‹ Traité pratique d'ophthalmologie [electronic resource]Chapitre 20 sur 34 · HYDROPISIES DE L'OEIL · texte numérisé non relu

HYDROPISIES DE L'OEIL

Dans toutes les cavités de notre corps où quelque fluide se trouve déposé, il faut qu'il y ait un rapport déterminé

ri entre la sécrétion et l'absorption du liquide. — Ce rapport I est-il dérangé , il peut en résulter «ne accumulation anormale | de l'humeur exhalée et une distension de la cavité, cet état | s'appelle alors hydropisie. — Ce dérangement de rapports I existe lorsque la sécrétion est en excès et que l'absorption

se fait d'une manière normale ; ou lorsque la sécrétion est

normale et l'absorption en défaut.

De plus , les membranes et les réservoirs qui contiennent les produits de sécrétion , doivent avoir un certain degré d'élasticité et de fermeté pour résister à la pression naturelle du fluide exhalé, et si cette résistance est insuffisante, -ces membranes se laissent distendre et facilitent l'accumulation trop grande du liquide.

C'est surtout dans l'œil que le renouvellement des fluides est prompt et actif, de là dépendent la diaphanéité naturelle des milieux, ainsi que l'élasticité et la courbure des membranes tendues par les liquides qu'elles renferment. Toute accumulation anormale des humeurs dans l'œil doit donc occasioner un dérangement notable dans les fonctions de l'organe. — Le globe est très distendu surtout dans son segment extérieur, la lumière se trouve différemment réfractée, elle rencontre des milieux dont les rapports sont changés, et la circulation du sang , la nutrition , la structure et la diaphanéité sont modifiées dans chacune des parties de l'œil.

L hydropisie de ïœil (Jiy drops oculi, hydrophthalmus , hydrophthalmia) , est cet état morbide de l'œil, dans lequel le fluide est accumulé outre mesure, et les membranes distendues à un degré plus ou moins prononcé. — D'après le siège de cette accumulation du fluide, on distingue: 1) L hydropisie de la chambre antérieure; 2) lliydropisie du corps vitré; 3) ï hydropisie totale de (œil; 4) l hydropisie des membranes isolées , de la sclérotique et de la choroïde.

De l'hydropisie de la chambre antérieure.

Lkydropisie de la chambre antérieure {hydrophthalmus anteriof) consiste dans une accumulation anormale de l'humeur aqueuse, et est caractérisée par l'augmentation de volume du segment antérieur de l'œil, par la saillie plus prononcée de la cornée. Selon la différence de forme que prend la cornée en proéminant en avant, on distingue cette hydropisie en deux espèces, en sphérique et en conique,

La forme sphérique est la plus fréquente. — A mesure que l'humeur aqueuse, qui alors est le plus souvent un peu trouble, s'accumule dans la chambre antérieure, la cornée se trouve distendue dans toute sa circonférence sous la forme d'un globe , et atteint par fois des dimensions quadruples de son volume normal: elle conserve sa transparence; ce n'est que dans les cas où le mal est avancé qu'elle paraît nuageuse dans quelques points ; l'iris qui devient paresseuï dès le commencement de la maladie perd bientôt toute sa mobilité, et prend une couleur plus foncée; l'ouverture de la pupille tient ordinairement le milieu entre l'étroitesse et la dilatation ; mais plus tard elle s'élargit et devient irrégulière; dans beaucoup de cas son bord est renversé en arrière de manière à donner à l'iris la forme d'un entonnoir; le globe de l'œil est plus dur au toucher, lorsque la maladie a atteint un haut degré; la partie antérieure de la sclérotique se distend tout au tour de la cornée, se colore légèrement en bleu sur une largeur de deux lignes comme chez les jeunes enfans. — Dans le principe , le malade a la vue basse et la myopie augmente d'autant plus que la cornée fait une saillie plus considérable; bientôt elle passe à l'amblyopie et finit par la cécité, sans cependant arriver à l'abolition de toute

sensibilité à la lumière. — A mesure que l'œil augmente de volume, les mouvemens du globe deviennent plus pénibles.

Beer, Mackknzie et autres disent, que dans le commencement de la maladie il y a presbytie, je ne l'ai jamais observée, mais par contre toujours la myopie.

Selon que les affections, qui ont donné lieu à l'hydrophtbalmie antérieure ou qui raccompagnent, dépendent d'un état de torpeur ou d'irritation, les symptômes se présentent sous deux formes différentes. — Dans le premier cas, le malade se plaint seulement d'une pression obtuse, de tension et de pesanteur dans l'œil; dans le second, les sensations deviennent plus pénibles , le malade éprouve parfois des élanceraens fugaces dans le globe de l'œil, les paupières et la conjonctive rougissent facilement, la sécrétion des larmes augmente, et l'œil devient très sensible à la lumière.

Les progrès de l'hydrophthalmie antérieure peuvent être rapides ou lents. L'affection augmente surtout rapidement lorsqu'elle se développe avec des symptômes inflammatoires. Arrivée à un certain degré , la maladie peut rester stationnaire, x) ou bien sous l'influence de circonstances fâcheuses, par l'effet de quelque traitement intempestif ou insuffisant, la distension de la cornée peut augmenter au point qu'elle ne puisse plus être couverte par les paupières (Buphthalmie) ; alors l'œil est toujours exposé aux agens extérieurs qui oceasionent plus tôt ou plus tard l'inflammation , la suppuration et la rupture de l'œil ; puis, lorsque l'ouverture se ferme, le fluide s'accumule de nouveau et distend encore l'organe, eu si cela n'a pas lieu, le globe de l'œil est détruit par suppuration ou par atrophie. — Si le malade est affecté à un haut degré de quelque cachexie ou dyscrasie , si l'œil est continuellement exposé à des influences nuisibles, et s'il survient fréquemment des inflammations violentes, il peut se déclarer une hydropisie du corps vitré, une dégénérescence cancéreuse, ou uue désorganisation hideuse de tout l'organe, et même la mort peut s'ensuivre. À l'autopsie on a trouvé

les tissus intimes de l'œil, ainsi que les parties environnantes dégénérées, et même les os de l'orbite cariés en plusieurs endroits, surtout dans leur partie supérieure. 2)

!) Beer (Lchre von den Aùgeiikrankheiten. Vol. II, p. 619) n'a jamais observé de ces liydropisies de l'œil qui se soient rompues. 2) Beer ibid.

La cause prochaine de cette forme d'hydropisie de l'œil paraît dans tous les cas se trouver plutôt dans un excès de sécrétion de l'humeur aqueuse , que dans un défaut d'absorption ; on a du moins lieu de le supposer autant de fois que la maladie se déclare sur un œil sain , à la suite de quelques causes occasionelles manifestes. A celles-ci il faut rapporter principalement: les éruptions impétigineuses subitement guéries, surtout la teigne ou la gale, les écoulements habituels supprimés , la syphilis et les scrophules. H paraît alors que l'augmentation de sécrétion est liée à quelqu'état inflammatoire chronique de la choroïde et de la membrane de Demours. De là on observe aussi des altérations dans la composition de l'humeur aqueuse qui paraît alors sale, trouble, souvent mêlée de flocons. Dans ces cas, l'accumulation du liquide se fait d'une manière plus rapide, est accompagnée de douleurs , et revêt la forme d'hydrophthalmie aiguë. — Chez les sujets cachectiques, scrophuleux, torpides ou affectés d'hydrencéphale chronique ou d'hydropisie générale, la maladie se déclare lentement et l'excès de sécrétion du fluide est la suite d'un relâchement ou d'un défaut de ton. — L'hydropisie de la chambre antérieure peut encore survenir à la suite de blessures de l'œil ou des parties environnantes. Ses limites sont alors ordinairement très bornées, et elle est accompagnée de fluctuation de l'iris. — L'hydrophthalmie peut aussi être congénitale. — Jùngken *) parle d'une famille suédoise dans laquelle sept frères étaient affectés d'hydropisie congénitale de la chambre antérieure, tandis que leurs parents et leurs deux sœurs avaient des yeux complètement sains. — L'hydropisie de l'œil peut encore être compliquée d'autres états morbides, d'opacités et d'adhérences de Ja cornée, etc., ayant une certaine connexion

de causalité avec elle; en général il existe un dérangement dans l'absorption ou une dilatation de quelque tissu , dont la consistance a été altérée par une inflammation antécédente, comme nous en traiterons encore plus longuement en parlant des staphylomes. — Mais dans beaucoup de cas i'étiologie de l'hydropisie de la chambre antérieure de l'œil, est complètement obscure.

L'bydropisie de l'œil est toujours une affection grave, et le pronostic se fonde sur le degré de son développement, la nature de ces causes et sur les phénomènes qui l'accompagnent. — D'après ces circonstances le traitement varie aussi , il devra être dirigé surtout d'après le degré d'irritation et de congestion qui se manifeste lors du développement de la maladie par conséquent, outre les soins hygiéniques convenables et une diète antiphlogistique appropriée, on devra recourir selon les circonstances aux saignées locales et même générales, aux purgatifs antiphlogistiques, surtout à la crème de tartre, et aux pédiluves dérivatifs, — viendront ensuite des frictions avec de l'onguent mercuriel ou avec l'iode dans les environs de l'œil; à l'intérieur on donnera le calomel avec la digitale , la ciguë, l'éponge calcinée avec la digitale ou l'iode, dont j'ai vu d'excellents effets; on fera encore usage de vésicatoirs volants, mais surtout du séton à la nuque.

Si on veut obtenir quelque succès il faut souvent continuer lemploi interne et externe du mercure jusqu'à salivation , la digitale doit être donnée jusqu'à produire des vertiges , ralentir le pouls , causer des envies de vomir etc.

Voyez Vogel deux cas de guérison de l'hydropisie de l'œil ; Ammon's Zeitschrift fur Ophthalmologie. Bd. II, H. 2, S. 230.

Lorsqu'une éruption impétigineuse a été supprimée ; il faut la rappeler le plutôt possible, à l'endroit qu'elle avait occupé primitivement; on fera des frictions avec la pommade stibiée, on appliquera des vésicatoires etc., à l'intérieur on donnera des remèdes qui porteront a la peau; tels que

Ciiemus, Ophthalmologie. Vol. II. 21

lVthiops arftîmonîal; les fleurs de soufre, le gayac, les bois sudorifiqucs etc. Si la maladie est liée à quelqu'affection liémorrhoidale, ou .à quelque dérangement des menstrues, il faut appliquer des sangsues à l'anus ou au côté interne des cuisses et mettre en usage les fondants contre les obstructions du bas ventre qui existent ordinairement. Si l'hydropisie survient à la suite d'une blessure de l'œil ou des parties environnantes on emploie avec avantage, s'il n'existe pas d'indication spéciale pour un traitement antipblogistique , les vésicatoires répétés le long du nerf frontal, sur les tempes, derrière les oreilles, les frictions d'onguent mercuriel dans les environs de l'œil , le calomel uni aux apéritifs et le Sénéga à dose croissante.

Si l'hydropisie de la chambre antérieure de l'œil revêt, chez des sujets cachectiques, le caractère de la torpeur et du défaut de ton,. on emploira, en même temps qu'une diète convenable, des applications locales de sachets aromatiques j( chauds, des frictions spiritueuses dans les environs de 1 œil et des fumigations sur cet organe. — On appliquera des vésicatoires près de l'orbite et derrière les oreilles et à. ^ l'intérieur on administrera des toniques et des excitans; tels. s que l'acorus calamus, le quinquina, l'arnica uni aux diffusibles et au roob de genièvre.

Si l'hydropisie de la chambre antérieure est arrivée ài â un très haut degré et que le traitement indiqué soit resté' sans succès il faut recourir à la ponction de la cornée et ài l'évacuation de l'humeur accumulée. — On ouvre la cornéea son bord le plus déclive, à une demi -ligne de la sclérotiques, on donne cà la plaie une étendue de deux lignes, et on se sert d'une lancette étroite ou d'un couteau «à cataracte,, ni qu'on enfonce verticalement; ordinairement une première1 "j évacuation n'est pas suffisante. D'après Beer, on doitt * entretenir pendant quelque jours et même pendant des semaines, s'il est possible, le suintement de l'humeur en sou- * levant journellement les bords de la petite plaie au moyeni

d'une lancette. — Si la plaie guérit et que le fluide s'accumule de nouveau, on reviendra à la ponction. Souvent il arrive qu'après avoir pratiqué cette opération, les moyens pharmaceutiques généraux et locaux, au para vaut employés sans succès, rendent les services les plus avantageux et les plus frappants; ce qui d'après Rosa.s, 2) doit être attribué en partie à la diminution d'extensibilité de la cornée et à la densité augméntée de cette membrane a la suite de la blessure, en partie à l'action favorable de l'opération sur les organes sécréteurs de l'humeur.

') Loc. cit. Vol. II, p. 621.

2) Loc. cit. Vol. II, p. 596.

La ponction de la cornée aurait elle été répétée sans succès, ce qui arrive ordinairement lorsque Ja maladie est parvenue à un haut degré, il faudrait d'après Rosas*) enlever avec l'instrument tranchant une portion plus ou moins grande de la cornée, selon l'étendue de la distension, d'autant plus que dans cette circonstance, il n'y a plus lieu déspérér le rétablissement de la vue. Cette opération qui a presque toujours pour résultat une réaction inflammatoire, plus ou moins forte, doit agir si efficacement sur les organes sécréteurs de l'humeur aqueuse, qu'ils finissent par tarir en grande partie, et que l'accumulation de ce fluide disparait pour toujours. Cette opération serait toujours préférable à la cautérisation de la cornée proposée par quelques oculistes, ainsi qu'à l'emploi du séton, passé à travers cette membrane.

*) Loc. cit. p. 596.

Beer (loc. cit.) dit que la ponction entreprise à une époque ou les vaisseaux de l'œil se trouvent déjà dans un état variqueux, ou chez un sujet très cachectique, sera suivie d'atrophie par suite d'inflammation et de suppuration, et que la réaction traumatique peut même entraîner la gangrène et mettre la vie du malade en danger.

Comparez ce que nous allons dire plus tard au sujet des différentes méthodes de ponction etc. lors de l'hydropisie du corps vitré.

La seconde forme de l'hydropisie de la chambre antérieure avec saillie conique à la cornée est rare. — Elle se déclare ordinairement sans inflammation souvent aussi celleci la précède. — Le plus fréquemment elle se présente sous forme d'une petite éminence ou milieu de la cornée, rarement au dessous du centre ou de côté 5 sur un seul œil ou sur les deux à la fois, ou d'abord sur l'un et plus tard sur l'autre. — La proéminence se développe plus ou moins, et ne dépasse jamais la hauteur de deux lignes. C'est en regardant l'œil de côté , qu'on distingue le plus nettement cette saillie brillante comme un cristal. — Vue de face la cornée parait scintillante, lumineuse, opaline, et empêche souvent de voir distinctement l'iris et la pupille. — La cornée conserve sa diaphanéité; ce n'est que dans quelques cas particuliers et lorsque la saillie est très prononcée qu'elle devient opaque et leucomateuse à son sommet, par le frottement des paupières. Les autres parties de l'œil , la sclérotique, l'iris etc. ne sont ordinairement pas altérées; la pupille seule est un peu dilatée, mais elle se contracte à une forte lumière. Benedict a vu les bords de la pupille saillants vers la chambre antérieure. Dans un autre cas j'ai observé des vaisseaux sanguins rouges dans l'iris. — Ordinairement les paupières sont saines et ce n'est que quand la proéminence est très forte qu'elle ne peut pas en être couverte. — Les mouvemens de l'œil ne sont en général pas dérangés, si non qu'ils sont un peu pénibles. On a quelquefois trouvé le globe un peu plus dur qu'à l'état normal.

