouveau désinfectées, s’il est nécessaire, de manière que la désinfection soit permanente, à défaut de quoi les matières seront enlevées et portées à Bondy, à la diligence de l’autorité et aux frais du contrevenant.
Art. 6. Quand les liquides ne seront point écoulés dans les égouts, ils devront, ainsi que les matières solides extraites de la même fosse, être transportés au dépotoir ou au port d’embarquement de la Villette, jusqu’à ce qu’il en soit autrement ordonné, et sauf, d’ailleurs, les exceptions que nous jugerions convenable d’autoriser, dans l’intérêt de l’agriculture ou de l’industrie.
Art. 7. Les fosses mobiles continueront à être disposées de telle sorte, que la séparation des matières solides et liquides s’opère dans ces fosses, ainsi qu’il a été prescrit par l’ordonnance du 8 novembre 1851.
Les fosses en maçonnerie devront également, lors de la première vidange, recevoir les dispositions ou appareils nécessaires pour y assurer la séparation prescrite pour les fosses mobiles.
Ces mêmes dispositions devront être immédiatement observées lors de la construction des fosses neuves.
Art. 8. 11 est expressément interdit d’attendre que la fosse soit pleine pour en opérer la vidange ; on devra toujours laisser au moins le vide nécessaire pour l'introduction et le brassage des matières désinfectantes.
L’ouverture d'extraction de toute fosse après la vidange devra, jusqu’à fermeture définitive, être tenue couverte, de manière à prévenir les accidents, et ce, par les soins du propriétaire.
Le préfet de police, Fiétri.
XI. RAPPORT A M, LE PRÉFET DE POLICE SUR LE PROJET DE TRAITE ENTRE LA VILLE DE PARIS ET LE SIEUR X..., POUR LA CONCESSION DE LA VOIRIE DE BONDY, ET D’UN SERVICE GÉNÉRAL DE VIDANGES DANS PARIS. (Dll 29 février 1850.)
Monsieur le préfet,
Le 30 janvier dernier, S. Ex. M. le ministre de l'intérieur a renvoyé à votre examen un projet de traité avec la ville de Paris, présenté par le sieur X..., demandant concession pendant trente .années de la voirie de Bondy et d'un service général des vidanges dans Paris. Chargé seulement, pour l’exécution de ce projet, de l’étude des questions relatives à la salubrité, vous avez nommé une commission composée de MM. Dumas, Ledagre, Legendre, Pelouze, membres du conseil municipal ; Payen, Boussingault,
Dubois, Baube, Trébuchet, Michal, Vernois, membres du conseil d'hygiène publique et de salubrité; Laloue, inspecteur général de la salubrité; Masson, chef de bureau à la préfecture de la police; Mille, ingénieur des ponls et chaussées, et vous l’avez priée de donner son avis sur tous les points qui touchent à l’hygiène publique.
Le projet du sieur X..., auquel il faut joindre sans doute une note supplémentaire adressée aux membres de la commission le 19 février, soulève un grand nombre de questions où la salubrité est vivement intéressée. Il prend pour point de départ la nécessité d’une réforme générale des vidanges dans Paris et l’importance qu’il y aurait pour l’agriculture à perfectionner les engrais dont tant d’éléments peuvent être empruntés à ses produits.
La commission a consacré trois longues séances à la discussion de ce projet ; et, comme les propositions du sieur X... sont éparses dans les détails du privilège qu'il sollicite, la commission a cru pouvoir résumer en cinq chefs principaux les points importants sur lesquels, monsieur le préfet, votre attention devait être spécialement appelée.
Ces chapitres sont les suivants :
1° Drainage de toutes les maisons de Paris.
2° Écoulement direct, par des conduits souterrains, dans les égouts de toutes les eaux ménagères et des liquides désinfectés des fosses d’aisances.
5° Enlèvement presque quotidien des matières solides reçues dans les appareils séparateurs.
-4“ Écoulement des liquides sus-énoncés dans la Seine.
5° Concession pendant trente années de la voirie de Bondy et du service des vidanges dans Paris.
1° Peut-on sam inconvénient opérer le drainage de toutes les maisons de Paris dans le but défaire arriver directement par des conduits souterrains dans les égouts et de là dans la Seine toutes les eaux ménagères et les liquides des fosses?
La commission a été unanime à reconnaître l’excellence du principe qui débarrasserait ainsi les maisons de toutes les eaux ménagères et des liquides des fosses, dont l’accumulation et la dispersion à l’air libre sur la voie publique sont à la fois une cause permanente d’infection et de malpropreté par les odeurs qu’elles répandent et par les ruisseaux qui les écoulent. L’échappement souterrain de tous les liquides, en supprimant en grande partie les ruisseaux et leurs émanations, est un progrès vers lequel doivent tendre tous les efforts de l’administration.
La commission cependant vous fera remarquer, monsieur le préfet, que déjà le décret de mars 1852 a enjoint celte disposition à toutes les habitations nouvellement construites; que M. l’inspecteur général Dupuit, dans un travail très-remarquable, discuté au sein du conseil de salubrité, avait proposé de déverser tous ces liquides directement dans les égouts; que, dès 1853, M. Beaudemoulin, ingénieur en chef des ponls et chaussées, avait
VIDANGES
exposé à ce sujet des idées semblables ' ; enfin que voire ordonnance du 29 novembre 1854 admet en principe l’exécution de cette mesure dans tous les quartiers pourvus d’égouts. Mais la ville de Paris n’en possède que dans le tiers environ de son étendue, et, en supposant que cette mesure fut aujourd’hui complètement appliquée, la plus grande partie delà ville ne pourrait jouir de ses avantages. Le sieur X..., en proposant la canalisation souterraine immédiate ou le drainage de toutes les maisons de Paris, pour accomplir ce but, offre donc la réalisation rapide d’un bienfait dont l'hygiène privée et publique doit recueillir des résultats très-importants. Il est vrai de dire queM. le préfet de la Seine a confié à M. Dupuit l’étude d’un projet d’établissement d’égouts dans tout Paris, mis en rapport avec tous les nouveaux besoins de la population. Mais la réalisation de ces idées pour la ville sera peut-être encore longtemps à s’opérer, et le sieur X... propose d'exécuter immédiatement son projet. En présence de ces faits, la commission n’a pas cru devoir hésiter, et, saisissant dans l’application ce qui pouvait être très-prochainement utile et ce qui devait réaliser un progrès, elle a adopté l'idée du drainage, pour l’écoulement souterrain direct dans les égouts, des eaux ménagères et des liquides urinaux.
