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MALADIES DU NERF OPTIQUE

ARTICLlî PREMIER Anatomie.

On désigne sous le nom de papille optique le disque formé par la terminaison du nerf optique au fond de la cavité oculaire. A ce niveau toutes les couches de la rétine font défaut. Sa forme est arrondie, son diamètre moyen, de r'",5 ; elle est située en dedans de la tache jaune, c'est-à-dire en dedans de l'axe antéro-postérieur du globe, à une distance de 4°"" environ. On peut établir d'une façon générale et suffisamment rigoureuse que la papille et la tache jaune sont éloignées l'une de l'autre de deux fois le diamètre de la première. Ce renseignement a son importance, quand il s'agit d'observer la tache jaune à l'ophthalmoscope.

Dans le nerf optique même, les fibres nerveuses à contour foncé sont réunies en plusieurs faisceaux entre lesquels la gaîne fibreuse du nerf envoie des cloisons cellulaires, qui les séparent les unes des autres. La plus grande partie du- tissu cellulaire du nerf et notamment toute sa gaîne externe se réfléchit sur la sclérotique et se confond avec elle.

Les cloisons cellulaires, dont il vient d'être question, forment la lame criblée. Celle-ci représente, comme son nom l'indique, un Véritable crible ou réseau à travers lequel passent les faisceaux de fibres nerveuses. Les mailles en sont peu serrées, elles se continuent en partie avec les couches les plus internes de la sclérotique, en . partie avec les couches les plus externes de la choroïde. Les éléments

ANATOMIE nu NERF OPTIQUE. 2tS de la lame criblée sont des cellules identiques à celles du stroma choroïdien; quelquefois ils sont entremêlés de cellules pigmentaires qui donnent parfois à la papille optique vue à i'ophthalmoscope un aspect tout particulier. La lame criblée est tendue, elle forme une légère concavité antérieure.

En avant de la lame criblée les fibres nerveuses perdent leur contour foncé, et se réfléchissent suivant des directions déjà mentionnées, pour se répandre dans toute l'étendue de la rétine. La couche qu'elles forment au niveau delà papille est nécessairement plus épaisse qu'en tout autre point (0""",2 environ). C'est ce qi,ii explique la saillie que fait cette dernière au fond de l'œil, et c'est ce qui lui a valu le nom de papille.

Les autres couches de la rétine n'apparaissent, ainsi que nous l'avons dit, qu'en dehors de la zone de réflexion des fibres nerveuses ; elles forment tantôt un relief taillé à pic, tantôt un bord mince qui s'épaissit graduellement.

Au centre de la papille, il existe un petit enfoncement qui résulte de l'inflexion des faisceaux de fibres dans toutes les directions. Généralement, cette petite fossette est le point d'émergence des vaisseaux rétiniens, mais dans quelques cas ces derniers, par suite de

Fig, 33. — Papille optique normale.

No, nerf optique. - Se, scl(1roti(|ue. - Ch, choroïde. - lté, couches externes de la riitiue. - Rr,, couche des fibres nerveuses de la rétine. — Le, lame criblée. - Vc, vaisseaux centraux.

bifurcations prématurées, sortent de la papille en d'autres points. D'ailleurs, outre ces vaisseaux centraux, la papille en possède quelques autres plus petits qui naissent à sa périphérie. La fossette de la papille est très-variable en étendue. Elle est située

OPHTIIALMOSCOPIE.

un peu en dedans du centre et ee traduit à l'ophthalmoscope par une teinte plus claire que le reste de la surface, ce qui est du a ce qu'en ce point la lame criblée plus ou moins mise a découvert

rpfléchit plus vivement la lumière.

Lafigureprécédente,empruntéeàl'atlasdeSchweigge^^

idée satisfaisante de la structure anatomique de la papille {fig. 33).

Hypérhémie. — Anémie de la papille.