Lors du début de cette maladie la vue est peu dérangée ; seulement les individus voyent un peu moins bien de loin, mais à mesure que la proéminence de la cornée fait des progrès, la vue devient toujours plus basse, au point que les malades ne distingueut plus les petits objets que lorsqu'ils les placent très près de l'œil et un peu sur le côté. Lorsqu'une fois l'affection est arrivée cà un très haut degré, la réfraction des rayons lumineux devient si irrégulière , que

I même les objets vus de très près, paraissent confus; la vue j est encore plus troublée, lorsque par l'effet d'une forte lu- \ mière la pupille vient à se contracter, ce trouble augmente encore dans le cas ou le sommet de la saillie conique perd ! sa transparence. — Par fois les malades voyent les objets doubles , triples , quadruples et encore plus multipliés , ce qui peut déprendre en partie de sinuosités à la surface de la proéminence, en partie de l'inégale épaisseur de quelques points de la cornée, et par conséquent d'inégalités dans la réfraction. — Souvent les objets sont vu colorés ou leurs couleurs naturelles sont dispersées.

J'ai observe un cas où un malade a vu cinquante ou soixante fois une lumière placée en face de son œil. — Bkewster (Wardrop, on the morbid Anatomy of the human Eye. Vol. I, p. 132) prétend avoir remarqué des inégalités et des élévations sur la saillie conique de la cornée, ayant alors la forme d'un polyèdre, et il s'explique ainsi la multiplication des images — quelque fut le côté du quel il examina l'œil malade, la surface de la cornée sembla faire partie d'un sphéroïde régulier, qui augmentait de courbure vers la point de séparation ; cette disposition ne pouvait rien déranger à la réfraction des rayons de lumière, l'auteur fut disposé à admettre que les images inégales et confuses , qui semblent entourer les objets, étaient dues à de petites saillies situées à la surface de la cornée et qui ne ■pouvaient pas être aperçues lorsqu'on regardait Vceil de côté; mais qui devenaient apparentes par les altérations, que subissait l'image d'un corps lumineux réfléchie par la superficie de la cornée au devant de la quelle on l'avait placé. Cet observateur fit donc mettre une chandelle allumée à 15 pouces au devant de la cornée, et se plaça lui même dans la direction qu'auraient du prendre les rayons réfléchis, et il examina les variations de forme et les dimensions de cette lumière. L'image réfléchie dimina d'une manière régulière lorsqu'elle était renvoyée par les plans convexes de la cornée, mais elle sélargit et se rétrécit altérnati veinent, lorsqu'elle provenait des parties les plus rapprochées du nez, en un mot, elle subissait des altérations telles, qu'on pouvait constater la présence de beaucoup d'élévations sphériques , séparées par des enfoncements; — de là on s'expliquait suffisamment pourquoi les objets lumineux étaient entourés de figures multipliées et diversement réfractées. — Bkewstkr doit avoir examiné un grand nombre de cornées coniques et avoir trouvé constamment, sans exception, des inégalités à la surface de ces membranes, et comme ces inégalités ne peuvent pas être réconnucs en examinant simplement l'œil de côté , on comprend facilement pourquoi on a révoqué leur existence en doute. Lyall et autres prétendent ne 1rs avoir jamais vues. Hjmly s'explique la multiplicité des images par Pcpaississcmcnt et l'opacité du sommet du cône , qui réfléchit alors la lumière.

La marche de cette maladie est ordinairement lente et la tumeur de la cornée n'atteint de grandes dimensions qu'au bout de quelques mois ou même des années, avec le temps elle peut se développer au point que les paupières ne puissent plus se fermer. — Ce n'est que dans un petit nombre de cas, qu'on l'a vue se former brusquement1) ou arriver à son complet développement en peu de semaines (Travers). — Assez souvent elle reste stationnaire a un certain degré et n'entrave que peu la vision. Lors même qu'elle a acquis un très grand volume elle ne fait pas d'autres progrès que de devenir opaque à son sommet; — jamais elle ne crève, si elle est soustraite à des influences nuisibles et abondonnée à elle même. La tumeur ne s'ouvre que par l'effet de violences extérieures 2) ou de quelqu'inflammation qui survient. 3) La rupture de l'œil en occasione l'atrophie par l'écoulement des humeurs. Les différentes maladies , telles que la cataracte, l'amaurose, le spasme du globe, les inflammations chroniques, et la dégénérescence du bulbe qui ont été observées en même temps que la proéminence conique de la cornée, doivent être regardées comme des complications accidentelles.

*) Salzburger med. Zeitun^. 1819. Nro. 98.

2) Wardbop on thc morbid Anatoniy of the human Eye. Vol. I, p. 130.

3) Demours, Traité des maladies des yeux. Vol. II, p. 431.

Ce qui constitue l'essence de la cornée conique c'est la pression qu'exerce l'humeur aqueuse sur cette membrane; et elle ne doit donc être regardée que comme une forme de l'hydropisie de la chambre antérieure de loeil. La cornée est distendue, amincie, surtout à son centre et si elle ne proémine pas également par toute sa surface, comme dans la première variété de l'hydrophthalmie antérieure, et qu'elle s'allonge en cône par sa partie moyenne, il faut en chercher la cause dans la structure de la cornée plus mince en cet endroit; c'est pourquoi aussi uu œil mort pressé entre les doigts devient plus saillant au centre, que partout ailleurs.

Lorsque le sommet de la cornée conique ne correspond pas à sa partie moyenne, cela est du à un ulcère qui a précédé et occasionné une perte de substance et par là diminué la résistance de la membrane à la pression de l'humeur aqueuse. J'ai du moins trouvé dans plusieurs cas de proéminence conique excentrique les particularités dont je viens de parler. — Il est étonnant qu'on mette tant d'importance à cette forme conique de la proéminence pour vouloir la séparer de l'hydrophthalmie antérieure et de la regarder comme une forme de maladie particulière et tout à fait distincte de cette dernière; car la différence qui existe entre ces deux affections ne peut se trouver que dans le plus ou le moins de densité des tissus de la cornée et nullement dans une essence particulière de la maladie ; aussi peu qu'entre le staphylome conique et opaque sphérique. Les caractères distinctifs, qu'on a établis entre l'hydroplithalmie antérieure et la proéminence conique de la cornée, en ce que dans la première la membrane est toujours distendue en globe, et généralement rendue opaque pendant le cours de la maladie, qu'il existe en même temps pression et douleur dans l'œil et que l'organe finit le plus souvent par se rompre,*) perdent de leur valeur, en partie par ce que nous avons dit sur les différentes formes de proéminences, en partie par la circonstance que dans beaucoup de cas d'hydrophthalmie antérieure ordinaire , il n'existe point de douleurs particulières, et que la rupture de l'œil n'en est pas une terminaison si fréquente; car Beer n'a jamais rencontré une de ces sortes d'hydropisie de l'œil, qui se soit rompue (§. 423). 11 n'y eut de rupture de la tumeur que dans des circonstances très fâcheuses et sous l'influence permanente d'agens nuisibles, qui comme on l'a observé, produisent aussi le même accident dans la proéminence conique de la cornée.

*) Wimmer, Diss. de Hyperceratosi. Lipsiae 1831, p. 8.

L'opinion qui attribue la proéminence conique de la cornée à 1a pression de l'humeur aqueuse a été défendue non seulement par Lïall et moi , mais encore par De Wai/ther, Langenbeck et Meckej.. — Ou fera encore ici mention de la manière de voir de l'auteur qui a rendu compte du manuel de Weller (Salzburger med.-chirurg. Zeituug, 1812.

Nro. OH, S. 314), qui n vu survenir celte maladie subitement chez un iudiviilu pour avoir regardé brusquement un mur blanc, vivement éclairé et l'envisage, comme la suite de la rupture dé la tunique de l'humeur aqueuse avec proéminence des lamelles externes de la cornée et contraction forte des muscles dn globe de l'œil. — Beni-dict croit, que la maladie survient quelquefois à la suite d'inflammations qui produisent des ulcères au milieu de la cornée, où se réunisent et s'appuient tous les rayons secteurs de l'hémisphère , et que ce point d'appui venant à manquer, la cornée prend une figure conique d'hémisphérique qu'elle était. — Vetsch (Practical treatise on the discascs of the Eye. London 1820, p. 01) regarde la faiblesse et le relâchement de la membrane 3 qui entoure l'humeur aqueuse, comme la cause de cette maladie.

Le seul cas de proéminence conique de la cornée , qui ait été examinée après la mort de l'individu par Jaeger,*) confirme l'opinion émise ci-dessus sur la nature de cette maladie. — En effet la coruée de l'œil droit fut trouvée trois fois plus mince dans son tiers moyen qu'à l'état normal, semblable à du papier a lettre, les deux tiers externes sensiblement épaissies et plus particulièrement dans leurs lanielles moyennes, les superficielles et les profondes étant naturelles et la substance intermédiaire homogène. — A l'œil gauche, sur lequel on avait fait quelques mois auparavant une ponction, suivie d'inflammation, on vit des adhérences entre la portion supérieure de la membrane de Demours, et des lamelles les plus internes de la cornée avec les bords de l'iris et le ligament ciliaire ; la cornée était un peu épaissie dans ses parties externes mais amincie à peu près de moitié dans son milieu ; la pupille était presque complètement fermée, l'uvée adhérente par son bord pupillaire à la capsule antérieure, la choroïde normale. — La quantité de l'humeur aqueuse n'était pas augmentée dans les deux yeux. — Il résulte évidemment de cette recherche importante que cette proéminence conique a été occasionée par l'amincissement et la distension du centre de la cornée, et non par l'épaississement de sa substance, qui n'existait que vers la circonférence. De ce que l'on n'a pas trouvé une augmentation dans la quantité de l'humeur aqueuse cela peut être expliqué ou bien par le genre de mort, la phthisie, ou bien par le temps qui s'est écoulé jusqu'au moment de l'autopsie, entreprise le lendemain. Lors de la

ponction de l'œil gauche heaiicoup de fluide s'élanca, comme Jaeger s'exprime formellement , aussitôt hors de la plaie et la cornée s'aff'aisa. — Comme par la proéminence conique de la cornée amincie l'espace de la chambre antérieure est augmenté, il doit exister une accumulation plus grande de l'humeur aqueuse. L'opinion de ceux, 'qui prétendent que lors de la ponction, il ne s'écoule pas beaucoup d'humeur aqueuse et que l'aiguille pénètre avec difficulté, est contre dite par ce qui a été rapporté plus haut et s'explique facilement par la circonstance que l'aiguille a été enfoncée obliquement vers le bord de la cornée, qui n'est point amincie , et que par conséquent elle a pénétré avec plus de difficulté et que les lèvres de la petite plaie oblique , étant venues à s'appliquer l'une contre l'autre, il ne s'est écoulé qu'une partie de l'humeur aqueuse et la cornée ne s'est point affaissée.

*) SchmidTj Inaugural -Abhandlung ùbe.r die Hyperkeratosis. Erlangen 1830.

Dans la seconde observation de Lyaix, il s'écoula lors de la ponction une grande quantité de l'humeur aqueuse; celle-ci s'étant de nouveau accumulée au bout de quelques heures , la cornée fut encore distendue et le lendemain la proéminence conique était absolument la même qu'auparavant. — Dans la quatrième observation, il s'écoula également beaucoup d'humeur aqueuse.

Contrairement à la manière de voir exposée ci -dessus sur la nature de la proéminence de la cornée, on a encore émis diverses opinions. Adams 1) la regarde comme une exubérance morbide de tous les tissus de la cornée surtout «à leur partie moyenne , sans inflammation ni opacité. Cet épaississement serait facilement constaté et pourrait être suivi jusqu'à la base de la cornée, lorsqu'on examine celle-ci à une vive lumière. C'est pourquoi aussi la proéminence vue de face, ressemblerait à un cristal brillant et que la myopie la diplopie et la polyopie s'expliqueraient par la puissance réfringente de la cornée ainsi augmentée. — Cette opinion a été partagée par Himly , 2) Fabini,.») Radius,4) Schôn,5) Elwert j 6) d'Ammon 7) et autres. Beck 8) croit pouvoir

expliquer rallongement de la cornée et l'augmentation de l'hiM meur aqueuse existante toujours dans cette maladie d'après toutes les observations, par une altération de la faculté absorbante, qui a pour effet une accumulation plus forte des humeurs, aussi bien entre les lamelles de la cornée, que dans la chambre antérieure. — Rau 9) est de la même opinion et fait dépendre la sécrétion augmentée de l'humeur aqueuse d'une irritation des vaisseaux de l'œil, il ajoute que la cornée ne devenait pas opaque, parce qu'aucune inflammation n'a précédé, et que la proéminence ne se développait pas d'avantage parce que l'irritation s'épuisait dans la formation du produit. — Mackenzie 10) est disposé à regarder cette maladie comme l'effet d'une perversion dans l'action des vaisseaux nourriciers.

') Journal of sciences and the arts. Vol. II, p. 403. London 1817.

2) Bibliothek fiir Ophthalmologie. Bd. I, St. 2, S. 398. Hanover 1819.

3) De praecipuis corneae morbis. Budae 1830, p. 52.

*) Uebcr einige Augeukrankheiten, welcbe vorziïglich hàufig in Eng- Iand vorkonnnen; Journal von Graefe und Waethkr. Bd. VIIj H. 4, S. 570.

6) Pathologische Anatomie des menschlichen Auges. Hamburg 1828.

— Rust's Magazi». Bd. XXIV, H. 1, *S. 136. 6) Fall einer Hyperkeratosis ; Rust's Magazin. Bd. XXXf, §. 1}

') Das Staphyloma pellucidum corneae, als morbus congenitus bei drei Geschwistern ; Oken's Isis. Bd. XXI, H. 5 — 6, S. 548. — Zeitschrift fiir Ophthalmologie. Bd. I, H. 1, S. 122. — Hecker's Annalen der gesannnten Heilkunde. 1829. Jauuar. S. 84. — Wimmer, Diss. de Hyperkeratosi. Lips. 1831 , p. 23.

8) Handbuch der Augenheilkunde. S. 305.

") Ueber die Erkenntniss, Entstehung und Heilung der Staphylome. Heidelberg 1828, S. 135.

1 °) A practical treatise on the diseases of the eye. London 1S30.

D'après les idées qu'on s'était faites sur les différentes causes de la proéminence conique de la cornée — on lui a donné des dénominations diverses. — Ochlodes (Taylor) : cornée conique, conical formed Cornea (Wardroi>) , Staphyloma pellucidum conictim, (Scarpa, Lyall, Lkykillr) Hyperkeratosis (Himly). Cornée en pain de sucre , Sugar • Loaf cornea (Radius) , cornée conique ou staphylome transparent de la ■ cornée (Demours), staphylome conique ou cornée conique (Wbllbr), prolapsus de la cornée (Bbnbdict) , Ceratoncus (d'Ammox).

