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bien diversement nuancées sur chaque partie de la tumeur* souvent il y a des excavations remplies de sang noirâtre coagulé ou fluide. — La rétine est toujours complètement détruite ou confondue dans la masse morbide , qui le plus souvent s'étend aussi au nerf optique. Ce n'est que dans quelques cas rares, qu'on a trouvé le nerf optique et sa gaine sans aucune altération. Tantôt le nerf est plus épais, plus résistant et plus dur qu'à l'état normal , tantôt il est plus mou, gélatineux, spongieux, gris cendré, brun, ou seulement un peu plus foncé qu'à l'ordinaire, souvent il est rougeâtre, couleur de chair; fréquemment il perd sa forme cylindrique, il s'applatit, s'amincit et s'allonge; le névrilème s'épaissit, ne contient pas de substance médullaire, et souvent se trouve rempli de matière fongueuse. — Dans d'autres cas, le nerf est divisé en deux ou en plusieurs cordons dont les intervalles sont alors remplis par la masse morbide qui pullule depuis le globe de l'œil. Les cordons isolés perdent leur structure et leur couleur normale, deviennent mous, pultacés et se colorent en jaune. Souvent le nerf prend la consistance du foie, il est de couleur noire. — D'autresfois le névrilème et la substance nerveuse ne peuvent plus être distingués l'un de l'autre, ils forment une masse homogène qui adhère avec celle du bulbe. — Jamais on n'a trouvé le névrilème tout à fait détruit. Ces altérations du nerf s'étendent plus ou moins loin ; le plus souvent elles arrivent jusqu'à l'entre -croisement des deux nerfs optiques , mais fréquemment aussi elles pénètrent plus loin et Se montrent sur les parties du cerveau qui sont le plus immédiatement en rapport avec les racines du nerf optique ou encore isolées sur d'autres points ; c'est ainsi qu'on découvrit des désorganisations depuis l'entrecroisement des nerfs optiques jusqu'aux couches de ce nom ; l'entrecroisement, les couches optiques, les corps striés, les tubercules quadrijumeaux, l'entonnoir, la glande pituitaire et quelques parties des hémisphères ont été trouvées tuméfiées et converties en masses fongueuses; même dans un cas, la dégénérescence fongueuse s'étendit jusqu'à la moelle allongée. — Les ventricules latéraux sont remplis et distendus de fluides séreux, le plexus choroide est épaissi, gonflé, changé en une masse
blanche, grisâtre, cérébriforme , et couverte d'hydatidcs. — Même les membranes du cerveau, surtout la dure mère, sont souvent désorganisées , ainsi que les os du crâne.
Dans la dernière période de la maladie, lorsque le fongus médullaire a perforé la sclérotique ou la cornée et est parvenu au dernier degré de l'exophtlialmie fongueuse, on trouve une masse ronde ou lobée, entourée dune membrane mince , cà la surface de laquelle rampent de nombreux vaisseaux dont les ramifications les plus ténues, pénétrent dans la profondeur. Cette masse se recouvre à l'extérieur çà et là de croûtes jaunâtres, et paroit au toucher élastique, molle , fluctuante , souvent aussi plus dure ; elle renferme dans son intérieur les matières les plus variables , cérébriformes , crémeuses, mélanées et autres semblables à celles que nous avons indiquées plus haut en parlant des masses trouvées dans l'intérieur du bulbe. Les restes de la sclérotique sont en grande partie entourés par le fongus qui en remplissant tout l'orbite, déprime et désorganise les parties par pression et les envahit. C'est ainsi qu'on a trouvé le ganglion ciliaire et les trois branches de la cinquième paire converties en tumeurs semblables au fongus médullaire, les os de l'orbite dégénérés de diverse manière. 11 est remarquable que quand le fongus médullaire s'est développé beaucoup au dehors, la mal a pris peu d'extension en dedans vers le cerveau. ■ — Les glandes situées dans le voisinage de l'œil gonflé, ont été trouvées dégénérées en fongus médullaire dans leur intérieur, de même qu'on rencontre aussi le plus souvent dans d'autres organes profonds du corps des dégénérescences cérébriformes.
Voy. dans Lincke (loc. cit., p. 33) des recherches faites nvec soin sur l'anafoinie pathologique du fongus médullaire de l'œil.
