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CHAPITRE Vil

[ASTIGMATISME (de i, priv., et otî^i^.*, point). As.

On désigne sous ce nom un vice de la réfraction, causé par une inégalité dans la puissance réfringente de divers méridiens de l'œil et plus particulièrement de deux méridiens perpendiculaires entre eux. Cette inégalité résulte d'un défaut de symétrie dans les surfaces de séparation des milieux réfringents par rapport à l'axe de l'œil.

Un organe ainsi constitué ne peut jamais être au point. Dans l'œil normal, un point lumineux quelconque placé à la portée de la vue distincte, donne sur la rétine une image qui se réduit à un point ou tout au moins à une tache de diffusion circulaire trèspetite. Dans l'œil astigmate, au contraire, si l'image esi punctiforme, suivant le méridien le plus réfringent, elle sera allongée, diffuse, suivant le méridien qui l'est le moins, et réciproquement. Et de môme, en faisant fixer deux lignes, tracées perpendiculairement entre elles sur une feuille de papier, et en les éloignant progressive-

ÉTAT DIOPTHIQUE DE L'ASTIGMATISME. 3^7 ment, on reconnaîtra que l'une d'elles seulement peut être vue distinctement a la fois. Supposons, pour axer les idées, que chez n myope la hgne horizontale cesse d être distincte à u 'distance de IX pouces, et la ligne verticale, à 10 pouces, il demeure évidenl que le sujet observé [a une myopie ± pour les lignes verticales et une myopie 1 pour les lignes horizontales. La différence entre ces deux

limites (i-^), démontre l'existence de l'astigmatisme et en exprime le degré.

Ici la marche des rayons lumineux est moins simple que dans les appareils réfringents, à surfaces sphériques et symétriques. Four bien comprendre le mode de formation dés images sur la rétine, il est nécessaire d'entrer dans quelques explications théoriques.

État dioptrique de l'œil astigmate.

L'effet optique de l'œil astigmate peut être assimilé à celui d'une lentille dont les surfaces ou l'une des surfaces, envisagée suivant deux méridiens différents et le plus souvent perpendiculaires entre eux, mesure des rayons de courbure inégaux. Admettons que de ces deux méridiens, l'un est horizontal et l'autre vertical, et que tous deux appartiennent à la lentille Ldont l'axe est représenté par la ligne XX {/îgf.^Q). Etant donné un point lumineux P placé sur cet axe en avant de la lentille, voyons quelle sera la forme du faisceau réfracté. Tous les rayons compris dans le méridien vertical sont réfractés dans ce plan et concourent au point F; AF et A'F en marquent les limites extrêmes. Et de même tous les rayons compris dans le méridien horizontal sont réfractés dans ce plan et concourent au point F'; BF' et B'F' en représentent les limites. La distance FF' qui sépare les deux foyers est désignée sous le noni à'intervalle focal. La construction de la figure suffit pour montrer quelle est la forme du faisceau réfracté aux diverses distances. Si on interpose un écran maintenu perpendiculairement à l'axe au niveau du point D situé entre la lentille et l'intervalle focal, on obtiendra une surface de diffusion elliptique dont le grand axe est horizontal : à mesure que l'écran sera rapproché de F, les deux axes de l'ellipse diminuoronl, mais d'une façon inégale, le vertical plus rapidement que l'horizontal. Au point F, l'axe vertical est nécessairement pwictiforme^

• . In <,P trouve le point d'entre-croisement des rayons verticaux puisque lase trouve [ ^^^^.^^ ^.^^.^ ^

droite horizontale. Si l'on continue à éloigner l'écran de F vers F', l'axe horizontal de la section continue à décroître et son second axe vertical augmente. Cette section est : en E une ellipse dont le grand axe est encore horizontal ; en G, un cercle de petit diamètre ; en H une ellipse dont le grand axe est vertical, et en F une droite verticale. Au delà de l'intervalle focal, la surface lumineuse a constamment la forme d'une ellipse à grand axe vertical et dont les deux axes augmentent proportionnellement à mesure que l'on s'éloigne de F'.

