NÉVRITE OPTIQUE ET ATROPHIE DE LA PAPILLE
pathologiques très-différents qui aboutissent à un terme commun, l'atrophie du nerf optique. En se fondant sur le mode d'évolution du mal, on a admis deux formes de névrite optique : l'une descendante, dans laquelle le point de départ réside dans les centres nerveux, ou vers les origines des nerfs, et se propage par continuité de tissu jusqu'à la papille; c'est à elle qu'appartient l'atrophie papillaire qui représente la seconde phase de la névrorétinite ; l'autre, ascendante, dans laquelle l'atrophie est le résultat de l'extension d'une maladie de la rétine ou de la choroïde. L'exemple le plus frappant de cette seconde forme s'observe dans la rétinite albuminurique. Au début, la rétine seule est malade, et ce n'est que plus tard que l'hyperplasie du tissu conjonctif envahit la papille. Lorsque la névrite optique dérive d'une choroïdite ou d'une rétino -choroïdite, la transmission a lieu par l'intermédiaire des fines ramifications vasculaires qui établissent une communication entre les membranes oculaires et le nerf. Les figures 4, 5, 6, de la planche XII, représentent des exemples de cette forme de névrite consécutive. La névrite ascendante dépasse rarement les limites du bulbe. Cela tient à la résistance opposée à la propagation du mal par la lamina dont les faisceaux sont hypertrophiés. C'est pour ce motif qu'Iwanoff a proposé de lui réserver le nom de névrite intra-oculaire. De Grœfe admet une troisième variété qui serait développée primitivement dans le tissu du nerf et caractérisée seulement parla stase du sang dans les vaisseaux capillaires, car il n'existe alors ni inflammation ni troubles visuels.
Iwanoff, dans un cas de ce genre, ne constata à f autopsie quHrne hyperhémie passive de la papille, une distension considérable de ses vaisseaux avec infiltration séreuse de son tissu sans prolifération cellulaire ni altération des fibres; mais il convient d'ajouter que, le plus souvent, cet état est suivi d'inflammation, de formation d exsudais et d'hypertrophie molle du tissu conjonctif interstitieL
Le plus souvent, la névrite optique est sous la dépendance d une altération des centres nerveux; c'est à elle que convient a plus de titres la dénomination d'amaurose cérébrale. A mesure que 1 oIdservation clinique et le microscope jettent une lumière plus vive sur la nature intime des diverses affections chroniques de encéphale et de la moelle, à mesure aussi l'ophthalmoscope vientjo rnir son appoint de connaissances et affirmer l'étroite -nnexi q existe entre fencéphale et le sens de la vision. P^^^^^^^^^^^ de cette relation, il importe de rappeler que les éléments tubulcux
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A nP se terminent pas tous aux corps genouiUes ou aux
::Ltr leaux; u,l certain nombre d'entre eux vont ga-
Itr rhémisphèreset même les circonvolutions cérébrales. La démonstration anatomique de ce fait a été donnée par GraUolet. "^^^^^ a découvert, en effet, que chez les mammi-
flT des fibres nerveuses, émanant de la racme du nerl optique aui contourne la couche du même nom, s'épanouissaient en eventail dans toute la longueur du bord supérieur de 1 hémisphère correspondant depuis l'extrémité supérieure du lobe occipital jusqu'au sommet du lobe pariétal. C'est ainsi que des alteratmns profondément cachées dans les hémisphères cérébraux peuvent entraîner l'atrophie des nerfs optiques et la perte de la vue.
Ces altérations appartiennent à des processus pathologiques variables- on y a rencontré les productions de nouvelle formation les plus diverses, des tumeurs syphilitiques, cancéreuses, inflammatoires d'anciens fovers hémorrhagiques, etc. ; mais, quelle que soit leur nature, elles paraissent avoir pour effet de déterminer une altération toujours identique, différente par conséquent de la lésion primitive, dans les éléments de conduction du sens visuel. Les corps genouillés, les tubercules quadrijumeaux, les bandelettes et les nerfs optiques subissent une modification qui se traduit par une diminution de volume et une dégénérescence granuleuse de l'élément nerveux, avec épaississementde la trame de substance coiiionctivale, manifeste surtout dans les points où se trouve a 1 état normal nne plus grande quantité de tissu cellulaire. Cette évolution pathologique secondaire, mise en lumière par Lancereaux dans un travail fort intéressantet fondé sur des observations nombreuses, ne dilïère pas de celle qu'a signalé autrefois Ludwig Tûrk, el les desordres qui en sont la conséquence ont la plus grande analogie avec ce qu'a obtenu expérimentalement Waller, de Londres. Ce physiologiste est parvenu en effet à démontrer un fait intéressant, vérifie depuis par d'autres observateurs, à savoir : que les cordons nerveux subissent une altération constante, toujours la même pour chaque espèce, et toujours dans le môme sens, à la suite de leur solution de continuité. Coupe-t-on la racine antérieure d'une paire rachidienne, on voit bientôt les tubes nerveux se modifier dans le bout périphérique, tandis que le tronçon, tenant à la moelle, reste intact : la section est-elle pratiquée sur la racine postérieure, entre le ganglion et la moelle, c'est au contraire le bout central qui subit une métamorphose, tandis que l'autre reste sain. Les faits pathologi-
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(jnes réunis par Lancereaux semblent trouver leur justification clans ces expériences de Waller. L'altéralion siégeant dans l'épaisseur du lobe antérieur isole les fibres conductrices des cellules de la substance grise, centre d'élaboration de la Conclion, et intercepte ainsi, comme Waller le faisait par la section des racines antérieures ou postérieures, l'inflnence ganglionnaire ou médullaire sur la vitalité de ces fibres. Dans ces deux ordres de faits apparaît , le mèine rapport; d'abord une lésion primitive traumatique ou pathologique, puis une lésion consécutive, résultat d'un trouble nutritif, toujours identique et se traduisant par l'atrophie et la destruction d'un ordre déterminé de fibres nerveuses.