Mais, le principe du drainage étant admis, il y a dans les détails de son exécution un certain nombre de mesures qui intéressent à un haut point la salubrité des habitations et celle de la voie publique. Il eût été très-important de savoir par quel mode la communication entré les fosses et les tuyaux de drainage aura lieu..., la nature de ces conduits..., le mode de leur union, etc. La commission, devant le silence du sieur X... à cet égard, a pensé, monsieur le préfet, qu’en thèse générale il faudrait, en cas d’autorisation, lui prescrire une communication de ses tuyaux avec les fosses et les conduits des eaux ménagères, établie de telle manière, qu’en aucune circonstance les émanations gazeuses ne pussent refluer ou être aspirées par les appels d’air qui se produisent sans cesse dans les habitations : celte disposition est de la plus haute importance au point de vue de la pureté de l’air des maisons, qui doit être protégée et entretenue avant toute autre mesure; ordonner que ses conduits fussent fabriqués en une substance qui permit le moins possible la filtration intérieure et l’incrustration des parois internes; que ces tuyaux fussent soudés ensemble de telle façon, qu’on n’ait pas à redouter pour la voie publique, dans une étendue qui sera considérable, 1 infiltration des liquides et toutes ses conséquences fâcheuses; que le sieur X..., pour l’exécution de son drainage, fit choix du système qui apporterait le moins de perturbation possible dans le remaniement des trottoirs et des chaussées ; que les dispositions de cet immense appareil fussent telles par ses pentes, par les dimensions de ses tubes et leurs arrangements spéciaux, que les eaux de la ville pussent y circuler abondamment et librement . et
' Voir, Congrès général d'hygiène de 1S;>2, page 29, l’exposé par >1. O. W ard, d un système général de drainage des villes, el la note de la page 52, — même idée de fertilisation des terres par les résidus des vidanges, mise en pratique depuis longtemps à Milan O'anal de Yirdahlia), — et Bruxelles, idem , p. MO.
qu'au besoin les eaux industrielles et les boues délayées des ruisseaux pussent y pénétrer et les parcourir sans difficultés; enfin, qu’en cas de rupture et d’engorgements, il fût ménagé, comme pour les égouts, à des distances bien calculées, des moyens de s'assurer des lieux précis où les fuites existent et des dispositions qui puissent faciliter les réparations.
2° Le drainage étant admis, y a-t-il inconvénient à conduire directement dans les égouts les eaux ménagères et les liquides des fosses d'aisances préalablement désinfectées ?
Quand on considère ce qui se passe aujourd'hui, on voit qu’une trèsgrande quantité d’urine et presque toutes les eaux ménagères s'écoulent déjà dans les égouts sans qu’elles aient été soumises à aucune désinfection. Telles sont toutes les urines des urinoirs publics, toutes celles déversées librement dans les rues, tant de l’homme que des animaux; les égouts, en outre, reçoivent tous les ruisseaux chargés des eaux ménagères ayant plus ou moins séjourné à l’air libre, ainsi que toutes les masses d’urine provenant de la vidange des fosses et préalablement désinfectées. Le système du sieur X... ne changerait provisoirement rien à ce qui est, quant à l'arrivée directe de tous les liquides susmentionnés dans les égouts, puisqu il conserve, et à regret, il faut le dire, les fosses pour les liquides, et se borne à désinfecter ceux-ci en masse avant de les faire écouler dans les conduits souterrains. Le progrès qu’il propose, c’est leur arrivée en conduits clos à leur destination. Ainsi donc, au point de vue des modifications à redouter dans l’état de la salubrité générale, il n’y a point de craintes à concevoir, puisque la quantité et la qualité des liquides reçus par les égouts ne seront pas changées ; il n'y aura de modifié que leur façon d’y parvenir. Or, dans l’état actuel, M. l'inspecteur général de la salubrité n'a pas remarqué que la santé des égoutiers lût spécialement affectée, et la surveillance (deux fois par semaine) de tous les égouts ne peut rien faire redouter. 11 faut cependant reconnaître que le sieur X..., acceptant pour base de ses opérations la séparation des matières solides et des matures liquides, ainsi qu’elle a été prescrite par votre ordonnance de novembre 1854, et ainsi que cela s’exécute de jour en jour, il arrivera un moment où, le mélange des deux matières n'ayant plus lieu nulle part, il y aura nécessairement une bien plus grande quantité de liquides urinaux qui circuleront dans les égouts. C’est dans cette circonstance et dans celte prévision qu’on a pu se demander si des dépôts sur les parois rugueuses des égouts ne donneraient pas lieu à la fermentation des liquides et au dégagement d’odeurs qui, par les bouches d’égouts, afflueraient dans les rues de Paris et détermineraient de graves inconvénients. A ces objections on a pu répondre avec justesse que ces mesures de réforme des vidanges étaient multiples et ne s’accompliraient pas isolément; qu'ainsi la prescription et l'adoption générale des appareils séparateurs rendraient la désinfection des matières plus facile et plus rapide ; qu’en même temps que plus d'urines seraient versées dans les égouts, plus d'eau y serait dirigée, et que la dilution considérable, ainsi que les chasses ’e^u bien combinées, seraient suffisantes pour atténuer les effets
VIDANGES
redoutés; que l’abonnement aux eaux de la ville de Paris pourrait devenir obligatoire; que l’usage des sièges, dits à l’anglaise, se répandrait de plus en plus, en un mot, que les conditions de dilution ou de dissolution considérables se multiplieraient chaque jour ; qu’en outre, la plus grande partie (les deux tiers de ces eaux) s’écoulerait dans les nouveaux conduits de drainage, dont l’administration aurait alors à surveiller très-attentivement les dispositions hydrauliques et les conditions de fermeture absolue. L'e plus, que, malgré peut-être la difficulté d’une surveillance administrative sévère pour la désinfection convenable de tous les liquides urinaux avant leur projection dans les conduits souterrains, il était naturel de penser que les substances désinfectantes elles-mêmes atténueraient beaucoup les effets de la fermentation et maintiendraient les choses dans l’état où elles sont actuellement sous le rapport de la salubrité. Le principe étant admis, il n’y a plus là qu’une question d’action administrative et de police sanitaire dont l’exécution est possible.
La Commission, monsieur le préfet, a donc admis qu’il n’y aurait pas d’inconvénient à l’écoulement des eaux ménagères et des liquides urinaux désinfectés dans les égouts, toutes les fois qu’on se conformerait aux règles suivantes :
A. Établissement d’appareils séparateurs dans toutes les fosses.
B. Écoulement direct, souterrain, permanent ou quotidien, des eaux ménagères, industrielles et des liquides urinaux dans les égouts, dans les maisons où sont établis des appareils séparateurs, et où les eaux de la ville peuvent à la fois s’écouler en grande abondance. Cette condition est de rigueur.
C. Écoulement des mêmes liquides dans les égouts, lors des vidanges dans les maisons où les séparateurs n’existent pas, mais après désinfection : application de ces mêmes procédés aux collections d’urines, dans le cas d’appareils diviseurs, au moment de leur extraction.
Ces mesures, monsieur le préfet, sont identiquement celles que prescrivait votre ordonnance déjà rappelée de novembre 1854.
3° Enlèvement presque quotidien des matières solides reçues dans les séparateurs mobiles.
Cette proposition du sieur X... présente, au point de vue hygiénique, un certain nombre d’inconvénients. La commission n’avait à s'occuper que de ceux qui louchent à la salubrité. 11 est incontestable que, quelque précaution qu’on puisse prendre dans l’enlèvement des matières solides, un pareil travail ne peut se faire sans nuire à la tranquillité des habitants et sans faire naître des émanations toujours fort incommodes. Par conséquent, moins cette opération se fera souvent et mieux chacun s’en trouvera. Quand on songe que ce qui nuit le plus dans les fosses, ce n’est pas la matière solide, qui tend toujours à se dessécher et n'exhale plus alors aucune odeur, on ne comprend pas bien la nécessité de son enlèvement presque quotidien. Le but des appareils séparateurs étant au contraire de retarder et d'éloigner les époques des vidanges, il y aurait une contradiction évidente dans
ce système à adopter concurremment une mesure qui en annihilerait un des plus grands bienfaits. Cependant, dans les conditions où, dans le projet du sieur X..., seront placées les matières solides, il est constant qu’il n’y aura pas d’inconvénients lors de leur enlèvement. C’est surtout dans la collision et le transvasement à l'air libre de ces matières qu’on peut et qu’on doit redouter des dangers ou de l’incommodité. Quand on les transporte ou qu'on les exporte dans les vases bien clos où elles ont été déposées, les effets désagréables sont presque nuis; néanmoins, et pour satisfaire à tous les intérêts bien entendus de la propreté et de la salubrité, la commission, monsieur le préfet, a émis, àpropos de la demande du sieur X..., l'avis que les matières solides et déposées dans des fosses mobiles pourraient être enlevées au gré des propriétaires, aussi souvent qu’on le voudrait et sans désinfection préalable ; mais que, dans les fosses ordinaires, elles ne pourraient jamais être transportées qu'après une désinfection complète faite comme de droit, sous l’inspection de l'autorité, et le plus rarement possible.