Ce que l'on désigne sous le nom d' hypérhémie et d'anémie de la papille ne représente le plus souvent qu'un écart physiologique sans signification propre. Nous avons recueilli un certain nombre d'images ophthalmoscopiques appartenant à des yeux tout a fait sains, doués d'une acuité visuelle normale, dans le but de montrer combien l'état physiologique est variable, en ce qui concerne la couleur et par conséquent l'état de la vascularisation propre du nerf optique. Ce n'est qu'avec une extrême réserve qu'il faut accepter des diagnostics ophthalmoscopiques fondés exclusivement sur l'hypérhémie ou l'anémie de la papille optique. On peut dire, sans crainte d'être démenti, que, la plupart du temps, ils procèdent d'une illusion ou masquent une erreur de diagnostic.

Il est à peine utile d'ajouter qu'il n'est pas question, dans ce qui précède, d'un état symptomatique d'une névrite ou d'une névro-rétinite, et dont il sera fait mention avec tout le soin qu'il mérite quand il y aura lieu.

Embolie de l'artère centrale.

Le tronc artériel de l'œil peut être envahi par un caillot embolique, qui, en entravant la circulation rétinienne, occasionne des troubles fonctionnels, puis des désordres graves du côté de cette membrane. Il appartient à Wirchow d'avoir démontré anatomiquement la réalité de cet accident. L'atlas de Schweigger renferme un dessin qui reproduit d'après une préparation anatomique un très-bel exemple de ce mode d'obstruction [fig. 34). On y voit distinctement le caillot arrêté dans l'artère centrale à peu de distance de la papille.

EMnOLIE DE L'ARTERE CENTRALE. 247:

De Grœfe en aie premier reconnu l'existence sur le vivant; depuis lors une vingtaine d'observations au moins ont été publiées :

Fig. 34. — Embolie de l'artère centrale de la rétine.

toutes mentionnent les mômes symptômes. Ils sont assez caractéristiques pour permettre de reconnaître l'accident sans qu'il soit besoin d'avoir sous les yeux le corps du délit.

procédé d-oxpioration. - Par l'image renversée avec une lentille d'un court fo\er — compléter l'examen par l'image droite.

Signes opUtbaimoscoLiqucs. - Us varient selon l'époque de l'examen; peu après l'accident les artères paraissent vides, et sont représentées par un petit ruban ou un filet blanc très-fin dont les ramifications sont plus délicates encore. Dans deux faits rapportes par Sœmisch et Hirschmann, l'une des branches de l'artère seulement était exsangue. Chez un malade observé par Schneller de Dantzick, les branches de l'artère, au lieu d'être réduites a l état de filaments, présentaient une strie rouge centrale bordée de chaque côté par une ligne blanche. Chez une dame qui nous avait été obligemment adressée par Wecker , les artères rétiniennes avaient gardé leur volume; un double contour fonce limitant un centre clairet légèrement coloré en rouge, marquait leur passage

(»/. XX, HQ' 3). • i X j

Les veines, rélrécies au niveau de la papille, s élargissent et deviennent tortueuses vers les régions équaloriales ; leurs branches

OPHTIlALMOSCOPIli:

"sont parfois disfendues en certains points par des caillots épais, opaques et d'une couleur vineuse

La papille, ne recevant plus de sang de 1 artère centrale, est pâle anémiée, sans être opaque comme dans l'atrophie. Au bout de quelques jours une infiltration grisâtre œdémateuse envahit la région de la tache jaune, et souvent toute la rétine. L'aspect du fond de l'œil rappelle alors celui de la rétinite syphilitique [pl XVII, fig. 4). L'œdème est partiel quand l'embolie est localisée dans l'une des branches. Blessig a de plus observé des ecchymoses disséminées dans la membrane nerveuse. Un peu plus tard la papille s'atrophie; elle acquiert un reflet tendineux, elle s'excave, et laisse voir à sa surface, sous un fort grossissement, des stries très-fines, et un petit pointillé, plus brillant que le reste de la surface. La même altération se rencontre également dans la région de la tache jaune quand l'œdème a suffisamment diminué %ur permettre cette observation délicate. On trouve mentionnés dans l'observation de De Grœfe des troubles singuliers de la circulation veineuse, qu'il ne nous a pas été donné d'observer. La veine paraissait remplie par le sang d'une façon lort inégale; sur certains points elle était dilatée, gonflée; sur d'autres, entièrement vide, et cet aspect ne provenait point d'opacités du tissu rétinien, car le vaisseau était visible dans toute son étendue, et de plus les parties pleines et les parties vides alternaient entre elles. Le sang contenu dans la veine était soumis à un mouvement irrégulier'; tantôt il se dirigeait par saccades vers le nerf optique, tantôt il paraissait complètement immobilisé. Dè ce fait il résultait que les parties vides changeaient de place, comme la bulle d'air intercalée dans une colonne de mercure que l'on fait mouvoir; toutefois, durant ces déplacements, la partie du vaisseau située sur la papille restait le plus souvent complètement vide.

