HUILES DE GRAINES OLÉAGINEUSES
pêcher de glisser sous les meules qui doivent terminer le broyage.
La machine employée à ce concassage se compose de deux cylindres en fonte, bien tournés, et maintenus à une distance réglée l’un de l’autre; ils se meuvent l’un par l’autre, c’est-àdire que le mouvement donné à l’un se transmet à l’autre au moyen d’un engrenage. On porte les grains concassés sous la meule : celle-ci est verticale, se meut sur une auge circulaire et par son poids considérable écrase les grains. Cet appareil est mû comme tous ceux de l’huilerie, le plus habituellement par le vent, comme dans le Nord, ou plus généralement par l’eau ou la vapeur ou par des chevaux.
Au sortir de la meule, on peut les exprimer et en retirer de Y huile vierge (huile de froissage, huile de fleur), dont le parfum et la saveur sont exquis. On chauffe alors la graine , pour coaguler l’albumine et faciliter la sortie d’une plus grande quantité d’huile; on emploie une chaudière peu profonde, en fonte, munie d’un agitateur mécanique; on a soin d’ajouter un peu d’eau pour rendre plus douce l’action de la chaleur. Cette chaudière porte les noms de chauffoir , poy elle ou poêle ; elle est chauffée à feu nu ou à la vapeur.
Quand la graine est suffisamment chauffée, on la met dans un sachet de laine, lequel est placé sur une étoffe de crin ou étreindelle façonnée en bandes; on la soumet à l’action d’une presse à vis, à coin ou hydraulique. Cela fait, on enlève les bords du tourteau, lesquels n’ont point subi une pression suffisante ; on les repasse sous la meule et les traite comme la graine pour en retirer l’huile qu’ils retiennent.
L’huile se dépure par le repos. Le dépôt noirâtre qu’elle donne après un certain temps constitue les crasses d’huile.
Une des huiles les plus répandues et fabriquées en plus grande quantité est l’huile de colza. — C’est cette huile épurée qui se vend en général à Paris, sous le nom d'huile à brûler. — Ainsi huile à brûler et huile de colza épurée sont, dans l’usage, deux expressions qui se valent. Cependant, dans d’autres départements que celui de la Seine, on brûle l’huile de noix, l’huile de faînes (hêtre). — Elle doit toujours être épurée, et il
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faut considérer comme une falsification l’addition ou le mélange de toute autre huile de qualité inférieure. Ainsi, à Paris, le mélange de l’huile de lin à l’huile de colza doit être défendu, et constitue une fraude, — fraude qui nuit à la bourse du consommateur, puisque l’huile de lin vaut un tiers moins cher que l’huile de colza et graisse ensuite les rouages beaucoup plus rapidement, à cause de la propriété siccative dont elle est douée.
En Amérique (à New-York), on brûle depuis quelques années beaucoup d’huile de ricin épurée. Elle donne une clarté très-belle. Mais, en France, le prix élevé de cette huile n’en permet pas l’emploi.
On peut, à l’aide de l’ammoniaque, reconnaître la falsification de la plupart des huiles. Au lieu de donner une pâte homogène, unie, elle fournit un précipité granulé , avec l’huile d’amandes douces, si celle-ci contient plus d’un cinquième d’huile d’œillette; — avec de l’huile de lin, si elle contient de l’huile de chènevis ; — donnant avec l’huile de colza pure une pâte très-blanche, celle-ci devient jaunâtre si l’huile de colza est mélangée à l’huile de moutarde.
Huile de noix.
L’huile de noix alimentaire s’extrait à froid, en passant au moulin les amandes récoltées bien mûres, et soumettantla pâte qui en résulte à une pression énergique. La première expression donne Y huile vierge. Quand on a retiré les tourteaux de la presse, on les émiette et les fait cuire comme le grignon des olives, et on remet la pâte dans des sacs pour en retirer par une nouvelle pression Ylmile seconde ou l’huile cuite, qui est colorée, d’une odeur forte, et qu’on emploie dans les arts et surtout dans la fabrication suivante.