Enlin, elle s'est unanimement élevée contre les abus et les inconvénients qui pourraient résulter de l’enlèvement presque quotidien des matières solides.
4° Écoulement de tous les liquides { eaux ménagères, eaux vannes des fosses, eaux industrielles) dans la Seine, venus par les égouts; quels peuvent être les inconvénients?
C'est ici, surtout, que la question comprend des intérêts divers, et surtout ceux de l’hygiène et de l’agriculture.
Les premiers ont particulièrement fixé l’attention de la commission, qui n’a pu cependant les isoler tout à fait de l’élude des seconds.
Une condition capitale qui domine la salubrité de toutes les grandes villes comme Paris, c’est la nécessité où l’administration se trouve de se débarrasser rapidement et quotidiennement de tous les immondices dont l’accumulation amènerait tant et de si graves inconvénients et accidents. Sous ce rapport, l’écoulement de tous les liquides impurs produits chaque jour dans Paris doit être, avant toute autre mesure, favorisé par l’administration. Jusqu’ici, cet écoulement s’est fait dans la Seine, sur divers points de son cours, dans l’intérieur de la ville, parce que les égouts ne sont pas encore disposés de façon à porter ces résidus ailleurs, ou dans une direction moins nuisible à la pureté des eaux du lleuve.
11 est évident que s’il existait actuellement un moyen, ou de ne pas les déverser du tout dans la Seine, ou de les y faire arriver en aval de la ville, il faudrait immédiatement y recourir, et il y aurait là un progrès important réalisé; mais il n’en est point ainsi : comment les choses se passent-elles aujourd’hui? — Toutes les eaux excrémentitielles arrivent à la Seine, et, il faut bien le reconnaître, elles altèrent assez gravement la composition de ces eaux. Les recherches de M. Payen, celles plus récentes de MM. Boutron et Boudet, ne laissent aucun doute à cet égard. On peut cependant se demander si cette action fâcheuse a sur la santé publique une inlluence déterminée et bien constatée; cela ne parait pas démontré par les faits : depuis longtemps cet état existe; depuis longtemps la Seine reçoit par ses eaux en
VIDANGES
amont et par ses affluents supérieurs une quantité considérable de matières de même nature, et la science n’a jamais attribué à ces influences la cause directe de telle ou telle maladie. Il faut dire cependant que la collision de l’eau dans sen propre parcours et son mélange à l’air y produisent des modifications salutaires qui atténuent presque entièrement les effets qu'on pourrait redouter dans cette condition.
Malgré cet état, la santé de Paris s’est améliorée, mais on est disposé naturellement à penser qu’elle serait encore meilleure si les eaux de la Seine étaient plus pures. Toutes les causes de maladies ne sont pas évidentes, et on ne saurait nier l’action lente et incessante d’une condition fâcheuse bien constatée. Sous ce rapport, l’influence de l’usage habituel d’eaux notablement altérées peut avoir des effets auxquels il est toujours prudent de se soustraire. La conservation de la pureté des eaux de la Seine doit donc être posée en principe, et l’administration doit protéger et prescrire toutes les mesures qui tendront vers ce but. On a pu craindre qu’avec l’écoulement dans la Seine de tous les liquides de fosses et autres, il n’arrivât pour ce fleuve, comme pour la Tamise, un envasement cpii devînt à un jour donné la cause d’accidents. Mais, à Londres, les égouts versent dans la Tamise autant de matières solides que de liquides, et le flux et reflux de la mer favorise la stagnation de tous ces résidus au fond de son lit. De pareilles conditions n’existent pas pour la Seine, et on peut dire qu’elles n’existeront jamais. Quoi qu’il en soit des conséquences de l’arrivée de tous ces liquides impurs dans la Seine, l'hygiène, au nom du progrès, doit être aujourd’hui plus difficile, et chercher à faire disparaître un élément aussi impur de contamination des eaux qui servent à alimenter toute la capitale. Le système du sieur X. . . ne modifie en rien l’état actuel. 11 en résultera seulement, comme pour les égouts, que dans un temps prochain, par suite de l’extension obligée des fosses à diviseur, de nouvelles quantités d’urines qui autrefois étaient enlevées avec les matières solides pénétreront dans le torrent de la circulation souterraine, et, finalement, augmenteront la somme des produits de cette nature qui aboutissent à la Seine. Ces produits y arriveront en grande partie désinfectés. Or, au point de vue de l'hygiène, on s'est demandé si l'excès de quantité des urines et si les sels minéraux employés généralement pour la désinfection ne détermineraient pas à la longue une altération sensible et nuisible dans les eaux du fleuve. La commission, monsieur le préfet, tout en regrettant que, dés aujourd hui, le courant des liquides excrémentiliels ne puisse être détourné de son cours actuel, a pensé qu’il n'y aurait pas, de longtemps encore, danger pour la sûreté publique à laisser provisoirement durer ce qui est. Il faut, en effet, se souvenir que beaucoup plus d’eau qu’auparavant sera en même temps jetée dans les égouts et dans la canalisation souterraine du sieur X. . ., et qu'en outre, plusieurs mesures réformatrices marcheront de front. Ainsi l'établissement déjà commencé de grandes galeries latérales à la Seine arrivera bientôt à son achèvement, et permettra de rejeter loin en aval de la Seine toutes les eaux qui aujourd’hui en troublent notamment la transparence et la pureté.
DOCUMENTS ltELATIFS AUX VIDANGES.
Ainsi donc, quant à cette partie de la question, nul doute pour personne qu’on ne soit obligé de subir pour quelque temps encore l'état actuel d’écoulement des liquides provenant des égouts ou d’autres voies, et que tous les efforts de l’autorité ne doivent tendre à les amener dans le plus bref délai par des conduits spéciaux, fort en aval de la ville de Paris. Toutes ces eaux devront être dirigées même au delà d’Auteuil, car, à cet endroit de la Seine, il y a une prise d'eau qui fait des distributions à Paris et à Saint- Cloud. Sous ce rapport encore, l’extension du parcours des galeries latérales augmentera les facilités dont on pourra disposer pour les concessions aux agriculteurs. Ce sera là un très-grand progrès et une satisfaction donnée à la juste susceptibilité et aux besoins des habitants de la ville.
