ASPECT DE LA PAPILLE OPTIQUE
le rendre suffisamment apparent en prolongeant un peu Texploration. C'est au niveau de la papille, ou plutôt au niveau de son bord que le phénomène est le plus sensible. Là le vaisseau se décolore, parait s'effiler au moment de se perdre dans le tissu nerveux ; on dirait un obstacle, un rétrécissement contre lequel vient se heurter le flot de sang veineux. L'angle formé par la bifurcation la plus rapprochée de la papille, le point au niveau duquel l'artère croise la veine, fournissent également un pouls veineux qu'il est aisé de trouver. On augmente beaucoup sa force en recommandant au sujet de suspendre un instant la respiration. Le mouvement d'ampliation suit immédiatement le battement du pouls, et le mouvement d'affaissement et de retrait s'opère après un intervalle très-court. Donders, qui l'un des premiers, avec Jaeger et de Grsefe, a étudié et décrit ce phénomène, l'attribue à l'augmentation de pression intra-oculaire que doit amener l'ondée artérielle poussée par la systole du cœur. Il en résulte une certaine compression des veines dont les effets sont surtout sensibles sur les troncs volumineux. Cet état cesse au moment où la pression systolique est épuisée ; les veines reprennent alors leurs contours jusqu'à ce que le même phénomène se reproduise.
Les artères rétiniennes battent aussi dans certaines conditions, mais jamais à l'état physiologique. Le pouls artériel, signalé pour la première fois par Ed. Jaeger, s'observe sur la papille ou tout près de cette dernière. Il importe, pour le découvrir, de fixer attentivement, durant un certain temps, le même point du vaisseau observé. La pulsation artérielle est produite par l'accès de Fondée sanguine dans l'artère au moment de la systole. L'accès est d'autant mieux marqué que le vaisseau est plus petit, plus aplati pendant la diastole. Cette diminution est en rapport avec la puissance rétractile de la paroi artérielle et surtout, pour des artères de cet ordre, avec la pression latérale exercée sur elles. Aussi, le pouls artériel n*est-il marqué qu'autant que la pression intra-oculaire est augmentée, soit par le fait pathologique d'une accumulation de liquide dans la cavité oculaire, soit par le fait d'une compression mécanique exercée sur l'organe. De Grœfe, se basant sur cette donnée, a fait valoir à sa juste valeur l'importance séméiotique de la pulsation artérielle dans toutes les formes du glaucome, marquées, comme on le sait, par un excès de pression intra-oculaire. Toutes les^ fois que le pouls artériel existe, soit
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spontanément, soit sous Taction d'une légère pression du doigt, on est en droit de conclure que l'œil est malade et qu'il existe à peu près sûrement un excès de pression intra-oculaire,
ARTICLE VI
Opacités physiologiques de la rétine.
Ces opacités sont déterminées par la présence anormale des fibres à doubles contours. Nous avons établi plus haut que la rétine saine est parfaitement transparente et qu'elle ne se révèle à l'ophthalmoscope que par ses vaisseaux. Dans certains cas rares, elle est le siège d'opacités extrêmement remarquables. Ces opacités siègent autour de la papille et constamment du côté interne, c'est-à-dire du côté vers lequel se dirigent les fibres nerveuses. Elles forment des taches blanches, grasses, qui réfléchissent vivement la lumière et qui, vues à un fort grossissement ou mieux encore à l'image droite, sont finement granulées à leur surface et se. terminent du côté opposé à la papille, à leur périphérie, par des stries radiées qui rappellent la disposition des fibres nerveuses. Tantôt ces taches contournent le limbe de la papille (pi. X, fig. 2, 3), tantôt elles empiètent sur sa surface (jo/. Xy /ig, 1). Ces opacités couvrent manifestement la choroïde, et de même elles voilent les vaisseaux rétiniens qui les traversent. On peut voir dans la figure 3 que certains d'entre eux sont comme enfouis dans une substance .peu transparente, tandis que d'autres sont visibles dans tout leur parcours. Lorsque la couche des fibres opaques est plus épaisse, les vaisseaux rétiniens disparaissent complètement. On les voit s'enfoncer en quelque sorte dans la tache opaque et ne reparaître qu'à sa périphérie.
Ce dernier caractère, ainsi que l'empiétement de la tache sur le champ de la papille, ne permettent pas de confondre les opacités physiologiques de la rétine avec les taches pathologiques dues aux reflets de la sclérotique mise à nu par l'atrophie de la choroïde.
Les mêmes caractères et surtout leur siège aideront également à les distinguer des véritables altérations pathologiques de la rétine. Nous aurons à revenir sur cet intéressant point de diagnostic différentiel à propos des affections de cette membrane. Enfin la disparition des vaisseaux rétiniens montre aussi que ces opacité» siègent
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dans les couches internes, puisqu'elles recouvrent le plan yasculaire.
MûUer et Wirchow ont signalé les premiers cette particularité remarquable. Ils se sont assurés avec le microscope qu'elle était due à la présence de fibres nerveuses à double contour. Celles-ci, qui existent normalement chez le lapin, peuvent se rencontrer exceptionnellement dans l'œil humain. A part ces cas très-rares, le névrilème des fibres du nerf optique ne s'étend que jusqu'à la lame criblée : au delà la fibre n'est représentée que par le cjlindcr axis qui est tout à fait transparent.
Ces opacités si brillantes ne troublent point habituellement la vision. Il n'en est plus de même lorsqu'elles sont très-étendues. Chez le sujet qui a fourni la figure I,*racuité visuelle était réduite à| sans qu'il fût possible d'attribuer cet abaissement à une autre cause quelconque.
Cette anomalie est exceptionnellement accompagnée de semblables taches blanches disséminées dans d'autres parties de la rétine ; on les rencontre habituellement à une petite distance de la papille, non loin de la macula. Nous n'avons pas observé encore cette disposition. L'atlas de Liebreiçh en renferme un spécimen intéressant.