L’huile de noix cuite pour l’usage des arts s’obtient, comme celle de lin, en soumettant à une haute température l’huile seconde, enflammant le liquide, le laissant brûler pendant une demi -heure; on remue souvent la matière et recouvre le vase pour éteindre la flamme. L’huile refroidie a acquis la consis-
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tance de la térébenthine molle, elle a perdu un huitième de son poids environ; on la désigne sous le nom de vernis; elle sert à préparer l’encre d’impression ou d’imprimerie noire avec le noir de fumée, et rouge avec le vermillon seul ou mêlé au carmin. (Voir Encre d'imprimerie, t. 1, p. 600.)
Huile d’olives.
Les olives sont le fruit de l’olivier (olea Europæa), qu’on cultive dans le midi de la France. Pour en extraire l’huile, on les récolte dans leur état de maturité parfaite ; moins mûres, l’huile serait en moindre quantité, mais d’un goût exquis, ce qui constitue l’huile fine. Les olives qui doivent fournir l’huile à savon sont récoltées très-mûres, en novembre et décembre.
Détail des opérations. — Procédé usité en Espagne. — Les Catalans se servent d'un moyen assez grossier, qui consiste à récolter leurs olives presque noires, à les mettre en tas pour qu’elles s’échauffent, fermentent; peu à peu elles perdent leur eau de végétation; on les exprime ensuite, mais longtemps après le moment le plus favorable.
Procédé usité dans le midi de laFrance. — On récolte en pleine maturité, en novembre; on porte les olives dans un cellier sur lequel on a placé des sarments recouverts d’un peu de paille, afin de permettre l’écoulement de l’eau de végétation, qui est noire; il s’établit une sorte de fermentation , et les olives tendent de plus en plus à moisir. Après un séjour de quinze à quarante-cinq jours dans le cellier, on les porte dans le grmel , ou case dans laquelle elles attendent leur passage au moulin. Là, on les réduit en pâte au moyen d’une meule, et on place cette pâte dans des cabas e, n sparterie ou scoufms, lesquels sont empilés et soumis à l’action d’une presse puissante.
L’huile qui s’écoule par cette première pression est l’huile vierge ; on la recueille dans des cuves en pierres ou trégeos ; on desserre la presse, on enlève les cabas, on divise la pâte et ajoute dans chacun d’eux cinq litres d’eau bouillante avant de leur faire subir une deuxième pression; l’eau bouillante facilite la sortie de l’huile; on recommence sur le résidu de celte
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seconde pression une nouvelle addition d’eau bouillante, et une nouvelle pression, et ce, autant de fois qu’il semble pouvoir encore en fournir. On brûle ces tourteaux, ou mieux, on les porte au moulin de recense qui sera décrit plus loin.
L’huile est placée dans des jarres vernissées, elle vient pure à la surface de l'eau laiteuse; on sépare celle-ci et on la fait arriver dans une espèce de citerne nommée enfer , où elle fournit encore une certaine quantité d’huile. L’huile décantée est mise dans de nouvelles jarres ou dans des fosses cimentées appelées piles , quand on en a une grande quantité.
Ce n’est point ici le lieu de décrire les nombreuses formes de pressoirs dont on fait usage dans celte industrie; il faut cependant indiquer un procédé d’extraction dans lequel on ne fait point usage de cabas. On opère de la manière suivante :
On établit des cylindres ou tambours de cinquante centimètres de hauteur environ sur quarante-cinq centimètres de diamètre, en douves très-épaisses, cerclées solidement; on pratique sur une largeur de trente-trois centimètres environ des cannelures de un centimètre et demi, de manière à laisser huit ou neuf centimètres sans cannelures sur les deux côtés. On applique dans tout l’intérieur du cylindre une plaque de tôle percée de trous comme ceux d’un crible très-fin, en laissant une entaille pour permettre l’écoulement du liquide qui se rendra dans chaque cannelure. On met ordinairement sept cylindres semblables sur la plate-forme de la presse, et dans chacun d’eux on place un morceau de toile dans lequel on dépose une quantité mesurée d’olives. Cela fait, on pose dans chaque cylindre un piston de bois dur de même diamètre et de quarante-trois centimètres de hauteur ; on recouvre ces pistons au moyen d’une ou de deux planches, et à l’aide de la presse on transmet à tous une pression égale. L’huile sort par les petits trous pratiqués dans la plaque de tôle, coule le long des cannelures pour arriver sur la plate-forme du pressoir, et de là dans des cuviers.
Quand on a retiré tout ce qu’on peut d’une première pression, on enlève les pistons, on remue la pâte avec un trident de