Les taches de diffusion sont d'autant plus grandes que l'écran est plus éloigné du foyer F ou du foyer F'. C'est au niveau de ces deux plans qui marquent, ainsi que nous l'avons dit, les limites de l'intervalle focal que l'image du point lumineux a lé minimum d'étendue et le maximum d'éclat, puisqu'elle est réduite à une ligne.

Pour se représenter d'une façon plus expressive encore la marche des rayons lumineux dans l'œil astigmate, on peut figurer ces derniers par des fils fixés à deux plaques de carton maintenues parallèlement à une certaine distance l'une de l'autre. Le professeur Gavarret a fait disposer par E. Duboscq un schéma de ce genre pour ses cours à la Faculté de Paris.

OPTOMÉTRIE.

DES FORMES DE L'ASTIGMATISME. m En substituant à l'écran la surface de la rétine, on voit ce que sera, au fond de l'œil astigmate, l'image d'un point lumineux exteneurs itué sur l'axe optique. Cette imago n'est jamais un point, mais bien une tache de diffusion, dont la forme et l'étendue varient selon que la rétine est- située dans l'intervalle focal ou en dehors.

Ce qui est vrai pour un point lumineux situé sur l'axe l'est également pour un point lumineux quelconque situé en dehors de lui, pourvu que les rayons incidents ne se présentent pas sous un angle trop considérable.

Comme une ligne droite peut-être décomposée en une série de points juxtaposés, il en résulte que l'image d'une droite verticale paraîtra nette lorsque la rétine sera au foyer du méridien horizontal, c'est-à-dire à l'extrémité éloignée F' de l'intervalle focal, puisque nous venons de voir que dans ce plan l'image d'un point ou de la série des points juxtaposés qui composent une ligne droite est représentée par une ligne droite verticale. Ces images empiètent les unes sur les autres et forment dans leur ensemble une seule image linéaire nette, mais nécessairement plus grande que ne le serait l'image fournie par un appareil réfringent à surfaces sphériques. Pour toute autre position de la rétine, soit en avant, soit en arrière, chaque point donnera une image élargie dans le sens horizontal, et par conséquent la ligne verticale entière manquera de netteté.

De la même façon l'image d'une ligne droite horizontale ne sera nette, c'est-à-dire dépourvue d'élargissement vertical, que si la rétine est placée au foyer des rayonscompris dans le méridien vertical.

Quant aux lignes droites perpendiculaires à l'axe de l'œil el situées en dehors du méridien vertical et du méridien horizontal, leur image ne sera jamais nette, puisque c'est dans ces deux méridiens seulement que les images se réduisent à une ligne lumineuse; en dehors d'eux la forme linéaire n'existe pas. Par conséquent, quelle que soit la situation de la rétine, l'image d'une ligne droite sera toujours élargie et diffuse.

ARTICLE IL Des formes de l'astigmatisme.

a. Asilgmatiwme pbyMloiogique. — Des mensurations nombreuses ont démontré que les surfaces de séparation des milieux

réfrinc^ents oculaires ne sont pas rigoureusement centrées sur vZ de l'œil ni absolument symétriques. 11 en resuite, d après ce nue nous venons d'établir, que l'œil de l'homme est toujours astigmate Pour le constater, il suffit souvent de faire fixer a un certain nombre de personnes prises au hasard et qui ne se plaignent nullement de leur vision une figure étoilée tracée sur une feuille de papier (^^7 57), et tenue à une distance de 12 pouces environ; on

Fig. 57.

constatera que beaucoup d'entre elles ont un degré sensible d'astigmalisme, que l'on reconnaît le plus habituellement à ce que le rayon vertical est seul parfaitement net, tandis que le rayon horizontal est le moins distinct de tous.

