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Lips. 1834.
Voy. les écrits sur le fongus médullaire en général dans mon manuel (le chirurgie. Vol. II, p. 402.
Les symptômes du fongus médullaire dans le globe de l'œil, décrits pour la première lois avec soin par Wardrop, sont très caractéristiques et. peuvent dès le principe y être beaucoup mieux étudiés que sur toute autre partie du corps. La marche de cette maladie se divise naturellement en trois périodes: dans la première, nous remarquons des altérations
particulières dans l'intérieur de l'œil sans changements ni dans sa forme, ni dans son volume ; dans la seconde, le globe de l'œil augmente de dimensions, et dans la troisième, le fongus perfore les membranes de l'œil et apparaît au dehors.
Sans cause occasionelle appréciable ou à la suite de quelque blessure de l'œil, d'un coup, d'une commotion etc., on voit survenir avec de la photophobie et du larmoiement, ou encore sans ces symptômes d'irritation ou d'affection inflammatoire , une diminution dans la vision souvent accompagnée de strabisme et toujours de dilatation de la pupille. — On observe quelquechose d'obscur au fond de l'œil, surtout très apparent dans une certaine distance et lorsqu'on regarde l'œil de côté par un grand jour ou près d une lumière artificielle. — Cet obscurcissement qui dans le principe est occasioné par la rétine devenue visible se montre avec des teintes diverses, tantôt blanche, brillante comme une lame d'argent concave, tantôt blanche comme du lait, grisâtre ou d'un blanc jaunâtre, tantôt ressemblant à de l'ambre, verdâtre, brillant comme l'œil de brebis ou de chat, ou brillant des couleurs les plus diverses comme un morceau d'opale ou de cristal , et changeant de nuances selon le degré de clarté et selon qu'on regarde l'œil plus ou moins de côté. — A la surface de ce corps trouble on observe souvent des vaisseaux sanguins, ténus, rouges, s'étendant du centre â la circonférence ; ce sont les ramifications de l'artère centrale de la rétine. — La pupille se distend toujours d'avantage , devient immobile , conserve sa forme circulaire ou bien se trouve tiraillée irrégulièrement, et dentée; l'iris change de couleur , il est souvent parcouru de vaisseaux rouges. La vue est complètement abolie; souvent dès le principe avant qu'on ne remarque aucune altération dans le fond de l'œil,1) — de même aussi la vision peut être conservée à un certain degré, lors même que la maladie a déjà fait beaucoup de progrès. 2)
') Pockels, Journal von Gkaefe und Wai.ther.
2; Wakdkop (loc. cit., p. 64) rapporte le cas d'une fille de 8 riis dont l'œil gauche fut extirpé pour un fongus médullaire, la maladie
étant venue à se déclarer dans l'œil droit, la vision s'y conserva en partie jusqu'à la mort, quoique le fongus occupât presqu'en entier la chambre postérieure de l'œil.
Scion que le fongus fait plus ou moins de progrès, et lors même qu'il reste stationnaire pendant un temps plus ou moins long, le globe de l'œil augmente de volume, devient plus dur, mais non douloureux au toucher, la conjonctive rouge, la photophobie et le larmoiement plus prononcés, la sécrétion des glandes de Meibomius plus abondante, la couleur de la masse qui se trouve au fond de l'œil plus pâle , sa surface paroit inégale, bosselée, et sillonnée de ramifications vasculaires plus nombreuses qu'auparavant. La masse en augmentant de volume et proéminant d'avantage vers la pupille, déprime le corps vitré et le cristallui ; le premier se décompose et diminue de volume , l'autre devient opaque, couvre et partie ou en totalité la masse située plus profondément, et rend ainsi le diagnostic plus difficile. Le cristallin devenu opaque s'ammollit, se sépare souvent en plusieurs fragments, et se trouve absorbé; le fongus proéminant toujours d'avantage pousse l'iris décoloré et converti en zone très étroite vers la cornée ; les chambres de l'œil ne forment plus qu'une seule cavité remplie de fluide trouble dans lequel nagent des flocons de pigment; souvent il y a du sang ou du pus. — Le globe de l'œil devient de plus en plus tendu, dur et douloureux et augmente tellement de volume, qu'il fait saillie hors de l'orbite, il perd sa forme régulière et devient bosselé; la conjonctive des paupières et du globe de l'œil se tuméfie toujours plus, ses vaisseaux sont gorgés de sang et variqueux, souvent les paupières se gonflent, surtout la supérieure. — La cornée devient trouble, des vaisseaux se prolongent par dessus elle, et souvent ou ne trouve plus d'autre ligne de démarcation entre la cornée transparente et la sclérotique, qu'une zone de gros vaisseaux. La sclérotique est d'un bleu sombre et sale. — Ces altérations du globe de l'œil sont accompagnées de douleurs pongitives des plus violentes qui débutent ordinairement par paroxysmes, mais qui plus tard deviennent continuelles, CHEuuk, Uplithalmologls. Vol. n. 30
s'étendent au front, ù toute la tête et à la nuque, elles font même parfois délirer les malades. Par l'agitation continuelle, la perte de l'appétit et les mouvements fébriles, les forces diminuent et le malade tombe dans le marasme.