L'embolie de l'artère centrale a pour effet immédiat d'abohr à peu près complètement la vision ; un voile épais couvre subitement les objets, le malade distingue à grand'peine la lumière du jour, et quelques instants après il est complètement aveugle du côte malade. Le plus souvent la cécité est définitive ; parfois, après quelques heures ou quelques jours, il arrive qu'une lueur plus vive apparaît dans le champ de la vision périphérique. Mais cette amélioration est de courte durée. Schneller a cependant rapporté deux faits dans lesquels la vue se rétabli tau point de permettre la lecture du n" 2 de l'échelle avec un verre -|- 10. line restait plus de l'accident qu'un

NÉVRO-RÉTFNITE. 249

certain rétrécissement du champ visuel. Il en fut de même chez un homme de 52 ans observé pendant sept mois par Steffan. La vision s'améliora progressivement sans pourtant revenir à l'état normal.

Les recherches anatomiques de Schrœder, Vander Kolk et Kûgel, semblent démontrer que les caillots emboliques occupent le plus souvent l'artère ophthalmique, et non l'artère centrale.

L'embolie rétinienne a pour cause ordinaire une affection organique du cœur et plus particulièrement une lésion des valvules aortiques ; elle est le plus souvent précédée, accompagnée ou suivie d'altérations de même nature dans les artères du cerveau. Cette coïncidence lui donne une importance d'un ordre plus général; elle établit sous une forme nouvelle la relation étroite qui relie l'appareil de la vision avec les centres nerveux : un caillot dans l'artère de l'œil révélera au clinicien l'existence à peu près certaine d'une affection cardiaque peut-être méconnue jusqu'alors; il commandera de se mettre en garde contre des accidents cérébraux autrement

graves. . i • i

On a tenté de faciliter le rétablissement de la circulation ou le développement d'une circulation collatérale en diminuant la pression intra-oculaire par des paracentèses reitérées, et par l'iridectomie. On a aussi administré l'iodure de potassium dans le but de dissoudre le caillot migrateur. Dans une situation aussi grave, ces essais inoffensifs méritent d'ôlre renouvelés, en souvenir des quelques cas de guérison par la paracentèse, qui ont ete mentionnes par Liebreich.

Névro-rétinite.

On désigne ainsi un état palhoiogiqne '=»™'='"'f l»'; mation du bout inira-oclaire du nerf op ,que et d la 1 ' avoisinante de la rétine dans une .one hab, ue lenient cuculauc et à peu près égale à trois ou quatre to,s le d.ametre de la pa

t«.on..e p„.,.„,o«.a..c. - Les ;Xlaite",u1 affeetion eonsistent dans une hypcrtroplue du t s^u - ^ ^ '

enveloppe les fibres nerveuses au "^^^^^ >, t„,ers la

pour gagner la rétine, et au niveau de leui passade

2„(j OmiTHALMOSCOlME.

lamo criblée; celle-ci participe d'ailleurs à ce travail d'une façon très-acUve. Sœmisch s'est assuré qu'il existe simultanément une liyptîrplasie abondante du tissu cellulaire de la couche externe de la rétine dans la région péri-papillaire ; il s'y forme de petites excroissances qui circonscrivent d'étroites cavités saillantes du côté de la choroïde, et tapissées parla membrane limitante externe. Sous l'influence de ce travail, la couche des bâtonnets est à peu près complètement détruite, et ses débris, mêlés à de nombreux corpuscules graisseux, emplissent ces petites cavités.