L'opinion de ceux qui regardent la proéminence conique de la cornée comme une exubérance de son tissu, une véritable hypertrophie, n'est fondée aucunément sur des recherches directes, mais uniquement sur l'apparence extérieure de la saillie, d'après laquelle on devrait réellement croire qu'elle se trouve formée par une substance solide; déjà Wardrop*) avait soutenu à cet égard que le sommet irrégulier de la tumeur, souvent bombé et opaque, était généralement très aminci, ce que chacun pourra confirmer à l'aide d'un examen attentif, et ce qui est mis hors de doute par l'observation rapportée par Jaeger. — On aurait en effet de la peine à se rendre compte, comment une cornée épaissie par des végétations conserverait la forme régulière d'un cône et se romprait même dans certaines circonstances (§. 432). — Nous nous sommes déj\à prononcé ci-dessus (§. 434) sur le peu de valeur des preuves dont on a voulu appuyer cette opinion, surtout par la difficulté d'introduire l'aiguille, par le peu d'écoulement de l'humeur aqueuse , par le non affaissement de la cornée. Pour ce qui regarde l'épaississement de la cornée vers sa circonférence tel que l'a trouvé Jaeger, des recherches ultérieures devront prouver s'il est constant dans tout les cas et si on le trouve à toutes les périodes du développement de la maladie. — Jamais la forme conique de la tumeur ne dépendra de cet épaississement.

*) Loc. cit.. p. 130.

L'étiologie de la proéminence de la cornée est encore obscure sous plusieurs rapports. Je regarde comme une prédisposition à cette maladie la structure plus mince et moins résistante de la cornée, qui peut être congénitale ou acquise par perte partielle de substance à la suite d'ulcères comme quand il y a des inégalités à la cornée. — Avec cette prédisposition, toute accumulation passagère de l'humeur aqueuse ou quelque compression exercée par les muscles de l'œil peuvent produire la distension de la cornée, et celle-ci une fois commencée, prendra d'autant plus d'extension

par la pression naturelle de l'humeur aqueuse, que la résorption de ce liquide s'opère mal par la cornée dans de pareilles circonstances. On comprend facilement pourquoi la proéminence commence ordinairement au centre de la cornée, parce que c'est dans cet endroit qu'elle est toujours inoins épaisse à l'état normal. De là on peut aussi s'expliquer pourquoi cette affection, quoique observée dans toutes les périodes de la vie, est aussi la plus fréquente vers l'époque de la puberté , car alors avec un afflux plus considérable du sang vers la tête, il existe aussi une sécrétion plus abondante de l'humeur aqueuse; de là cette voussure ordinairement plus considérable de la cornée et ce brillant caractéristique de l'œil et l'état de myopie, si fréquent à cette époque de la vie. — De là encore la raison pour laquelle cette affection peut survenir au moment des éfforts et des cris pendant la parturition (Rawling), et par l'effet d'un regard brusque sur un mur blanc très fortement éclaire. x) — L'opinion de Radius,2) qui regarde l'habitude, qu'ont les Anglais de fixer pendant des heures entières le feu de la cheminée , et leurs écarts de régime , comme la cause de la fréquence de cette maladie en Angleterre, est suffisamment expliquée. — Tout ce qui contribue à augmenter l'afflux du sang vers les yeux, à irriter les tissus membraneux vasculaires, et à occasionner une sécrétion plus forte de l'humeur aqueuse, peut être regardé comme cause de cette affection; telles que les applications fortes et prolongées des yeux, la suppression d'écoulements habituels, les affections rhumatismales , arthritiques , syphilitiques et impétigineuses. — La forme conique de l'hydropthalmie antérieure diffère de celle qui est globuleuse, en ce que dans celle-ci la sécrétion de l'humeurse trouve continuellement augmentée par un état morbide quelconque, tandis que dans l'autre l'augmentation de sécrétion n'est que légère et transitoire, et que la résistance normale de la cornée est altérée, ou que celle-ci se laisse distendre quoique la sécrétion de l'humeur aqueuse soit normale, par l'effet des contractions trop fortes des muscles de l'œil. D'après touts les faits publiés jusqu'à ce jour, il parait que les femmes sont plus sujettes à cette affection que les hommes; on connait aussi des observations de proéminences i

coniques de la cornée congénitales, dont plusieurs étaient accompagnées d'amaurose.

') Salzburgcr mcdic. cliirurg. Zeitung 1819. Nro. 98, S. 314. *) Loc. cit.

L'opinion de Scari-a et de Leveillé qui ont regardé cette maladie, comme un véritable Staphylomc ne mérite pas d'être mentionnée.

Le pronostic de la proéminence conique de la cornée est en général défavorable; quoique cette affection reste quelque fois stationnaPre cà un faible degré de son développement, et que, la vue n'est alors pas très fortement dérangée; il arrive cependant plus souvent que la maladie parvienne à un plus baut degré et entrave la vue considérablement ou l'abolisse même complètement. Jusqu'aujourd'hui on n'a encore trouvé aucun moyen pour arrêter sûrement les progrès de cette affection ou la guérir radicalement.

D'après ce que nous avons dit de l'étiologie de cette affection deux indications se présentent: 1) provoquer la diminution de la sécrétion de l'humeur aqueuse et l'augmentation de l'absorption ; 2) renforcer la résistance de la cornée. — Quant à la première indication on emploira, eu égard aux causes rhumatismales, arthritiques, impétigineuses ou antres, qui peuveut être en jeu, des moyens apéritifs sur le canal intestinal, des purgatifs répétés, des révulsifs énergiques, les vésicatoires et surtout le séton à la nuque, la diète sévère, le caloinel ou le sublimé à haute dose, même jusqu'à salivation , l'éponge calcinée avec la digitale etc. — ûuant à la seconde indication, on peut recourir aux lotions froides, aux collyres et aux fomentations astringents, à l'instillatiou d'infusion de tabac, à la cautérisation des endroits opaques avec la pointe d'une pierre inférnale, — et à la ponction de la cornée.

Travers dit avoir employé avec succès les vésîcatoirs, les toniques, surtout les férugincux et l'arsenic, et des bains d'yeux froids. — Lyaix a fait usage des pilullcs altérantes avec calomcl et a touché le sommet

Opaque de la proéminence avec la pierre infernale et a obtenu ainsi peu à peu la disparition de l'opacité. — Giuson prétend avoir guéri deux sœurs à l'aide de la décoction de quiquina unie a l'alun. — Lvau. vit aussi diminuer la proéminence de la cornée par le même moyen. — Un autre auteur (Sal/.burger mcd. chirurg. Zcitung loc. cit.) dit avoir guéri cette affection au bout de trois semaines au moyen de vésicatoircs , de laxatifs et de collyres astringents. — Elwert a employé, dans un cas qu'il avait regardé comme lié à une pléthore abdominale, à un état rhumatico-arthrilique des muscles de l'œil et à une suppression de la transpiration des extrémités inférieures , la saignée du pied et les sangsues, puis un régime sévère, le séton à la nuque, les sels neutres et le tartre stibié a dose réfractée avec l'extrait de chiendent et la doucc-amèie. Comme la proéminence ne diminuait pas, il prescrivit le sublimé jusqu'à salivation et recommanda beaucoup d'exercice qui rétablit la transpiration aux pieds: la tumeur commença à diminuer et disparut presque complètement au bout d'une année. — Ware (remarques pratiques sur l'œil) préfère à beaucoup d'autres moyens une infusion concentrée de tabac, dont il instille trois à quatre fois par jour quelques gouttes dans l'œil ; pac l'emploi continue de ce moyen, la proéminence a diminué quelques fois et la vue est devenue bien meilleure. — Dans un cas observé sur une jeune fille de vingt ans, où je ne pus d'écouvrir aucune cause de la ma-* ladie, je suis parvenu à améliorer sensiblement son état à l'aide d'un séton à la nuque, de purgatifs administrés de temps en temps, de l'emploi continué de l'éponge calcinée avec la digitale et des frictions d'onguent d'iode autour de l'orbite. — Dans tous les cas où la proéminence s'est déclarée sur une inégalité de la cornée transparente, je n'ai eu de bons succès que par les collyres astringents.

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La ponction de la cornée et l'évacuation de l'humeur aqueuse ne sont regardées par le plus grand nombre d'auteurs que comme moyen palliatif, pareeque le fluide s'acuinule bientôt et occasione de nouveau la distension de la cornée, ce qui a fait rejeter cette opération par beaucoup d'auteurs comme inutile. — Si on veut rétirer quelqu'avantage réel de la ponction, il faut la pratiquer fréquemment, tous les jours, on tous les deux jours pendant plusieurs semaines, selon que l'accumulation de l'humeur aqueuse se reproduit plus ou moins vite; jusqu'à ce que la cornée ait repris sa voussure normale*). — L'effet de la ponction peut encore être soutenu selon les circonstances par les moyens généraux et locaux indiqués ci-dessus. — La ponction se pratique avec une aiguille à cataracte ou plus convenablement

encore avec un couteau à cataracte au sommet de la proéminence, car dans cet endroit la cornée est souvent opaque et en pénétrant par là, l'Iris ne peut pas être blessé. On ne doit pas retirer l'aiguille desuite, mais il faut un peu la tourner sur son axe afin de faire écouler convenablement Bnuraenr aqueuse. — On n'enfoncera pas trop profondément l'instrument pour ne pas blesser la capsule lenticulaire et occasioner une cataracte ainsi qu'ADAM et Jaeger l'ont observé. — Après l'évacuation de l'humeur aqueuse on fera usage de fomentations froides, en partie pour prévenir l'inflammation, en partie pour fortifier la résistance de la cornée. — S'il survient une inflammation , il faut la traiter d'après les circonstances.

On peut donc s'expliquer facilement les résultats divers obtenus par la ponction de la cornée: tandis que Ware, Vetsch, d'Ammon et autres, l'ont employé sans succès et que Mackenzje prétend qu'on est généralement d'accord que l'évacuation de l'humeur aqueuse est sans éfficacité dans cette maladie, Lyael a souvent réussi avec la ponction répétée; Lakgenkeck en a observé de bons effets et même la cure radicale; Rau rapporte un cas où il a pratiqué la ponction pendant plusieurs semaines presque journellement où au moins tous les deux jours, selon que l'accumulation se faisait plus ou moius vite; au commencement le résultat sembla peu favorable, l'œil devint un peu rouge après chaque ponction, et la proéminence resta la même; mais peu à peu on remarqua une légère diminution dans l'étendue de la proéminence, surtout apparente à son sommet: l'amélioration se fit lentement, mais cependant d'une manière progressive, et quoiqu'il n'y eut pas de guérison complète, la cornée, reprit presque entièrement sa forme hémisphérique normale. Warduop, Rosas, Zybeix, Jùngkeiv et autres regardent la ponction répétée comme une ressource importante dans le traitement de cette maladie.

Il faut rejéter l'ouverture de la cornée pratiqué a l'aide d'une incision verticale, tel que cela a été proposé par Hewmaniv, Demours, (qui recommanda aussi l'incision cruciale suivie de la compression) et Quadrt, car il peut en résulter l'opacité de la cornée. — La compression de la proéminence, telle qu'elle a été essayée par Demours et autres, n'est d'aucune utilité.

Comme moyen palliatif, surtout lorsque la maladie n'existe qu'à un faible degré, on peut se servir de lunettes concaves, qui diminuent la myopie. On passera des verres les plus faibles, peu à peu à de plus forts. — - Adams

convaincu que le degré de myopie presque voisin de la cécité, était manifestement dû à la réfraction trop forte de la cornée conique et que cette affection de la cornée ne pouvait pas être guérie sans la rendre imperméable à la lumière, a regardé l'extraction du cristallin comme l'unique moyen d'améliorer la vue. Par cette opération il a obtenu de bons résultats dans plusieurs cas 1). — Lawrence 2) et Vetsch n'ont cependant pas été aussi heureux. — Pourtant autant de fois, qu'il y a myopie voisine de cécité et lorsque tous les autres moyens curatifs ont été employés sans succès, l'extraction du cristallin est la seule ressource à laquelle on puisse s'adresser avec quelqu'espoir de succès ; en tout cas elle est indiquée lorsqu'il y a en même temps cataracte.

') Chez une femme âgée de près de soixante dix ans, qui eut à la fois une cataracte et une cornée conique, Adams déplaça le cristallin opaque de l'axe visuel, en pénétrant par la sclérotique. Après l'opération , la malade put voir bien plus distinctement sans verre, que ne le peuvent d'ordinaire les personnes opérées de cataracte. Adams pratiqua encore le broiement du cristallin transparent chez une jeune femme, dont depuis six ans la vue avait diminué graduellement jusqu'à ce que par l'effet d'une conicité de la cornée opaque au sommet, la faculté de voir s'affaiblit tellement, que la malade, tout en marchant sans guide et en pouvant éviter des personnes qui venaient au devant d'elle à trois ou quatre pieds de distance n'était pas dans le cas dp lire ni de reconnaître de petits objets quelque près qu'on les approchât de ses yeux. L'opérée retourna a la campagne avant que l'œil ne fût complètement remis. Adams ne la revit qu'un an après, elle reconnaissait alors de petits objets et pouvait lire la plus petite impression sans secours de lunettes en la tenant à la distance ordinaire de dix à douze pouces de l'œil. Les lunettes à cataracte ordinaires, à foyer de deux pouces et demi, pour les objets vus de près, lui troublèrent la vue presqu'autant qu'avant l'opération: avec des lunettes de neuf à dix pouces de foyer, la faculté de distinguer de petits objets fut encore un peu améliorée. De loin elle vit mieux à l'œil nu qu'à l aide d'aucun verre.

'*) Radius loc. cit. p. 577.

ai

De Thydropisic du corps vitré.

lùhjdropisie du corps vftrê (ht/drops corporis vitrei, hydrophfhalmus posterïor) peut être mise en parallèle avec l'accumulation anormale de l'humeur aqueuse. De même que dans celle-ci l'hémisphère antérieur de l'œil augmente, l'hémisphère postérieur devient aussi plus volumineux dans l'hydrophthalmie du corps vitré. L'organe prend une forme allongée, qui s'arrête surtout à la cornée; celle-ci sans changer dans son contour, devient plus hombée, mais conserve toute sa diaphanéité. A mesure que la cornée se trouve poussée en avant, l'iris s'avance aussi vers la cornée , et l'espace de la chambre antérieure diminue par là de plus en plus.

