‹ Traité pratique d'ophthalmologie [electronic resource]Chapitre 12 sur 34 · I HT · texte numérisé non relu

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de glaucome, ni les phénomènes observes pendant le développement de cette maladie, ni les études physiologiques sur le corps vitré, ne parlent en faveur de l'opinion de ceux, qui admettent que le glaucome consiste dans un obscurcissement du corps vitré. — Sous ce rapport Cannstadx ') observe déjà avec justesse, qu'il est impossible de comprendre pourquoi une cécité aussi complètement incurable que celle du glaucome, serait le résultat d'une simple affection du corps vitré , qui n'est qu'un milieu transparent , sans autre importance pour l'œil que celle de sa diaphanéité et de sa puissance réfringante, milieu dont une quantité notable, même la moitié de son volume, peut être perdue sans inconvénient, lors des opérations pratiquées sur l'œil, et qui peut supporter impunément des violences aussi graves que celles qu'on lui fait éprouver dans l'abaissement et la réclinaison de la cataracte; pourquoi aussi la maladie ne se bornerait pas simplement à un obscurcissement de la vue, proportionel au trouble et au changement de couleur du corps vitré, analogue à celui qu'on observe dans l'obscurcissement du cristallin. 2) — On a donc été conduit à chercher la cause prochaine du glaucome ailleurs que dans la simple dégénérescence du corps vitré , et à admettre en même temps la coéxistence de l'amaurose.

') Loc. cit. p. 37.

a) Kommer (Diss. sistens pathologiam corporis vitrei in oculo humano. Halae 1822. p. 29) rapporte deux observations de concrétions calcaires trouvées dans le corps vitré sans avoir donné lieu au glaucome: au moyen d'une loupe on pouvoit distinguer ces concrétions sous forme de corpuscules blancs, et circonscrits, et reconnaître tous leurs, caractères extérieurs.

L'expression glaucoma, glaucosis, a été employée dans les premiers temps pour désigner d'une manière vague les divers obscurcissements observés derrière la pupille, ou quelques maladies particulières du cristallin. — Brisskau (Traité de la cataracte et du glaucome. Paris 1709) fut le premier qui regarda le glaucome connus un obscurcissement du corps vitré (et la cataracte comme un obscurcissement du cristallin). Il crut que le corps vitré pouvait être épaissi par un liquide salé particulier; que le pigment noir pouvait être séparé par macération de l'uvée et de la clioroïde, et répandu dans le corps vitré qu'il troublerait et colorerait ensuite en vert ou autrement selon les différentes qualités du sel. - Antoine et Hbister (Tract, dt cataracta glaucomate et amaurosi.

Altorf 1713) on» admis l'opinion de Brisneau quant au siège du gjau eùme, et Heister (Vindiciae sentent iae suac de glatuomate , cataracta cl amaurosi. Altorf 1719) l'a défendue contre celle de Woolhoijsb (Disserta (ions savantes et critiques sur la cataracte et le glaucome de Bhissj;ai:, Antoine et Heister. mises au jour par Ch. j.e Cerf; Ofl'enbach). — Des auteurs postérieurs se sont moins occupés du glaucome. — Wenzej. (Ma nucl de l'occulisto. T. I. p. 4:21) regarde le glaucome comme une véritable maladie du nerf optique qui se communique à la rétine. — Richteh (Anfangsgrùnde. Bd. III. S. 463) n'en parle que comme survenant lors de I'amaurose, en ce qu'alors la couleur de la pupille passe quelque fois au vert. — La couleur d'abord nébuleuse et cendrée, finalement blanche, tout au fond de l'œil sur lequel on distinguo des vaisseaux sanguins, semblerait provenir de la rétine, qui dans ce cas aurait perdu sa transparence naturelle, et serait devenue visible au dehors. — Scarpa (Traité des principales maladies des yeux. T. II. p. 300) partage complètement cette opinion. — Beer (Lehre von den Augenkrankheitcn. Bd. II. S. 546) fait déprendre le glaucome d'une composition vicieuse des humeurs du corps vitré et de I'amaurose. — La même manière do voir appartient à Benedict (De morbis corporis vitrei in oculo humano. Lipsiae 1809 — Handbuch der Augcnhcilkunde. Bd. V), Wardrop (on the morbid anatomy of the human cye. Vol. II. p. 117), Schon (patho- Iogisohe Anatomie des Aug-es. S. 284). — Watson (Compendium of the diseases of the eyes. Edinburgh 1830. p. 284) attribue le glaucome a un obscurcissement de l'humeur vitreuse et de la rétine ou aux deux à la fois. — Welxer (die Krankheiten des menschlichen Auges) regarde le g-laucômc non pas comme une maladie d'une nature particulière, mais comme une véritable amauroso des plus pernicieuses; la couleur verte de la pupille n'existerait pas seulement selon lui dans le corps vitré mais eu même temps dans la rétine, ainsi que dans les milieux transparents privés de leur vitalité, par là la rétine devient plus apparente et plus distincte à travers la pupille dilatée. — Geiger (Diss. de glaucomate. Laudishuti 1821) fait dépendre le glaucome d'une inflammation de la niem brane hyaloïde; — Rosas (loc. cit.) de l'obscurcissement du corps vitré, se déclarant lentement à la suite d'une cachexie, ou subitement après une inflammation du corps vitré.