Pour celles qui déclarent voir également bien suivant les divers méridiens, il sera bon d'avoir recours à une contre-épreuve qui consiste à leur mettre devant l'œil un verre cylindrique faible (rs ^ 4) P''opi'<î à les rendre légèrement astigmates. On s'assurera de la sorte du degré d'exactitude des réponses obtenues.

Mais ce qui est vrai à un point de vue théorique et rigoureux cesse de l'être au point de vue pratique, et en prenant pour guide l'exercice de la fonction. Il résulte des observations de Em. Javal auquel on doit d'excellents travaux sur cette question, qu'il arrive assez souvent que l'œil n'ofCrc pas d'astigmatisme sensible aux plus déli-

DBS FORMES DE L'ASTIGMATISME. 3iH cats procédés d'investigation. Cette contradiction entre la donnée théorique et l'observation, résulte de ce que chez les sujets dont la vision est le plus nette, l'asymétrie des surfaces est extrêmement faible, et par conséquent l'intervalle focal, extrêmement court. Dès lors l'œil adapté pour les verticales l'est sensiblement pour les horizontales, et l'image d'un point lumineux ne dépasse en aucun sens les dimensions d'un élément sensible de la rétine. Dans ces conditions, l'appareil de réfraction, tout imparfait qu'il est, peut être considéré comme un appareil dioptrique à surfaces sphériques.

Tout astigmatisme qui est assez faible pour ne pas causer de trouble dans l'exercice de la vision a été désigné pour cette raison sous le nom à' astigmatisme physiologique. On admet généralement que le rayon de courbure du méridien vertical est plus court que celui de l'horizontal, c'est-à-dire, d'après les démonstrations précédentes, que la ligne verticale reste nette à plus longue distance de l'œil que les autres. Ce résultat a paru si général que, lorsque le contraire a lieu, on dit que l'astigmatisme est contraire à la règle. La proposition, vraie pour l'astigmatisme pathologique, est contestée par Em. Javal lorsqu'il s'agit de l'astigmatisme physiologique. Dans les nombreuses déterminations faites et relatées par lui, le maximum de courbure correspondait pour la moitié des cas environ au méridien horizontal.

b. Astfgmafisme pailiologitiiie. — Lorsque l'asymétrie est plus considérable, l'intervalle focal s'allonge et l'œil ne peut plus être adapté pour les lignes comprises dans le méridien horizontal et dans le méridien vertical ; il en résulte alors un trouble dans la vision : l'astigmate voit mal, il se fatigue très-vite et cherche en vain des verres sphériques qui puissent améliorer son état. Si on dirige son regard vers une feuille de papier maintenue dans les limites de sa portée visuelle et sur laquelle sont tracées deux lignes en croix {}ig. 58), il ne pourra voir distinctement que l'une des deux ou tout au plus alternativement l'une et l'autre : mais dans aucun cas il ne pourra les voir nettement toutes les deux à la fois.

D'après ce que nous avons établi précédemment, la verticale DC paraîtra nette lorsque la rétine sera placée au foyer des rayons contenus dans le méridien horizontal. Et de même la ligne horizontale AB paraîtra distincte lorsque la rétine sera placée au foyer des rayons contenus dans le méridien vertical. Il en sera de même si on substitue à ces lignes des lettres dites capitales romaines, qui sont formées de lignes verticales et de lignes horizontales. Mais

OPTOMliTRlK.

j ^Wp<s nu lieu d'être tracées sur une feuille de papier si ces l'g''^^''™ ;; ", dans le même plan, sont représentées par l^r^^Srilns r/plns ai.»re„iret éloignés l'un de l'autre

Fig. 58.

de telle façon que la rétine soit au foyer pour les deux méridiens, ils seront vus tous les deux distinctement. Si, dans ces conditions, le fil vertical est le plus éloigné de l'œil, on en conclura que le méridien horizontal est le moins réfringent.