Le globe de l'œil augmentant toujours de volume et la cornée devenant aussi boursouflée et fongueuse, la végétation finit par rompre les membranes du globe, ordinairement la cornée, par exception la sclérotique;*) il s'écoule un fluide fétide, jaunâtre, sanguin, même beaucoup de sang et ordinairement le malade en est soulagé ; de la solution de continuité s'élève une masse molle , jaune foncé ou livide, fongueuse, augmentant promptement de volume. Cette tumeur est molle, élastique, d'apparence fluctuante, parcourue à sa surface par beaucoup de vaisseaux variqueux, elle sécrète une grande quantité d'humeur fétide et sanguinolente, elle saigne souvent spontanément au moindre attoucbement, celui-ci cause ordinairement beaucoup de douleur et est même insupportable. La tumeur faisant encore plus de progrès, devient inégale, lobée, d'un rouge jaunâtre ou livide, couverte en quelques endroits de grumeaux de sang coagulé et de croûtes sèches, jaunâtres; les paupières complètement renversées en dehors sont excoriées ainsi que les joues par la sanie âcre qui s'écoule. — Si le fongus arrive à des dimensions extraordinaires, on voit souvent se détacher des parties les plus proéminentes de grands morceaux de substance qui sont bientôt remplacés par de nouvelles végétations. — A cette époque de la maladie, les glandes les plus voisines , les parotides , les sousmaxillaires et les glandes du cou se tuméfient, si déjà elles ne l'ont pas été plus tôt, souvent elles arrivent à des dimensions extraordinaires, et deviennent aussi fongueuses on s'ulcèrent. — On voit survenir sur plusieurs points de la tête et de la face des tumeurs qui adhérent intimément aux os , sont en apparence fluctuantes, et lorsqu'on les incise, il ne s'en écoule que quelques gouttes de sang ou de sérum. Avec les progrès de cette maladie tous les accidents indiqués ci-dessus augmentent, et la mort:
survient par épuisement, ou avec les symptômes d'une affection cérébrale, des vomissements, des vertiges, de la somnolence, des convulsions, la paralysie, l'apoplexie, lorsque le fongus passe de l'orbite dans la cavité crânienne, ou bien lorsque des dégénérescences semblables se développent dans l'intérieur du crâne lui même.
*) Waiidrop (loc. cit., p. 10), Travers (loc. cit., p. 412), Lerghb (Sammlung der Schriften Petersb. Acrzte. Samnil. I, p. 189, 191) et autres rapportent des cas où le fongus a passé à travers la sclérotique, et Scarpa (loc. cit., p. 365) soutient que dans de pareilles circonstances la tumeur peut pousser devant elle la conjonctive, celle-ci s'épaissir et de là en résulter les douleurs les plus violentes.
La marche du fongus médullaire de l'œil présente d'ailleurs encore beaucoup de différences. — Souvent il fait des progrès rapides et incessants jusqu'à la mort, d'autres fois sa marche est plus lente, on observe même dans quelques cas une diminution subite de la tumeur, elle peut pour un moment devenir plus petite que ne l'est l'œil à l'état normal ; mais plus tard le globe s'accroît de nouveau en présentant des sjmptômes inflammatoires, souvent le mal reste stationnaire à un certain degré de distension du globe de l'œil, et la mort survient par extension du fongus vers le cerveau. 1) — Fréquemment l'autre œil est atteint également et quelquefois de très bonneheure. 2) Il n'est pas certain que dans ces cas, ainsi que Beck 3) le prétend , la tumeur ne fasse pas saillie au dehors, lors même que l'œil affecté secondairement vient à s'ouvrir; dans un cas, l'œil primitivement affecté devint fongueux, et celui qui fut atteint plus tard resta, jusqu'il la mort, toujours peu développé.
1) Voy. mes observations dans Bauer loc. cit., p. 36.
2) Mes observations ibid., p. 29.
Loc. cit. , p. 360.
La dissection de l'œil après l'extirpation ou après la mort, a fourni des résultats divers selon le degré du développement du mal, et selon les desordres qu'il a causés dans les tissus profonds de l'œil. — Dans la première période,
tant que le globe n'a pas augmenté de volume, on ne trouve que très peu de matière fongueuse au fond de l'œil , elle a le plus souvent son siège à l'endroit où le nerf optique pénètre dans l'œil 5 le corps vitré et la lentille sont en partie ou complètement résorbés, ou sont encore à l'état de transparence naturelle, la rétine se trouve confondue dans la masse fongueuse, entourée de la cboroïde et de la sclérotique. On a aussi trouvé la rétine intacte et le corps vitré en partie déprimé par une simple masse blanchâtre, coagulée; l'iris réduit eu une bande étroite, décolorée, la masse fongueuse présentant différentes dispositions que nous allons indiquer, le nerf optique peu ou point changé.
