RÉTINITE SYPHILITIQUE
syphilitiques, on est parvenu cependant à grouper un certain nombre de symptômes qui sont plus fréquemment réunis dans ces conditions que dans toute autre.
La rétinite syphilitique débute par une hypérhémie veineuse. Les veines sont gonflées, tortueuses, inégales dans leur volume, elles sont comme effilées au moment de pénétrer dans le tissu opalin de la papille, leur couleur est terne, leurs hords, sans netteté. Ces modifications sont dues à de Tinfiltration. L'œdème débute autour de la papille et de la tache jaune ; peu à peu il s'étend, envahit toute la rétine jusque vers Vora serrata : alors le fond de l'œil parait recouvert d'un vernis, assez transparent pour laisser à la choroïde sa coloration propre, assez opalin pour lui enlever son aspect et voiler légèrement l'image ophthalmoscopique. C'est encore autour de la papille, de la tache jaune, et aussi sur le trajet des veines gorgées de sang que l'on parvient le mieux à constater ces modifications. Dans certains cas, la lâche jaune est fortement en relief. A l'aide d'un fort grossissement, on constate, dans l'épaisseur de la rétine, de petites stries, de petites bandelettes qui empiètent, en certains points, sur les vaisseaux et créent des apparences d'étranglement. La figure 4 de la planche XYII représente, avec une grande fidélité, rétat de la rétine, observé chez un malade atteint d'aceidenls secondaires.
Les modifications de la rétine, que nous venons de signaler, sont dues à l'œdème de son tissu cellulaire. On les a localisées dans les couches externes, en se fondant sur ce fait assez fréquent que la choroïde est simultanément malade, non-seulement dans sa couche épithéliale dont les cellules pigmentaires sont gonflées, mais aussi dans son stroma qui, parfois, est profondément altéré. Il serait même plus vrai de dire que le mal débute le plus souvent par la choroïde dont la circulation troublée amène l'infiltration des tissus voisins.
La rétinite syphilitique occasionne très-rapidement des troubles considérables de la vision; en quelques jours, le malade est réduit à ne pouvoir se conduire qu'avec peine ; puis dans les jours qui suivent la vue s'améliore ; on croit à une guérison prochaine, lorsque de nouveaux troubles surgissent encore. La rétinite syphilitique parait dès son début plus grave que les autres formes , elle est plus irrégulière, plus intermittente dans sa marche et dans ses rechutes multipliées; il arrive trop souvent que le mal change de caractère, ce qui n^éfait qu'un gonflement œdémateux de l'élément anatomi-
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que, devient une véritable altération, la dégénérescence graisseuse ou scléreuse se développe, les caractères de la rétinite spécifique se fondent dans ceux de la rétinite ordinaire. C'est alors qu'apparaissent les opacités, les plaques blanchâtres entremêlées de foyers hémorrhagiques, et que Ton constate des taches aveugles sur le champ visuel.
Cette transformation est surtout à redouter dans les cas de syphilis forte, quand TafiTection oculaire coïncide avec des altérations profondes du périoste et des os , ou bien encore quand elle récidive avec opiniâtreté, et qu'un traitement mixte énergique n'intervient pas immédiatement. Dans ces graves conjonctures, les ressources de l'art sont trop souvent impuissantes pour arrêter les progrès d'une désorganisation qui aboutit à l'atrophie complète de la rétine, de la papille, et à la perte absolue de la vision.
La rétinite syphilitique s'accompagne souvent d'un ramollissement du corps vitré avec production d'un nombre considérable de filaments très-fins. Cette complication concourt à augmenter Topalescence du fond de l'œil; on en fait la part pendant l'examen en imprimant à l'œil observé des mouvements appropriés.
Les mercuriaux, et surtout la pommade mercurielle en onctions, les injections hypodermiques de bichlorure et l'iodure de potassium, ou bien les deux médications associées, devront, selon les cas, servir de base au traitement. Les sudorifiques, quelques déplétions sanguines locales, seront un adjuvant utile, si l'affection est grave et rapide dans sa marche.
ART[CLE IX
Rétinite périvasculaire.