Autenrieth (Versuche fur die praktische Heilkunde aus den klinischen Anstalten von Tùbingen. Bd. I. St. 2) a émis l'hypothèse que dans le glaucome, la choroïde serait dégénérée. — Beck (Handbuch der Augcnhcilkunde. S. 512) croit, qu'avec le glaucome il existe ordinairement un état morbide complexe (obscurcissement du corps vitré et maladie organique de la rétine) , qui dépendrait d'une nutrition et d'une activité pervertie de la rétine et du corps vitré, produite par l'altération de l'appareil d'assimilation générale. Les altérations morbides de la chroroïde et la perversion dans la sécrétion du pigment, seraient les suites de ces affections ou des effets simultanés du même agent qui n occasionné la maladie.

Maokenzik (Inc. rit.1 est disposé d'après, 608 çecharehps indiquas, fi dessus , ii attribuer principalement l'aspect trouble du fond de l'œil duiis I,- glaueôme, au manque de pigment. 11 regarde cet effet de lumière comme produit par réflexion de ce fluide sur la rétine, la choroïde et lu s'elerotique; la lumière paraîtrait probablement bleuâtre lorsqu'elle est renvoyée par ces membranes et deviendrait verdàtre, aussitôt qu'elle est obligée de traverser le fluide jaunâtre qui remplace le corps vitre, et lorsqu'elle passe par le cristallin qui est encore beaucoup plus jaune et même de couleur d'ambre, a l'époque, de la vie où Je glaucome s'observe le plus communément. — L'absence de pigment expliquerait suffisamment ^affaiblissement de la vue , qui accompagne le glaucome dès le début ; la pression du fluide accumulé dans l'œil serait probablement la cause de la cécité qui survient à la fin. — Lorsqu'alors la lentille se trouve extraite, ou lorsqu'elle est enfoncée dans l'humeur vitreuse en dissolution, Paspcct verdàtre disparait complètement, ce qui confirmerait ce qu'on a dit plus haut. — L'inflammation serait peut-être la cause de la destruction de la membrane hyaloïde, et celle-ci occasionnerait a son tour une série d'autres ehangemens locaux.

Cannstadt (loc. cit.) regarde le glaucome comme la suite de la dilatation des vaisseaux, rendus apparents par une inflammation, et du changement de couleur de la choroïde. Cette membrane décolorée pouvant alors devenir visible à travers la rétine grise, jaunâtre , le corps vitré et le cristallin, on peut expliquer par les lois du mélange des couleurs l'effet d'un obscurcissement sale, que produit le teint bleuâtre de la choroïde ainsi altérée et .vue à travers la rétine jaune grisâtre, le corps vitré et le cristallin. — Cette même opinion a été émise par Knoiuif (Diss. de glaucoinate. Heidclbcrgac 1833).