L'augmentation de volume de l'hémisphère postérieur de l'œil , débute avec uu sentiment de tension pénible au fond de l'orbite; l'iris, sans changer de couleur, est poussé en avant; la chambre antérieure se trouve rétrécie; la pupille est contractée, immobile; la cornée non troublée s'avance en cône, il y a myopie. — A mesure que la maladie fait des progrès, la sensation de tension se convertit en douleur vive, déchirante, tranchante au fond et dans les environs de l'œil. Le malade ne devient pas seulement myope à un tics liant degré, mais encore la faculté de voir s'affaiblit au point que les objets semblent cachés par une auréole blanche, éblouissante (souvent il y a vue d'étincelles). — Avec l'augmentation toujours croissante du volume de l'hémisphère postérieur, les mouvemens du globe de l'œil deviennent toujours de plus en plus pénibles et enfin complètement impossibles; l'iris est entièrement nppliqué contre la face postérieure de la cornée poussée en avant en forme de cône; la pupille est dilatée, la sclérotique et la conjonctive présentent

CliEMUt, (Iphtliiilniologic. Vol. 11. 22

tout autour du bord de la cornée, sur une largeur de deux lignes, un cercle bleuâtre, parcouru de vaisseaux variqueux; tout le globe de l'œil est extraordinairement dur, et donne au toucher la sensation d'un caillou ovoïde. — La vue s'abolit complètement au point de ne plus laisser la moindre sensation de lumière; la douleur ne reste pas limitée à l'œil et à ses parties environnantes, mais elle se propage à toute la moitié de la tête, aux dents, au cou, et finit par devenir si forte, que le malade en perd presque la raison; il réclame avec instance l'évacuation de l'œil, ou (comme Beer l'a vu une fois) dans la violence de ces souffrances il se crevé lui-même l'organe. — L'état général se détériore toujours sensiblement dans le cours de cette maladie; par les douleurs incessantes, le malade perd le sommeil et l'appétit, il devient pâle, faible et maigre.

La marche de l'hydroplithalmie postérieure est tantôt rapide, tantôt lente, sa terminaison est variable. Souvent, lorsque la maladie atteint un certain degré, elle reste stationnaire: — par fois elle finit par l'atrophie du globe de l'œil: dans quelques cas rares, il survient de l'inflammation, qui passe en suppuration; le globe augmente alors promptement de volume avec les douleurs les plus violentes , et finit par se rompre. Les humeurs de l'œil s'écoulent, l'organe s'affaisse et se réduit à un petit moignon. Après la rupture de l'organe il peut se former des excroissances fongueuses, parfois des dégénérescences cancéreuses et des ulcères, ce qui pourtant ne parait avoir lieu qu'autant que l'hydropisie de l'œil se manifeste avec des symptômes de quelque maladie organique, ou de quelque dyscrasie générale arrivée à un haut degré.

Les altérations trouvées sur des yeux qui avaient été affectés d'hydropisie postérieure, différaient d'après le degré plus ou moins avancé de la maladie et peut-être aussi d'après les causes, qui l'ont engendrée. — Lorsque l'affection n'était

nqtie légère, l'humeur vitrée accumulée en très grande quantité, ctait tenue, difïluente, semblable a l'humeur aqueuse, et

renfermée dans des cellules très distendues; souvent la cou* (leur du fluide était rougeâtre comme de la Javure de chair, [line fois que le mal est arrivé à un haut degré et qu'il a Iduré pendant un certain temps, l'humeur vitrée s'obscurcit H plus ou moins, devient plus dense qu'a l'état normal, ou bien J purulente ou analogue à de la sanie coagulée; la membrane Ihyaloïde est tantôt amincie, tantôt épaissie et trouble, sou- Wvent même variqueuse; ses cellules sont fréquemment détrui* Ites. — Les autres tissus de l'œil se trouvent aussi plus ou ■ moins changes dans leur texture, soit par l'effet de la même Icause qui a produit l'hydropisie, soit par la forte distension I qu'ils ont été obligés de supporter. La rétine est diffluente lou épaissie, la choroïde variqueuse, le cristallin décomposé et I converti en une matière blanchâtre, gélatineuse ou purulente Idans l'intérieur de sa capsule; la sclérotique est amincie,

adhérente ça et là avec la choroïde.

Schopt, Handbuch der pathologischcn Anatomic des menschl. Auges, S. 21G. Rosas, loc. cit. Bd. II, S. 599.

L'étiologie de l'hydropisie postérieure de l'œil est souvent obscure. — Toutes les causes que nous avons indiquées pour la première forme d'hydropisie antérieure, peuvent aussi se présenter ici. — Le plus souvent elle est dans un

Il rapport de causalité avec des dyscrasies générales, surtout les scropbules, la syphilis, l'arthritis, ou avec des suppressions subites de sécrétions habituelles, d'éruptions impetigineuses, de la teigne ou de vieux ulcères aux jambes, — quelques fois aussi avec des dérangements dans la menstruation et dans les affections hémorroidales. La cause prochaine parait toujours exister dans un état congestionnaire ou dans une inflammation lente du corps vitré et de la choroïde survenue a la suite des influences dont nous venons de parler. La sécrétion et l'absorption de l'humeur vitrée ne se font pas alors dans un rapport proportionnel, ce qui se trouve

! confirmé par les altérations trouvées sur ces sortes d'yeux

hydropiques. — Souvent l'hydropisie de l'œil n'est que symptomatique, et s'associe à des dérangements organiques graves, survenus à la suite d'inflammations internes antécédentes.

Le pronostic de l'hydropisie du corps vitré est encore bien plus défavorable que celui de l'hydropisie antérieure. Ce n'est que dans les cas les plus rares qu'on obtient la guérison. C'est déjà un résultat très heureux, lorsqu'on parvient à l'arrêter dans ses progrès. La maladie est -elle une fois arrivée à ce degré de développement où la vue est complètement abolie et l'état général du malade détérioré par les souffrances continuelles, il ne peut rien y avoir de plus à désirer que de voir le bulbe s'atrophier, ou passer en suppuration, ou encore de pouvoir écarter les symptômes les plus fâcheux à l'aide d'un traitement palliatif et d'empêcher que la maladie ne finisse par une dégénérescence de mauvaise nature. Dans ces circonstances il n'y a pas à penser à conserver la forme de l'œil.

Le traitement de l'hydropisie du corps vitré se base sur les causes qui l'ont occassionée, et doit être dirigé d'après les mêmes règles que celles qui ont été indiquées pour l'hydrophthalmie antérieure. Si on ne parvient pas à arrêter les progrès du mal, si le bulbe ne fait que se distendre de plus en plus, et que la vue soit abolie, il n'y a d'autre ressource que de vider tout le fluide accumulé, et de provoquer ainsi une inflammation assez forte pour tarir les sources des sécrétions. Cette opération se pratique le plus convenablement de la manière suivante : on ouvre la cornée et la cap suie lenticulaire comme pour l'extraction de la cataracte, oni enlève le cristallin, et si le corps vitré ne s'échappe pas delui-même, on provoque sa sortie à l'aide d'une légère pression faite sur l'œil avec les doigts. — Les membranes de ;| l'œil s'affaissent aussitôt, et pour que le globe ne se remplisse pas de nouveau, on doit d'après Béer j) exciser un il petit lambeau de la cornée; il se fera alors un suintement:!

continuel. On pansera l'œil comme après l'extraction de la cataracte. — D'après Scarpa, -) on doit exciser du contre de

i la coince un disque de trois lignes de diamètre, comme poulie staphylome. On exprimera à travers l'ouverture, à l'aide d'une légère pression sur l'œil, le cristallin et autant d'hu-

| meur vitrée qu'il le faudra pour replacer le globe dans l'or-

; bite et le recouvrir avec les paupières. Le restant des fluides s'écoulera peu à peu de lui-même. L'œil sera couvert avec un plumasseau sec, et celui-ci sera soutenu par une bande convenable. S'il survient des accidens inflammatoires du troisième au cinquième jour, on couvrira l'œil d'un cataplasme de mie de pain et de lait renouvelle toutes les deux heures, et on administrera en même temps à l'intérieur des médicamens appropriés. — L'inflammation ne devient-elle pas assez

) forte jusqu'au cinquième jour, il faudra exposer l'œil au contact de l'air, ou exciser encore une zone d'une demi-ligne de largeur à la cornée; le bulbe se réduit alors à un moignon très propre à l'application d'un œil artificiel.

M 1) Loc. cit. p. 226.

•) Traité dos principales maladies des yeux. Tome II, p. 207.

Déjà Janin avait recommandé d'ouvrir la cornée comme pour l'extraction i de la cataracte, d'enlever le cristallin, d'inciser la membrane hyaloïde à tra- ) vers la pupille et de laisser écouler une partie de l'humeur vitr ée. — Richter J (Anfangsgi ù'nde der Wundarzneikunst. Bd. III, S. 393) et Adams (Journal | of sciences and the arts, 1817, No. 4) suivirent le même procédé. — Mak- (■ chaivd (sur deux exophthalmies ou grosseurs contre nature du globe de l'œil; ! Journal de Médecine, Chirurgie et Pharmacie par Roux. 1770. Janv. p. 65) t fit une ponction et incisa à moitié la cornée avec un instrument en forme I de lancette, dirigea la pointe vers la pupille, et l'enfonça dans le corps f vitré pour en diviser les cellules et faire écouler une partie du liquide.

L'œil fut couvert avec une compresse trempée dans de l'alcool étendu ' d'eau. Trois jours après l'opération, la plaie a été fermée. — L'instilla- I tion de quelques gouttes de solution d'aloès et de verre d'antimoine dans [ du vin blanc ramena le globe à ses dimensions normales.

Les différentes méthodes opératoires, outre celles déjà indiquées, t qu'on a encore généralement employées dans l'hydropisie de l'œil , peui vent être rapportées aux suivantes : 1) La ponction de la cornée/ — 2) la ponction de la sclérotii/ue ; — 3) l'ouverture de la cornée par una i incision horizontale ou cruciale, «rec excision des lambeaux/ — 4) l'ablation de la cornée ou d'une partie de la sclérotique ; — 5) l'introduction d'un séton.

Nuck (Sialographia. Lugd. Bot. 1716. p. 120) fit la ponction avec un trocart ait centre de la cornée pour vider l'humeur aqueuse, et exerça

une pression sur l'œil au moyen d'une petite lame de plomb et d'un bandage approprié; il recommande de répéter cette ponction jusqu'à ce qu'on soit parvenu à ramener le globe à ses dimensions normales, et de soutenir les effets de cette évacuation par dos moyens sudorifiques et apéritifs. — Bidx.00 (Louis: mémoires de l'Académie de Chirurgie. Vol. V p. 171) ouvrit la cornée en l'incisant à sa partie inférieure. — D'après B. Bull (Chirurgie, Vol. III), on doit pratiquer à la partie inférieure de la cornée une plaie de y'1,, de pouce aveo une lancette. D'après Sabatibu on ferait l'ouverture avec une aiguille à cataracte en forme de lance.

Wooj.house (Mauchart, Diss. de Paracentesi oculi. Tubing. 1744, in Halleri disp. cbirurg. Vol. I, p. 594) pénétra avec un trocart à travers la sclérotique, à l'endroit où l'on enfonce l'aiguille pour faire la dépression de la cataracte. — Mauchart (loc. cit.) qui distingue un lieu d'élection et un lieu de nécessité pour cette opération, traverse pour le premier la sclérotique avec un trocart, ou pratique une incision verticale avec une lancette, et cherche à maintenir la plaie entr'ouverte pendant quelquesjours à l'aide de tentes de charpie. — Heuermakn aussi recommande de faire la ponction de la cornée avec un trocart, lorsqu'il existe une accumulation de l'humeur aqueuse, et celle de la sclérotique, lorsqu'il y ai bydropisie du corps vitré, et d'introduire ensuite des tentes. — D'après Helster (Inst. chir. P. II. Sect. II. Cap. 42. §. 2), on doit ouvrir avec lai lancette la partie inférieure de la sclérotique. — Marchan (loc. cit.) enfonça un couteau en forme de lance dans le côté externe de l'œil, frayai une issue au cristallin en même temps qu'à l'humeur vitrée diffluente. — Thilow (Sikbold. Sammlung. Bd. III, S. 289) propose d'inciser la scléro-tique, lorsque l'humeur vitrée restée consistante n'a fait qu'augmenter de quantité et ne s'écoule pas à la suite de la ponction avec le trocart.^- D'après Jûngken (Lehre von den Augenoperationen. S. 591), il faudrait: faire aveo le couteau à cataracte une excision dans l'angle externe de? l'œil à une demi -ligne du bord de la cornée, parallèle à ce dernier et n'ayant pas plus de trois lignes de longueur. Dans les hydropisics anciennes et considérables, l'incision pourrait s'étendre à un tiers du globede l'œil.

St. Yves propose, dans l'hydroplithalmie très avancée, de fendre transversalement la face antérieure du globe de l'œil d'un angle à l'autre, . et d'exciser les membranes superflues. Heisteu et Lons (loc. cit.) agirent : de même.

Kortum (Med. chirurg. Handbuch der Augenkrankheiten. Lcmgo 1790) recommande comme dernière ressource dans l'hydroplithalmie très avancés d'ouvrir l'œil par une incision cruciale et d'emporter ensuite autant de ces lambeaux qu'il sera nécessaire pour empêcher la réaccumulation du i fluide.

Terras (Observation sur l'hydroplithalmie; Journal de Médecine, . Chirurgie et Pharmacie. 1776 mars, p. 239) passa à l'aide d'une aiguillai courhe un fil double à travers la cornée, traversa avec une lancette la sclérotique , coupa celle-ci ciroulairement avec des ciseaux de Davirl et: enleva ainsi toute la cornée et une zone de la sclérotique

Wooj.housk (Expériences, etc. Paris 1715). — MaT/CHAUT (Diss. (îe getaceo nuchie ipsiusque oculi. Tubîn<^. 1742, in Halleri disp. clu'r. Vol. II, p. 260) passa un selon par la chambre postérieure de l'œil. — Camper (Histoire de la Société de Médecine. An. 1784. — Sammfung auserlesenër Abhandlungeii. Bd. XVI) et Ford (London, medicalJournal. Vol. V, p. 346) le passèrent par la chambre antérieure. — Richter aussi (loc. cit.) a recours au séton dans quelques cas.

Quelque soit le procédé qu'on mette en usage pour évacuer l'œil devenu hydropique, on a à craindre après toutes les ponctions et incisions de la sclérotique, ainsi qu'après toutes les incisions transversales et les plaies de la cornée avec perte de substance qui s'étendent jusque dans la sclérotique, des accidens graves, surtout des hémorragies fréquentes, des accumulations de sang coagulé dans l'œil, de violentes inflammations de cet organe, des paupières et même de la tête; des vomissemens opiniâtres, des convulsions, le délire et même la mort; ainsi que cela a été constaté par les observations de Louis, Marchan et. Terras. Aussi Louis et Scarpa x) "se sont-ils prononcés contre ces opérations. — Beer 2) vit presque toujours, après la paracentèse de l'œil, pratiquée d après les procédés ordinaires à l'aide d'un trocart enfoncé à travers la sclérotique dans le corps vitré dont le fluide s'écoulait ensuite par la canule laissée à demeure, survenir une dégénérescence carcinomateuse effrayante suivie de mort. Celle-ci ne put être prévenue par l'extirpation de l'œil, quoiqu'elle fut entreprise encore avec quelque apparence de succès.

') Loc. cit.

2) Loc. cit. p. 626.

De I'hydropisie totale de l'oeil.

