SPASME PROVOQUÉ DE L'ACCOMMODATION
du spasme. Comme on s'est assuré que cette diminution ne provenait pas de la diminution d'éclairage occasionnée parle rétrécissement de la pupille, il est rationnel de l'attribuer au peu de stabilité et de régularité de l'accoinmodation.
La fève de Calabar a été expérimentée par de Graefe sur un œil privé d'iris; les effets sur la réfraction et sur l'accommodation n'en furent point modifiés.
La fève de Calabar est de tous points l'agent antagoniste des mydriatiques. L'un des phénomènes les plus intéressants de l'étude physiologique de ces substances, est représenté par la lutte qui s'établit entre leurs actions opposées , lorsqu'elles ont été administrées simultanément ou successivement dans un court espace de temps.
Quand on les instille simultanément, l'effet myotique se manifeste le premier par un léger rétrécissement de la pupille avec spasme de l'accommodation ; l'effet sur le muscle ciliaire dure encore que déjà l'action de l'atropine devient prédominante sur l'iris et dilate la pupille.
Lorsque la fève de Calabar est administrée peu de temps après l'atropine, son action s'intercale en quelque sorte dans l'évolution des effets du mydriatique. De Grœfe a constaté en effet que la fève de Calabar, administrée pendant la durée des effets. d'une faible dose d'atropine , ou pendant la période de déclin d'une action mydriatique intense, rétrécit temporairement la pupille et augmente l'accommodation; puis, après la cessation de ces phénomènes intercurrents, le processus mydriatique, dont l'effet est plus lent, reprend
sa marche régulière. . ,
Donders s'est aussi assuré que la fève de Calabar, instillée pendant que le sphincter iridien et le muscle ciliaire sont frappes d inertie absolue par l'atropine, peut encore mamfester son action par des signes non équivoques, mais plus marqués du cote de 1 accommodation que du côté de l'iris. Les expériences qu il a entreprises h cet égard lui ont démontré que la paralysie produite pai l'un des agents peut Ôtrc neutralisée par l'autre, au point que des actes- volontaires soient de nouveau possibles.
Le principe actif de la fève de Calabar est absorbe a k de l'œil comme l'atropine. Des expériences semblables a c d'cs ont été instituées pour les mydrialiques ont V^^;-^^ un mode d'action identique. Sous son induence, ^^^^^^^^^ et le muscle ciliaire sont violemment excites. Dans 1 opmion do
OPTOMÉTRIE
Donders, cette action spéciale s'exerce sur les cellules nerveuses aui se trouvent dans l'œil. , , ,
Il est difficile de ne pas admettre simultanément une action para- Ivsante sur les fibres radiées de l'iris, et par conséquent sur le grand svmpathique. Évidemment cette action n'est pas complète, puisque Donders a constaté sur des chiens et des lapins que, maigre une application longue et à dose toxique de fève de Calabar, l'irritation du nerf sympathique dilate toujours un peu la pupille. Mais à défaut d'une paralysie bien démontrée, il y a quelque raison de croire à une diminution d'action. Ne la reconnaît-on pas à ce fait que l'iris est plus vite et plus vivement impressionné que le musclé ciliaire? La pupille a déjà atteint un degré de resserrement supérieur à celui que peut donner la lumière la plus intense, quand le punctum reinotmn n'a encore franchi que la moitié de son stade, et, d'autre part, tout trouble de l'accommodation a disparu bien avant que la pupille ait recouvré ses dimensions normales.
On ignore encore si la fève de Calabar exerce une action sur le trijumeau et les nerfs vaso-moteurs de l'œil. Ce que l'on sait seulement, c'est que si l'un des nerfs trijumeaux est coupé, les effets myotiques ne sont pas moins prononcés du côté de la section que de l'autre.
On a songé à utiliser l'action si remarquable du Phijsostigma venenosum. Il est reconnu que son emploi est avantageux pour atténuer les inconvénients des mydriatiques. Suivant de Graîfe, l'application méthodique de la fève de Calabar peut même abréger la durée de l'action de l'atropine. Nous avons constaté dans bien des cas l'influence signalée par de Grœfe, et nous avons remarqué alors de curieuses et brusques alternatives de dilatation et de resserrement pupillaires.
La fève de Calabar agit temporairement sur la pupille et sur l'accommodation dans la paralysie du muscle ciliaire, que celle-ci soit isolée ou connexe d'autres paralysies ayant leur origine dans le moteur oculaire commun. 11 serait difficile encore de se prononcer sur son action curative. De Grœfe n'a obtenu aucun résultat dans un cas de mydriase de cause cérébrale. L'emploi prolongé de la fève nous a fait triompher d'une paralysie non symptomatique de l'accommodation et d'une mydriase datant de six mois, mais trop souvent ce moyen échoue malgré ses effets immédiats.