L'hypertrophie du tissu cellulaire du nerf optique, au niveau de son passage à travers l'anneau inextensible que lui forme la sclérotique, a pour effet inévitable de provoquer un véritable étranglement des fibres nerveuses et des vaisseaux eux-mêmes. Il en résulte dans cette région une transsudation abondante qui gonfle la papille, la rend large, saillante, en même temps qu'elle opacifie la partie correspondante delà rétine. La figure suivante de Schweigger

représente cette tuméfaction de la rétine et de la papille [fig. 35). Le bout intra-oculaire du nerf optique est très-tuméfié, il s'épanouit dans tous les sens et forme un relief notable dans le fond de la cavité oculaire. Les couches externes de la rétine sont ainsi refoulées jusqu'en Re. La compression exercée sur les fibres nerveuses a pour elTot d'en déterminer promptement l'atrophie et la dégénérescence graisseuse.

NÉVHO-UÉÏINITE. 251 L'élément cellulaire de nouvelle formation subit à son tour la série des transformations régressives ; le retrait qu'il exerce dans la couche adventice des vaisseaux diminue considérablement leur calibre, principalement celui des artères. A cette période du mal la papille et la rétine sont dans un état avancé d'atrophie à laquelle les couches granuleuses seules résistent pendant un certaui temps.

Procc»ié «l'explora lion. — Par l'image renversée avec une lentille de long foyer ou par l'image droite : si l'œdème est considérable, il sera avantageux de dilater préalablement la pupille.

Signes oputhalmoscopiques. - L'image ophthalmoscopique de la névro-rétinite a des aspects variables suivant les cas et surtout suivant les phases de la maladie ; mais ils sont assez caractéristiques pour être toujours facilement reconnus. Au début et pendant la première période, que l'on pourrait désigner sous le nom de période d'hyperplasie œdémateuse, la papille a perdu son aspect habituel; elle est représentée par une tache opaque de forme arrondie, d'un gris plus ou moins pénétré de jaune de jouge, et parfois de violet. Les figures 1, 2, 3 de la planche XIX; 3 et 4 de la planche XXIII, reproduisent quelques-unes des nuances que nous avons observées; parfois cette nuance est uniforme [pl. XAlll, fia. 3 et 4), le plus souvent elle est formée de deux zones, 1 une centrale, plus animée de rouge ; l'autre périphérique, d un gris jaunâtre [pl. XIX, fig. 2 et 3). La disposition inverse peut aussi e rencorltrer. Selon que le tissu de la papille est plus ou moins hyperhémiéque la rétine elle-même, la partie centrale se distingue une teinle plus rouge ou plus pâle. En s'assurant du point d eme gence des vaisseaux, on reconnaît d'une façon certaine que cette

tache siège au niveau du nerf -V^^'^'^' \'\^'T'lTe^^^^ plus rouge, représente la papille, dont les bords sont eff^^^^^^ et voilés ;ar l'œdème de la rétine qui forme la partie peripheiique

de l'altération. i. j . r^nnillp et

Dans des eas exeeptionnels, malgré le gonflement ^ Pap.He et son peu de Iransparenee, on reeonnaU eneore la presenee de la lame'eriblée à une ligne plus elaire s.tnee au J™'^ d'émergence des vaisseaux (pl. XIX, fig. J) , F qu'alors elle a été fortement ropoussée en

Les vaisseaux rétiniens sont modiflés P^»^^"^^^;"* ^^"X gorgées de sang, sinueuses, ont un aspect qu. vai.e selon lepa.s

OPHTIIALMOSCOPIE.

seur et le degré d'opacité du tissu rétinien altéré dans lequel elles rampent. Dans certains cas, leurs contours sont effacés et leur volume diminue sans qu'elles cessent d'être apparentes [pl. XXIII, /iff. Set 4); dans d'autres, leur point d'émergence est tout à fait voilé {pl. XIX, /?//. 1 , 2); ailleurs encore, elles paraissent volumineuses à leur origine, puis sont masquées complètement dans la région péri-papillaire, ce qui les partage en plusieurs tronçons, sans rapport apparent de continuité : le long de leurs parois, apparaissent des extravasations sanguines à forme striée, qui prennent parfois un certain développement au pourtour de l'altération rétinienne. Dans tous les cas, un pouls veineux très-marqué les anime. Les artères sont généralement diminuées de volume.