Le pronostic dans le glaucome est en général très fâcheux. — La maladie est-elle arrivée à un certain decré de développement, il est rare qu'on puisse en arrêter les progrès, et une fois développée, elle doit être regardée comme tout à fait incurable. — Ce pronostic fâcheux est fondé en partie , sur les changemens organiques qui s'opèrent dans les tissus les plus importa»» de l'reil, pendant la marche de la maladie; en partie, sur la constitution du malade, son âge et les autres circonstances en rapport de causalité avec le glaucome, et presque toujours de nafcure à ne pas être diminuées ou éloignées. — Ce n'est que lorsque le glaucome se développe lentement, et lorsque le ttalade se trouve dans des circonstances favorables, qu'on peut parvenir dans le commencement, au moyen d'un traitement

dirigé avec soin et persévérance, à améliorer l'état du malade et. à arrêter les progrès ultérieurs du mal. — Lorsqu'un des yeux est affecté de glaucome , et qu'il n'y a guères d'espoir de l'améliorer, on peut pourtant au moyen d'un traitement convenable empêcher que la maladie ne se développe sur l'autre œil encore sain ; car l'expérience démontre malheureusement que le glaucome une fois formé sur un œil ne tarde pas à se déclarer sur l'autre.

Le traitement du glaucome doit être antiphlogîstique et dérivatif en rapport avec le degré de congestion ou l'état inflammatoire de la choroïde, la constitution générale et les causes qui l'engendrent. — Le glaucome se développe - 1- il dans le courant d'une violente inflammation de la choroïde, le traitement doit être dirigé d'après les règles précédement indiquées. — Le glaucome se déclare-t-il lentement, il devient urgent de débuter par un régime sévère et convenable. Le malade doit éviter avec soin l'action de l'air froid et humide, et toute espèce de refroidissement, son habitation devra être sèche et exposée au sud , ou placée dans un climat méridional : le malade sera chaudement vêtu , surtout aux pieds ; il portera de la flanelle immédiatement sur la peau: fera tous les jours une petite promenade en plein air ; évitera toute application de l'œil, la lumière trop vive, et toutes les affections pénibles de l'âme; il fera usage d'alimens légers et de facile digestion; il s'abstiendra de ceux qui sont durs, venteux et salés et de boissons alcooliques. — Chez les sujets pléthoriques , lorsqu'il y a congestion de sang vers la tête et les yeux, qu'il existe quelqu'anomalie dans l'affection hémorrhoïdale ou quelque suppression dans la menstruation , on fera , selon la constitution du malade, de petites émissions sanguines répétées aux pieds , on appliquera des sangsues à l'anus, à la face interne des cuisses, derrière les oreilles, des ventouses scarifiées à la nuque. On fera en même temps usage de bains de pieds rendus irritants avec la moutarde, le sel ou des cendres. A l'intérieur, on ordonnera des moyens raffraichissans , apéritifs, la crème de tartre, le tartre tartarisé avec des fleurs de soufre;

plus tard, des extraits fondants. — L'emploi de ces moyens est d'autant plus nécessaire que dès le début, la maladie se trouve ordinairement accompagnée de constipations opiuiâtres et d'obstructions dans le système de la veine porte. — Chez les sujets torpides, on fera usage d'extraits fondants , avec séné , d'extrait de coloquinte , d'électuaire lénitif, et de lavements viscéraux. Cbez les sujets arthritiques, on emploie les moyens antigoutteux, qui, en général, échauffants, ne sont pas bien supportés, même par les individus torpides. La crème de tartre avec des fleurs de soufre et le gaiac ou un peu de camphre , les espèces de bois sudorîfiques; la snlsepareille et principalement le vin de semences de colchique sont avantageux. — Les dérivatifs sur la peau, les vésicatoires répétés, les frictions avec la pommade stibiée , des cautères et surtout le séton à la nuque sont toujours utiles , mais surtout indispensables lorsqu'une suppression de quelque sécrétion habituelle ou de quelqu'éruption cutanée est en rapport de causalité avec la maladie. — Contre les fortes douleurs dans la région de l'œil, on emploiera avec avantage des embrocations avec le Uniment volatil opiacé, récemment préparé, ou la poudre d'opium étendue avec de la salive. Le malade évitera de coucher sur des coussins de plume, et se servira de traversins rembourrés de crin. — Les moyens locaux sur l'œil , excepté des compresses chaudes et sèches et les sachets aromatiques chauds chez les sujets torpides , ne sont pas supportés. — Lorsque le glaucome est complètement développé, tout traitement devient inutile et jamais je n'ai observé de bon résultat de l'emploi continué du sublimé, et d'autres remèdes analogues, essayés dans cette maladie par d'autres médecins.