La partie connexe de cette question regarde les intérêts pécuniaires de la ville, et le parti que l’agriculture pourrait tirer de celte masse de liquides pour l’amendement des terres. Aujourd’hui tous ces liquides sont perdus, et le sieur X..., dans le système qu’il propose, ne présente aucun moyen de les utiliser; c’est cependant une question très-digne d’intérêt et à laquelle l’hygiène ne doit pas rester indifférente. On peut, sans doute, contester la valeur économique de ces engrais; on peut dire avec une certaine apparence de vérité que les liquides urinaux additionnés d'une si grande quantité d’eau qu'ils le sont et le seront encore constituent un engrais très-dilué. — Néanmoins le mélange à ces urines, de toutes les eaux ménagères, de toutes les eaux industrielles, des boues des ruisseaux chargées de boues délayées, etc., etc., ne laisse pas que de donner une véritable valeur à ces produits, et les heureux résultats de l’application du système Kennedy, en Angleterre, doivent faire espérer que, dans un temps donné, tous ces liquides devront et pourront être très-heureusement utilisés. Cependant ces matières, jusqu’ici, n’ont pas été prises par les agriculteurs qui environnent Taris; cela tiendrait-il à ce que les prix d’achat et de transport sont supérieurs aux bons effets qu’on en obtiendrait? on pourrait le croire, en songeant à cette grande accumulation de matières qui se trouvait à Montfaucon, et qu’on jetait à la Seine, et des mêmes effets qui ont lieu à Bondy *. Il y a donc à ce sujet, de très-grandes réserves à faire dans l’intérêt de la science et de la chimie appliquée à l’agriculture, qui, d’un moment à l’autre, peut trouver le moyen de transformer peut-être (in situ) toutes ces matières, et en tirer des produits excellents immédiatement utilisables pour l'agriculture et pour l'industrie. C’est sous la double pensée des considérations qui précèdent, monsieur le préfet, que la commission a adopté sur ce chapitre spécial la résolution suivante :
11 est à regretter, pour la salubrité bien entendue de la ville et pour l'agriculture et l'industrie, que les liquides des fosses d’aisances et des eaux ménagères soient aujourd’hui, et comme elles le seront encore dans le système de M. X..., perdues dans la Seine. Cependant, si les nécessités ac-
1 Que des conditions nouvelles et plus favorables soient faites aux agriculteurs, et on arrivera très-probablement à d’autres résultats.
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tuelles rendent jusqu’à nouvel ordre cette perte indispensable, il y aurait lieu dans l’avenir de prolonger les égouts à une distance convenable en aval de Paris, et de ménager les moyens de faire des prises sur le trajet de la conduite pour le cas où les agriculteurs voisins du parcours demanderaient des concessions.
5° Concession de la voirie de Bondy pou r trente années et du privilège des vidanges générales de Paris pendant le même laps de temps.
A. De la concession de la voirie de Bondy.
Au premier abord, et quand on songe aux nombreuses et incessantes réclamations qu’au point de vue de la salubrité suscitent toutes les voiries et en particulier celle de Bondy, il semble impossible d’admettre qu'il y ait lieu de donner une extension aussi considérable au droit d’exploitation de cette induslrie. Les perfectionnements et les progrès qui pénètrent dans toutes les industries, les heureuses modifications que, sous l’influence de la science, ont subies certaines usines et certaines manufactures, autrefois si dangereuses pour la santé des ouvriers ou des populations voisines, écartent la pensée d’une concession de trente années pour la voirie de Bondy. Cependant, quand on veut admettre le progrès dans les vidanges de Paris, il faut bien savoir qu’il ne peut avoir lieu que par des mesures successives, et il suffit alors de se demander si le projet et la pétition du sieur X..., en ce qui touche la voirie de Bondy, réalisent une partie de ce progrès, et si, par conséquent, ils sont acceptables par l’administration. — Que va-t-il donc se passer si le sieur X... est admis dans sa demande? Presque toutes les voiries qui environnent Paris (et elles sont environ au nombre de dixhuit) vont être supprimées 1 . Il y aura donc immédiatement assainissement et amélioration avec toutes leurs conséquences dans dix-huit localités. Ce résultat est important à mettre en ligne de compte. En outre, les matières importées à Bondy seront toutes à l’état solide. Peu importe alors leur quantité. La nocuité de son voisinage tient surtout à l’évaporation constante de ces matières et aux manipulations que les concessionnaires sont, dans ce but, obligés de leur faire subir. De plus, le sieur X... doit apporter dans la fabrication des engrais des perfectionnements qui, opérés à Bondy même, pourront réduire en quelques jours toutes les matières à un état convenable pour les livrer immédiatement au commerce. 11 faudra donc bien faire comprendre aux populations voisines que l’état de la commune de Bondy elle-même gagnera à l’adoption de toutes ces mesures combinées. Néanmoins, dans cette question comme dans celle qui a précédé, l'administration devra garder tous ses droits de réserve; et la commission insiste, monsieur le préfet, pour que de nouveau le concessionnaire de la voirie de Bondy soit soumis à la condition très-obligatoire de désinfecter réellement et efficacement toutes les matières apportées. Cela est possible, et l'administration peut l'exiger de la façon la plus sévère. 11 ne s'agit, surtout quand on n’aura à traiter que des matières solides, que d’employer des
1 II y en a un certain nombre qui desservent la banlieue.
désinfectants à un état chimique convenable et dans les proportions que l’expérience a depuis longtemps fixées. 11 faudra, de plus, ordonner le transport des matières dans des voitures parfaitement closes, et qui, autant que possible, dissimuleront habilement et proprement leur usage.
6° Concession des vidanges générales de Paris pour trente années.
La concession à un seul homme ou à une seule compagnie des vidanges générales de Paris peut offrir des avantages, à cause de l’unité du service, de la facilité plus grande pour l’administration de poursuivre et saisir les contrevenants, etc.; mais elle peut aussi avoir ses inconvénients : il est certain que tout dépendra du système employé. Or le sieur X... n’a dit nulle part, dans sa note, à quel système autorisé ou non il aurait recours. La salubrité a ici des droits incontestables dont elle ne saurait se départir. Il ne suffit pas, en effet, de dire qu'on se servira des meilleurs procédés; il faut les décrire et les soumettre au contrôle préalable de l’autorité. Un système de vidange comprend, en effet, la pose des appareils séparateurs, le choix de ces appareils, qui sont nombreux et de valeur pratique diverse. Il comprend le mode d’enlèvement local et le transport des matières. Il comprend, enfin, toute la pratique de la désinfection. La commission, monsieur le préfet, demande donc de la manière la plus formelle que, dans le cas où la pétition du sieur X... serait agréée par l’autorité et la ville de Paris, il ne puisse être autorisé à exercer les vidanges qu’après avoir soumis à votre préfecture tout le matériel des appareils dont il compte faire usage, et avoir accepté en principe toutes les modifications utiles que le progrès ou de nouvelles ordonnances de police sanitaire pourraient lui imposer dans l’intérêt delà salubrité privée et publique.
En résumé, monsieur le préfet, le projet du sieur X... a pour but de réaliser, dans un assez bref délai, une partie des réformes demandées et proposées depuis longtemps dans le service des vidanges. Sans doute, ce projet, considéré dans son ensemble, manque à la fois de nouveauté, d’étendue et d'unité, et ne remplit pas toutes les indications qu’on serait en droit d'exiger dans un travail destiné à modifier radicalement l’état de choses actuel. D'ailleurs, lorsqu’il s’agit de l’exécution d’un système où se trouvent engagées, à un si haut degré, la pureté de l’eau de la Seine et celle de l’air des habitations, c’est-à-dire les premiers éléments de l’hygiène publique dans Paris, on ne saurait se montrer trop exigeant pour obtenir des études sérieuses et approfondies, et, ainsi qu’il a été dit au début de ce rapport, le sieur X... n’a pas suffisamment formulé les détails de son projet; mais les améliorations en hygiène publique ne marchent pas vite, toutes les fois surtout que, pour les accomplir, il faut exécuter des travaux longs et difficiles. Avant d’arriver à la perfection, il faut passer par des états provisoires et savoir accepter ce qui est bon et possible à un moment donné. C’est aussi d’une administration vigilante et éclairée de faire jouir immédiatement les populations des avantages, même limités, d’un bien nouveau et salutaire. Si donc, par la pensée, on se représente fonctionnant convenablement, toute cette canalisation souterraine du sieur X..., on ne pourra s'empêcher de re-
VIDANGES
connaître que l’assainissement de la ville aura fait un pas immense dans la voie du progrès. Ce progrès se développera surtout sous la surveillance énergique et intelligente de votre action, qui, à l’opposé de l’action civile, ne peut jamais s’aliéner. La police sanitaire, dans une ville comme Paris, agit et se perfectionne incessamment, et à toute autorisation qu’elle accorde elle ajoute une réserve prudente qui n'engage et ne lie l’avenir à aucune position passée ou présente. C’estdans cet esprit, monsieur le préfet, que la commission s’est efforcée de formuler les conseils et les observations que vous lui aviez demandés. Si cependant, enfin, les travaux projetés par le sieur X... ont dû, en vertu de leur but et de leurs conséquences, être soumis par la commission à l’appréciation la plus minutieuse et la plus sévère, il est juste d’admettre aussi, que, pour être accomplis rapidement et convenablement, ils ont besoin du concours et de la protection de l’autorité. Les résultats opérés par le sieur X..., s’ils se réalisent, auront, en attendant qu’ils soient plus étendus, plus efficaces, et reliés à un système général de réforme spéciale du sujet, rendu un service réel et depuis longtemps désiré à la population de Paris.