Et de même si le fil horizontal est le plus éloigné, on sait que le méridien vertical est le moins réfringent.

c. Astigmatisme régulier. - Le défaut de la vision chez l'astigmate provient de ce que le pouvoir réfringent oculaire a une valeur maximum suivant un méridien, et une valeur minimum suivant un autre méridien qui est presque toujours perpendiculaire au premier. On donne à ces deux méridiens le nom de méridiens principaux ou cardinaux. Lorsque la valeur réfringente change suivant une progression régulière d'un méridien principal à l'autre, et reste sensiblement constante dans l'étendue d'un même méridien, l'astigmatisme est dit régulier, distinction tresimportante pour la pratique parce que l'expérience, d'accord avec le calcul, a démontré qu'il suffit de ramener à la même valeur les deux méridiens maximum et minimum pour que la correction soit faite pour les méridiens intermédiaires.

Dans l'astigmatisme réguher, l'un des méridiens cardinaux est le plus souvent vertical et l'autre, horizontal. Toutefois cette règle comporte un certain nombre d'exceptions. Nous avons déjà dit précédemment que dans l'opinion de Donders, admise par la plupart

SYMPTOMKS. '"l'^^ des auteurs, le maximum de courbure correspond au méridien ;;rm«)5«/ vertical : cette règle, vraie pour l'astigmatisme pathologique, a été contestée, nous l'avons vu, pour l'astigmatisme ph>/siologique.

d. Astigmatisme irréguiier. — Lorsque la courbure des surfaces varie d'un méridien principal à l'autre, sans suivre la règle précédemment énoncée et quand même cette courbure ne changerait pas dans l'étendue d'un même méridien, l'astigmatisme est dit irrégulier; auquel cas il n'est plus possible de corriger complètement ni même souvent d'atténuer les troubles de la vision. Il en est de même lorsque, par suite d'un vice congénital ou d'une affection oculaire, la courbure varie dans l'étendue, utile àla vision, d'un même

méridien. . .

e. Astigmatisme myopiquc simple. — On désigne amsi l'astigmatisme dans lequel un des méridiens est emmétrope et l'autre myope.

f. Astigmatisme Hypermétropiqae simple. — Dans cette forme l'un des méridiens est emmétrope et l'autre hypermétrope.

g. Astigmatisme myopique composé. - Les deux méridiens

sont myopes à des degrés différents. ^

h. Astigmatisme liypcrmétropique compose. — 1-es aeux méridiens sont hypermétropes à des degrés différents.

i. Astigmatisme mixte. - Ici, l'un des méridiens est myope et l'autre hypermétrope. Ce dernier état peut lui-même aflecter deux variétés, selon que c'est la myopie ou l'hypermétropie qui domine.

Les dénominations qui précèdent, établies par Donders, fourn ssent le moyen de classer facilement dans l'esprit les divers état de l'astigm'atisme que l'on rencontre ; mais elles ne fournisse! aucune notion utile au praticien préoccupé P-cipalemeu de 1 constatation de l'anomalie et des moyens propres a remediei aux troubles visuels qui en sont la conséquence.

Symptômes.

L'acuïté visuoUe esl toujours f'^^'^X^^^X'^^ malgré le secours do verres correcteurs sp^,^^^r u^^^ confuse, fatigante ; le malade n est pas les change souvent et il f.nit par constater qu aucune

304 OPTOMÉTRIE.

remédie au défaut de ses yeux. Il ne saurait en être autrement puisque dans l'œil astigmate, ainsi que nous l'avons vu, l'image d'un point lumineux est toujours une tache de diffusion, qui est selon la distance, soit rectiligne, soit elliptique, soit circulaire. Si ces troubles visuels datent de loin, remontent à la jeunesse, on doit de suite soupçonner l'existence de l'astigmatisme.

Les taches de diffusion et les troubles visuels qui en sont la conséquence sont d'autant plus considérables que la pupille est plus dilatée. Toute circonstance qui contribue à diminuer l'ouverture pupillaire améliore par ce fait la vision. C'est ainsi que s'explique l'influence favorable exercée par un éclairage intense. Pour cette raison il importe de ne jamais employer qu'un éclairage modéré lorsqu'il s'agit de reconnaître et de mesurer l'astigmatisme.