Le diagnostic du fongus médullaire de l'œil peut être difficile dans le premier temps de sa formation, et la maladie confondue avec d'autres affections morbides. — Les phénomènes
caractéristiques sont à la vérité l'obscurcissement particulier qu'on observe au fond de l'œil, la dilatation et la raideur de la pupille, ainsi que la perte de la vision; mais lorsque ces symptômes ne peuvent pas être constatés à cause de l'occlusion de la pupille ou de l'opacité complète de la cornée, suite d'une inflammation qui a précédé, le diagnostic devient douteux jusqu'cî ce que le fongus vienne faire saillie au dehors après la rupture de l'œil; de même aussi que d'autres obscurcissemens apparents ou réels dans l'œil peuvent être confondus avec le fongus médullaire; tels sont la cataracte, le soi disant glaucome, le manque de pigment (l'œil de chat amaurotique), des exsudations de lymphe plastique dans le fond de l'œil, mais surtout l'inflammation de la choroide chez les sujets scrophuleux , le fongus bénin de liris ou du corps ciliaire , et des exsudations entre la rétine et la choroide.
Si le fongus médullaire se développe dans le nerf optique derrière le bulbe, on n'observera que l'amaurose et plus tard un déplacement de l'œil, mais le diagnostic sera toujours douteux.
L'obscurcissement au fond de l'œil qui existe dans le fongus médullaire ne peut guères être confondu avec l'opacité du cristallin. Car l'étendue de l'obscurcissement dans tout le fond de l'œil, sa nuance particulière, sa distance de la pupille, surtout lorsqu'on examine l'œil de côté, garantiront facilement contre l'erreur, pourvu qu'on examine l'œil avec un tant soit peu de soin. On ne pourrait se méprendre que dans le cas où l'opacité du cristallin, survenant plus tard, couvrirait l'obscurcissement qui est situé plus profondément; mais encore ici malgré l'opacité évidente du cristallin, l'état dans lequel se trouvera la vision et la pupille, ainsi que la physionomie particulière de tout le globe de l'œil, permettront de constater une affection plus profonde dont l'opacité du cristallin ne doit être regardée que comme une suite; — de même aussi on ne confondra pas non plus avec le fongus médullaire, le soi disant glaucome et le manque de pigment , en faisant attention sur ce que nous avons dit plus haut (§. 232) de ces états morbides. — Les
exsudations de lymphe plastique au fond de l'œil peuvent présenter des analogies avec le fongus médullaire, mais leur diagnostic, quoique difficile, sera encore bien établi par l'inflammation qui les a précédées, par leur siège et surtout par leur état stationnaire ainsi que par l'aspect du globe de l'œil.
La marche de l'inflammation de la choroïde est telle qu'elle peut facilement être confondue avec le fongus médullaire, surtout chez des sujets scrophuleux; car lorsque chez ces individus la membrane vasculaire s'enflamme d'une manière aiguë, ou ce qui est plus fréquent, d'une manière chronique, au point de donner à la rétine un aspect terne, particulier au fond de l'œil et de la rendre ainsi visible à travers la pupille dilatée, en même temps que la vue se trouve complètement abolie, il survient aussi une injection plus grande à la conjonctive oculaire et palpébrale, du gonflement à la paupière supérieure dont les veines se distendent, et la décomposition du corps vitré et du cristallin qui se colorent alors en blanc sale ou en jaune. A mesure que la turgescence et la varicosité de l'œil augmentent, la masse qui s'élève de l'intérieur de l'organe parait s'accroître en volume et s'avancer vers la chambre antérieure; l'iris bombe en avant; les douleurs dans l'œil et dans ses environs sont très fortes; souvent il y a de la fièvre; fréquemment surviennent des hémorragies dans l'intérieur de l'œil sans avoir été occasionées par des causes mécaniques. — Le bulbe augmente de plus en plus de volume, des vaisseaux se prolongent sur la cornée et au lieu de la rupture de l'œil à laquelle on s'attendrait dans cette circonstance , on voit le bulbe s'atrophier en ce que les vaisseaux variqueux diminuent, que la cornée s'applatit, devient opaque et fibreuse de ses bords vers son centre , elle s'applique contre l'iris dont la pupille tirée en avant est occupée par une masse sale , jaunâtre. Le globe devient de moitié ou d'un tiers plus petit, mou et flasque au toucher. — Des cas pareils sont facilement confondus avec le fongus médullaire à cause de leur analogie dans la marche. Moi même je suis tombé quelquefois dans cette
erreur et ce n'est qu'après avoir observé fréquemment des cas de cette espèce et m'être assuré de leur passage à l'atrophie et au ramollissement du bulbe, que j'ai reconnu mon erreur de diagnostic et que j'ai constaté la véritable nature de cet état morbide. — d'Ammon j), Weller 2) et Schon ont décrit avec soin des observations de cette nature, et les ont rapportées comme des preuves à l'appui de l'opinion émise par le premier: qu'il s'était formé dans l'œil des tubercules , que ceux - ci ramollis étaient en partie disparu par résorption et que le fongus médullaire déjà commencé avait ainsi fini par s'atrophier. — On peut au reste objecter à cette opinion que jamais une terminaison semblable du fongus médullaire n'a encore été observée dans d'autres parties du corps.
