CHAPITRE Vil
[ASTIGMATISME (de à, priv., et aTi^p-a, point). As.
On désigne sous ce nom un vice de la réfraction, causé par une inégalité dans la puissance réfringente de divers méridiens de l'œil et plus particulièrement de deux méridiens perpendiculaires entre eux. Cette inégalité résulte d'un défaut de symétrie dans les surfaces de séparation des milieux réfringents par rapport à l'axe de l'œil.
Un organe ainsi constitué ne peut jamais être au point. Dans l'œil normal, un point lumineux quelconque placé à la portée de la vue distincte, donne sur la rétine une image qui se réduit à un point ou tout au moins à une tache de diffusion circulaire trèspetite. Dans l'œil astigmate, au contraire, si l'image est punciiforme^ suivant le méridien le plus réfringent, elle sera allongée, diffuse, suivant le méridien qui l'est le moins, et réciproquement. Et de même, en faisant fixer deux lignes, tracées perpendiculairement entre elles sur une feuille de papier, et en les éloignant progressive-
ÉTAT DIOPTHIQUE DE L'ASTIGMATISME. 387
mention reconnaîtra que Tune d'elles seulement peut être vue dis* linctement à la fois. Supposons, pour fixer les idées, que chez un myope la ligne horizontale cesse d'être distincte à une distance de six pouces, et la ligne verticale, à 10 pouces, il demeure évident que
le sujet observé |a une myopie ^ pour les lignes verticales et une myopie ^ pour les lignes horizontales. La différence entre ces deux
limites (^ — ^V déraoatre l'existence de T astigmatisme et en
exprime le degré.
Ici la marche des rayons lumineux est moins simple que dans les appareils réfringents, à surfaces sphériques et symétriques. Pour bien comprendre le mode de formation des images sur la rétine, il est nécessaire d'entrer dans quelques explications théoriques.
ARTICLE. I«'
itat dioptriqué de TcbII astigmate.
L'effet optique de Tœil astigmate peut être assimilé à celui d'une lentille dont les surfaces ou l'une des surfaces, envisagée suivant deux méridiens différents et le plus souvent perpendiculaires entre eux, mesure des rayons de courbure inégaux. Admettons que de ces deux méridiens, l'un est horizontal et l'autre vertical, et que tous deux appartiennent à la lentille Ldont l'axe est représenté par la ligne XX (^^.56). Etant donné un point lumineux P placé syrcetaxe en avant de la lentille, voyons quelle sera la forme du faisceau réfracté. Tous les rayons compris dans le méridien vertical sont réfractés dans ce plan et concourent au point F; AF et A'F en marquent les limites extrêmes. Et de même tous les rayons compris dans le méridien horizontal sont réfractés dans ce plan et concourent au point F'; BF' et B'F' en représentent les limites. La distance FF' qui sépare les deux foyers est désignée sous le nom à! intervalle focal. La con* struction de la figure suffit pour montrer quelle est la forme du faisceau réfracté aux diverses distances. Si oa interpose un écran maintenu perpendiculairement à Taxe au niveau du point D situé entre la lentille et l'intervalle focale on obtiendra une surface de diffusion elliptique dont le grand axe est horizontal : à mesure que l'écran sera rapproché de F, les deux axes de l'ellipse diminueront, mais d'une façon inégale, le vertical plus rapidement que l'horizontal. Au point F, l'axe vertical est nécessairement punctiformey
puisque ]àsê trouve le poi al d'entre-croisement des rayons verticaux et la section se réduit à une ligne droite horizontale. Si l'on continue à éloigner l'écran de F vers F', l'axe horizontal de la section 5 continue à décroître et son second
L fixe vertical augmente. Cette sec-
' tio» est : en E une ellipse dont le
■ grand axe est encore horizontal ; en
g. G, un cercle de petit diamètre ; en
^ H une ellipse dont le grand axe est
I vertical, et en F une droite verti-
4 ' cale. Au delà de l'intervalle focal, Z lit surface lumineuse a constamg. ment la forme d'une ellipse à
5 ' grand axe vertical et dont les deui o- axés augmentent proportionnelle- S ment à mesure que l'on s'éloigne i de F'.