L'astigmate, pourvu d'une amplitude d'accommodation normale, accommode pourvoir nettement les lignes verticales. Entraîné par des conceptions théoriques, Sturm avait été conduit à conclure que la tache de diffusion circulaire était celle qui fournissait la vision la plus distincte et que par conséquent l'astigmate devait instinctivement adapter pour une distance située entre les deux points focaux ou suivant sa théorie entre les deux lignes focales. L'expérience démontre qu'il n'en est pas ainsi et que l'adaptation a lieu pour la ligne focale verticale, de telle sorte que, pour les astigmates conformes à la règle, la ligne focale horizontale est située en avant de la rétine, ou en d'autres termes le méridien vertical est myope ; et de même pour les astigmates, contraires à la règle, elle est située en arrière de la rétine, c'est-à-dire hypermétrope. Il serait difficile de démontrer pourquoi l'astigmate trouve un avantage à ce que les points lumineux soient figurés sur la rétine sous la forme de lignes plutôt que de surfaces de diffusion. Cependant on conçoit que la surface d'une petite ligne droite, étant très-petite par rapport à celle d'une tache de diffusion, offre l'avantage d'empiéter moins sur les images des points voisins. Celui qui voit avec une netteté suffisante les lignes verticales, se trouve dans des conditions meilleures que si, disposant son accommodation autrement, il voyait également mal les horizontales et les verticales.

Pourquoi les astigmates, ayant la faculté de faire autrement, accommodent-ils de préférence pour les lignes verticales? Deux raisons plausibles en ont été données par Em. Javal. La première, c'est que dans cet état de l'adaptation, il suffit de transformer l'ouverture inter-palpébrale en une pente horizontale par le clignement

SYMPTOMES. 39b

des paupières pour que les lignes horizontales soient vues ellesmêmes avec netteté. En effet, cette contraction des paupières ne laisse plus à découvert que le méridien horizontal de l'œil, et supprime les zones de diffusion qui empêchaient de voir nettement suivant ce méridien. Le mode d'occlusion des paupières amènerait ainsi l'habitude instinctive de l'astigmate. Si les paupières, au lieu d'une fente horizontale, formaient par leur rapprochement une fente verticale, il y a lieu de croire que l'adaptation habituelle s'effectuerait pour les lignes horizontales. La seconde raison qui, selon toute apparence, conduit l'astigmate à accommoder de préférence pour les lignes verticales, c'est que ces lignes sont les plus utiles à la vision. Les caractères d'imprimerie, l'écriture courante sont formés principalement de traits verticaux qui, perçus nettement, aident le plus à la lecture.

11 se présente des cas d'astigmatisme fort et conforme à la règle^ dans lesquels l'œil est atteint d'un degré d'hypermétropie trop élevé pour pouvoir amener le foyer des lignes verticales sur la réline ; les malades accommodent alors de préférence pour les horizontales, préférant une vision nette suivant un méridien à une vision confuse dans tous les sens.

Quand l'astigmatisme s'écarte un peu de la verticale, le sujet incline instinctivement la tête de façon à se placer dans les conditions habituelles.

Les observations ne permettent pas encore de savoir pour quel méridien accommodent les astigmates dont les méridiens principaux sont inclinés à plus de IS à 20° sur l'horizontale ou la verticale.

Les astigmates hypermétropes ont souvent recours, pour voir de près, à l'expédient qui est mis en pratique par les hypermétropes simples d'un degré élevé. Ils placent l'objet très-près de l'œil et clignent les paupières. Par ce procédé, l'angle visuel augmente et la zone de diffusion, aussi ; mais le premier plus que la seconde, laquelle d'ailleurs est en grande partie neutralisée parle rapprochement des paupières.

Em. Javal fait justement observer que souvent la Hgne perpendiculaire à celle qui est vue le plus nettement, est plus distincte qu'une ligne tracée dans une direction intermédiaire.