On se rappelera, mais on n'adoptera pas l'idée de Macken/.if. (Ioc. citât.) qui attribuant principalement les changemens morbides opéré» dans les yeux affectés de glaucome, à l'excès d'bumeur vitrée dissoute, fit une ponction a travers la sclérotique et la choroïde pour diminuer la pression de l'humeur accumulée sur la rétine , et qui regarde l'extraction du n i slallin comme un moyen non seulement de diminuer I aspect vcrdàh e des humeurs , mais encore d'améliorer la vue du malade.

Des obscurcissements et des taches de la

cornée.

B. D. Mauchart, Diss. de maculis corneae. Tiibin^. 1743-

— — Tobiac Lcucomata dissertatione medica dilucidata. Tubing 1713

J. H. Vogi.er, Diss. dp maculis corneae. Gotting. 1778.

P. R. Folsch, Diss. de corneae maculis. Hal. 1791.

M. J. Chklius, liber die durcbsiclitige Iïornhaut, ilue Function und ihre

krankh. Vcriinderunoen. Karlsruhe. 1818. Hoffbauer, Diss. de cornea ejusqtie morbis. Bcrol. 1820.

Nous comprenons par obscurcissement de la cornée (obscuratio corneae) , tonte diminution de la transparence de cette membrane, produite par un changement dans sa nutrition, par accumulation et coagulation des fluides renfermés dans ses cellules ou par une exsudation plastique et par des adhérences. — Les obscurcissements de la cornée différent entr'eux selon leur étendue, leur épaisseur et leurs autres dispositions. — Ils s'étendent , ou bien à presque toute la surface de la cornée ^obscuralio corneae p. s. dicla), ou bien n'en occupent qu'une petite étendue, taches de la cornée (maculae corneae'); leur couleur est en rapport avec leur densité. — Ils sont demi transparents, de couleur nébuleuse, enfumée, nuageuse, gris foncée, Nephèlion (nephelium nebula) — Nuages CNubecula, Achlys, Aegis); blanche, opaque (leucoma). crayeuse, albugo (albugo, leucoma cretaceum) nacrée, blanche jaunâtre, perle (margarila, leucoma margarilaceum, perla, paralamphis). Les obscurcissements sont, ou bien superficiels, ont leur siège dans la conjonctive de la cornée, ou bien plus profondément dans les lames internes — ou même dans la membrane de riiumeur aqueuse ; — ils sont au niveau de la surface de la cornée ou proéminent, ou sont quelquefois enfoncés: ils sont plus marqués au centre et s'éffacent à leurs bords ; — quelques fois on n'y remarque point de vaisseaux sanguins pas plus que sur le reste de la cornée; d'autrefois des % aisseaux

sangnîHS raies ou nombreux sillonnent la membrane jusque dans la tache, se ramilientàsa circonférence ou danslatache elle même — le premier eas s'observe plus fréquemment dans les obscurcissements réeents; le second, dans les anciens. — Lescicatricesdcla cornée, qui sontlerésultat d'adhérences entre les lamelles de la cornée, présentent absolument les mêmes particularités.