') Hecker's litt. Annaleii der gesammten Heilkunst. Bd. XV, St. 1. a) Krankheiten des menschl. Auges, S. 114.
Compar. aussi Lawrence, Lancet. vol. X, 1826, p. 518 et Travers médico-chirurgical transactions. Vol. XV, p. 235.
À la suite d'irritation ou d'inflammation chronique, il peut se former dans l'iris des excroissances fongueuses, qui ont leur origine dans un développement anormal de vaisseaux et n'occupent que l'iris ou s'étendent au corps ciliaire; elles ressemblent sous le rapport de leur marche au fongus médullaire, dont elles diffèrent cependant par leur origine et parleur terminaison.— Des taches blanchâtres, semblables à de la lymphe exsudée ou à des abcès commençants, se forment à la surface de l'iris décoloré, surtout vers le bord ciliaire et se développent toujours à la suite de phénomènes d'irritation ou d'inflammation de l'iris, de photophobie et de larmoiement; elles ne passent jamais à la suppuration, mais s'élèvent avec plus ou moins de rapidité en excroissances condyloinateuses, brunes, bleuâtres, rougeâtres, ou jaunes grisâtres, et augmentent de volume, jusqu'au point de remplir complètement la chambre antérieure. Au commencement il existe une douleur légère pongitive, plus tard elle devient tensive et gravative, occupe l'œil et la région susorbitaire. — La pupille est rétrécie, ou dilatée, ou tiraillée en différens sens d'après le siège et le
volume du fongus, l'iris est parcouru de beaucoup de vaisseaux sanguins et poussé en arrière et en bas par la tumeur; la vue est dérangée, quoique les parties transparentes de l'œil ne soient pas troublées. — Le fongus en se développant vient-il à se mettre en contact avec la cornée, celle-ci s'enflamme , se trouble , se ramollit, s'ulcère et se rompt, et à travers son ouverture on voit saillir une masse bleuâtre, brunâtre ou rougeâtre, sillonnée de beaucoup de vaisseaux, et qui après avoir acquis encore plus de volume finit par tomber en gangrène- par la constriction qu'exercent sur elle les bords de l'ouverture de la cornée, le bulbe s'atropbie et le mal se calme. — Dans quelques cas, la sclérotique est aussi perforée tout près du ligament ciliaire par le fongus; celui-ci peut rester des années entières bien circonscrit dans la chambre antérieure. — Si cette affection a pour cause la syphilis, on peut, ainsi que je l'ai observé quelquefois, la faire rétrograder par un traitement mercuriel énergique, mais dans tout autre cas, il faut chercher à obtenir la guérison au moyen de la cautérisation ou de l'excision.
Saundnbrs Treatise p. 142.
rdropj Essays on the morbid Anatomy of the human Eye. Vol. II, p. 40. Lawrence, Lancet. vol. X, 1826, p. 514.
Rie tterich, Beitrâge zur Vervollkommnung der Augenheilkunde. Leipzig 1827, p. 37.
Rosas, Handbuch dcr Augenheiikunde. Vol. II, p. 617. Lincke, loc. cit. p. 79.
Des accumulations de fluides entre la choroïde et la rétine présentent des symptômes qui ont de l'analogie avec le fongus médullaire , tel est surtout le corps blanc jaunâtre, opaque, qui se montre dans le fond de l'œil, précédé de douleurs, de pertes de la vision et de dilatation ou de tiraillement de la pupille, et qui n'est autre que la rétine poussée en dedans par l'accumulation du fluide aqueux. — Le diagnostic ne peut être assuré dans ce cas que par l'observation exacte de la série des phénomènes qui se sont suivis, principalement, par le corps opaque au fond de l'œil, qui se montre en dernier lieu et qui ne s'avance pas jusque dans la pupille, mais
ressemble à un cordon tendu d'arrière en avant par suite de la résorption du corps vitré déterminée par la pression.