Parfois, après une certaine durée du mal, la surface papillaire présente des plaques irrégulières d'un blanc jaunâtre {pL XIX, fig. 1 ; pl. XXIII, fig. 4), qui témoignent d'une désorganisation de tissu plus avancée. Nous avons observé quelques cas dans lesquels la rétine était parsemée de petites masses grisâtres très-brillantes, assez semblables, quoique plus petites, à celles qui caractérisent la rétinite albuminurique [pl. XIX, fig. I, 2).

La papille gonflée, hypertropbiée fait, avons-nous dit, une saillie relativement considérable au fond de l'œil. Son sommet, se trouvant par ce fait en avant du plan focal, réalise les conditions optiques de l'hypermétrope. Dès lors, on peut la voir distinctement avec le miroir seul en se tenant aune distance appropriée; en outre, en imprimant de légers déplacements à la lentille convexe dont on se sert pour l'examen à l'image renversée, on provoque une déviation parallactique bien plus étendue au point correspondant au sommet de la papille que dans les autres parties de l'image. L'ophthalmoscope binoculaire permet aussi de constater facilement cette saillie.

La tuméfaction du bout intra-oculaire du nerf optique est assez souvent inégale; d'un côté la papille s'élève presque à pic, tandis que, de l'autre, elle reste à peu près de niveau avec la rétine.

A une période plus avancée, qui représente la seconde phase de l'affection, l'image ophthalmoscopique a subi d'importantes modifications : la tuméfaction du nerf optique a diminué ; la papille s est affaissée ; le tissu rétinien pré-papillaire n'est plus infiltré ; les vaisseaux, artères et veines, ont perdu leur volume normal ; les ecchymoses, les plaques blanchâtres sont effacées ; les bords de la pa-

NEVRO-RÉTINITE. 253

j)ille ont recouvré leur netteté; la papille, devenue opaque, blanche, a subi plus manifestement la dégénérescence atrophique. Toutefois cette atrophie secondaire, terminale, dilîère des autres formes dont il sera bientôt question ; ainsi la papille, après la névro-rétinile, ne recouvre que bien rarement toute sa netteté; un nuage grisâtre, très-léger, atténue ses contours, elle reste opaque, saillante, ce dont on juge par l'inflexion des vaisseaux au niveau de son bord ; rarement elle s'excave ; au contraire, son tissu est encore assez développé pour que le point d'émergence des vaisseaux et la lame criblée soient cachés à l'observateur; aussi les vaisseaux rétiniens paraissent-ils plutôt passer devant la papille que naître de son centre. Dans un cas représenté à la planche XX, fig. 5, et qui n'est autre que le type figuré à la planche XIX, p.g. 3, et dessiné huit mois plus tard, la partie de la rétine envahie d'abord par l'infiltration était parcourue par un grand nombre de petits vaisseaux radiés anormalement développés.

La névro-rétinite entraîne fréquemment de légères altérations choroïdiennes ; la couche pigmentaire épithéliale s'hypertrophie et donne au pourtour de la papille une teinte bleuâtre ardoisée ^uiême figure). Quelquefois cette altération du pigment se traduit par un véritable cercle pigmentaire, situé à une certaine distance de la papille. Ces modifications sont dues à l'hypertrophie des couches granulées externes, à laquelle, nous le savons, l'épithélium de la choroïde demeure rarement étranger.

Signes fonctionnels. — Les troubles fonctionnels sont trèsvariables; parfois l'acuité visuelle est encore satisfaisante, alors que le gonflement de la papille et de la rétine est très-considérable ; d'autres fois le malade perd complètement la vue en quelques jours; le plus souvent la marche est progressive, et la cécité n'arrive qu'à la suite de l'atrophie complète du nerf optique.