Les membres de la commission,
Signé: Dumas, président; Payen, vice-président; Trébuciikt, secrétaire; Vernois, rapporteur; Pelouze, Legendre et Ledaciie, membres du conseil municipal; Boussingault, Miciial, Dubois et Baube, membres du conseil de salubrité; Mille, ingénieur des ponts et chaussées ; Laloue, inspecteur général de la salubrité ; Masson, chef de. bureau à la préfecture de police.
XII. RAPPORT ADRESSÉ PAR M. TP.ÉliUCIIET A M. LE SÉNATEUR PRÉFET DE POLICE.
(Novembre 1857.)
Monsieur le préfet,
Dans sa séance du 8 juin 1856, le conseil d’hygiène et de salubrité du département de la Seine a chargé une commission spéciale de faire une enquête sur les séparateurs placés dans les fossses d'aisances, d’après l'ordonnance du 8 novembre 1851, et sur les modifications qu’il conviendrait d’apporter à cette partie du service.
Vous avez bien voulu, monsieur le préfet, approuver cette délibération et informer le conseil de votre approbation; vous avez exprimé le désir que le travail de la commission embrassât l’ensemble des dispositions de l'ordonnance de police du 29 novembre 1854, à l’effet de \ous faire connaître si si cette ordonnance devait être maintenue ou modifiée.
Nous venons aujourd’hui, monsieur le préfet, vous rendre compte des études auxquelles le conseil s’est livré, ainsi que des résultats obtenus par l’action administrative; mais, avant d’aborder celte partie essentielle de notre travail, nous croyons utile de rappeler quel était l’ancien étal de choses. C’est en le comparant à celui d’aujourd’hui que l’on est frappé des immenses avantages qui ont déjà été la conséquence des nouveaux règlements
de police, et de l'influence que les résultats accomplis peuvent avoir sur les mesures plus radicales que l’avenir nous promet.
Jusqu'à 1850, les fosses étanches devaient être vidées partiellement à la pompe, et les résidus pâteux enlevés au moyen de seaux dont on versait le contenu dans des tinettes placées sur le bord de la fosse; on vidait entièrement, par ce dernier moyen, les fosses alors nombreuses, qui laissaient souvent les liquides s'infiltrer dans le sol, et infectaient les puits voisins.
Des asphyxies mortelles étaient parfois la conséquence de la descente des ouvriers vidangeurs dans ces fosses.
Les produits liquides et solides étaient versés dans des voitures stationnant aux portes, encombrant les rues, et, pendant toute la durée de ces dégoûtantes opérations, l’infection se répandait partout au dehors comme à l'intérieur des habitations.
Qui ne se souvient de Paris la nuit à celte époque? les rues étaient sillonnées par de nombreuses et lourdes voitures. Cet ensemble d’émanations nauséabondes, d'encombrement de la voie publique, de bruit, de trépidation du sol, affectait péniblement les sens, au sortir des théâtres, des bals et des soirées.
Et cependant des inconvénients plus graves encore venaient à la suite de cette déplorable organisation.
Les matières, péniblement charriées sur les hauteurs de Montfaucon, qui dominent Paris, s'y accumulaient en de vastes étangs où les vidanges journalières étaient abandonnées, pendant cinq années en moyenne, aux fermentations putrides.
Durant ce long intervalle de temps, leurs émanations gazeuses, infectes, ramenaient dans Paris, sous les vents de nord-ouest, nord et nordest, des courants d’air infectés. D’un autre côté, les liquides putréfiés durant leur très-lent parcours à la superficie d’immenses bassins étagés s'écoulaient enfin par un égout spécial dans la Seine au pont d’Austerlitz, c'est-à-dire au-dessus de Paris.
Ces eaux vannes, encore plus infectes qu’au moment de la vidange, augmentées de temps en temps par les matières pâteuses que délayaient les eaux pluviales, parcouraient la rivière dans toute la traversée de la ville.
Ce déplorable état de choses devait s’aggraver encore à mesure que la construction des fosses étanches et les dispositions des cuvettes à l’anglaise augmentaient les masses de matières liquides à extraire des fosses.
Tout en arrivant à de si tristes résultats, on laissait perdre sans retour, sans espérance de mieux pour l’avenir, les neuf dixièmes des produits utiles à l’agriculture que les fermentations exhalaient en vapeurs infectes et que le libre écoulement des eaux putrides disséminait dans la Seine.
Mais votre administration, Monsieur le préfet, a bien compris qu’il fallait changer un pareil état de choses, et le conseil d’hygiène publique et de salubrité en a fait l’objet de ses plus constantes études; on est tombé unanimement d'accord que, si une amélioration immédiate et radicale était impossible, il fallait en établir les bases, sauf à en ajourner l’exécution.
VIDANGES
1° Exonérer la ville de lourds, bruyants et infects transports.
2° Éviter à la population de la capitale et de sa banlieue des amas de matières abandonnées à la putréfaction.
3“ Mettre à la disposition des agriculteurs l’énorme masse d’engrais que représentent les vidanges de Paris et conséquemment ne plus mélanger aux eaux de la Seine les liquides extraits des fosses d’aisances.
Tel est le programme vers la réalisation duquel se portent tous nos efforts; permettez- nous, monsieur le préfet, de rappeler à votre souvenir les progrès accomplis dans ce but.
Aujourd’hui la voirie de Montfaucon est définitivement supprimée.
Une grande partie des eaux vannes putrides qui se mélangeaient à la Seine au pont d'Austerlitz et traversaient louL Paris, déversées maintenant à Bondy par le dépotoir, s'écoulent au delà de Saint-Denis.
Les charrois nocturnes ont été considérablement diminués par suite de l’application de l’ordonnance autorisant le coulage des eaux vannes désinfectées par les égouts de la Seine.
Le prix de la vidange dans Paris, depuis cette réduction du matériel autrefois nécessaire aux entrepreneurs, a sensiblement diminué et baisserait bien plus si nous arrivions à une organisation définitive.
L’expérience a démontré l'innocuité complète des liquides versés dans les égouts après une désinfection préalable, ou, lorsqu’au moyen de concessions d’eau de la ville, ces liquides se trouvent suffisamment étendus d’eau pure.
Elle a démontré, en outre, qu’il était préférable, à défaut d'une canalisation souterraine, de diriger ces eaux vers les égouts au moyen de tubes flexibles plutôt que de les écouler à Pair libre dans les ruisseaux.