SPASMIÎS MORBIDES DE L'ACCOMMODATION. 439 Le resserrement pupillaire obtenu à l'aide d'une faible dose rend aussi de bons services dans les cas où l'appareil sténopéiqne améliore la vision, lorsque, par exemple, la lumière est diffusée par des taches sur la cornée, lorsqu'il existe de l'astigmatisme irrégulier, etc. On augmente ainsi d'une façon bien remarquable Tacuité de la vision dans l'amétropie : le myope distingue bien plus nettement les objets éloignés ; les hypermétropes sont délivrés temporairement de leur asthénopie, avantage qui résulte de la diminution d'étendue des cercles de diffusion et de la facilité avec laquelle l'accommodation entre en activité. Mais pour obtenir ces résultats, il importe de n'employer le calabar qu'à la dose la plus minime. De Grœfe l'a aussi utilisé pour faciliter l'iridectomie dans le glaucome.
L'observation ne permet pas encore de décider si la fève de Calabar longtemps administrée est aussi inoffensive que l'atropine pour l'accommodation et même pour la conjonctive. Notre expérience personnelle nous conduit à le croire, mais un avenir prochain permettra seul de décider ces questions et de juger la valeur thérapeutique du nouvel agent.
B. Spasmes nior totales «le r accommodation.
Les effets des agents myotiques sur l'iris et le muscle ciliaire s'observent parfois sous l'action de causes diverses.
L'âge amène une étroitesse de plus en plus grande de la pupille, qui représente un véritable myosis physiologique. Le sommeil provoque aussi un léger resserrement de la pupille.
Le myosis pathologique s'observe, tantôt sans cause appréciable, tantôt à la suite de certaines lésions nerveuses, de certains empoisonnements, ou bien encore après des maladies fébriles graves. La rupture de l'équilibre fonctionnel entre les fibres circulaires et les fibres radiées de l'iris, peut provenir soit d'un état de spasme du sphincter, soit d'une paralysie plus ou moins complète des fibres radiées. Les circonstances concomitantes aideront a reconnai re s'il s'agit de l'un ou de l'autre. La paralysie des fibres radiées derive d'un défaut d'innervation du sympathique, leque se raduit aussi par une dilatation des vaisseaux, et une augmentation de chaleur dans les parties correspondantes. Si donc il y a, en memctcmps qu'un état myotique, de la rougeur, de la chaleur oculaire, une hyïérhémie prononcée de l'organe, il y a heu de croire a une paialyiedes filets sympathiques. Dans les circonstances contraires, il est
OPTOMÉTRIE.
rationnel d'admettre un spasme du sphincter déterminé par une action excito-motrice exagérée des filets de la troisième paire, comme il arrive dans l'empoisonnement par la morphine, la nicotine, la digitaline, le seigle ergoté, et d'une façon générale sous l'action des diverses substances myotiques.
L'appareil ciliaire est exposé aux mêmes causes générales de spasmes que l'iris. Il en est d'autres qui agissent plus spécialement sur lui; ce sont celles qui dépendent de l'état de la réfraction fixe de l'œil. Lorsque celle-ci est insuffisante, comme dans l'hypermétropie, ce muscle, incessamment sollicité pour corriger ce qu'il y a de défectueux dans l'appareil dioptrique, travaille trop et d'une façon désordonnée, aussi est-il fréquemment affecté de spasmes et d'asthénopie. Le même résultat s'observe chez l'astigmate et chez l'amblyope. 11 s'explique par leur tendance continuelle à voir les petits objets sous le plus grand angle possible et par conséquent à adapter constamment pour le punctum yroximum.
Le même spasme s'observe aussi chez le myope, ce qui paraît contradictoire au premier abord. Il n'est pas rare de le rencontrer pendant la période d'irritation et de progrès de la myopie. L'organe étant alors très-impressionnable, l'état d'hypérhémie des membranes intra-oculaires se propage aisément à l'appareil ciliaire, surtout si un travail assidu et un mauvais éclairage entretiennent cet appareil dans un état de tension nul.
Pour le même motif, les spasmes du membre ciliaire se rencontreront fréquemment chez les sujets qui se livrent à des travaux délicats, et nécessitant de grands efforts d'accommodation. De Graîfe croit avoir constaté chez certaines personnes un état de spasme, alors qu'il devait y avoir de la tendance au relâchement de l'accommodation. Donders a observé quelque chose d'analogue chez des individus très-faiblement myopes, qui s'étaient efforcés d'examiner le fond de l'œil à l'image droite, sans le secours d'un verre concave.
Les spasmes du membre ciliaire déterminent des troubles dans la vision d'autant plus prononcés, que celle-ci est appliquée à des objets plus petits, plus rapprochés. La lecture devient fatigante au bout de quelques instants, il survient de la douleur dans la région sus-orbitaire, les yeux se remplissent de larmes, la vue s'obscurcit, et le malade est à chaque instant forcé d'abandonner son travail, en portant instinctivement la main sur le globe oculaire. Cet état de spasme peut se produire progressivement, c'est même la