CAUSES DE LA MYOPIE
proportion. D'après Donders on pourrait aller plus loin encore. Il admet bien que de légers degrés de myopie peuvent exister sans atrophie chez de jeunes sujets ; mais, que la myopie ait été stationnaire ou progressive, les traces de l'atrophie ne font plus défaut après l'âge de dix ans. On est donc autorisé à dire, que la myopie est sous la dépendance de la cause pathologique qui provoque le développement de l'atrophie staphylomateuse.
Il ne faudrait pas en conclure toutefois que cette atrophie n'existe que dans la myopie. Nous avons démontré en effet (Atlas, pl. IX), que l'on rencontre assez souvent, surtout pendant l'âge mûr, des atrophies péri-papillaires sans myopie. Donders l'a constatée deux fois sur des yeux hypermétropes. Dans le cours de nos conférences de cette année nous avons également fait voir chez un hypermétrope [p), âgé de vingt-deux ans, une atrophie simulant à s'y méprendre un staphylôme postérieur au deuxième degré. La même altération se remarque assez fréquemment aussi dans le glaucome, mais alors elle a moins d'étendue (Atlas, pl. XXII).
D'une façon générale le degré de l'amétropie est en raison de l'étendue du staphylôme, que l'on évalue par la hauteur du croissant atrophique : ie plus souvent aussi, pour un même degré de myopie, le développement du staphylôme est d'autant plus grand que le sujet est plus âgé. Telle est la loi déduite par Donders de l'examen de mille quatre cents yeux myopes. Ajoutons toutefois que cette règle comporte de nombreuses exceptions. Dans des degrés assez élevés, on peut rencontrer seulement des traces d'atrophie, et dans d'autres plus faibles, une plaque relativement très-développée.
L'apparition et le développement du staphylôme postérieur sont laconséquenced'uneprédisposition congénitale quiconsiste,soitdans un affaiblissement primordial des membranes intra-oculaires, soit dans l'existence d'un processus pathologique qui, marqué par de fréquents symptômes d'irritation, conduit à l'atrophie régressive de ces mêmes membranes.
Cette prédisposition est nécessaire : sans elle les causes tonctionnelles ne peuvent déterminer la myopie. ^
Elle est en outre fréquemment héréditaire. Cette ti-ansmission. de lamyopie,acceptéepartouslesauteurs,s'imposedepuisuntemps
immémorial comme une tradition populaire. Il n'existe pas a notre connaissance de recherches ayant pour but de faire connaître d i quelle proportion elle existe. Ce que l'on peut dire, c est q elle représente la règle. Toutefois, quelques-uns des enfants seulement
.j,g OPTOMÉTRIE.
en subissent la conséquence. Donders croit avoir observé que c'était le plus jeune de préférence.
La même transmission s'observe lorsque l'un des parents seulement est myope; dans un cas de ce genre, j'ai constaté une particularité qui mérite d'être relatée. Ceux des enfants qui étaient aiteints de myopie héréditaire, et à un degré élevé, avaient la ressemblance physique et jusqu'à la couleur des yeux de celui de leurs parents qui n'était pas myope, tandis que les autres, nés et restés emmétropes, ressemblaient au parent myope.
Il en est de la myopie comme des autres prédispositions. Développée une première fois à un faible degré, elle se transmet aux descendants et fait des progrès à chaque transmission, de telle sorte que le principe héréditaire livre à chaque génération les effets accumulés des générations antérieures. Il est aussi d'observation que l'influence héréditaire est d'autant plus à craindre qu'elle s'est exercée sur un plus grand nombre de générations. C'est ainsi que la myopie, élevée à un très-haut degré, devient dans quelques familles un héritage presque assuré.
B. Causes fonctionnelles. — On ne saurait mettre en doute que la position sociale exerce une grande influence sur la fréquence de la myopie : elle est très- commune chez les riches et dans les classes aisées, relativement rare chez les pauvres. 11 est aussi d'observation que les villes comptent beaucoup plus de myopes que les campagnes. Ware, il y aura bientôt soixante ans, se fondant sur l'examen de dix mille hommes environ, conclut que la myopie, parmi les simples soldats, était presque entièrement inconnue. Percy exprime à peu près la même opinion, en attribuant malicieusement à la conscription le développement de la myopie dans l'armée française. De telles opinions, acceptables pour leur époque, ne sauraient être soutenues aujourd'hui. Le nombre des myopes est considérable dans l'armée et ailleurs : nous nous mettons en mesure de le démontrer par la statistique.
Tous les auteurs qui ont écrit sur le sujet qui nous occupe s'accordent pour reconnaître que la plus forte proportion de myopes se rencontre, pour des jeunes gens de même âge, dans les lycées et plus encore dans les écoles qui obligent à des travaux assidus sur des objets délicats. Selon toute raison, la transmission héréditaire est plus fréquente dans les classes qui alimentent les lycées, que parmi les classes ouvrières ou agricoles. Mais néanmoins cette circonstance montre clairement que la fréquence relative de la