Les recherches anatomiques entreprises à cette période de la maladie, se rapportent toutes à des cas où l'affection arrivée à un faible degré de développement s'est conservée à ce degré dans l'œil devenu secondairement malade jusqu'à la mort. — Heïes (Wardrop loc. cit. , p. 55) trouva les membranes, y comprise la rétine, parfaitement saines, le cristallin était à sa place, ferme et transparent; mais une partie du corps vitré était remplacée par une substance coagulée, blanchâtre, située à la partie externe et postérieure du globe de l'œil et avait déprimé le reste du corps vitré en avant et en dedans. Cette substance étrangère était aussi distante de la rétine que l'est ordinairement le corps vitré ; à l'autre œil, le fongus médullaire était bien prononcé. — Ware (Wardrop loc. cit., p. 66) vit que, dans un cas de fongus médullaire de l'œil gauche bien développé, à droite l'organe n'avait pas augmenté de volume, mais que presque tout l'espace que le corps vitré devait occuper, était rempli par une masse stéatomateuse j qui en général était de couleur blanche, et paraissait rouge et saignante dans quelques endroits. Après qu'on eut enlevé cette masse, on en vit derrière elle une autre blanche, molle, complètement différente du stéatome et paraissant être une altération de la rétine. La surface de la choroïde n'était recouverte que de peu de pigment noir. Le cristallin ainsi que sa capsule étaient entièrement transparents, le nerf optique ainsi que toutes les autres parties en connexion avec l'œil paraissaient sains. — Dans mon cas (voy. Bauer loc. cit., p. 36), on vit que dans l'œil secondairement affecté, la chambre antérieure n'était pas eucore com>;/,ètement éffacéc; a la place de l'iris il n'y avait qu'une petite ,amctie salé, derrière la cornée. Le centre de l'œil était occupé par une matière blanche jaunâtre, contenant une grande quantité de concrétions iuleaires semblables à des grains de sable, cette masse était immedmtem.ent entourée d'un reste de choroïde. Le corps vitré et le cr.stallin avaient complètement disparu.
D'après Mackenzie (loc. cit.) on trouve sur l'œil extirpe clans la première période du fongus médullaire les résultats suivants; après avoir divisé la sclérotique, on découvre l'iris et la choroïde entiers: la rétine
ça et là décollée et manquant sur plusieurs points, ne forme plus qu'un simple enduit à la face interne de la choroïde , et ira rien de commun avec le fongus qui occupe toute la place du corps vitré et du cristallin, et s'élève du nerf optique comme d'une racine. Le fongus médullaire est entouré d'une membrane semblable à l'hyaloide, il a la consistance de la substance cérébrale et une couleur jaune blanchâtre. Le nerf optique au delà de la sclérotique ne paroit point malade.
Lorsque le mal est une fois arrivé à un degré plus avancé, tons les tissus internes de l'œil sont détruits par la végétation de la masse fongueuse, en sorte qu'à l'exceptiou de quelques débris de choroïde, on n'apperçoit plus rien de ces parties. — La sclérotique entourant la masse fongueuse comme une coquille, résiste le plus long-temps ; le plus souvent elle est d'épaisseur inégale, bosselée sur quelques points, et recouverte de fongosités à sa surface externe. La cornée est trouble, ridée; souvent elle ne peut plus être reconnue, la conjonctive est boursouflée, gorgée de sang, ouvent épaissie et de mauvaise couleur. — La masse qui emplit la cavité du bulbe est de nature variable, souvent molle et pulpeuse comme de la substance cérébrale, seulement moins consistante, caséeuse ; semblable à de la lymphe coagulée, de la gélatine, de la bouillie ou aux polypes muqueux; souvent sa densité est plus ferme, comme fibreuse, stéatoraateuse, cartilagineuse, lardacée, tuberculeuse, granuleuse ou glanduleuse; très souvent on trouve des concrétions calcaires, semées comme du sable dans la tumeur. Cette masse est ou bien homogène dans sa trame, ou bien de structure différente dans quelqu'une de ses parties. Souvent semblable au tissu de la rate, ou du placenta, ayant quelques lobes plus consistants, elle est plus ou inoins adhérente à la sclérotique qui l'enveloppe , ou elle est renfermée dans une poche souvent très épaisse, dont les cloisons ainsi que des restes de la choroïde pénétrent souvent dans l'intérieur de la masse. La couleur du fongus peut être tout aussi variable que sa consistance. La masse fongueuse on cérébriforme est ordinairement blanche, ou d'un blanc rougeàtre; souvent elle est jaunâtre, grisâtre, brunâtre, uoirc, et ces différentes couleurs sont ou bien uniformes, ou