Que la conséquence logique de l’écoulement des liquides, connue il se pratique aujourd'hui, ou comme il devra s’effectuer dans l’avenir par une canalisation souterraine, c’est la séparation des matières, et conséquemment l’établissement d’appareils diviseurs à l’intérieur des fosses.
Par suite de l’ordonnance de police qui prescrit l’établissement de ces sé-parateurs après la vidange des fosses, beaucoup d’individus se. mirent à l’œuvre, présentèrent des systèmes dont on dut faire l’expérience par la pratique. Cette expérience a duré plus d’une année, et, si elle n'a point encore abouti à la découverte d’un système parfait, elle permet au moins de procéder déjà par exclusion d’appareils reconnus mauvais.
Voici, monsieur le Préfet, le résultat des investigations auxquelles s’est livrée la Commission chargée de faire une enquête sur les séparateurs. D’abord, la première condition pour que ces appareils puissent fonctionner avec succès en ce qui concerne la salubrité à l’intérieur des habitations, c’est d’exiger une ventilation suffisante; partout où elle existe, il ne se manifeste aucune mauvaise odeur. Partout où elle manque, le séparateur est impuissant contre les émanations gazeuses qui s’échappent même des caves où se trouvent des appareils mobiles parfaitement clos. Ainsi, au grand hôtel du Louvre, où les conditions de ventilation ont été admirablement observées par l’architecte, M. Armand, les caves où se trouvent placés trente— cinq récipients aux ma-
DOCUMENTS liELATIFS AUX VIDANGES.
tières solides divisant dans quinze réservoirs et communiquant au moyen de vannes dans un réservoir central, sont dans un état de salubrité aussi parfait que les autres parties de l’hôtel ; le séparateur Dugléré a été adopté dans ce vaste établissement. Ce séparateur consiste en deux fosses superposées verticalement ou latéralement, ayant chacune une ouverture et un ventilateur. Le filtre se compose d’une section cylindrique de quarante centimètres de diamètre; elle est faite en ciment romain, d’une épaisseur de sept centimètres; cette section est percée de trous d’un diamètre d'environ quatre millimètres, et elle est placée à l’une des extrémités du récipient aux solides.
Le réservoir central des séparateurs placés dans les caves de l'hôtel du Louvre communique à l’égout par un embranchement; mais, faute d’avoir pris le niveau convenable, on est obligé d’élever d’environ soixante centimètres, à l’aide de pompes, les liquides pour les faire arriver dans le branchement d’égout; aussi il est à désirer, toutes les fois qu’il sera possible, que le radier des séparateurs soit supérieur au niveau de l'eau dans les égouts. L'écoulement continu des liquides n’est arrêté que par une vanne dont l’administration tient la clef; la vidange s’opère en présence d'un employé de l’administration qui exige la désinfection suffisante, et il résulte des calculs positifs que les frais de vidange et de désinfection ne s’élèvent pas au delà de deux francs soixante-quinze centimes le mètre, y compris le droit de un franc vingt-cinq centimes, payé à la ville pour l’écoulement aux égouts.
Dans une maison, rue d’Alger, avec une bonne ventilation, le système Dugléré a été trouvé également fonctionnant d’une manière satisfaisante; ayant même, au dire de l’architecte, fait disparaitre les mauvaises odeurs qui se produisaient fréquemment avant l’établissement des séparateurs.
Rue Grammont, n° 9, séparateur du même système, construit depuis six mois, sur une fosse convertie en réservoir, la Commission n’a remarqué aucune mauvaise odeur, et il résulterait des renseignements obtenus qu’avant l’établissement du séparateur les cabinets d’aisances, et notablement celui du rez-de-chaussée, étaient infectés.
Le système Dugléré est un de ceux que l’on peut recommander et qui doit indiquer ceux que l’on doit exclure. Chacun des compartiments est parfaitement indépendant de l’autre. Il a son trou d'extraction et son ventilateur, de manière que les matières liquides et solides peuvent être enlevées séparément par les procédés ordinaires, sans aucun danger.
Une ventilation suffisante est également indispensable pour les appareils mobiles ; placés en dehors de cette condition essentielle, ils répandent une odeur infecte.
La Commission a visité la caserne Napoléon, où trente-six de ces appareils, posés par la maison Riclier, fonctionnent dans des caveaux peu ou point ventilés, aussi l’odeur qui s’en échappait était-elle insupportable. Un seul, où la ventilation était assez satisfaisante, se trouvait dans de meilleures conditions de salubrité.
VIDANGES
Rue Beaubourg, n° 20, appareil placé dans une fosse sans tuyau d'évent : mauvaise odeur.
Au Palais de Justice, tous les cabinets d’aisances du bâtiment neuf, où sont situés les cabinets des juges d’instruction et les chambres de police correctionnelle , sont desservis par quarante appareils mobiles de la maison Richer. Ces appareils sont placés dans des caves, les uns diviseurs dans un vaste réservoir sur lequel ils sont placés, les autres dans des récipients qui en tiennent lieu; tous participent à un puissant système d’aération de M. Duvoir; aussi n’existe-t-il aucune mauvaise odeur dans les caves où sont placés ces appareils ; il faut cependant mentionner que le système d’aération de M. Duvoir serait difficilement applicable dans l’usage ordinaire.
La Commission a remarqué avec intérêt une disposition particulière appliquée à d’autres latrines de ce grand bâtiment; au moyen de cette disposition, toutes les urines vont s’écouler directement à l’égout par une rigole pratiquée sur le sol même des caves, où elles arrivent mélangées à une assez grande quantité d’eau provenant de la condensation du calorifère ou des pluies; cet écoulement est complètement inodore.
Le système mobile de la maison Richer consiste en un récipient métallique qui est disposé sur un réservoir en maçonnerie, il est d’une application facile, en ce que la fosse existante peut toujours servir de réservoir aux liquides. L’enlèvement des solides, dans le récipient parfaitement clos et luté, le fait rapidement exempt des inconvénients de la vidange ordinaire- Évidemment, si le système de la vidange mobile n’avait pas contre lui l’élévation du prix de la vidange et la nécessité d’enlever trop fréquemment l’appareil aux solides, il serait généralement adopté avantageusement.
La plupart des séparateurs de fosses mobiles se ressemblent et peuvent être adoptés. Ils consistent généralement en un récipient métallique ou en bois dont la forme varie peu ; la division s’opère par des plaques à jour ou des tuyaux percés de trous, les liquides tombent dans la fosse ou réservoir par un orifice métallique disposé à cet effet ; avec une ventilation suffisante, l’on est certain de réaliser ces deux choses : salubrité à l’intérieur des habitations et désinfection facile des liquides, que l’on écoule sur la voie publique, ou que l’on peut écouler dans les égouts d’une manière certaine.
Il résulte donc, de tous les renseignements recueillis par le conseil d’hygiène, que les conditions essentielles pour qu’un appareil séparateur remplisse bien le but auquel il est destiné sont :
1° Ventilation suffisante et bon entretien des cabinets d’aisances.
2° Séparation complète et immédiate des matières solides et liquides.
5“ Impossibilité pour les liquides une fois séparés de se mêler aux solides.
4° Trou d’extraction spécial pour chacun des compartiments contenant les liquides et les solides.
Tout séparateur qui ne comporte pas ces conditions devrait être désormais interdit, en ce qu’il offre des dangers pour la vie des hommes au moment de la vidange, qu’il ne permet pas la facile désinfection des matières, et qu'il entretient les mauvaises odeurs à l’intérieur des habitations.