Les obscurcissements nébuleux et nuageux s'étendent rarement sur une grande partie ou la totalité de la cornée; — ils forment le plus souvent de petites taches isolées ou nombreuses, éparses ou rapprochées ; —ils ne proéminent que peu on pas du tout au-dessus de la cornée et dérangent la vision en partie ou en totalité, selon qu'ils occupent plutôt le bord ou le centre de la cornée. Les obscurcissements leucomateux, opaques sont ordinairement isolés et plus étendus; à l'endroit qu'ils occupent, la cornée est épaissie, dense, souvent ossifiée, saillante à sa face externe ou interne, et les taches sont nettement circonscrites ou entourées d'une auréole nébuleuse ou nuageuse; la vision s'en trouve considérablement limitée, ou bien elle est abolie, lorsque les taches existent vis-à-vis de la pupille. — Les cicatrices de la cornée ont le plus souvent une couleur blanche, luisante, et d'autant plus marquée, que le désordre qui les a produites a été plus grand; quelquefois, elles offrent une coloration particulière, brune rougeâtre, bleuâtre ou noirâtre; ce qui a surtout lieu lorsque la cicatrice contient uir principe colorant, tel qu'une parcelle de métal, un grain de poudre etc. — Leur forme varie, elle est annulaire, cintrée, dentée, anguleuse, applatie, souvent déprimée, mais souvent aussi saillante, selon que l'origine de la cicatrice s'est trouvée dans des pustules ulcéreuses arrondies, dans des exfoliations du bord de la cornée, dans des désordres plus considérables avec infiltration de pus, dans des ulcères rongeants enfoncés, ou fongueux proéminents, ou dans des abcès desséchés; dans ce dernier cas, elles se distinguent par une coloration jaunâtre, jaspée de gris. — Les cicatrices sont ou bien nettement circonscrites, ou bien entourées d'une auréole nébuleuse, nuageuse, leucomateuse (cicatrix nuberutosa, leuco-

Ciusùpt, Ophthatmologic. Vol, .11. 13

tnatosà). — La vue est 'complètement a)>o)fe ou plus au moins bornée, selon que le siège de la cicatrice est au centre ou près de la circonférence, ou qu'elle est plus ou moins étendue.

Les différentes espèces de taies de la cornée sont nu isolées, ou confondues par leurs bords, ou compliquées d'autres maladies d'yeux, telles que l'inflammation chronique et l'adhérence de l'iris avec la cornée, celle-ci se présente surtout dans les leucoines et les cicatrices, on la reconnaît à la déformation de la pupille, an rapprochement de l'iris de la cernée, en examinant l'œil de côté, et à la coloration foncée, souvent noirâtre du point opaque.

Les causes des obscurcissements de la cornée sont des inflammations de toute espèce, qui modifient la fermeté normale des tjssus de la cornée et la composition des fluides séreux remplissant leurs interstices, et produisent des exsudations plastiques ou des désorganisations, ou des adhérences. — Les intervalles des lamelles de la cornée renferment à l'état normal une sérosité, qui se renouvelle promptement et contribue à la transparence de la membrane. Si donc par l'effet d'un travail morbide quelconque, le renouvellement des éléments de la cornée se trouve dérangé, il en résulte une accumulation de sérosité qui perd sa limpidité et sa transparence. Lorsque l'inflammation est très violente et qu'il se forme des vaisseaux qui se prolongent jusque dans la cornée, il se dépose à la place de ce fluide séreux, une lymphe plastique, purulente, dont la quantité et le volume varient. — Lorsque le produit de l'exhalation séreuse n'est que peu altéré, coagulé ou accumulé et n'est borné qu'aux lamelles superficielles de la cornée, il y a nèphèlion ou nuage. — S'il s'est accumulé de la lymphe plastique entre les lamelles et si elle leur fait contracter des adhérences, il en résulte les différents degrés de leucôme. — Si les cellules et les lamelles de la cornée sont confondues ensemble, par une exsudation plastique, avec ou sans

développement de granulations, comme cela s'observe dans les blessures et les ulcères, il se forme des cicatrices. — Les changements opérés dans les tissus de la cornée ainsi obscurcie, sont comparables aux' indurations qui terminent les inflammations dans les autres tissus. La matière déposée dans la trame de la cornée, y séjourne en quelque sorte comme une masse inerte ou entre en relation organique avec les tissus ambiants par prolongation de vaisseaux et peut ainsi augmenter de dimension. — Dans des cas rares, lorsque les obscurcissements leucomateux chroniques existent chez des sujets arthritiques, on voit se déposer des principes solides, véritables concrétions, formées par la décomposition de la matière exhalée, ou ce qui est plus probable, par la précipitation des sels de l'humeur aqueuse et constituant réellement des incrustations *).

