‹ Traité pratique d'ophthalmoscopie et d'optometrie [electronic resource]Chapitre 52 sur 89 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

HYPERMÉTROPIB (H).'

On désigne ainsi une seconde forme d'amétropie dans laquelle les rayons parallèles, qui pénètrent dans l'œil, viennent former foyer

derrière la rétine.

L'œil hypermétrope est un œil trop court absolument parlant ; il représente donc un état amétropique directement inverse de celui de la myopie ; ici la réfraction fixe est en excès comme nous l'avons vu ; là, elle est en déficit.

De même que l'œil myope peut être décoitiposé en un œil emmétrope devant lequel serait placée une lentille idéale exprimant l'excédant de la réfraction fixe, de même l'œil hypermétrope peut être représenté par un œil emmétrope auquel il manque une quantité de réfraction égale à la valeur réfringente de la lentille idéale biconvexe qui, accolée à la cornée, ramènerait le foyer sur la rétine.

• Les conséquences optiques de cet état sont faciles à déduire. Les rayons parallèles ou divergents, c'est-à-dire tous les rayons fournis par les objets extérieurs, ne peuvent former, s'ils ne sont artificiellement modifiés dans leur marclie, d'image nette sur la rétine ; ils y produisent des cercles de diffusion dont l'étendue augmente avec le degré de leur divergence, ou en d'autres termes avec le rapprochement de l'objet.

Dans de telles conditions, la vue, sans l'intervention de l'accommodation, ne peut être nette ni de loin ni de près ; elle est encore passable pour les grandes distances et pour les gros objets, mais elle se trouble de plus en plus à mesure que le point de mire est plus petit et plus rapproché.

On avait d'abord désigné l'hypermétropie sous le nom d'hyper-

FORMKS Dli L'HYPERMÉTftOPIK. 359

presbyopie, parce qu'on la considérait connnie un degré très-élevé de presbytie ; mais ces deux états sont de nature essentiellement différente. Dans l'hypermétropie, il existe une malformation du globe oculaire, qui entraîne un trouble de la réfraction fixe ; dans la presbytie, l'œil est bien conformé, la réfraction fixe, normale, seulement la limite de la vision rapprochée s'éloigne progressivement en raison de l'afFaiblissement sénile de l'accoramodation. L'hypermétropie est aussi appelée par quelques auteurs, mais cette fois avec raison, hypéropie.

ARTICLE PREiMIEK.

Historique.

L'hypermétropie^ quoique très-fréquente, n'a été observée et bien caractérisée pour la première fois que par Janin (1772), puis par Wase en 1813. Il n'en fut plus fait méntion avant 18S4, époque h laquelle Raéte appela de nouveau l'attention sur elle. Stellwag, de Carion et de Grœfe concoururent aussi à la faire bien connaître; mais c'est h. Donders que l'on doit d'en avoir fait une étude complète, dogmatique, et surtout d'avoir montré comment elle est déguisée pendant le jeune âge par l'intervention, alors très-active, de l'accommodation.

ARTICLE IL Formes de l'hypermétropie.

L'hvpermétropie se présente dans la pratique sous deux formes bien différentes dans leur expression ; elle est latente ou manifeste.

V Myperméiroplo latente (H/). - On appelle ainsi toute hypermétropie dans laquelle l'intervention de l'accommodation vient masquer en tout ou en partie le déficit de la réfraction fixe. Ainsi un sujet atteint d'hypermétropie devrait être dans l'impossibilité absolue de distinguer nettement les objets éloignes. Il n en est rien, et la plupart du temps la vue est très-bonne. Voici pourquoi. L'œil normal ou emmétrope voit distinctement à grande d.stance par le seul effet de sa réfraction fix.; ; l'accommodation, inutile dors, est à l'état d'indifférence ou de repos; c est une faculté don il dispose, mais dont il n'usera qu'autant que les objets seront plus rapprochés et que les rayons lumineux pénétreront dans

OPTOMKTRIE.

l'œil avec une divergence suffisante pour faire reculer le foyer. L'œil'hypermétrope, au contraire, ne possède pas un pouvoir réfringent fixe suffisant pour voir distinctement de loin. Il ennprunte ce qui lui man<iue à la faculté dont il dispose, c'est-à-dire qu'il met en jeu son accommodation pour voir de loin, de la même façon que l'œil normal l'emploie pour voir de près. L'effort accommodatif requis par l'hypermétrope sera nécessairement en rapport avec le déficit de la réfraction, et représenté par la lentille idéale accolée à la cornée, qui modifierait la marche des rayons parallèles de façon à amener leur rencontre sur la rétine.

Plus l'accommodation est puissante, plus le degré de l'hypermétropie latente est élevé. Il résulte desobservations de Donders que pendant la jeunessel'accommodation peut rendre latentes des hypermétropies de ^ et même de ^. Cette forme ne se rencontre évidemment que pendant la période d'activité de l'accommodation, c'està-dire jusqu'à l'âge de cinquante ans environ.

Le propre de la vue hypermétrope est d'associer un certain degré de tension accommodative à tout acte de vision. C'est pour ce motif que de légers degrés d'hypermétropie passent si souvent inaperçus chez les jeunes gens. L'expérience démontre que toutes les fois que l'on a quelque raison de soupçonner son existence sans pouvoir la constater directement, on y parvient en faisant usage de l'atropine.

2° Hypermétropie manifeste (Bm). — On appelle ainsi l'hypermétropie non déguisée par l'accommodation, soit parce que le sujet a atteint l'âge oii celle-ci cesse d'agir, soit parce que le vice de la réfraction fixe ne peut être entièrement corrigé par elle : dans ce dernier cas, l'hypermétropie manifeste et l'hypermétropie latente se trouvent réunies.

Toute hypermétropie primitivement latente devient graduellement plus apparente et finit par se manifester complètement. Il résulte des observations de Donders qu'une hypermétropie latente de ~ chez un enfant se transforme avec l'âge de la façon suivante :

h 20 ans : H/ (^^) + ihn (-1) ; îi ^lO ans : Hl + H m ; à, 70 ans : H/ (0) + H»( (A- o„ 1).

A cette dernière époque de la vie, l'hypermétropie, devenue tout à fait

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