Il est aussi de remarque, ainsi que l'a signalé pour la première fois le commandant Goulier, que certaines personnes, après correction aussi complète que possible de leur astigmatisme, conservent toujours une prédilection pour les lignes quelles voient

OPTOMÉTRIE.

le mieux à l'œil nu. Celle préférence, attribuée par Goulier à l'état de l'appareil réfringent, nous paraît être plutôt, ainsi qu'à Em. Javal une affaire d'habitude sensoriale. Les impressions sur la rétine peuvent être identiques dans toutes les directions, mais elles sont mieux perçues dans une direction que dans une autre en vertu de l'expérience acquise. Et ce qui tend à le prouver, c'est que chez l'astigmate pourvu de bonnes lunettes, la vision cbange et s'ahîéliore à mesure que l'habitude ancienne perd de son importance.

Dans un certain nombre de cas, les objets, surtout ceux qui affectent une forme géométrique, comme une glace, une porte, un cadran, etc., paraissent déformés. Il en était ainsi chez Arago qui, dans la séance du Bureau des longitudes du 7 février 1844, alors que l'on ne connaissait guère l'astigmatisme, signala cette particularité « qu'un cercle prend une forme elliptique notablement allongée avec son œil droit, et une forme plus aplatie dans le même sens vertical avec son œil gauche. «

La déformation des objets est exceptionnelle, contrairement aux prévisions théoriques. Voici comment peut être interprété ce fait. Chaque point lumineux est représenté sur la rétine par une petite ligne droite ; celte ligne présente sur sa longueur des différences d'éclat qui peuvent être considérables. 11 en résulte que le point le plus lumineux est seul perçu par la rétine; seul, il sert tout spécialement à la vision. De cette façon, les effets nuisibles de la dispersion sont en grande partie corrigés. Mais il n'en est plus ainsi lorsque les objets sont très-inégalement éclairés : alors, ils sont vus déformés. Un point lumineux isolé représente le mieux cette dernière condition : aussi paraît-il allongé, pour peu que la neutralisation ne se fasse pas. C'est ainsi que les cases blanches d'un échiquier, tenu à quelque distance, figurent des rectangles qui empiètent sur les cases noires, lesquelles apparaissent rectangulaires en sens contraire, tandis que si l'es cases sont d'intensité lumineuse à peu près égale et ne se distinguent que par une différence de couleur, les unes étant bleues et les autres vertes par exemple, rien de semblable ne se produira, parce qu'il n'y a plus aucune raison pour que la perception de la dispersion, fondée surtout sur des variations d'éclat, se produise encore.

La neutralisation des poinlsdediffusion nuisibles joue un rôle considérable chez l'astigmate. Il suffit, pour s'en rendre compte, de com parer la vision d'un astigmate avec celle d'un emmétrope armé du

SYMPTOMES. 397 verre cylindrique qui corrige complètement le défaut du premier; les conditions optiques sont les mêmes, et cependant dans ce dernier cas les troubles visuels sont beaucoup plus grands, parce que l'œil, rendu artificiellement astigmate, n'a pas acquis l'habitude de voir malgré l'imperfection des images rétiniennes et en quelque sorte à travers la zone de diffusion.

A la faveur de la neutralisation, des sujets atteints d'un astigmatisme même assez élevé, -j^» ^ par exemple, ne se plaignent pas de leur vision à distance, s'ils ne sont pas myopes. Ils racontent seulement qu'ils ont la vue délicate, fatiguée depuis qu'ils ont abusé de leurs yeux, et d'eux-mêmes ils se résignent à supprimer le travail du soir. Bien souvent aussi, s'ils sont hypermétropes, ils auront reconnu, en essayant par hasard les lunettes d'un parent presbyte, qu'ils voyaient plus distinctement, surtout lorsque les verres étaient inclinés d'une certaine façon.