Uhydropisie totale ou mixte de l'œil (.Hidrophthalmus mixlus) consiste dans une accumulation de fluide à la fois dans les chambres de l'œil et dans le corps vitré. — Les symptômes des deux espèces d'hydropisie dont nous avons parlé, se rencontrent ici en tant qu'elles peuvent se combiner, et arrivent rapidement au plus liant degré. L'augmentation de volume du globe de l'œil, suivant tousses rayons, se fait d'une manière excessivement prompte , ensorte que l'organe remplit complètement tout l'orbite et fait saillie entre les paupières (Bupldhalmie~). L'œil est hagard et immobile, les vaisseaux de la conjonctive et de la sclérotique sont variqueux , tout l'organe se transforme en une masse de varices ensorte qu'on ne distingue plus rien des parties internes ordinairement visibles; la vue est complètement abolie; de violentes douleurs dans l'œil, dans ses parties environnantes et dans toute la tête, enlèvent au malade le repos, le sommeil, l'appétit et même la raison. — Comme les paupières ne peuvent plus couvrir la masse du bulbe saillant, celui-ci est continuellement exposé à l'air et aux influences extérieures nuisibles, qui provoquent l'inflammation de l'œil affecté et peuvent même se propager à celui qui est encore sain. — Le malade se plaint en même temps d'une sécheresse désagréable de l'œil, dépendant eu partie de l'action continuelle de l'air, en partie de la sécrétion diminuée des glandes lacrymales. — A mesure que le volume de la tumeur s'accroît et que les symptômes indiqués .augmentent d'intensité, la maladie finit par devenir carcinomateuse et donner la mort.

Les causes de l'hydropisie mixte sont les mêmes que celles que nous avons indiquées pour les autres hydropisies de l'œil, si ce n'est qu'elles agissent d'une manière plus

violente et se rencontrent chez des sujets mal constitués et dont les yeux sont déjà malades. Beer*) ne veut l'avoir observée que sur des individus très cachectiques, scrophuleux, mais surtout scorbutiques. — Il paraît que cette espèce d'hydropisie se présente comme une complication dans les cas de dégénérescence de mauvaise nature, tels que cancers, encéphaloïdes, ou se trouve quelquefois confondue avec eux. — De là on peut s'expliquer dans beaucoup de cas son incurabilité et sa transformation en fongus de mauvaise nature.

*) Loc. cit. 628.

Le pronostic est extrêmement défavorable dans cette espèce d'hydi'Opisie. Ce n'est que lorsque la maladie est à son début qu'on peut encore espérer, au moyen d'un traitement interne dirigé contre la cachexie générale, d'arrêter le mal dans ses progrès, ou d'obtenir l'atrophie du globe de l'œil en évacuant le fluide, comme nous l'avons indiqué pour l'hydropisie du corps vitré. L'affection est-elle déjà très avancée, l'extirpation du globe de l'œil est l'unique moyen , il est vrai très souvent douteux, pour sauver la vie du malade et prévenir des dégénérescences cancéreuses.

Les opinions sur le traitement local de cette maladie diffèrent — Beer (loc. cit.) la regarde comme un véritable noli me tangere et pense que l'exophthalmie carcinomateuse et la mort surviennent d'autant plus vite et plus sûrement, qu'on cherche à pratiquer plus tôt la paracentèse d'après un procédé quelconque, dans l'espoir de soulager un peu le malade. — Rosas, Mackenzie et autres croient cependant pouvoir encore écarter la terminaison, toujours fâcheuse clans la suite, en pratiquant à temps l'évacuation de l'humeur aqueuse et d'une partie du corps vitré. — D'après Juncken (Lehre von den Augenkrankheiten , p. 543) on doit faire la ponction de la cornée et souvent la répéter, tant que l'hydrophthalmie mixte est encore à son début (p. 593) ; il faut entreprendre l'opération radicale, soit en passant un séton, soit en pratiquant l'extirpation partielle de l'œil, lorsque la vue est complètement abolie et que le globe a tellement augmenté de volume qu'il ne s'agit plus que de faire disparaître la difformité ou de prévenir une terminaison fâcheuse. Comme l'introduction du séton lui parait ce qu'il y a de moins douloureux et de moins dangereux, et que par là il espère conserver mieux la forme de l'œil, il recommande d'essayer d'abord cette méthode autant de fois qu'il s'agit d'entreprendre la cure radicale. Le séton sera introduit à l'aide d'une aiguille courbe, dirigée obliquement d'eu dehors et d'en bas, eu

dedans et en hnut, vers la racine du nez en pénétrant et en sortant à une ligne et demie du bord de la cornée, et en passant par le centrer du globe de l'œil. L'extirpation partielle du bulbe sera exécutée comme, l'opération du stàphylome de la cornée.

L'issue de l'évacuation de l'œil entreprise contre I'ydropbthalmîe mixte, dépend évidemment de la nature de la maladie. Lorsque l'affection est un phénomène concomitant d'une dégénérescence cancéreuse commençante, ou lorsqu'elle se rencontre chez un sujet complètement cachectique, l'opération ne fera que hâter la terminaison funeste, et l'extirpation même du globe de l'œil ne sauvera que difficilement le malade. Dans* les cas contraires, l'ouverture de l'œil peut être de quelque secours, les^ opinions dont nous avons parlé doivent donc être appréciées différemment. — Les procédés que Jïingken a indiqués sont les plus dangereux, et on peut leur opposer toutes les raisons que nous avons fait valoirr contre les ponctions et les incisions de la sclérotique, dans l'hydropisice du corps vitré.

De l'hy dropisie entre les différentes membranes de l'œil.

Il peut s'amasser du fluide aqueux en quantité notable; entre les lamelles de l'arachnoïde de l'œil, à la suite d'af-fections inflammatoires chroniques; on appelle cet état, hydro--| pisie sous la sclérotique (Jiydrophthalmia subsclerotica). Les» symptômes de cette maladie ressemblent, d'après Mackenzie *), . sous plusieurs rapports à ceux de l'accumulation d'humeur' entre la choroïde et la rétine, et perdent de leur intensité,, comme ceux de cette dernière maladie, par la ponction de; l'œil et l'évacuation du fluide accumulé.

*) A pratical treatise of the diseases of the eye. London 1830.

Il faut rapporter ici une observation d'Ammon (Histologie des Hy-drophthahnus und des Staphyloma scleroticae posticuiu und latérale . Zeitschrift for Ophthalmologie, Bd. II. St. 2, S. 247), où on a trouvé entrée la face externe de la choroïde et la face interne de la sclérotique amincieune accumulation d'un fluide jaune séreux qui avait poussé la choroïde 1 en dedans et la sclérotique en dehors."

Si, dans le cours d'une inflammation de la choroïde, il s'amasse un fluide aqueux entre elle et la rétine, on observe des accidens divers, selon que l'accumulation se fait subitement ou lentement, en petite ou en grande quantité. Lorsqu'elle se fait lentement, la vue se perd peu à peu , la rougeur et la douleur de l'œil ne sont pas très prononcées; si, par contre, elle survient subitement, il y a douleur forte dans Pœii et dans la tête, la sclérotique s'amincit par la pression, tandis que le globe subit une distension générale ou partielle; la pupille se dilate souvent, se déforme, et, lorsque la maladie fait encore plus de progrès, on aperçoit un corps opaque dans la pupille, présentant le même aspect qu'un fongus médullaire qui se développerait au fond de l'œil; la tumeur est alors formée par la rétine poussée en dedans par la sérosité accumulée. Lorsque, par l'effet de la pression, l'humeur vitrée vient à être résorbée, la rétine se convertit en un cordon visible à travers la pupille, s'étendant depuis l'entrée du nerf optique jusque derrière l'iris.

En examinant des yeux affectés de cette maladie, on a trouvé une grande quantité de fluide aqueux jaunâtre amassé entre la choroïde et la rétine; la rétine elle-même, de couleur blanche, affaissée en forme de cône, correspondant par son sommet à l'entrée du nerf optique et par sa base à la circonférence du cristallin , le corps vitré était résorbé — Dans quelques cas, on vit la sclérotique et la choroïde distendues un peu en dehors du nerf optique, à l'endroit où les nerfs ciliaires pénètrent dans le globe de l'œil, et former alors une saillie à base large de quelques lignes d'élévation. 2) — Ces cas ne doivent pas être confondus avec le staphylome de la sclérotique postérieur, comme Demours et Scarpa l'ont décrit, et comme nous l'indiquerons plus longuement en traitant du staphylome de la sclérotique.

') Warc surgirai observations on the eyc. Vol. 1, p. 510. — • Chmirgisclie BetrafclitUngeii iïber tlas Auge. Giittingen 1S09. Bd. I, S 171.

Wardrop, essaya ou the morbid anatoiny of the huuian cyc. Vol. II. p. (54, pl. XV, lig. i

Il faut encore faire mention ici du cas rapporté par Pamzza (Ucbel den Markschwamm des Auges. Wejpiar 1828. S. 7), où l'on a trouvé lors de la dissection d'un œil extirpé les mêmes altérations que nous avons indiquées ci-dessus. Voyez aussi F. Baukr , Diss. sur le fongus médullaire de l'œil. Paris 1830. p. 48; — et encore l'observation d'AMMow (Zeitschrift fur Ophthalmologic. Bd. II, St. 2, S. 250), où la choroïde manquait à la face interne de la protubérance sclérotieale : elle avait disparu par absorption dans l'étendue du diamètre d'un gros pois; autour de la perte de substance, la membrane était fortement accolée à la ec\èl rotique, mais n'adhérait pas avec elle par continuité de tissu ; il existait un fluide séreux ténu entre la face interne de la protubérance sclérotieale, non recouverte par la choroïde et la rétine, refoulée en dedans.

2) Jacobson, Supplementa ad ophthalmiatriam ex actis soc. reg. med. separatim récusa. Havniae 1821. p. 9.

Comp. aussi Zinn, de oculo. p. 25.

Mjrau.lt , Archives générales de médecine. Mars 1823.

Lechxa, Diss. de staphilomate scleroticae. Lips. 1830. p. 17.

Tous les ag-ens nuisibles qui produisent un état cong-estionnaire ou une inflammation de la choroïde, peuvent être regardés comme causes de cette maladie, ainsi que nous l'avons fait connaître plus haut. Dans l'observation rapportée par Panizza, la maladie s'est déclarée sur l'œil gauche d'un enfant de vingt mois, après une ophthalmie interne de courte durée et précédée d'une violente douleur à la mâchoire supérieure gauche, au moment de la dentition. Dans le cas cité par Ware , la maladie a été observée chez une dame de 45 ans, et fut attribuée à un refroidissement ou à la suppression d'un flux aux jambes dont elle avait été affectée pendant long-temps.

Le traitement de cette maladie, dont le diagnostic est toujours douteux dans le commencement, se réglera d'après les causes qu'on aura pu découvrir et d'après les accidens inflammatoires qui se manifesteront, et consistera par conséquent dans l'emploi des antiphlogistiques, des dérivatifs, et des moyens propres à activer la résorption. — Si l'accumulation du fluide est abondante, et lorsque le traitement indiqué a été employé sans succès, il ne reste d'autre moyen que d'évacuer le fluide amassé, à l'aide de la ponction de

l.i sclérotique et de la choroïde exécutée avec succès par M are. — A cet effet, ou enfonce une aiguille ordinaire, en foi nie de lance ou creusée en gouttière pour favoriser l'écoulement du fluide, à travers la sclérotique, seulement un peu plus en arrière que pour la dépression de la cataracte. Il faut avoir soin de diriger la pointe de l'aiguille de manière à ne pas entamer la paroi postérieure de la capsule du cris- ' tallin. — L'opération doit être répétée autant de fois que les mêmes symptômes se présentent de nouveau.

Dans l'observation do Ware indiquée ci-dessus, la malade reconnut par Lazard une diminution de sensibilité dans son œil gauche, tandis qu'elle regardait un objet en tenant l'œil droit fermé. Peu de temps après, elle perdit presque complètement la vue à gauche, elle ne reconnut plus les objets placés droit devant elle, et ne put les apercevoir que confusément lorsqu'ils étaient posés à son côté externe. L'aspect de l'œil n'avait point changé et la pupille n'était ni trouble ni dilatée. Deux ans après qu'elle eût observé pour la première fois l'affaiblissement de sa vue, elle éprouva tout à coup de la douleur dans l'œil, et quoique celui-ci ne fût que très peu enflammé, les souffrances devinrent subitement très intenses, s'étendirent à la tête et s'exaspérèrent surtout la nuit. Ce ne fut qu'alors que la pupille se trouva dilatée et parut nébuleuse, mais le degré d'obscurcissement n'était pas en rapport avec la perte complète de la vue. — A plusieurs reprises on eut recours aux sangsues, aux vésicatoires, aux fomentations narcotiques, et à l'administration de l'opium à haute dose ; mais le tout sans succès. On ne fut pas plus heureux avec l'emploi interne du muriate de mercure. Comme la marche de la maladie et l'état général de la patiente avaient de la ressemblance avec un autre cas, où Ware avait trouvé une accumulation d'eau sous la choroïde, cet opérateur fit la ponction de l'œil de la manière indiquée ci-dessus. Aussitôt que l'instrument pénétra dans l'œil, il s'écoula un fluide jaune assez abondant pour mouiller complètement un mouchoir de poche ordinaire. On laissa l'aiguille dans l'œil pendant environ une minute, afin de faciliter la sortie du fluide, et celui-ci cessa de couler aussitôt qu'on retira l'instrument. La tension de l'œil diminua de beaucoup par l'effet de l'opération. Une compresse trempée dans une solution d'acétate de plomb fut ensuite appliquée et la malade portée dans son lit. Elle souffrit encore pendant environ dix minutes, puis s'endormit paisiblement pendant deux heures: à son réveil, elle se trouva tout à fait soulagée, la compresse fut de nouveau humectée et la malade reprit quelque nourriture. La nuit subséquente fut très supportable, sans qu'on eut eu recours au laudanum qui auparavant avait été administré à très haute dose. Les fomentations fur en continuées sur l'œil, qui se trouva ensuite dans un état assez satisfaisant et sans la moindre trace d'inflammation. La pupille resta dilatée et conserva son noir naturel. — A peu près trois semaines après l'opération,

la malade eut un coryza et se plaignit d'une sensibilité pins grande à l'œil. Ware craignit une nouvelle accumulation du fluide, niais il la prévint à l'aide d'un vésicatoire appliqué au côté de la tête. Ware, Rcmarks on the ophthalmy, etc. London 1813. p. 233. — — Observations on the cataract and gutta serena. London 1812. p. 433. Mackenzie. Loc. cit.

Du staphylome de la cornée.

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Rao, Ueber die Erkenntniss, Entstehung und Heilung der Staphylome des menschlichen Auges. Heidelberg 1829.

On nomme staphylome islaphyloma, raisinière) toute saillie plus ou moins considérable de la cornée, changée dans sa texture et adhérente avec l'iris. — Selon l'étendue de l'adhérence entre la cornée et l'iris, on a distingué un staphylome partiel et total de la cornée (St. corneœ partiale et totale), et selon la forme variable de la saillie de la cornée, on a admis un staphylome sphérique total de la cornée (St. corneaa totale sphericum seu globosum) et un staphylome conique total de la cornée (St. corneaî totale conicum, conophthalmus).