Voy. §. 455 où nous avons traité de cette forme de l'hydropisie de l'œil, et où nous avons mentionné l'observation de Pakizza qui a évidemment confondu une pareille hydropisie entre la rétine et la choroïde avec le fongus médullaire.
Travers regarde avec justesse l'augmentation hydropique du volume du globe de l'œil (ainsi que sa diminution par absorption interstitielle) comme un signe certain de la non malignité de la maladie, — et l'opinion qui admet que le fongus médullaire a son origine dans une hydropisie ou quelqu'autre affection morbide du globe (Waltiiek), est très peu probable.
De même que sur le fongus médullaire en général, on a sur la nature et le siège primitif du fongus médullaire de l'œil , émis les opinions les plus diverses. D'après ma manière de voir que j'ai déjà fait connaître ailleurs, le fongus médullaire prend toujours racine dans le tissu cellulaire dans lequel se forment par ramification plus nombreuse et par nouvelle formation de vaisseaux, des boursouflements et des exsudations; ces dernières, selon que l'albumine ou le cruor du sang* prédomine, sont de couleur blanche comme de la moelle, grise ou rougeâtre, brunâtre, même noirâtre, ou se présentent avec toutes ces nuances à la fois. — De là aussi la différence dans la structure de la substance elle même, ce qui a donné lieu à la distinction en substance médullaire hématode, mélanée, celluleuse et fibreuse. Ces variétés dépendent encore des tissus primitivement affectés, ainsi que du degré de développement de la maladie, de l'âge et de la constitution du sujet. — Aucun tissu de l'œil n'est donc spécialement le siège primitif du fongus médullaire; car comme le tissu cellulaire, véritable terrain d'origine de ce mal, entre dans la structure de toutes les parties, il peut se former, excepté dans la cornée et dans le cristallin, dans chacune d'elles; dans le nerf optique et dans sa gaine, dans l'épanouissement celluleux qui entoure les rameaux de l'artère centrale de la rétine et les nerfs qui les accompagnent, à la face interne de la rétine, dans les tissus membraneux et
vascnlaives de la sclérotique, de la conjonctive etc. — Selon que l'affection a débuté sur l'une ou l'autre des membranes internes, les symptômes diffèrent dans le commencement, en ce que surtout l'aspect trouble si diversement coloré, qui se montre dans le fond de l'œil, doit sa cause à la compression de la rétine qui se désorganise et devient visible, ou qu'il provient de la végétation de la masse fongueuse à la face interne de la rétine; c'est une distinction à laquelle on peut être amené par l'état particulier et l'aspect que présente l'obscurcissement dans le commencement, mais on n'a pas encore porté assez d'attention à ce caractère, et il disparait à mesure que par les progrès de la végétation de la masse, la rétine et les autres membranes de l'œil se trouvent déprimées et désorganisées.
Voy. mon manuel de chirurgie. Vol. II.
Maunoir, Wardrop, Langenbeck, Canstatt et autres regardent la moelle nerveuse, et la réline comme le point de départ du fongus médullaire, et envisagent celui-ci comme une végétation de la substance nerveuse et fondent en partie leur opinion sur les recherches chimiques qui ont prouvé l'identité de la composition du fongus médullaire et de la substance cérébrale; cette manière de voir est cependant suffisamment réfutée par Scarpa , Painizza, Meïen et autres. — Kluoe et Dzondi indiquent comme le siège primitif le névrilème, et de Waether le système sanguin, et non la rétine et le système nerveux. — D'après Panizza le fongus commencciait en général par une inflammation spéciale; il se sécréterait dans l'œil par l'effet du travail inflammatoire un fluide morbide probablement déposé par les vaisseaux qui se trouvent à la face externe de la rétine, ce fluide s'accumulerait toujours de plus en plus, s'épaissirait et occasionerait enfin l'inflammation, l'ulcération et la rupture de l'œil; la rétine venant alors à se mettre en contact avec l'air, s'enflammerait et occasionerait cet état morbide de l'œil dans lequel toutes les parties se trouvent converties en un fongus de mauvaise nature. — Il est évident que cette opinion repose sur le cas déjà plusieurs fois cité où l'accumulation d'eau entre la rétine et la choroide a été prise pour le fongus médullaire. — On peut lui opposer la manière de voir de Travers, qui dit que l'augmentation hydropique de l'œil ou la diminution de l'organe par absorption interstitielle est un signe certain de la non malignité de la maladie dont l'œil est affecté.