Pour se résumer sur cetle importante question, monsieur le préfet, le conseil est d’avis qu’il convient de maintenir les séparateurs en appliquant avec discernement l'ordonnance de police du 29 novembre 1851, et en procédant immédiatement à l'exclusion des systèmes qui ne remplissent pas les conditions exprimées plus haut. La commission doit toutefois vous faire observer, afin d’éviter toute équivoque sur les séparateurs, que ces appareils ne sont pas eux-mêmes des moyens de désinfection pour les habitations, mais qu’ils rendent les vidanges plus rares, plus faciles et moins incommodes; qu’en outre, établis avec les précautions convenables, ils se prêtent à toutes les améliorations ultérieures que désire le conseil de salubrité.
Enfin, la commission croit devoir ajouter que fa séparation dans les fosses mobiles n’est pas nécessaire, et qu’on doit dès lors la laisser facultative; mais il faut veiller à ce que les récipients soienf bien construits, surtout bien lulés, et que, lors de leur enlèvement, ils ne soient ouverts sous aucun prétexte.
Comme moyen transitoire d'une amélioration réalisable promptement, même pour la rive gauche de la Seine, M. Mary a exprimé dans le sein du conseil la proposition suivante :
« Que pour diminuer les inconvénients résultant de l’écoulement des liquides dans les ruisseaux et pour prévenir l'infection de la Seine en y projetant ces liquides, il conviendrait :
« 1° D’établir dans les égouts des conduites spéciales pour recevoir les eaux vannes.
« 2° De brancher sur ces conduits, aboutissant en un point déterminé des bords de la Seine, les conduites mobiles par lesquelles on écoule actuellement les liquides.
« 5° De recevoir ces liquides dans un réservoir établi à l’extrémité inférieure de la conduite collective.
« 4° Enfin, d’enlever les liquides reçus dans le réservoir, au moyen de pompes, et de les envoyer par des conduites, hors Taris, où elles seraient mises à la disposition des agriculteurs.
« Le volume des liquides n’étant que de mille mètres par jour, ou de cinquante pouces, les conduites pourraient avoir un faible diamètre *. »
En attendant, monsieur le préfet, que les diverses améliorations vers lesquelles tendent nos efforts puissent se réaliser par les moyens que l'on jugera convenables, la commission est unanime à émettre l’avis que les vidanges telles qu’elles se pratiquent, en suivant les prescriptions de l'ordonnance de police de 1854, ont apporté toutes les améliorations compatibles
* Ces propositions sont acceptables en théorie, mais point en pratique: le faible diamètre des conduites et les dépôts produits par les eaux en circulation en détermineraient bientôt, l'oblitération, et le curage en serait impossible; déplus, Paris n’ayant d'égouts que dans un tiers de son étendue, le moyen conseillé ne répondrait qu’imparfaitement aux nécessités de la question. M. V.
VMIXOIS, UYB. ikd. II.
VIDANGES
avec l’élat actuel des choses; qu’en conséquence, ce mode de procéder doit être maintenu.
Les membres de la commission,
Signé : Payen, Soubeyran, Guérard, Boutron, Masson, Baube, Lalou, DevergieJ A. Trébuciiet, Dubois, Chevallier, Mary, Michel Lévy, Micual.
Lu et approuvé dans la séance du 2.7 novembre 1857,
Le vice-président, signé, Soubeyran; le secrétaire, signé, A. Trébuchet.
XIII. LA PROJECTION DES LIQUIDES DES FOSSES D’AISANCES DANS LA SEINE NUIT-ELLE d'une MANIÈRE NOTABLE A LA SALUBRITÉ DE SON EAU? — II. BOUDET, RAPPOR- TEUR.
Monsieur le préfet,
Dans votre sollicitude pour les intérêts de la salubrité, vous avez voulu savoir si l’écoulement des liquides provenant des fosses d’aisances, dans la Seine, pouvait altérer ses eaux d’une manière notable, et si les craintes qui se sont manifestées à cet égard étaient réellement fondées. Vous m’avez chargé, en conséquence, de soumettre à l’analyse chimique deux litres d’eau de Seine, puisée en pleine rivière, en face de la pompe à feu de Cliaillot, le 25 août dernier.
En vous adressant le résultat de mes expériences, permeltez-moi de vous présenter quelques observations sur la question à laquelle elles se rattachent et qui vous préoccupe à juste titre.
L’eau de la Seine, qui, avant le passage du fleuve à travers la ville de Paris, et surtout avant sa jonction avec la Marne, est une eau très-potable, très-salubre et de bonne qualité à tous égards, est-elle notablement altérée par son mélange avec les liquides que la rivière de Bièvre, les ruisseaux de la ville, et particulièrement les fosses d'aisances versent dans son sein? Cette altération, quelle qu’elle soit, est-elle de nature à exercer une influence fâcheuse sur la santé des habitants de Paris, principalement lorsqu’une sécheresse prolongée a considérablement abaissé le niveau des eaux et diminué leur volume?
Telles sonL les considérations qui ont excité votre juste sollicitude, et qui donnent à la question dont vous avez bien voulu me charger et me confier l’examen une grande et générale importance.
Or, pour résoudre cette question de manière à éclairer l’édililé parisienne sur les inconvénients plus ou moins réels, plus ou moins graves qui peuvent résulter, pour la santé publique, de la projection des eaux de vidange dans la Seine, il serait nécessaire, non pas de faire une seule analyse de l’eau de la Seine prise au-dessous de Paris, mais de se livrer à une étude suivie des différences que cette eau peut présenter dans sa composition, à des moments donnés, en amont et en aval de Paris, en portant principalement son attention sur la proportion de la matière organique qui s'y trouve, soit en suspension, soit en dissolution.
Il y aurait d'ailleurs à tenir compte, dans cet examen, de la partie dm courant où les échantillons d’eau auraient été puisés et de l’heure du puisement. Il est évident en effet que, les bouches des égouts aboutissant à la berge de la Seine, les liquides qu’elles y versent se mêlent lentement aux eaux du courant central et exercent sur leur composition une influence bien moindre que sur celles qui baignent les rives.
D’autre part, les liquides des vidanges n’étant versés par les égouts dans le fleuve que pendant les premières heures de la nuit, de dix heures à minuit en général, sont bientôt entraînés par le courant au delà de l’enceinte de la ville et se trouvent le lendemain matin transportés à une telle distance, qu’ils ne peuvent nuire en aucune manière à la salubrité de l’eau puisée pendant toute la durée du jour pour la consommation parisienne.
Toutes ces circonstances méritent un sérieux examen, et, pour en apprécier l'influence sur la salubrité des eaux livrées à la consommation parisienne, il faudrait entreprendre une série d’analyses instituées d’après un plan général et dont les résultats permettraient de comparer la composition des eaux de la Seine en aval et en amont de Paris, dans les diverses conditions qui peuvent faire varier leur composition. Cette étude ne fournirait pas seulement tous les renseignements nécessaires pour apprécier l’influence des égouts et des vidanges sur la pureté des eaux de la Seine, elle ferait encore connaître les conditions de puisement les plus favorables à la bonne qualité des eaux.
Il m’a paru convenable, monsieur le préfet, pour justifier la confiance que vous voulez bien me témoigner, de vous présenter ces observations et de vous signaler ainsi par anticipation l’insuffisance des résultats de l’unique analyse que j’ai pu faire avec l'échantillon d’eau de Seine que vous m’avez envoyé le 25 août. »
Voici toutefois ces résultats et les conséquences que j'ai cru devoir en déduire :
L’eau qui m’a été remise était renfermée dans deux bouteilles, les étiquettes indiquaient que cette eau avait été puisée en pleine rivière, en face de la pompe à feu de Chaillot ; mais l’heure du puisement n’était pas mentionnée.