I Les taches de diiïusiou sont
f d'autant plus grandes que l'écran
^ est plus éloigné du foyer F ou du
B foyer F'. C'est au niveau de ces
lieux plans qui marquent, ainsi que nous l'avons dit, tes Hmites y de l'intervalle focal que l'image
I du point lumineux a le minimum
§■ d'étendue et le maximum d'éclat,
puisqu'elle est réduite à une ligne.
Pour se représenter d'une fa- J çon plus expressive encore la
£ marche des rayons lumineux dans
^ " l'œil astigmate, on peut figurer
|. ces derniers par des fils fixés à
F deux plaques de carton main-
tenues parallèlement à une cer* taine distance l'une de l'autre. Le professeur Gavarret a fait disposer par'E. Duboscqun schéma de ce genre pour ses cours à la Faculté de Paris.
DES FOHMBS DE L'ASTIGMATISME. 988
Eq substituant à Técran la surface de la rétine, on voit ce que sera, au fond de Toeil astigmate, Timagc d'un point lumineux extérieurs itué sur Taxe optique. Cette image n'est jamais un point, mais bien une tache de diffusion, dont la forme et retendue varient selon que la rétine est située dans l'intervalle focal ou en dehors.
Ce qui est vrai pour un point lumineux situé sur Taxe Fest également pour un point lumineux quelconque situé en dehors de lui, pourvu que les rayons incidents ne se présentent pas sous un angle trop considérable.
Comme une ligne droite peut-être décomposée en une série de points juxtaposés, il en résulte que l'image d'une droite verticale paraîtra nette lorsque la rétine sera au foyer du méridien horizontal, c'est-à-dire à l'extrémité éloignée F' de l'intervalle focal, puisque nous venons de voir que dans te plan l'image d'un point ou de la série des points juxtaposés qui composent une ligne droite est représentée par une ligne droite verticale. Ces images empiètent les unes sur les autres et forment dans leur ensemble une seule image linéaire nette, mais nécessairement plus grande que ne le serait l'image fournie par un appareil réfringent à surfaces sphériques. Pour toute autre position de la rétine, soit en avant, soit en arrière,, chaque point donnera une imagé élargie dans le sens horizontal, et par conséquent la ligne verticale entière manquera de netteté;
De la même façon Timage d'une ligne droite horizontale ne sera nette, c'est-à-dire dépourvue d'élargissement vertical, que si la rétine est placéeau foyerdesrayonscomprisdans le méridien vertical.
Quant aux lignes droites perpendiculaires à l'axe de l'œil et situées en dehors du méridien vertical et du méridien horizontal, feur image ne sera jamais nette, puisque c'est dans ces deux méridiens seulement que les images se réduisent à une ligne lumineuse ; en dehors d'eux la forme linéaire n'existe pas. Par conséquent, quelle que soit la situation de la rétine, l'image d'une ligne droite sera toujours élargie et diffuse.
ARTICLE II
Des formes de rastigmatisme.
a. A»ll9iiiMUime pb^^sloiosl^ne. — Des mensurations nom-^ breuses ont démontré que les surfaces de séparation des milieux
390 OPTOUËTRIE.
réfringents oculaires ne sont pas rigoureusement centrées sur Taxe de l'œil ni absolument symétriques. Il en résulte, d'après ce que nous venons d'établir, jque Tceil de l'homme est toujours astigmate. Pour le constater, il suffît souvent de faire fixer à un certain nombre de personnes prises au hasard et qui ne se plaignent nullement de leur vision une figure étoilée' tracée sur une feuille de papier (/î^. 57), et tenue à nne distance de 12 pouces environ; on
constatera que beaucoup d'entre elles ont uo degré sensible d'astigmatisme, que l'on reconnaît le plus habituellement à ce que le rayon vertical est seul parfaitement net, tandis que le rayon horizontal est le moins distinct de tous.
Pour celles qui déclarent voir également bien suivant les divers méridiens, il sera bon d'avoir recours à une contre- épreuve qui consiste à leur mettre devant l'œil un verre cylindrique faible (re ^ li) propre à les rendre légèrement astigmates. On s'assurera de la sorte du degré d'exactitude des réponses obtenues.
Mais ce qui est vrai à un point de vue théorique et rigoureux cesse de l'être au point de vue pratique', et en prenant pour guide l'exercice de la fonction. Il résulte des observations de Ëm. Javal auquel on doitd'excellents travaux sur cette question, qu'il arrive assez souvent que l'œil n'offre pas d'astigmatisme sensible aux plus déli-