Je regarde la mêlanose du globe de l'œil, non comme une affection Spéciale, mais comme une sécrétion augmentée du pigment, produite par une influence constitutionellc spéciale, et en particulièr par un surcroit d'action du système veineux ; cette sécrétion peut se présenter dans le fongus médullaire, comme dans les autres tumeurs, mais clic n'en
déterminera jamais la nature et le caractère. — C'est pour cette naison qu'on observe l'aspect mélané dans les tumeurs les plus diverses, dans les bénignes comme dans les malignes, et qu'il peut y avoir aussi simple sécrétion de fluide mélané dans les cavités et à la surface des membranes séreuses et muqueuses.
Voy. mon manuel de Chirurgie. Vol. II, p. 408.
Ceixer et Carswell, Transactions of the medico-chirurgical. Society of
Edinburgli 1824, p. 264.
Savenko, tentamen anatomico-patliologicum de melanosi. Petropoli 1825. Pruscha, Abhandlungen iiber die Melanosc des Augapfels. Wien 1831. Mackknzie, loc. cit. p. 654,
Trois cas de mélanose du globe observés par Ehrmann, Stôber et Arowssohn; Diss. De la mélanose en général et de celle de l'œil en particulier: Roederbr, Strasbourg 1835.
Les causes prochaines du fongus médullaire sont très souvent obscures, car la maladie se développe fréquemment sans cause occasionelle appréciable chez des sujets bien portants en apparence. — Il y a toujours quelque vice caché qui favorise le développement du fongus médullaire ; il devient évident, lors même qu'il ne se manifeste pas d'autre phénomène, par cela même que le fongus apparaît sans cause quelconque ou à l'occasion du moindre accident, qu'il se montre à la fois dans plusieurs organes et reparoit de nouveau après qu'il a été enlevé; nous nommerons ce vice une diathèse fongueuse. Cette disposition peut être héréditaire *), ou avoir une connexion avec une action pervertie de la vie végétative , surtout avec les scrofules ou avec des affections cxanthématiques et impétigineuses antécédentes, la syphilis, la goutte et le rhumatisme. Le fongus médullaire s'observe le plus fréquemment dans le jeune âge au dessous de 12 ans. — Ses causes occasionelles externes sont des blessures, des coups , des commotions de l'œil et de ses environs, mais elles ne produiront jamais seules le fongus médullaire sans qu'il existe quelque diathèse générale.
*) de Wai.ther (Journal fur Chirurgie und Augenheilkunde. Vol. V, p. 255) doute cependant de l'hérédité du fongus médullaire., et soutient en même temps qu'il n'a jamais été vu congénital: mais Lerchk (loc. cit. p. 196) vit dans une famille de 7 enfans, trois garçons et
une fille succomber au fongus médullaire, et Travers (loc. cit. p. 210) observa un fongus médullaire congénital de l'œil où le bulbe présentait immédiatement après la naissance la dimension d'une noix.
Le pronostic du fongus médullaire de l'œil est très défavorable sous tous les rapports, car l'art est presque, pour ne pas dire tout-à-fait, impuissant contre cette maladie en général; l'extirpation du globe de l'œil entreprise de bonne heure est l'unique ressource. — Si la maladie s'est déjà propagée au nerf optique, s'il existe des phénomènes qui indiquent une dégénérescence fongueuse dans l'intérieur de la cavité crânienne, ou si ces dégénérescences se montrent dans les environs de l'œil ou dans des organes éloignés, toute opération est contr'indiquée, car elle ne fait que hâter l'issue mortelle. — Il est au reste nécessaire d'employer avec persévérance, avant et après l'opération, un traitement en rapport avec la constitution du sujet, et capable de modifier et d'améliorer l'action végétative de l'organisme, en même temps qu'on fera observer un régime convenable: c'est ainsi qu'on fera usage du mercure, de l'antimoine seuls ou combinés, de l'iode, des frictions mercurielles et du traitement par la faim, de la décoction de Zittmann, des tisanes de bois sudorifiques, de moyens toniques agissants sur le bas ventre, des dérivatifs etc. C'est la seule manière d'étouffer peutêtre le principe général de la maladie et d'assurer le succès de l'opération.