Cette eau paraissait limpide à première vue; mais, en l’examinant avec attention, on y voyait nager une multitude de poussières et de petits filaments, comme on en remarque d’ordinaire dans les eaux de rivière lorsqu’elles n’ont pas été filtrées.
Elle était sans odeur et sans saveur particulière. Laissée pendant trois jours en vase clos, elle ne s’est pas troublée et n’a éprouvé aucun changement dans ses propriétés.
Essayée à l’hydrotimèlre, elle a donné seize degrés ; soumise à l’évaporation, à la température de cent degrés, elle a laissé deux cent soixante-six milligrammes de résidu pour un litre ou mille grammes d’eau.
Ce résidu était légèrement coloré en jaune : calciné à la lampe à alcool, il
VIDANGES
s’est d'abord coloré en brun, et, quand l’incinération a été complètement terminée, il conservait encore un aspect grisâtre. Son poids était alors réduit à 0’,206; la calcination lui avait donc fait perdre 0,06.
Cette perte de 0,0G provenait en grande partie, sans doute, de la destruction de la matière organique; mais elle ne lui était pas due tout entière; malgréles ménagements avec lesquels l’incinération avait élé conduite, les cendres étaient devenues alcalines par suite de la réduction d’une partie du carbonate de chaux à l’état de chaux caustique. En tenant compte de celte circonstance, on pourrait admettre que la proportion réelle des matières organiques fournies par un litre d’eau examinée ne devrait pas dépasser quatre centigrammes pour un litre, soit un vingt-cinq millième de son poids ou une partie pour vingt-cinq mille parties d’eau.
En résumé, l’eau prise en pleine Seine, en face de la pompe à feu de Chaillot, le 2b août dernier, marquait seize degrés à l’hydrolimètre, donnant 0,206 de résidu par litre, et, pour cette même proportion d’un litre, contenait à peine quatre centigrammes de matières organiques.
Or, d’après les expériences de MM. Boutron et Henry, l’eau de la Seine, prise au pont d’Ivry, donne en moyenne deux cents milligrammes de résidu, et les essais hydrotimétriques exécutés en décembre 1854 et en février 1855, par M Boutron et par moi, sur de l’eau puisée au pont d’Ivry, nous ont donné pour la première époque quinze degrés, et pour la seconde dix-sept degrés, soit, en moyenne, seize degrés, tandis qu'un échantillon puisé à la hauteur de Chaillot, à la même date de février 1 855, nous a donné vingttrois degrés.
L’eau de la Seine, puisée en face de la pompe à feu de Chaillot, en plein courant, le 25 août dernier, était donc moins chargée de sels calcaires et magnésiens qu’elle ne l’est ordinairement à ce point de son cours, et avait atteint, sous ce rapport, le degré moyen de pureté de l'eau de la Seine au pont d’Ivry; elle contenait, il est vrai, une proportion assez considérable de matières organiques, mais cette proportion se serait trouvée notablement moindre dans l’eau filtrée, telle qu’elle est employée dans un grand nombre de maisons de Paris, une partie de ces matières étant en suspension dans l’eau et restant nécessairement sur les filtres.
Il est à remarquer, d’ailleurs, que la sécheresse extrême qui a régné cette année avec une continuité tout à fait extraordinaire, en diminuant considérablement la masse des eaux de la Seine, a dû y concentrer les matières organiques et élever le chiffre de leur proportion habituelle. Cependant, malgré ces conditions défavorables, cette eau n’a contracté aucune odeur ni aucune saveur, même après un séjour de soixante-douze heures en vases clos, et a conservé toutes les qualités physiques d’une bonne eau potable.
D'après les expériences et les considérations qui précèdent, et en faisant toutefois mes reserves, eu égard à l’insuffisance d’une seule analyse et des conditions dans lesquelles elle a élé faite, j’estime que rien ne justifie les craintes qui ont été manifestées au sujet de l’influence fâcheuse que les li-
vitres (fabrication des). C43
quides des fosses d'aisances, projetés dans la Seine, pourraient avoir en ce moment sur la salubrité de cette eau.
Lu et approuvé dans la séance du 15 octobre 18580
Le vice-président, signé Ch. Combes.
Le secrétaire, signé A. Trébocuet.
Tous les médecins s’associeront aux réserves émises par M. Boudet : quand même l’analyse ne démontrerait que de trèsminimes quantités de matières organiques dans les eaux d’un fleuve, il en est qui, peut-être, échappent à nos moyens connus d’investigation, ou dont les très-faibles doses, ingérées chaque jour, peuvent, avec le temps, déterminer des accidents dans la santé publique.
L’eau clarifiée (quai des Célestins, à Paris) est la seule qui ne contienne pas de trace de matière organique. On la traite probablement par l’alun (procédé égyptien et chinois).
VINS (Industrie des).
La fabrication du vin ne rentre pas dans les industries classées ou même assimilées ; il y a cependant un délail d’opérations qui donne souvent lieu à de très-graves accidents et qui devrait être soumis à la surveillance de l’autorité : c’est le dégagement de l’acide carbonique lorsque les cuves sont placées dans des caves ou dans des endroits mal aérés. Je me borne à faire cette observation. (Voir au mot Falsification , t. il, p. 3.)
VINAIGRE. Voir, au mot Acides , l’article Acide acétique et pyroligneux, t. I, p. 133.
VINASSES (Écoulement et dépôt de). Voir Sucres ( Industrie des), t. Il, p. 4G5.
VISIÈRES ET FEUTRES VERNIS. Voir Vernis ( Industrie des), t. II, p. 587.
VITRES (Fabrication des). Voir, au mot Céramique ( Industrie ), l’article Verreries, t. I, p. 377.
VOMIES ET DÉrOTS D’iMMONDICES.
VOIRIES ET DÉPÔTS DE BOUES OU DE TOUTE AUTRE SORTE D’IMMONDICES (lrc classe). — 9 février 1825.
Les voiries, ainsi que les dépôts d’immondices, sont une des conséquences les plus fâcheuses elles plus insalubres attachées à l'existence des grandes villes ou de toute autre agglomération d'habitations. 11 faut donc, tout en les subissant, les établir dans des conditions d’éloignement et de salubrité qui diminuent leurs inconvénients pour ceux qui en sont les voisins les plus rapprochés.
La dissémination a été souvent proposée, mais elle n’a pour but que de multiplier les foyers d’infection. On doit tendre au contraire à centraliser un service public de cette nature. 11 est à la fois mieux fait et mieux surveillé. — Chaque ville, chaque commune, devrait n’avoir qu’un dépôt : mais le plus souvent l’étendue de la localité exige la multiplicité des voiries. C’est une des parties du service public qui demandent le plus de surveillance.
Causes d'insalubrité. — Odeurs insalubres produites par la décomposition et la fermentation d’une foule de matières organiques.
Causes d’incommodité. — Odeurs très-désagréables s’irradiant fort loin selon les vents.
Présomptions. — Reléguer ces dépôts le plus loin possible des habitations.
Si le dépôt doit être permanent, exiger qu’il soit entouré de murs et que des arbres soient plantés tout autour de l’enclos.
Ordonner le mélange avec la chaux (20 pour 100) de toutes les matières organiques apportées (débris de poissons, de viandes, animaux morts) et leur enfouissement immédiat.
Si des matières fécales y sont déposées, comme cela a lieu dans certaines petites localités, prescrire la désinfection immédiate et complète des matières et veiller à ce qu’elle soit permanente.
Tenir les produits liquides dans des citernes creusées exprès,