La névro-rétinite a pour conséquence presque fatale, la perte absolue de la vision ; toutefois, dans des cas exceptionnels, lorsque la cause du mal a été supprimée à temps, la vision peut s'améliorer considérablement : de tels exemples sont trop rares pour qu U ne soit pas utile de mentionner celui que l'obligeance de notre collègue Désormeau nous a mis à même d'observer et de représenter. Us'a-it d'un homme de trente-trois ans, chez lequel se développa un anévrvsme cirsoïde de l'artère ophthalmique du côte gauche, à la suite d'un choc violent à la tempe droite. La tumeur anevrvsmatique provoqua par compression une nevro-retmite dont

OPHTHALMOSCOPIE.

il a été déjà précédemment question et qui est représentée à la fip ure 3 de la planche XIX. Par des injections de perchlorure de fer, ranévrvsme fut complètement et très-heureusement guéri. A partir de ce moment, l'acuité visuelle, réduite à ^ au début du mal, se releva à un -, et l'état local du fond de l'œil se modifia comme l'exprime la figure 5 de la planche XX. Dans ces cas heureux, bien propres à montrer jusqu'à quel point l'image ophthalmoscopique peutêtre modifiée sans que la vision soit troublée sérieusementd'une façon définitive, l'altération consiste dans une transsudalion séreuse abondante, beaucoup plus que dans un travail d'hyperplasie conjonctivale, car celle-ci aboutit à peu près fatalement à la destruction des éléments nerveux.

Étioiogie.— La névro-rétinite peut être la conséquence d'un état phlegmasique de la rétine; elle est alors d'origine intra-oculaire. Mais le plus souvent son point de départ siège dans l'intérieur du crâne et résulte d'une compression mécanique exercée sur les nerfs optiques. Cette compression peut être exercée par une tumeur de la base du crâne ou de l'encéphale, par des exsudais, par un dépôt de sang, par un fragment d'os détaché à la suite de violences traumatiques, etc. Trois fois nous avons vu la névro-rétinite se développer à la suite de chocs sur le rebord de l'orbite ou sur la tempe, qui avaient, selon toute raison, déterminé soit une fracture du trou orbitaire, soit un épanchement de sang dans le voisinage [pl. XXIII, fig. 3, 4, S, 6) ; dans un autre cas, dont il a été fait mention précédemment, l'inflammation de la papille était le résultat de la compression exercée sur le nerf optique au fond de l'orbite par une tumeur anévrysmale.

L'inflammation aiguë des couches superficielles du cerveau, surtout lorsqu'elle siège dans le voisinage des couches optiques, des corps striés et des tubercules quadrijumeaux, provoque aussi la névro-rétinite. Il en est de même de la ménmgite et principalement de la méningite basilaire : dans cette dernière circonstance, l'affection intra-oculaire peut être occasionnée de deux façons, ou bien par l'accumulation des produits inflammatoires sur le trajet des nerfs optiques, ou bien par la propagation directe de l'inflammation des méninges au tissu nerveux. Cette propagation n'a rien qui doive surprendre, surtout depuis qu'il acte démontré par Galezowski, ce que j'ai vérifié depuis, que le nerf optique et la papille reçoivent un grand nombre de vaisseaux capillaires fournis par les artères méningées.

NÉVRO-RÉTI^ilTE. Tô'.i

La connaissance des connexions analomiqucs des nerfs optiques peut fournir dans certains cas de bonnes indications sur le siège du mal, lorsqu'il est unilatéral. On sait que les deux troncs nerveux qui font suite aux bandelettes optiques subissent au niveau du kiasma une décussation à la suite de laquelle chaque nerf se distribue à la moitié externe de la rétine du côté correspondant, et à la moitié interne de la rétine du côté opposé. 11 en résulte que, si l'altération d'un nerf optique, qu'elle qu'en soit la cause immédiate, siège en arrière du kiasma, l'effet sur la vision sera, non pas une amaurose monoculaire, mais bien une hémiopie bilatérale.