*) J'ai souvent observé surtout chez des personnes âgées, goutteuses, de pareilles concrétions dures dans des leitcômes anciens; en les touchant avec un instrument métallique ou provoquait un bruit distinct (loc. cit.) — Zirm (Descriptio anatom. oculi humani Gotting. 1780. p. 1S) a trouvé des corps durs, sablonneux dans la substance de la cornée: — Walther (Anatomisches Muséum. Bd. 1, S. 139) et ApfDKRsoiv (Wardrop, Êssays on the hiorbid anatomy of the human eye. Vol I, p. 75) des ossifications.

Ou peut expliquer par le mode de développement des taies dont nous venons de parler, pourquoi la cornée se trouble par le tassement de ses lamelles et par le défaut de liquide séreux. Le premier cas s'observe, lorsque la cornée est trop distendue par une accumulation rapide de l'humeur aqueuse, suite d'inflammation, et lorsqu'on comprime un œil mort, où la cornée devient trouble dans toute son étendue ; — le second, dans l'arc ou l'anneau sénile, où par suite d'une diminu tion de vitalité des vaisseaux, propre à Tàgc avancé, la sécrétion des humeurs diminue : par là, la cornée s*aplatit et il se forme à son bord, (ordinairement au supérieur) un arc blanchâtre, comme si la sclérotique se continuait dans la cornée.

Le pronostic des taies de la cornée varie d'après leur étendue et leur nature, d'après leur siège, d'après leur ancienneté, d'après les causes qui les ont produites. - Les taies petites et récentes, chez des sujets sains et surtout jeunes, disparaissent souvent par les seules forces de la nature ou par des soins hygiéniques convenables, ou par un

traitement approprié, chez des sujets affectés d'une dyscrasie quelconque. — Plus la tache est épaisse, blanche, brillante, plus le pronostic en est fâcheux; il est d'autant plus facile de faire disparaître la tache, qu'elle se trouve plus grisâtre, plus éffacée vers ses bords, plus matte , plus entourée de v<aisseaux qui n'y pénètrent pas. — Les obscurcissements profonds sont moins faciles à guérir, que les superficiels; et ceux qui ont leur siège à la face interne de la cornée, sont les plus difficiles, — le pronostic est toujours douteux lorsque l'exsudation existe dans l'épaisseur de la cornée; — il est plus favorable chez des personnes jeunes, surtout chez des enfants, que chez les sujets âg-és; toutes choses égales d'ailleurs. Il en est de même de l'ancienneté des taies: plus elles sont récentes, plus il est facile de les faire disparaître. La complication d'une maladie générale, surtout des cachexies, rend ordinairement le succès du traitement plus douteux; car dans ces cas, l'inflammation tend à récidiver, et par là la tache augmente le plus souvent de dimension. — Les cicatrices ne peuvent pas être enlevées, mais elle se rétrécissent avec le temps comme toutes les autres cicatrices, de même aussi que la vue s'améliore souvent beaucoup, lorsque le bord nébuleux, nuageux, ou îeucomateux qui entoure ces cicatrices, s'éclaircit

Le mode de développement de l'arc sénile démontre déjà assez qu'il est incurable: au reste il ne compromet jamais la vue.

Dans le traitement des obscurcissements de la cornée, il faut avant tout avoir égard à deux circonstances, savoir: s'ils sont accompagnés d'un état inflammatoire ou disposés à des récidives d'inflammation, ou s*ils sont la suite d'une inflammation qui a complètement cessé.

Dans le premier cas, le traitement répondra au degré de l'inflammation; on aura recours aux moyens antiphlogistiques et dérivatifs en se réglant sur les causes qui ont déterminé l'inflammation. Toute espèce de topique est en

général nuisible et on ne doit en faire usage que lorsque, l'inflammation étant une fois diminuée, il existe un état torpide ou un relâchement et une congestion passive dans les vaisseaux. Ce qu'il y a alors de plus convenable, c'est un collyre fait avec une solution de sublimé uni au laudanum, et le laudanum porté dans l'œil avec un pinceau. À l'aide de ces moyens on voit ordinairement disparaître en même temps que l'inflammation, ou bientôt après, des taches légères de la cornée.