Les causes efficientes sous l'influence desquelles le staphylome de la cornée se développe, sont: un état de gonflement

et de boursouflement de la eornéc par suite d'inflammation, qui rapproche l'iris de la cornée et lui fait contracter des adhérences avec elle, ou bien des ulcères pénétrans de la cornée qui ont pour résultat le prolapsus de l'iris. L'inflammation qui produit ces altérations ne devra pas avoir agi sur les membranes vasculaires de la chambre postérieure, au point de tarir les sources de l'humeur aqueuse. La membrane gonflée par l'inflammation, quoique plus épaisse, est cependant plus molle et moins résistante, et se trouve poussée en avant par le fluide aqueux, continuellement sécrété dans la chambre (postérieure et qui n'est plus soumis à l'action de l'organe absorbant de la chambre antérieure, devenu malade. Avec la diminution de l'inflammation, le boursouflement de la cornée diminue aussi, les fluides épanchés entre ses lamelles sont résorbés ou se convertissent en tissus solides, et à mesure ique la membrane est poussée en avant, elle s'amincit et devient même moins épaisse qu'elle ne l'avait été dans le principe, surtout vers sa partie la plus saillante. — Comme causes occasionelles de cette maladie, on peut regarder les ulcérations et les abcès de la cornée, l'hypopion, le prolapsus de l'iris, par suite d'ophthalraie scrophuleuse, égyptienne, varioleuse, et l'iritis traumatique, etc.

Toutes les adhérences de l'iris avec la cornée, même celles qui sont totales, ne produisent pas toujours le staphylome. L'inflammation s'est-elle étendue aux tissus vasculaires 'de la chambre postérieure, au point de tarir les sources de l'humeur aqueuse, il en résulte une consomption de la cornée et un aplatissement de l'hémisphère antérieur du globe de l'œil. De même aussi que toute adhérence partielle de la cornée ne proémine pas en avant sous forme de staphylome, d'une part, parce que la résorption du fluide aqueux dans la chambre antérieure n'a pas cessé, la pupille étant intacte et la structure de la cornée encore normale dans sa plus grande étendue; ou d'autre part, parce que la cornée est devenue plus épaisse à l'endroit de l'adhérence et résiste par là à la pression de l'humeur aqueuse, ainsi qu'on l'observe souvent dans les perles de la cornée , compliquées d'adhérences avec l'iris.

Ce n'est que par le mode de formation que nous avons indiqué qu'on peut expliquer les différentes manières d'être du staphylome de lu cornée aux diverses périodes de son

développement, et qu'on peut être à même de bien apprécier les opinions qui ont été émises sur son étiologie.

La structure de la cornée est modifiée selon l'âge des individus et (a durée de la maladie. — Chez les enfants où la cornée est aussi plus « molle et plus boursouflée à l'état normal (ce qui est la cause principale de la fréquence de cette maladie à cet âge), nous trouvons que te sta- phylome est plus mou et plus spongieux, il en est de même des staphylomes récens chez les adultes. Richter (Observât, chirurg. Fasc. II, C. 7) et Wardrop (on the morbid. anatomy of tlic human eye. Vol. I, C. 12),. en incisant la cornée la trouvèrent très épaisse, molle, spongieuse et! blanche; l'épaississement était surtout très remarquable chez les individusjeunes. — La cornée est surtout amincie dans les slaphylomes anciens > et entièrement développés, ainsi qu'on peut s'en convaincre en en faisant l'ablation. Autrefois on dilférait beaucoup d'opinion sur la nature de cette maladie, et on confondait avec elle des prolapsus de l'iris récents s et anciens, ainsi que des dégénérescences de la conjonctive, etc. La fai blesse, la déchirure et l'ulcération de quelques lamelles isolées de la i [ cornée, furent regardées comme les causes principales de cette affection; on croyait qu'alors la portion de la cornée amincie pouvait être poussée; en avant par les humeurs de l'œil et venir faire saillie entre les paupières.— Richter (Anfangsgrunde der Wundarzncikunde. Ed. III, S. 166, et Observât, chirurg. Fasc. II) a combattu cette opinion et a admis comme cause prochaine de la maladie, l'épaississement, le boursouflement et l'opacité de la cornée, et n'a trouvé d'autre différence entre le leucome et le staphylonie, qu'en ce que dans le premier, la cornée est simplement obscurcie; dans le second, en même temps épaissie, — puis qu'en fendanti un staphylonie, il ne s'écoulait toujours que très peu d'eau de la chambre? antérieure et la cornée ne s'affaissait que très peu, même pas du fout. ■ L'incision faite dans la tumeur démontrait évidemment que la cornée était: considérablement épaissie et dure. L'inflammation, cause ordinaire du sta-phylome, pouvait bien produire, l'épaississement et le durcissement des» membranes, mais pas facilement une distension anormale de la cornée et! l'agrandissement de la chambre antérieure. — A la vérité, il ne serait: guère croyable que dans des sfaphylomcs de dimensions extraordinaires la cornée puisse s'épaissir si considérablement, et que par conséquent lai forte distension puisse être dans ce cas la cause prochaine de cette maladie. Il faudrait cependant admettre que la cornée ne pourrait jamais «I s'étendre à un tel point sans se rompre, si elle n'était pas en mènie;| temps épaissie. — Scarpa (Traité des principclcs maladies des yeux, édit par Fournjer- Pescay et Begin. Vol. II. 213), appuyé sur des recherches,,^ a réfuté avec esprit l'opinion de Richter, en ce qu'il a porté son attention sur les différens états de la cornée dans le jeune âge, dans le sta-phylome récent et ancien des adultes, et qu'il a admis que quand même ■ il existerait un épaississement de la cornée au début du staphylonie. ce- • ui-ci s'amincirait plus tard à mesure qu'il ferait des progrès- Beeh est le premier qui ait bien étudié l'étiologie de cette maladie. D'après lui, la I

tumeur stapliyloni.itei.se serait produite pur la pression de l'humeur aqueuse amassée en quantité notable dans la chambre postérieure, parce que l'organe, chargé d'absorber cette humeur ayant perdu *»on action par suite de. l'adhérence de l'iris avec la cornée, la chambre antérieure aurait fini par disparaître. 11 ajoute encore comme condition essentielle que. l'inflammation ne devrait pas se propager aux membranes vasculaires de la chambre postérieure au point de détruire les sources de l'humeur aqueuse

Db Walther (Abhandlungcri ans dem Gcbiete der ptaktischen Mcdicin etc. Bd. I, S. 80) n'attribue pas la saillie staphylomateuse de la cornée à une action mécanique, à une force a tergo, à la pression de l'humeur aqueuse, mais à une végétation particulière delà cornée, clans laquelle on apercevrait a la fois distension et épaississement coriace, comme dans l'augmentation des parois de l'utérus lors de la gestation.

Beck doc. cit.), tout en rapportant l'explication de Wat.ther comme peu satisfaisante, la reproduit avec d'autres paroles, en ce qu'il admet que par l'adhérence de l'iris avec la cornée, les tissus de ces deux membranes perdent leur individualité propre et se développent sous l'influence d'une action composée; le nouveau produit cherchant alors à se soustraire à l'impulsion qui agit sur lui, s'épanouit sous forme de globe ou de cône! — Les arguments avancés par Beck pour réfuter l'opinion de Scarpa et surtout celle de Beer, ne sont pas probants. Car, si d'un côté il soutient que, dans le cas où la résorption de l'humeur aqueuse viendrait à cesser dans la chambre postérieure, la cornée et l'iris distendus devraient nécessairement se rompre dans la tumeur staphylomateuse et le fluide accumulé changer de nature; et que de l'autre il prétend qu'on n'a jamais vu la rupture de la cornée par la pression de l'humeur aqueuse (!), ni le changement de nature de ce fluide; il fait voir combien peu il a étudié, soit d'après ses propres observations, soit d'après celles des autres, les progrès du staphylome jusqu'à son parfait développement; en effet, jamais en excisant un staphylome très développé, on n'a trouvé de niasse entièrement compacte, mais toujours une cavité distendue, remplie d'humeur, à parois tenaces et même parcheminées; d'ailleurs, la rupture spontanée du staphylome et l'écoulement de l'humeur aqueuse qui en est la suite, ne sont pas déjà des accidens si rares. Personne ne révoque plus en doute aujourd'hui , que la sécrétion de l'humeur aqueuse ne se fasse principalement dans la chambre postérieure, et sa résorption dans la chambre antérieure : car si on prétendait prouver qu'il s'opère aussi une certaine absorption dans la chambre postérieure, parce que des fragmens de cristallin et même la lentille tout entière déprimée sont résorbés, on oublie complètement que le cristallin est dissous dans l'humeur aqueuse, et disparaît à mesure que celle-ci se renouvelle.

Rau (loc. cit.) regarde comme staphylome toute proéminence anormale qui ne se trouve pas formée par une distension mécanique, mais en partie par surcroît de substance, en partie par diminution de densité des tissus qui constituent le globe de l'œil. Il applique l'expression de staphylome aussi aux proéminences coniques de la cornée transparentes, et il ne regarde pas l'adhérence de l'iris avec la cornée comme un caractère Ciikmds, OpUthalmologie. Vol. 11. 2$

essentiel de la maladie. — En effet, si la couche interne de la cornée est enflammée sur un point quelconque ou dans toute son étendue, elle se boursoufle et s'élève, il se forme des épanchemens entre ses lamelles, et lorsque clans ces écoulemens il y a de la lymphe plutôt séreuse que plastique, ils finissent par remplir toutes les cellules infersticielles; la cornée fait une saillie plus considérable au dehors et se rapproche davantage de l'iris en dedans: si celui-ci s'enflamme aussi et se boursoufle, il s'applique souvent à la cornée et contracte des adhérences partielles ou : totales avec elle. L'épanchement séreux qui distend les mailles de la cornée, adhérente ou non à l'iris, la boursoufle, la rend friable, et la fait: déjà parla proéminer un peu; mais comme cette membrane, devenue' moins ferme, ne résiste plus convenablement à la pression de l'humeuraccumulée, cette accumulation doit nécessairement devenir plus considérable et provoquer une saillie plus forte. Donc, la cause prochaine de la t proéminence ne consiste nullement dans un défaut de rapport entre lai sécrétion et la résorption de l' humeur aqueuse, mais dans un état morbide de la cornée même, qui en s'avançant au dehors augmente la capacité de la chambre antérieure. Cette explication du staphylome de la cornée est tellement cherchée de loin et contradictoire, que nous ne croyons1 pas même devoir la réfuter: car, ce serait surtout dans le cas d'adhérencede l'iris avec la cornée, et lorsque celle-ci augmentée d'épaisseur, ferait! saillie en dedans et en dehors, qu'on prétendrait trouver plus d'ampleur.à la cornée et de capacité à la chambre antérieure pour loger une plusgrande quantité d'humeur aqueuse. Nous avons déjà démontré plus haut que la cornée perd sa cohérence naturelle dès que sa vitalité propre estt dérangée, qu'elle se gonfle et se boursoufle aussitôt que des vaisseauxi viennent à y être apparens, et surtout lorsqu'elle adhère et se confond! avec l'iris, et que par la continuité des vaisseaux de l'iris avec la cornée, celle-ci augmente de volume. Cependant, il n'en résultera jamais? une saillie aussi prononcée que celle qu'on observe dans le staphylome entièrement développé, et qui est toujours le résultat de la pression; exercée par l'humeur aqueuse et de la distension de la cornée, ainsi quej nous le verrons plus longuement lorsque nous examinerons les phénomènes qui se manifestent dans le cours de cette maladie. Quant aux autres opinions moins intéressantes sur la formation du staphylome, notfsi les passerons sous silencé : au reste, voyez Rau (loc. cit.) qui les a énu— mérées avec soin.

Le staphylome partiel de la cornée (St. corneœ globosumi partiale), où il n'y a qu'une partie de l'iris adhérente à lai cornée et proéminente en forme de globe gris blanchâtre,, tandis que le restant de ces deux membranes ne participe1 pas à cet état maladif, se montre le plus fréquemment à la* demi-circonférence inférieure, comme suite d'ulcères pénétrants de la cornée, qui occasionent l'écoulement de l'humeur

! aqueuse, l'application de l'iris contre la cornée et l'adhérence entre ces deux membranes. Cet accident arrive le plus souvent pendant des ophthalmies négligées ou scrophuleuses de mauvaise nature.

Le staphylome partiel ressemble réellement, au premier aperçu, à une tache perlée {lencoma margaritacenîiï) , mais il ne pourra être confondu avec elle si on l'examine avec attention. Dans cette espèce de staphylome, toute la cornée a pour ainsi dire la forme d'un cône dont le sommet coïncide avec la partie la plus saillante de la tumeur: dans la tache perlée, il n'y a que celle-ci qui proéinine, et la saillie qu'elle forme est limitée , le restant de la cornée a conservé sa voussure normale. Le staphylome de la cornée est d'un gris blanchâtre, il adhère complètement k l'iris, ensorte que l'espace de la chambre antérieure est bien diminué, la tache perlée est blanche comme de la craie ou brillante comme de la nacre, l'iris n'est point adhérent du tout, ou ne l'est que sur un petit point, ensorte que la chambre antérieure ne se trouve rétrécie que dans le voisinage de la tache. En outre, d'après Beer *), le staphylome partie doit avoir un diamètre d'au moins deux à trois lignes; par contre celui de la tache perlée ne dépasserait jamais celui d'une ligne et demie.

*) Lehre von den Augcnkrankheiten. Vol. II, p. 71.

Dans le staphylome partiel, l'œil distingue plus ou moins bien les objets, lorsque la pupille n'est pas recouverte et que le bord pupillaire n'est pas entraîné dans l'adhérence, ou bien il ne conserve que de la sensibilité lorsque la pu-

i pille est fermée. Dans ce dernier cas, la portion d'iris non encore adhérente est appliquée immédiatement derrière la cornée. Le plus souvent, il y a douleur vive dans l'œil, inflammation sourde, larmoiement, etc. Ces accidens augmen-

i tènt encore par le frottement des paupières, lorsque la proéminence est considérable. Le staphylome, négligé ou mal

r traité, augmente facilement de dimension, et le reste de vï-

i sion peut se perdre bientôt.

Par un traitement bien dirigé, on peut généralement arrêter le staphylome partiel dans ses progrès et conserver ainsi la vue à un certain degré; ou bien si dans le cas de cécité, une portion d'iris et de cornée assez considérable était encore libre, ou pourra rétablir la vue à l'aide d'une pupille artificielle.