L'examen des causes prochaines de la névro-rétinite conduit cà reconnaître une étroite relation entre les affections cérébrales et les phlegmasies du nerf optique. Cette relation avait frappé depuis longtemps les cliniciens, elle avait été mentionnée par eux : mais ce n'est que depuis l'application de l'ophthalmoscope qu'elle a acquis un grand caractère de précision. Le professeur De Grrefe, dans une communication faite en 1860 à la Société de biologie de Paris, a signalé le résultat de ses recherches à cet égard. Depuis lors, la plupart des observateurs ont rapporté des faits qui démontrent incontestablement que la plupart des affections à marche aiguë de l'encéphale s'accompagnent quelquefois d'altérations papillaires; mais il importe beaucoup, pour ne point s'égarer, de ne pas perdre de vue que ces manifestations oculaires sont excep- • tionnelles et impropres, pour tout esprit sévère, à servir de base à une méthode séméiologique. Ce qui restera vrai, c'est que, non-seulement la névro-rétinite est rare dans le cours des affections cérébrales, mais encore elle n'apparaît qu'à une époque où ces dernières sont confirmées par. un ensemble de signes suffisants pour les faire reconnaître. Dans de nombreux examens, pratiqués au lit du malade, nous nous sommes assure qu'il en était ainsi en particulier pour la méningite, sur le diagnostic ophthalmoscopique de laquelle on a surtout insiste La même observation avait été faite auparavant par Wecker. « Il est faux, dit cet auteur, qu'on puisse, comme M. Bouchut e pens , diagnostiquer, au moyen de l'image ophthalmoscop.que, la muimgite, notamment la forme tuberculeuse de cette ^vons, sur l'invitation de M. Roger, examiné pendant le cours d une année' tous les enfants qui se présentaient avec ^^^^^l^^^ rébraux ; nous pouvons assurerquo, dansles cas de menmgite vraie It confirmée pJr l'autopsie, l'examen ophthalmoscop.que na re-

OPHTHALMOSCOPIE.

vélé, à part une ampleur douteuse des vaisseaux rétiniens, aucune

altération significative. )) ^ . - m , j ♦ r + 11

11 en est de même de l'hémorrhagie cérébrale, dont 1 auteur de la Cérébroscopie a tracé également le diagnostic ophthalmoscopique. Pendant notre séjour à l'Hôtel des Invalides, nous avons eu l'occasion d'examiner, immédiatement ou très-peu de temps après l'accident, trente-cinq vieillards frappés d'apoplexie. En aucun cas il ne s'est présenté d'altérations dignes d'être mentionnées.

Les affections chroniques de la moelle, telles que la sclérose, l'ataxie locomotrice, la paralysie agitante, etc., peuvent s'accompagner de troubles visuels et d'altérations papillaires. Un grand nombre d'observations en témoignent: mais elles sont relatives surtout à des névrites optiques ou à des atrophies de la papille. S'il fallait en croire le mémoire communiqué par le docteur Bouchut à la Société de biologie dans le courant du mois de juillet 1869, cet état ne représenterait que la seconde phase d'une altération traduite d'abord par l'hypérhémie totale ou partielle, et par l'infiltration séro-sanguine de la papille, et assez significative pour faire reconnaître ces afiections spéciales dès leur début. 11 appartient à des observations ultérieures de montrer dans quelle mesure se trouve vérifiée cette nouvelle assertion.

Traitement. — La névro-rétinite étant presque toujours le résultat, soit d'une compression exercée sur le nerf optique, soit d'une phlegmasie aiguë du cerveau ou de ses enveloppes, soit des deux causes réunies, ne réclame pas de traitement propre. Tous les efforts doivent tendre à supprimer la cause en luttant contre l'affection cérébrale par les moyens appropriés, ou bien en faisant cesser la compression, quand par exception la chose est possible. Lorsque le nerf optique est comprimé dans la région intra-orbitaire, le traitement peut être efficace ; il en a été ainsi dans le fait de Désormeaux, mentionné ci-dessus.

Névrite optique et atrophie de la papille.

Nous désignons sous ce nom une altération de l'extrémité oculaire du nerf optique, caractérisée par une hyperplasie conjonctivale et la disparition régressive de ses éléments nerveux.

Étioiogie. — La névrite optique est l'expression de processus

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