Les détails qui précèdent méritaient d'être mentionnés, parce qu'ils donnent une raison physiologique à ces nombreux exemples d'atrophie papillaire que rien ne justifie en apparence. Us montrent aussi combien était trop absolue cette opinion qui considérait l'amaurose cérébrale avec atrophie papillaire comme le signe constant d'une tumeur cérébrale agissant par compression sur les nerfs optiques. Cependant tout n'est pas élucidé dans cette voie : d'abord il y a lieu de rechercher si d'autres altérations consistant en des troubles de nutrition des éléments cellulaires et nerveux des hémisphères ne provoquent pas également l'amaurose; ensuite, il reste encore à expliquer certaines particularités des faits cliniques, difficiles à justifier par les données de l'expérimentation. Par exemple l'altération des deux cordons optiques et une atrophie papillaire double ont été la conséquence de la lésion d'un seul hémisphère. Faut-il croire que le travail d'atrophie d'abord limité à un seul côté se soit propagé à l'autre par l'intermédiaire de communications établies au niveau des tubercules quadrijumeaux, ou entre les deux bandelettes optiques? Et de même, la lésion de l'une des bandelettes, en admettant même comme démontré qu'elle se propage à l'autre, devrait être limitée à l'un des côtés au moins durant un certain temps, et produire non pas une amaurose, mais bien une hémiopie réglée par le mode de décussation des nerfs opti-iues au niveau du kiasma. Autant de points obscurs à élucider : il est à désirer, pour lever tous les doutes, que les observateurs, dont l'attention sera fixée sur ce sujet, décrivent avec plus de précision et de détails les troubles de la vision qu'ils auront observés. . .
Les diverses altérations, siégeant au niveau des origines appa^ rentes des nerfs optiques ou dans le voisinage des bandele tes, provoquenl.souvent l'atrophie papillaire. Les alléchons cerebel-
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leuses telles que tumeurs diverses, foyers d'encéphalite en voie de ramollissement, etc., s'accompagnent aussi assez souvent d amblvonie • celle-ci est habituellement monoculaire, et située du même côté auê l'altération. Dans l'opinion de Brown-Séquard, le trouble de la vision serait dû alors à l'irritation de certaines parties du cervelet qui président à la nutrition des nerfs optiques.
On sait depuis longtemps que l'ataxie locomotrice se complique de troubles visuels dont le dernier terme est l'atrophie complète des papilles optiques. L'altération propre de l'ataxie, qui consiste dans une dégénérescence grise des cordons postérieurs de la moelle agit-elle ainsi en irritant certaines parties qui président a la nutrition des nerfs optiques? ou bien, ce qui est plus rationnel, cette altération, que quelques auteurs considèrent comme le résultat de l'inflammation du tissu cellulaire interstitiel des cordons de la moelle, ne se développerait-elle pas concurremment, et en vertu de la même aptitude, fort inconnue d'ailleurs, sur le névrilème des nerfs optiques. On trouve dans le travail du docteur Topinard sur l'ataxie locomotrice certaines indications qui rendent la chose vraisemblable. Ainsi il a rencontré chez des ataxiquesla vascularisation, la diminution de consistance et de volume, la dégénérescence grise semi-transparente des nerfs optiques.
L'atrophie papillaire, qui se rattache à l'ataxie, ne se déclare pas au début du mal, elle suit la marche des troubles de la motilite, et il est bien rare qu'elle les précède. Pourtant De Grœfe etDuchenne (de Boulogne) en ont rapporté des exemples. Il n'est pas rare au contraire que l'atrophie papillaire soit le premier symptôme d une alîection des centres nerveux.
On a voulu beaucoup étendre dans ces derniers temps le cercle des relations qui existent incontestablement entre les centres nerveux et l'appareil de la vision ; peut-être les a-t-on de la sorte rendues moins sûres. La démence, la folie, la manie, l'idiotie, l'épilepsie, la mélancolie, interrogées tour à tour, ont fourni à l'auteur de la Cérébroscopie un contingent bien lourd de manifestations oculaires. On peut en juger par les renseignements suivants publiés par lui, à la page 239 de la Gazette des hôpitaux (année 1868). Sur .^3 malades atteints de paralysie générale, 41 avaient une atrophie de la papille, 7 une lésion douteuse ; sur cas de démence chronique, 23 avaient des lésions du nerf optique; sur 43 épileptiques, 15 présentaient des lésions de la papille; chez les idiots, la môme affection s'est montrée 5 fois sur