Iwanoff a décrit sous ce nom une variété de rétinite dans laquelle l'altération fondamentale des affections de la rétine, c'està-dire la prolifération cellulaire, se localise à peu près exclusivement dans la tunique adventice des vaisseaux. On ne connaît encore que de très-rares observations de cette affection qui débute par un œdème rétinien d'abord limité à la région papillaire, puis étendu à toute la membrane. Dans une seconde phase, l'œdème disparait, les vaisseaux rétiniens redeviennent distincts ; on constate alors que dès leur point d'émergence, et dans la papille même, ils sont accompagnés d'une petite traînée blanchâtre qui sur certains points
RÉTINITE PÉRIVASCULAÎRE. 237
les enTeloppe en totalité; à mesure que la rétine recouvre sa transparence, cet état particulier des vaisseaux se marque davantage, et bientôt toutes les artères paraissent transformées en cordons blanchâtres, vides de sang. Toutefois, avec un peu d'attention, on constate que la circulation n'est point interrompue complètement: il reste un petit filet rouge qui accompagne le cordon blanc [pi. XX,
Pour mieux apprécier cette disposition, Nagel a conseillé une ingénieuse modification dans le mode d'éclairement. Par le procédé ordinaire, les vaisseaux fournissent le plus souvent un reflet blanc uniforme; mais si Ton observe les mêmes parties avec le bord peu éclairé de la flamme, on reconnaît dans la masse demi-transparente une teinte rouge mitigée. A l'aide de cet artifice, il est possible de distinguer, le long du cylindre blanc artériel, une petite ligne rouge ou quelques points rouges isolés entre eux. Voici comment Nagel explique les effets obtenus en pareille circonstance : lorsque la portion centrale de la flamme éclaire les parties voisines d'un vaisseau, une portion de la lumière incidente est renvoyée vers le cylindre sanguin, qui est ainsi éclairé d'arrière en avant, faiblement il est vrai, mais assez pour être perçu ; lorsque, au contraire, la lumière frappe directement les parois vasculaires, celles-ci la reflètent vivement et mettent dans l'ombre ce qui se trouve derrière : on voit que c'est une sorte d'éclairage indirect qui présente de réels avantages dans quelques cas particuliers. Les gros troncs veineux n'ont rien de particulier, si ce n'est certaines irrégularités dans leur volume. Mais, à la périphérie, leurs ramifications subissent la même transformation que les artères; l'altération semble donc procéder des artères vers les veines. De nombreuses ecchymoses ponctuées se produisent dans les parties malades et se réunissent en groupes serrés, principalement le long des vaisseaux veineux. La papille parait fortement hypérhémiée, un fort grossissement y fait découvrir des vaisseaux capillaires de nouvelle formation.
La rétinite périvasculaire débute par des troubles visuels graves qui sont en rapport avec l'intensité et l'étendue de l'œdème rétinien. Lorsque celui-ci diminue, il survient une certaine amélioration, mais bientôt le mal fait de nouveaux progrès. Aux troubles généraux du début, succèdent des lacunes dans le champ de la vision. Ces lacunes s'agrandissent lentement et progressivement jusqu'à ce que la vision s'éteigne définitivement.
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ARTICLE X
Rétinite glncosnriqne.
L'amblyopîe et même Tamaurose diabétiques ont été signalées depuis longtemps déjà, sans que les causes qui les produisent soient encore nettement définies. Dans plusieurs cas néanmoins des altérations du côté de la rétine et de la papille ont été mentionnées. Lecorché a trouvé, à l'autopsie de malades diabétiques qui avaient présenté des troubles visuels, les altérations de l'atrophie ; la rétine était pâle, amincie ; la papille optique souvent excavée contenait, ainsi que le nerf optique lui-même, des amas de grains de fécule et des granulations graisseuses, disséminées entre les faisceaux de fibres nerveuses; les tubes paraissaient sains, et leur contenu non altéré. Chez un malade atteint d'amblyopie glucosurique, consécutive^à une lésion traumatique et dont l'observation a été publiée par Testelin dans les Annales (toculistique^ la papille était pâle, et les vaisseaux peu volumineux, maison ne reconnaissait dans la rétine ni ecchymoses ni altérations graisseuses analogues à celles de l'albuminurie. Galezowski a communiqué au congrès d'ophtha!mologie de Paris (1862) un cas dans lequel il a reconnu les altérations rétiniennes mentionnées ci-dessus.
On peut voir par ce qui précède que les manifestations oculaires symptomatiques de la glucosurie se montrent rarement. Dans l'état actuel de nos connaissances, elles ont eu pour signes ophthalmoscopiques tantôt l'atrophie des deux papilles sans infiltration rétinienne, tantôt des foyers hémorrhagiques petits, arrondis, disséminés dans le tissu rétinien, et des plaques exsudatives, étendues le long des gros vaisseaux.
ARTICLE XI
Rétinite leucémique.
Chez des sujets atteints de leucémie, Liebreich a constaté une altération spéciale de la rétine à laquelle il a donné le nom de rétinite leucémique^ et que nous avons reproduite d'après cet auteur (/?/.XX, fig. i). Elle offrait les caractères suivants: veines volumineuses, flexueuses, d'un rose pâle,extravasations sanguines de même