Cette neutralisation n'est pas spéciale à l'astigmatisme ; c'est pour la même raison qu'un myope voit beaucoup plus distinctement qu'un emmétrope rendu myope au même degré, au moyen d'un verre convexe. Et de même un myope, habitué à porter lunettes, voit beaucoup plus mal quand il les quitte qu'avant d'en faire usage, alors qu'il avait l'habitude de se contenter d'images diffuses. Que de fois ce contraste a-t-il conduit les malades à abandonner l'usage de verres fort bien choisis, qu'ils accusaient avec un semblant de raison de leur avoir affaibli la vue.

Contrairement à l'opinion de Em. Javal, nous attribuons cette neutralisation à un acte exclusivement psychique que nous sommes accoutumés à rencontrer du reste dans l'éducation de chacun de nos sens. L'impression sur l'élément sensible n'est point affaiblie, mais l'acte cérébral destiné à transformer cette impression en sensation, c'est-à-dire à compléter lejugement, fait défaut par la force de l'habitude. Qu'y a-t-il de surprenant à ce qu'il faille du temps et une sorte d'éducation nouvelle pour rompre avec cette habitude ?

Les astigmates ont recours à un certain nombre d'expédients pour améliorer leur vision; chacun d'eux mérite d'être signale parce qu'il représente un signe propre à compléter le tableau des

symptômes. . ..

Nous avons déjà cité le clignement des paupières qui agit en supprimant la diffusion du méridien vertical. Cette ressource n'est pas exempte d'inconvénients; elle est disgracieuse, penib e ..n raison de la contraction permanente de 1 orbicula.re, elle

. OPTOMÉTRIE.

diminue considérablement l'éclairage et réclame par conséquent, comme correctif, une vive lumière ; elle donne lieu à des effets d'interférence fatigants et nuisibles , lorsque la fente interpalpébrale est très-étroite ; enfin elle a pour effet d'exercer sur le o-lobe des pressions qui peuvent modifier l'astigmatisme, changer un peu sa direction et rendre moins exacte sa détermination et sa correction.

Certains astigmates obtiennent une amélioration en opérant de légères tractions d'avant en arrière sur la peau de la tempe. D'autres exercent directement une pression sur le globe oculaire en appuyant le doigt sur la paupière inférieure. Il suffit de constater sur soi-même que l'on peut se rendre artificiellement astigmate par ce procédé, pour comprendre qu'il puisse être empiriquement utilisé comme moyen de correction dans quelques cas déterminés.

Enfin un autre expédient, signalé pour la première fois par Young et recommandé depuis par Kugel, pour l'amélioration méthodique de l'astigmatisme régulier, consiste à placer devant l'œil des verres sphériques convenablement inclinés.

Quant aux personnes dont l'astigmatisme a besoin, pour être corrigé ou amélioré, d'une fente verticale, elles remarquent parfois qu'elles voient mieux les objets en visant le long du nez, parce qu'alors le profil de ce dernier vient intercepter une partie des rayons qui concourent à la diffusion. Pour lire, il leur arrive aussi de placer le livre obliquement ou perpendiculairement à la direction habituelle, de telle façon que les jambages des lettres viennent former horizontalement leur image sur la rétine.

Selon la remarque faite d'abord par Goulier, ces divers expédients, lorsqu'ils sont mentionnés spontanément parle malade, représentent un des meilleurs éléments du diagnostic.

L'expérience de Scheiner, dont il a été fait mention précédemment (p. 297), donne chez l'astigmate des résultats dignes de remarques. On sait que si, tout en voyant une épingle à travers un petit trou percé dans une carte, on fixe un objet plus éloigné, l'épingle se trouvant en deçà du point de fixation, son image, dès qu'on déplace la carte, paraît se mouvoir en sens inverse (p. 298), et de même si on fixe un point plus rapproché que l'épingle, celleci se trouvant au delà du point de fixation paraît se déplacer dans le même sens que la carte (p. 299).

Ces mouvements que paraissent prendre les objets lorsqu'on déplace un trou d'épingle placé devant la pupille d'un oeil inexacte-

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