Le stapbylome partiel est-il accompagné d'inflammation, il faut combattre celle-ci convenablement d'après les règles déjà indiquées. Mais lorsqu'il n'y a point d'inflammation, on doit faire disparaître le boursouflement de la cornée et de l'iris, et chercher à en augmenter la densité, et par là la résistance à la pression de l'humeur aqueuse. Si on y parvient, le staphylome partiel se convertit en une synéchie simple, la cornée s'applatit, s'il subsiste encore un peu de faculté de voir, elle peut s'améliorer et les autres accidens se dissiper. Les moyens qu'on a recommandés pour arriver à ce résultat, sont les suivans : l'instillation du laudanum, mais surtout les corrosifs, l'acide muriatique concentré, principalement le beurre d'antimoine , qu'on applique sur les parties les plus saillantes à l'aide d'un pinceau, après avoir écarté convenablement les paupières; aussitôt qu'on a vu se former une petite escare blanche, on essuie, avant de fermer les paupières, la surface du staphylome avec un pinceau en poil de chameau, trempé auparavant dans du lait. Si ces moyens ont été employés sans succès , il faut toucher le staphylome avec la pierre infernale. D'après Rosas *), des scarifications répétées de la cornée, au bord de sa partie malade, seraient plus efficaces et plus sûres que l'action des caustiques, qui propagent souvent l'inflammation, provoquent des exsudations de lymphe plastique, et bouchent ainsi les portions de pupille encore libres, font augmenter le staphylome, et peuvent même lui faire prendre la forme conique. Ces scarifications ont pour but, d'une part, de vider l'humeur aqueuse accumulée; et d'autre part, de tarir en partie les sources de cette humeur, et d'oblitérer les vaisseaux nourriciers de la cornée : j'ai eu moi-même recours à ce procédé avec succès. Si on n'arrivait pas à son but, il faudrait exciser une partie

de la cornée dégénérée. Si la pupille est entraînée jusque dans l'adhérence, ou couverte par des portions de cornée opaques et incurables, on peut à l'aide d'une pupille artificielle, non seulement rétablir la vision, mais encore faire disparaître la tumeur staphylomateuse.

*) Handbuch der Augenheilkunde. Vol. II, p. 753.

Le staphylome total sphèrique de la cornée se développe ordinairement lentement, et se montre avec des phénomènes divers, selon les progrès et la durée de la maladie. Au commencement, tant qu'il y a de l'inflammation et que la portion de cornée adhérente à l'iris est épaissie et boursouflée, le point saillant est épais, dur, opaque et augmenté de dimension; à mesure que l'inflammation diminue et que la proéminence de la cornée augmente, les matières épanchées entre ses lamelles sont résorbées, l'épaisseur, la fermeté et l'opacité du staphylome diminuent, et la cornée se présente sous forme de tumeur blanche, laiteuse, grisâtre, nacrée, en partie bleue foncée, opaque et ronde, limitée tout juste à la circonférence de la cornée. Le volume auquel le staphylome peut arriver est très variable, ou bien il reste stationnaire à un certain degré pendant toute la vie, ou bien il s'accroît de plus en plus, jusqu'à ce qu'il proémine d'un pouce et même plus au devant des paupières qui ne peuvent plus le recouvrir. Par le frottement continuel des paupières, il survient de l'inflammation et du boursouflement à la conjonctive palpébrale. Le renversement des voiles palpébraux, surtout de l'inférieur, fait que les larmes coulent continuellement sur les joues et que celles-ci s'ulcèrent. L'œil trop peu humecté, continuellement exposé aux agens extérieurs, s'enflamme, des vaisseaux nombreux et gorgés de sang se ramifient sur la conjonctive de la cornée, celle-ci s'épaissit souvent alors, et empêche pendant quelque temps la rupture de l'œil, ou bien encore il peut se former des ulcères qui perforent la cornée. Le staphylome augmente considérablement de volume jusqu'à ce que l'œil se rompe par l'eiïet de l'accumulation/) de l'humeur aqueuse, dont la sécrétion a été augmentée à la suite de l'inflammation. Il y a alors tension pénible et

douloureuse dans l'œil, de fréquentes céphalalgies, qui occupent surtout la région sus-orbitaire et temporale , et enlèvent au malade |e sommeil et les forces. J'ai vu en outre dans un, ' cas une si violente photophobie chez un individu complètement borgne depuis quelques années, que la moindre lumière lui causait des douleurs atroces. Aussitôt que l'œil se rompt, et qu'alors l'humeur aqueuse, le cristallin et le corps vitré s'échappent, les douleurs s'évanouissent, le globe de l'œil se retire dans la cavité orbitaire et se fronce en uu petit moignon blanc, ou bien il se présente après sa cicatrisation avec des sillons profonds, horizontaux çt verticaux, qui s'étendent sans interruption par dessus {a sclérotique et la cornée, et s'entrecroisent au centre du globe, manifestement sous la cpntraction des quatre muscles droits dont les insertions correspondent exactement à ces sillons. Souvent la face interne de la paupière supérieure contracte des adhérences avec le moi-: gnon du globe de l'œil, et empêche l'application d'un œij artificiel. — Rarement,*) après, s'être rompu, le globe de l'œil reprend son volume normal, ce que j'ai cependant observé une fois. - — Le staphylome peut aussi dégénérer en squirrhe ou cancer, lorsque le malade y est spécialement prédisposé, surtout quand il est d'une constitution scrophuleuse , torpide, et lorsqu'on l'a soumis à un traitement irritant peu convenable. Tout le globe de l'œil devient dur et bosselé, les vaisseaux de la conjonctive variqueux, la sclérotique paraît sale, couverte de proéminences bleuâtres; tôt ou tard surviennent des douleurs lancinantes. A mesure que tout le globe de l'œil devient plus volumineux et que les symptômes de fièvre hectique se manifestent, on remarque des ulcérations cancéreuses, des excroissances fongueuses ? facilement saignantes, etc.

*) Wardrob, loc. cit., p. 462.

Dans quelques cas particuliers, la distension du staphylome total devient si forte et ja cornée si mince, que le malade peut même distinguer quelques objets isolés avec l'œil souffrant. — La distension de la cornée, lorsqu'elle est aussi fortement prononcée, occasione encore des changemens dans l'iris qui y adhère: celui-ci se laisse déchirer et se trouve en partie détruit; ensorte que lors de l'ablation du staphylome, on ne trouve plus, de cette mepibrane que quelques, bandes et lambeaux rçticur le*., aboies U foe injerrçç de la po,rtiou <fo WflW W a fM el?leve?

.ainsi que je l'ai obsorvé dans tous les staphylomes anciens et de grande dimension.

Le staphylome conique de la cornée à son début ne diffère que pen de celui qui est sphérique; sa forme spéciale ne devient apparente qu'à mesure qu'il fait des progrès. Le sommet du cône correspond le plus souvent au centre de la cornée et juste en face de la pupille, il dévie cependant aussi quelquefois de côté, ou, ce qui arrive encore plus fréquemment, il se trouve incliné en bas; mais la base du cône s'étend toujours à toute la circonférence de la cornée. — La couleur du stapbylome conique est le plus souvent blancgrisâtre vers le sommet, plus foncée et bleuâtre vers la base; la sclérotique est distendue vers la cornée, bleuâtre, et forme même souvent des saillies bleuâtres dans quelques endroits; la surface de l'œil est parcourue par des vaisseaux variqueux et tout le globe est très dur. — Les staphylomes coniques de la cornée n'atteignent jamais de si grandes dimensions que les sphériques. Arrivés une fois à un certain degré de développement, ils restent stationnaires (je ne connais du moins aucun cas où un pareil staphylome se soit rompu), ou ils dégénèrent en cancer, sous les influences indiquées pour le staphylome sphérique.

On a émis les opinions les plus diverses sur la nature du staphylome conique et son mode de développement. Beer x) croit que la différence de forme entre les deux espèces de staphylome était due à ce que, dans le staphylome sphérique , l'inflammation, qui a occasioné l'adhérence de la cornée avec l'iris, n'avait pas agi dans le principe sur la paroi antérieure de la capsule cristalline d'une manière assez prononcée pour la faire adhérer intimément avec l'iris et la cornée , et que par là l'humeur aqueuse avait pu distendre la cornée et l'iris dans toute leur étendue; tandis que dans le staphylome conique, la capsule se confondait de bonne heure intimément avec la face postérieure de l'iris, et que par là la cornée devenue staphylomateuse et distendue par l'accumulation de l'humeur aqueuse, ne cédait pas à sa circonférence, mais bien

à son centre, et prenait alors la forme d'un cône plus ou moins évasé. Comme, dans ce cas, les organes qui sécrètent l'humeur aqueuse dans la chambre postérieure sont détruits en grande partie, et même souvent en totalité par la violence de l'inflammation, on comprend facilement pourquoi le staphylome conique n'atteindra jamais une dimension aussi considérable que le sphérique, et se rencontrera bien moins fréquemment. De là, on peut encore s'expliquer le phénomène ordinaire ou plutôt constant d'un état variqueux de tous les vaisseaux de l'œil, en ce que l'inflammation qui provoque le staphylome conique, affecte l'œil plus profondément et dans une plus grande étendue, et se trouve ordinairement liée à une dyscrasie générale. Mackenzie 2) partage complètement cette manière de voir. Rau 3) admet que, déjà à l'état naturel, la cornée était plus faible et plus extensible à son centre, et que par conséquent le gonflement et la proéminence devaient débuter par cet endroit, surtout si c'est cette partie centrale de la cornée qui s'est trouvée atteinte par l'inflammation occasionant le staphylome. Aussitôt qu'il y aurait sécrétion augmentée, cet endroit déjà plus faible perdrait encore plus de sa résistance, et la cornée ferait ainsi saillie à son centre. C'est par l'augmentation graduelle de la consistance de la cornée depuis son centre vers sa circonférence, qu'on s'explique pourquoi le staphylome prend alors une forme conique, et que le sommet du cône se trouve toujours à la partie moyenne et rarement de côté. — Rosas 4) sans chercher à expliquer la cause de la conicité de la proéminence, regarde le staphylome conique comme un vice de conformation de tout le globe de l'œil, mais dans lequel la saillie de la cornée était ce qu'il y avait de plus frappant, en ce que cette membrane déformée s'avançait en cône, et qu'il y avait non seulement adhérence partielle ou totale entre l'iris et la cornée (dans ce dernier cas, la zone extérieure de la cornée est trouhle, et la portion de l'iris encore libre, variqueuse), mais encore l'iris, le corps lenticulaire et les tissus environnans se trouvaient intimement confondus par des exsudations de lymphe plastique. La sécrétion de l'humeur aqueuse était entravée, la chambre postérieure complètement disparue, le corps vitré diffluant et augmenté de volume, la rétine

dégénérée, tout à fait insensible à la lumière, la choroïde variqueuse, la sclérotique distendue, tout le globe de l'œil très dur. — Jùngken 5) dit simplement, que le staphylome conique est toujours le produit d'une hypertrophie de la cornée.

') Lelire von den Augenkrankheitcn. Vol. II, p. 211.

2) A pratical treatise on the diseascs of the eyc.

3) Loc. cit. , p. 132.

*) Loc. cit., p. 752.

a> Lchre von den Aug'cnkrankheitcn , p. 563.'

Selon toutes les apparences, le staphylome prend dans quelques cas la forme conique, parce qu'il débute dans le principe par un staphylome partiel et qu'alors l'adhérence de l'iris avec la cornée correspond au centre de cette dernière membrane, ou n'en est que peu éloignée et que l'inflammation qui a fait naître la saillie conique, au lieu de se dissiper, se propage au contraire aux autres tissus membraneux et vasculeux de l'œil et y produit les autres désordres, soit parce que l'inflammation elle-même est trop violente, soit parce qu'elle est liée à quelque dyscrasie. On observe donc pendant que le staphylome conique se développe , que la portion restée libre de la cornée conserve encore quelqu'éclat et quelque transparence et se trouve appliquée contre l'iris poussé en avant, mais qu'à la suite des progrès de l'inflammation l'adhérence se propage à toute l'étendue de ces tissus. L'adhérence de la capsule cristalline avec la face postérieure de l'iris , ainsi que l'état soi - disant variqueux de l'œil sont aussi produits par les progrès de l'inflammation. — Il peut se faire souvent aussi qu'avec l'accroissement ultérieur du mal, la sécrétion de l'humeur aqueuse soit entravée; mais on n'admettra jamais qu'elle se supprime entièrement, par cela même que la saillie bleuâtre de la sclérotique (suite de l'état soi-disant variqueux de l'œil) n'est pas occasionée comme on l'admet ordinairement par un gonflement variqueux des vaisseaux, mais bien par une distension partielle de la sclérotique, par l'accumulation : de l'humeur aqueuse, ainsi qu'on peut toujours s'en convaincre

un pratiquant la ponction comme nous le ferons voir plus amplement en traitant du staphylome de la sclérotique.

Le traitement du staphylome de la cornée peut être prophylactique , radical et palliatif.

Ce qu'on doit se proposer dans le traitement prophylactique du staphylome de la cornée, c'est d'augmenter l'inflammation qui en est la cause, à un degré tel, que la sécrétion de l'humeur aqueuse vienne à être supprimée dans la chambre postérieure , qu'on prévienne ainsi la saillie de la cornée et qu'on produise l'atrophie de l'hémisphère antérieur de l'œil. — A cet effet JBeer *) a recommandé de toucher journellement une, deux, et plusieurs fois selon le degré de sensibilité du malade ou de l'œil en particulier , la conjonctive dans toute son étendue jusqu'à deux ou trois lignes de la cornée avec un pinceau fin trempé dans de la teinture d'opium simple ou safranée. Si des douleurs obtuses surviennent dans l'œil, si la conjonctive se boursoufle et rougit fortement autour de la cornée , si les larmes coulent en abondance, le remède a produit un effet suffisant; si ces phénomènes se dissipent promptement et si l'œil revient bientôt à son premier état après la cessation d'action de ce moyen , il faut l'employer plus fréquemment et avec plus d'énergie. On peut augmenter l'effet de la teinture d'opium en l'animant avec un peu d'éther sulfurique. Tant que l'irritation inflammatoire subsiste, on ne doit pas répéter 1 application du remède. On le continuera jusqu'à ce que l'œil soit devenu plus petit et plus plat à sa face antérieure, sans montrer la moindre suppuration.

*) Loc. cit. , p. 54.

Beck (loc. cit., p. 43) d'après sa manière de voir sur l'étiologie du staphylome total de la cornée, a expliqué l'action de ce moyen en ce qu'il servait à produire et à entretenir une inflammation chronique, qui oblitère et détruit les vaisseaux qui se rendent à l'iris et à la cornée, et que par cette oblitération des vaisseaux elle empêchait l'abord des éleiucus nécessaires, au développement du staphylome. Cette explication est

réfutée par ce que nous avons dit sur l'étiologie de la malade et se trouve combattue par dk Walther (Journal fur Chirurgie und Augcnhcilkunde. Bd. III, S. 44) lorsqu'il dit qu'une inflammation lente et quelque prolongée qu'elle soit ne pouvait point guérir de staphylome ; parce que cette affection étant toujours accompagnée d'inflammation lente, devrait alors toujours guérir d'elle-même.

Rau (loc cit., p. 147) croit que l'efficacité de la teinture d'opium devait être attribuée à son action directe sur la cornée elle-même, car l'inflammation qui précède le staphylome avait toujours un caractère blcnorrhoique et occasionait le boursouflement de la cornée; de cette manière on expliquait tout naturellement l'effet sulutairc de l'emploi local de la teinture d'opium en ce qu'elle limitait la trop forte sécrétion des mucosités et faisait cesser une des conditions les plus essentielles à la formation du staphylome. — En augmentant l'inflammation on convertirait la sécrétion muqueuse en une autre plus séreuse et on bornerait le boursouflement. Ce n'est que dans le cas de relâchement et de boursouflement très prononcé, que l'addition de l'éther sulfurique, du baume de vie de Hoffmann etc. serait utile; ordinairement ces moyens nuiraient en provoquant une inflammation trop forte.