Une foule de moyens les plus disparates ont été proposés contre les obscurcissements de la cornée qui existent sans inflammation; on peut les ranger en deux classes: J) moyens émolliens , huileux, gras, tels que l'huile récente de noix ou d'amandes, la graisse de vipère, l'huile de foie de lamproie, l'huile d'œuf, l'huile de tilleul, l'huile depied de bœuf, les décoctions mucilagineuses, le mucilage de coigns, les vapeurs émollientes etc.; — 2) moyens fondans, altérans et stimulants tels que l'extrait de pissenlit, de ciguë, de chélidoine, l'extrait aqueux d'aloës, l'eau de laurier cerise, la bile de poisson et de bœuf avec du miel, les carbonates de potasse et de soude, les huiles et les graisses rances, l'huile empyreumatique, l'huile de papier, les huiles volatiles, l'huile de génièvre, le borax, l'alun, le sel de corne de cerf, le nuiriate de baryte, le muriate de soude, le sel ammoniac, l'acétate d'ammoniaque, le sufate de zinc et de cadmium, le mercure précipité rouge et blanc, l'oxide noir de mercure, le mercure doux, le sublimé, le muriate d'or, les solutions étendues de pierre à cautère et de pierre infernale, le beurre d'antimoine dilué, la poudre de sucre, de verre, de pierre ponce, d'os de seiche etc. Ces moyens étaient recommandés sous forme de collyres, de douches, de pommades ou de poudres appliquées avec un pinceau, ou par insufflation.

Quant au choix à faire parmi ces différents moyens, on a posé la règle suivante: dans les obscurcissements de nature leucomateuse, surtout ceux qui sont très blancs, durs.

brillants et entourés de peu de vaîssemu, on cherchera d'abord à diluer la matière déposée dans le tissu de la cornée à l'aide de moyens émolliens, puis à la taire disparaître par des remèdes altérans. Cette dernière médication pourrait trouver son application dès le principe dans les taches grisâtres, nébuleuses et nuageuses, qui ne sont produites que par un changement du liquide renfermé dans les cellules de la cornée. — C'est ainsi que dans l'ordre qu'on suivrait dans l'emploi de ces moyens, on ferait attention à l'état d'irritabilité de l'œil ; on aurait soin de commencer par les remèdes les plus faibles, avant de passer aux plus forts, les collyres d'abord, puis les onguents, et enfin les poudres qui sont plus actives. De plus on devrait souvent varier les médicaments ou chercher à en augmenter l'énergie, si la réaction qu'on en attend n'est plus assez forte. — Celle-ci pourrait être reconnue à un larmoiement plus abondant, à une légère rougeur et tuméfaction des bords palpébraux et de la conjonctive, à un sentiment de brûlure clans l'œil et à une sensibilité plus forte à la lumière, se dissipant au bout d'une demie heure. — Si ces phénomènes devenaient trop prononcés, on devrait diminuer l'action du médicament ou en employer un plus faible. — L'effet de ces remèdes serait susceptible d'être augmente eu scarifiant les vaisseaux, qui se dirigent vers la taie ou en excisant une portion convenable de la conjonctive au bord de la cornée, ou bien encore en scarifiant légèrement les taches de la cornée elles mêmes.

D'après le résultat d'un grand nombre d'éssais et de faits observés avec soin, je dois regarder l'emploi de tous ces émolliens et de ces altérans, dont nous venons de parler, comme des moyens inéfficaces et faisant perdre du temps. — Dans tous les obscurcissements de la cornée où il n'existe pas d'indication pour les antiphlogistiques et les dérivatifs (.§. 252), il vaut mieux commencer desuite par les altérans: seulement il n'est pas indifférent de choisir l'un ou l'autre des médiaments pris dans cette classe, dans la quelle on a recommandé un si grand nombre d'agents