A la vérité on connaît plusieurs observations où l'extirpation de l'œil dans ces cas de fongus médullaire aurait été suivie de succès heureux et durable, mais d'après les résultats de ma propre expérience dans laquelle, j'ose le dire, j'ai toujours mis beaucoup de soin et de persévérance, je suis conduit a me prononcer d'une manière peu rassurante, car là où le succès a déjà semblé pendant deux et trois ans être heureux et durable, la mort est survenue par le développement du fongus dans d'autres parties, lors môme que la cicatrice de la plaie après l'opération, est restée dans le meilleur état. — Sans vouloir justement nier la possibilité d'une guérison durable , je me méfie d'autant plus de ces cas de succès, que le diagnostic de la nature de la maladie n'est pas toujours très prouvé; comme dans le cas déjà rapporté de Panizz.a où le succès a aussi été durable, et que souvent le peu de temps qui s'est passé après l'opération ne peut rien garantir pour l'avenir.
Du cancer des paupières et du globe de
l'oeil.
Le cancer des paupières peut se développer sur des points gercés ou excoriés, humides, dans des endroits endurcis, sur des verrues et d'autres tumeurs, dans des cicatrices dures, dans la peau des paupières ou à leurs bords; il peut se former spontanément ou à la suite de blessures accidentelles et d'irritations lors de traitements mal dirigés, et il présente dans sa marche différents phénomènes, selon qu'il revêt la forme rongeante ou ordinaire (squirrho-ulcéreuse).
Le cancer rougeant des paupières se développe ordinairement dans des endroits gercés et excoriés, sur un petit bouton dans la peau ou dans une cicatrice calleuse, eu présentant une ulcération qui s'étend très lentement, mais qui détruit peu à peu toutes les parties sans distinction. L'ulcère reste souvent pendant long- temps stationnaire , ses bords sont élevés, mous, lisses, serpentants et se convertissent accidentellement en une rangée de petits tubercules ou de proéminences; la peau qui entoure l'ulcère n'est ni épaissie, ni livide. — Le fond de l'ulcère offre en quelques points une surface tout-à-fait molle, vasculeuse, sécrétante, sillonnée de veines considérables donnant souvent lieu à de légères hémorragies ; sur d'autres points, la surface du fond de la perte de substance est couverte de granulations d'un aspect louable, d'une consistance ferme et souvent ne changeant pendant longs -temps, ni de forme, ni de dimension; la surface se cicatrise parfois dans quelques endroits; ces cicatrices sont dures, lisses et parcourues de veines variqueuses. — Si l'ulcération continue, la surface est moins rouge, brillante et couverte de granulations, et ordinairement la douleur est plus forte. — Si 1 ulcération
s'étend jusqu'aux os; ceux-ci s'exfolient souvent par petites parcelles, mais ordinairement ils sont détruits par ulcération comme les parties molles. — La matière qui s'écoule n'est ni mauvaise, ni sanieuse, mais elle a une couleur jaune et une consistance particulière, elle ne répand pas plus d'odeur que tout autre ulcère tenu proprement. — Il n'y a point de bourgeons charnus élevés, ou d'excroissances fongueuses dans le fond de la plaie, hormis ceux déjà indiqués des bords, et encore ne sont ils pas bien prononcés. — Quelquefois la surface de l'ulcère prend un aspect foncé, gangreneux, ce qui dépend de quelqu'hémorragie. — Les glandes lymphatiques ne sont point engorgées, et c'est là un des caractères qui distinguent la forme rongeante du cancer des paupières ; on le reconnaît encore à sa marche lente, à la disposition particulière des bords et de la superficie de l'ulcère, aux douleurs proportionellement peu intenses, et à linsuffisance de tous les moyens internes et externes autres que l'extirpation.
Jacob, observations respecting on ulcer of peculiar cliaracter, wliich attacks tlie Eye-lids and other parts of the face; Dublin Hospital Reports. Vol. IV; p. 232.
Le cancer des paupières qui se forme à la suite d'un squirrhe, se développe, ou bien par une tumeur dure, bosselée, parcourue de vaisseaux variqueux, ou bien par des verrues dures, des chalazes, des tubercules malins, qui accidentellement, ou par l'effet d'un traitement mal entendu, sont mis dans un état d'irritation continuelle. — Les progrès de la dégénérescence squirrheuse , son passage en cancer ouvert, et l'extension de l'ulcération rongeante, sont accompagnés de douleurs lancinantes et des autres phénomènes de l'ulcère cancéreux aux autres parties. — La marche est tantôt lente, tantôt rapide, ce qui dépend en partie de la constitution du malade et de ses rapports avec les agents extérieurs , eu partie du traitement. Mais on observe toujours que lorsqu'une fois le mal s'est étendu jusqu'à la conjonctive, il fait des progrès plus rapides, et que les tissus de l'orbite et du bulbe sont attaqués et détruits.
Ciielius, Ophtalmologie. Vol. H. 31