Le traitement radical du staphylome total de la cornée doit avoir pour but d'enlever la partie saillante qui défigure l'œil , qui devient le siège de douleurs par le frottement continuel des paupières et par l'influence des agents extérieurs, et qui peut même occasioner la dégénérescence du globe; on arrive par là à réduire le bulbe à de plus petites dimensions et à favoriser l'application d'un œil artificiel. Le procédé le plus convenable consiste dans tabtatiun du staphylome pratiquée à sa base à l'aide de l'instrument tranchant.

Outre l'ablation de la tumeur, l'excision totale du staphylome a pour résultat un degré d'inflammation tel, que la sécrétion de l'humeur aqueuse dans la chambre postérieure vient à se tarir et que par conséquent la cicatrice qui se forme dans la plaie de la cornée, ne peut plus être poussée en avant. — Les divers procédés mis en usage contre le staphylome depuis les temps les plus reculés n'offrent pas des résultats sûrs et plusieurs d'entr'eux ne sont pas sans dangers à cause de l'irritation qu'ils provoquent dans l'œil. Ce sont 1) la ligature: Celse passa au moyen d'une aiguille un fil double h travers la base du staphylome et nous chacun des deux fils l'un d'un côté, l'autre de l'autre. — Aetius lia les staphylomes à pédicules étroits et les coupa au devant du fil. — 2) La division à l'aide de l'instrument tranchant , a) par excision d'un morceau grand comme une lentille au sommet du staphylome d'après Celse s co

procédé a surtout été défendu par ScAnr-A qui pense que la plaîe résultant de l'excision causait d'autant plus facilement des accidens fâcheux, qu'elle s'éloignait davantage du sommet et se rapprochait de la sclérotique. Il traverse la tumeur avec un couteau à cataracte ordinaire , dont il dirige le tranchant en bas comme pour l'extraction de la cataracte et l'enfonce à l£ — 2 lignes du sommet du staphylome : il saisit le lambeau ainsi formé avec une pince, tourne le tranchant de l'instrument en haut et termine par une section circulaire ; ensorte qu'il enlève une pièce ronde de trois à quatre lignes de diamètre. — Ce procédé a encore été suivi par Feajam, Langenbeck, Weinhoed et Richerand , ce dernier enlevé les lamelles supérieures du staphylome, jusqu'à ce que l'humeur aqueuse s'en écoule; b) par la division de la tumeur: Wooehouse fit une incision cruciale dans les staphylomes de grande dimension, et excise les lambeaux le lendemain; c) par ponction ou par petite incision ainsi que Richter> Mohrenhejm, Else et autres les pratiquèrent. Heuermann ouvrit avec une bonne lancette les staphylomes durs et anciens et en fit écouler le contenu. Il saisit avec les doigts les staphylomes volumineux, et les emporta avec des ciseaux. — 2) La cautérisation ou la formation d'un fonticule. D'après Janin on devrait toucher tous les deux ou trois jours le staphylome avec une solution de nitrate d'argent, ou avec du beurre d'antimoine, jusqu'à ce qu'il se forme une escare légère et blanche, et bassiner ensuite chaque fois l'œil avec du lait; ce procédé fut surtout suivi par St. Yves, Guenz, Benstein et Richter. — Delarue combine la cautérisation au moyen de la pierre infernale avec une légère pression. — 4) L'introduction d'un séton : d'après Pellier, Deea rue, Vetsch , Bbck et autres on doit passer un fil à travers le staphylome au moyen d'une aiguille et l'y laisser à demeure jusqu'à ce qu'on ait provoqué un degré suffisant d'inflammation lente. — 5) La compression: à cet effet Woolhouse recommande un godet en corne ou en métal dont l'excavation sert à loger exactement le globe de l'œil et par dessus le quel il ferme les paupières et les maintient à l'aide d'emplâtre et de bandage ( Emboitement , Remboitement) ; Peatner fit, avec une espèce de capsule semblable, la compression sur les paupières recouvertes de linge et d'emplâtres; à l'aide d'une mécanique particulière la pression peut être augmentée ou diminuée à volonté; dans le staphylome récent Heister. s'est servi d'une lame de plomb ou d'une compresse trempée dans de l'alun; Demours se sert de quinz à vingt compresses de plumasseaux de charpie et du monocle. — 6) Les astringents seuls ou aidés de la compression (compar. Rau loc. cit., p. 158).

D'après tout ce que nous avons dit sur le traitement du staphylome en général, on comprend facilement que chacun de ces procédés puisse compter quelques succès heureux, pourvu qu'où ait produit un degré d'inflammation convenable. Mais si on a observé des cas encore assez nombreux où par l'un ou l'autre procédé employé pour la guérisou du staphylome, on prétend avoir rétabli la vue, il ne doit en être question que pour faire voir qu'on s'est trompé dans le diagnostic.

L'excision totale du staphylome est pratiquée le plus sûrement et le plus convenablement de la manière suivante:

Le malade sera assis sur une chaise en face de la lumière comme pour l'opération de la cataracte ; un aide placé derrière lui posera une main, dessous le menton, l'autre sur le front de celui qui devra être opéré, il pressera fortement la tête contre sa poitrine et soulèvera avec les doigts de la main placée sur le front la paupière supérieure, et abaissera l'inférieure avec les doigts de la main placée dessous le menton ; il évitera surtout de comprimer le globe de l'œil. L'opérateur debout en face du malade saisit avec une main une pince érigne, très aiguë, l'implante dans le sommet du staphylome et fixe ainsi le bulbe; avec l'autre main il porte le couteau à staphylome de Beer sur le côté externe de la tumeur, tout près de son bord, un peu au dessus de son diamètre transversal, et l'enfonce horizontalement vers l'angle interne de l'œil , il le fait ressortir vis-à-vis le point d'entrée ou un peu plus haut, et il termine par une incision inférieure demi - circulaire, comme pour l'extraction de la cataracte. — Avec des ciseaux courbes sur le plat il excise ensuite le lambeau par une section demi-circulaire dirigée en haut, ou bien il tourne le tranchant du couteau et emporte le reste du staphylome par une incision supérieure, semblable à celle qu'il avait pratiquée en bas, soit en poussant, soit en tirant sur l'instrument, soit enfin en le faisant agir comme une scie, lorsqu'un seul trait ne suffit pas. Il a soin de détourner un peu le tranchant du couteau du globe de l'œil pour ne pas blesser le bord palpébral de la paupière supérieure. Aussitôt que le lambeau est enlevé, l'aide laisse retomber les paupières et l'œil ne doit plus être ouvert. — Dans les cas où le staphylome total de la cornée est compliqué de dégénérescences staphylomateuses considérables de la sclérotique, lorsque celle-ci est recouverte de saillies bleues, noirâtres tout au tour du bord de la cornée, Beer *) recommande, après avoir fixé l'œil, de plonger un bistouri aussi profondément que possible de haut en bas dans le globe de l'œil derrière la partie dégénérée de la

sclérotique, d'agrandir la plaie et de terminer l'opération avec des ciseaux courbes sur le plat; par conséquent il vent qu'on extirpe la moitié du globe. Cette grande perte de substance est superflue, car le procédé indiqué ci -dessus suffit aussi dans ce cas et les soi - disant- stapbylomes de la sclérotique disparaissent aussi.

*) Lehre von tien Augenkrankheiten. Vol. II, p. 219.

Quelque facile que soit l'excision du staphylome total de la cornée, cette opération exige cependant beaucoup d'attention tant de la part dè l'opérateur que de l'aide; afiii de prévenir la chute du cristallin et même du corps vitré , on fait toujours mieux de fixer la paupières supérieure avec les doigts que d'employer l'élévatoire de Pellier. La pince érigne, pour saisir le staphylome, est de la plus grande utilité, non seulement chez les malades agités (pour les quels Beer recommande l'emploi du crochet) niais encore pour tous ceux qui doivent être opérés ; car avec cet instrument, on peut soutenir doucement le segment de la cornée après avoir coupé inférieurement et même pendant qu'on le détache supérieurement, et éviter ainsi que l'oeil ne se vide trop tôt. Au reste l'emploi de la pince érigne pour fixer l'œil est bien moins pénible pour le malade et pour l'opérateur que celui du crochet. 11 arrive souvent que chez des malades inquiets et remuants, lorsqu'après avoir divisé le segment inférieur du staphylome , on cherche à détacher le supérieur avec des ciseaux, ce dernier temps de l'opération devienne difficile, parce que l'œil fuit en haut, et sous ce rapport il est peut être avantageux de commencer la section du staphylome en haut et de terminer l'ablation de la tumeur en la coupant inférieurement avec des ciseaux. C'est un procédé que j'ai souvent mis en usage, et qui est aussi recommandé par d'Ammoi* (die Abtragung des Hornhaut - Stapbylomes in operativer und anatomisch - pathologischer Beziehung; Zeitschrift fur Ophthalmologie. Bd. I, H. 1, S. SO). — Dans le staphylome sphérique total de la cornée on peut par ce procédé presque toujours prévenir la perte du cristallin et du corps vitré ; il est évident que cet accident regardé comme inévitable dans l'opération du staphylome sphérique total ne doit être attribué qu'à la manière d'opérer, niais il est impossible de s'en garantir dans le staphylome conique, même lorsque l'opération a été pratiquée avec lé plus de précaution à la base du cône.

Beer a surtout fait ressortir les avantages de l'excision totale du staphylome de la cornée et en a réglé les modes d'opérations les plus convenables. — St. Yves fixa le staphylome à l'aie d'une ansé de fil passée à travers la tumeur, l'incisa sur sa face latérale avec un bistouri et en termina l'ablation avec des ciseaux. Cheselden suivit le même procédé, mais il fixa le staphylome avec une aiguille courbe. — Manchart enleva toute la cornée à l'aide d'une section circulaire pratiquée avec un couteau courbe; Vyxhorkn et Gûnz procédèrent de même en

enlevant une partie de la sclérotique. — Heuermann (Abhandlung lier vornehnisten chir. Opérât. Bd. II, S. 519) ouvrit avec une lancette ou avec le couteau en forme de feuille de niyrtlie de Daviel, la cornée à son bord inférieur, assez largement pour engager des ciseaux courbes et emporter ensuite en dehors et en dedans la cornée avec une portion de sclérotique. Les fluides de l'œil s'échappent spontanément ou par la pression exercée avec les doigts. Sjeboud (Chiron. Bd. 111, H. 2, Tf. IV, fig-. 7) indiqua un couteau à staphylome à double tranchant destiné à faire l'ablation circulaire en avançant simplement l'instrument, et à pouvoir se passer de ciseaux. — Demouks (Traité des maladies des yeux. T. I, p. 325, Tab. 64) pratique avec un couteau particulier une incision dans la sclérotique à une ô jusqu'à 1 ligne de la circonférence de la cornée. 11 se sert aussi à la place de couteau d'un instrument semblable à celui de Dumont, construit sur une plus grande échelle.

Les accidents qui peuvent survenir pendant l'opération, sont nombreux: ]) Une grande agitation de l'œil, qui cependant ne sera jamais un grand obstacle, si on opère de la manière que nous avons indiquée. — 2) Une forte hémorragie immédiatement après la première incision, provenant des vaisseaux dilatés des lèvres de la plaie, et se tarissant bientôt après la section complète, soit spontanément, soit par l'emploi des fomentations froides. — 3) Une forte hémorragie après que ïa section complète est terminée, fournie par les vaisseaux distendus de la choroïde. ' Si par l'effet de l'écoulement subit de l'humeur aqueuse, ces vaisseaux cessent d'être comprimés, ils se rompent, le sang s'accumule entre la choroïde et la sclérotique, la choroïde se trouve par là poussée en dedans et fait saillie en avant avec la rétine sous forme d'une vésicule arrondie et occasione une vive douleur accompagnée de forte hémorragie. Le moyen le plus sûr pour faire cesser l'écoulement du sang et calmer les douleurs consiste dans l'ablation de cette vésicule tout près de la plaie de la cornée avec des ciseaux, et dans l'emploi de fomentations froides. Ces cas se présentent surtout dans les staphylomes coniques, compliqués d'état variqueux des vaisseaux. 4) Des violentes douleurs. Toute excision de staphylome est très douloureuse ; mais si le lambeau de la cornée a été trop fortement attiré avec la pince et l'œil tiraillé, les souffrances peuvent devenir si excessives, qu'elles font naître

des lipothymies et des convulsions ; on évitera cet accident en procédant «à l'opération avec beaucoup de ménagement. — 5) La sortie de la lentille et du corps vitré. Si le globe de l'œil se vide complètement, il s'affaisse; mait s'il ne s'échappe que le cristallin et seulement une partie du corps vitré, il est encore possible d'appliquer un œil artificiel. On a déjà fait voir plus baut qu'on peut généralement prévenir la perte du cristallin et du corps vitré, lorsqu'on pratique l'opération avec les précautions convenables, au moins dans les staphylomes sphériques.

Après que l'opération est terminée, on nettoie les paupières et on les maintient rapprochées avec une bandelette de taffetas gommé , on applique aussi des bandelettes sur les paupières de l'œil sain, afin d'empêcher ses mouvemens. Les deux yeux doivent ensuite être recouverts d'une compresse suspendue au front. L'opéré sera couché sur le dos, dans un appartement médiocrement obscur, il devra se tenir tranquille, et suivra un régime antipblogistique. Les compresses doivent être changées aussi souvent qu'elles seront trempées par les fluides qui s'écoulent de l'œil. Vers le sixième ou le huitième jour on ouvre l'œil après avoir humecté les paupières avec de l'eau tiède. On trouvera la plaie fermée par une membrane blanche grisâtre à travers laquelle le malade peut encore distinguer des objets de grande dimension, si la rétine est encore saine. Cette membrane s'épaissit peu à peu , et forme une cicatrice plate sillonnée de stries bleuâtres ou brunâtres. Jusque là , il est toujours nécessaire de tenir l'œil fermé à l'aide de bandelettes de taffetas gommé, de le tenir couvert de compresses, et de le nettoyer de temps à autre avec de l'eau tiède. Ce n'est que lorsque toute irritation a cessé, qu'on peut essayer d'appliquer un œil artificiel.

Si après l'opération il survient de violentes douleurs et de l'inflammation , on doit les combattre par l'usage non interrompu de fomentations, et selon les circonstances par un traitement antiphlogistique énergique.

Dans le cas où le cristallin et une grande portion de jfhumeur vitrée se sont échappés , le globe de l'oeil , après la cicatrisation complète de la plaie, reste petit, déformé et comme caché au fond de l'orbite; c'est pourquoi un œil artificiel qu'on chercherait à placer reste presque complètement immobile et ne donne pas lieu à une illusion aussi parfaite, que lorsqu'il est mu par le moignon. Si l'œil s'est entièrement vidé, et si pour remédier à quelqu'hémorragie on a été obligé d'exciser la choroïde herniée; la sclérotique, et ce qui reste encore de choroïde se fronce et se réduit a un petit tubercule rouge, blanchâtre, qui se cache dans le fond de l'orbite, les paupières se ferment et se portent en dedans.

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