évidemment Inutiles et même nuisibles. - L hydriothite de potasse m'a été le plus souvent utile et m'a permis de me passer de tous les autres médicaments; je l'ai employé sous forme d'onguent C5 Gr: sur % Dr:) deux fois par jour, eu augmentant la dose peu à peu jusqu'à 1G grains. — Jamais je n'en ai observé de suite fâcheuse; mais j'ai bien vu disparaître entièrement, on presqu'entièrement par l'unique emploi de ce moyen, des obscurcissements Ieucomateux de la cornée regardés par d'antres, ainsi que par moi dans le principe, comme incurables. Si on veut obtenir ce résultat, il faut employer le remède pendant long-temps, même des années entières. La plus grande persévérance est indispensable, chaque fois qu'on veut obtenir quelque succès dans le traitement des taches de la cornée, mais înalheureusent le malade et- le médecin perdent le plus souvent patience. — Je n'ai jamais obtenu de succès eu scarifiant les vaisseaux qui se dirigeaient vers les obscurcissements de la cornée, en excisant une portion de conjonctive vers le bord de la cornée, ou en scarifiant la tache de la cornée elle même, mais assez souvent j'en ai vu des effets fâcheux ce qui m'a porté à rejeter ces moyens. Là où il existe une vascularité prononcée, on emploiera toujours avec avantage, l'instillation journalière du laudanum, et on en obtiendra plus, que de toutes les scarifications et incisions des vaisseaux.

Beeh chercha à expliquer l'action des émolliens et des fpndans, en ce qu'ils amollissent peu à peu la fibrine albinniueuse exsudée, la ra mènent à la consistance de la gélatine et la rendent propre à être ramenée dans le torrent de la circulation. — Cette explication ne parait pas satisfaisante à Beck, en ce qu'il s'agit de faire disparaître une masse organisée avec la quelle les médicaments employés, ne peuvent pas être mis en contact immédiat ; et cet auteur pense que ces remèdes agissent plutôt en boursouflant et eu distendant les vaisseaux, qu'en étendant la lymphe organisée qui est adhérente aux lamelles de la cornée au moyen de ces vaisseaux; par là les vaisseaux de nouvelle formation se racioui cissent, 6C rompent, et la lymphe organisée cesse d'être en continuité avec les tissus ambiants, devient corps étranger, susceptible d'être dissout dans le fluide transparent sécrété entre les lames de la cornée cl pouvant être résorbé. — Ou peut expliquer d'une manière plus simple et plus cou forme a l'étiologio des obscurcissements de la cornée, l'action do ces moyens, en regardant les émolliens et principalement les corps |ras comme favorisant le développement de L'hydrogène^ du môme que les suit . disant altormils agissent par l'ovigèur qu'il* coutienueni,

ainsi que les métaux à l'état d'acido et d'oxide et les dilléreuls sels qui se rapprochent le plus des médicaments oxi^énés; par là aussi on se rend compte du l'action identique de remèdes si disparates.

Les cicatrices de la cornée sont incurables ; elles se rétrécissent avec le temps et deviennent plus petites, comme celles de toutes les autres parties du corps. — Ce n'est que dans les cas où elles se trouveraient entourées d'une auréole nébuleuse, nuageuse ou leucomateuse qu'on pourroit espérer de faire disparaître l'étendue de celle-ci, à l'aide d'un traitement convenable et d'améliorer ainsi la vue.

L'emploi des moyens internes n'est indiqué dans le traitement des obscurcissements de la cornée, que lorsqu'il existe en même temps quelque cachexie ou un affaiblissement général du sujet ; c'est alors que les mercuriaux , les préparations d'antimoine, d'iode, les bains, le fer, le quinquina, l'arnica etc. , ainsi qu'un régime approprié peuvent soutenir convenablement le traitement local.

L'excision et l'ablation des cicatrices et des taies incurables qui empêchent la vue, sont à rejeter, et dans tous les cas on doit donner la préférence à la formation d'une pupille artificielle. — Ce n'est que lorsque la cicatrice renferme une parcelle colorante, donnant lieu à une difformité frappante, qu'on peut détacher cette dernière avec une aiguille à cataracte et chercher à l'extraire. — L'excision de toute la cornée devenue opaque, et son remplacement à l'aide de l'insertion d'une autre, prise sur un animal, serait le plus beau triomphe de l'autoplastie , mais cette opération ne peut avoir et n'aura jamais de succès.

R. MeaI) (Médical Works. London 1762. p. 539) veut qu'on enlève journellement avec un couteau un peu cTe la tache de la cornée: — Larrey (Mémoire de chirurgie militaire. Vol. I. p. 214) propose, lorsque la tache de la cornée est très épaisse , de l'enlever avec un bistouri lin lamelle par lamelle; — Darwin (Zoonomin. Vol. III. p. 71) enlève la taclie

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