‹ Traité pratique de bactériologieChapitre 10 sur 210 · BACILLE TYPHIQUE DANS LE MILIEU EXTÉRIEUR · texte numérisé non relu

BACILLE TYPHIQUE DANS LE MILIEU EXTÉRIEUR

Ce sont les malières fécales et les urines principalement, qui disséminentle Bacille typhique à l'extérieur, hors de l'individu qui le contient, malade ou porteur de germes. Exceptionnellement, on peut incriminer d'autres produits, sang ou pus par exemple : leur intervention est tellement rare qu'elle peut être considérée comme une quantité négligeable. La contamination du milieu extérieur peut donc être considérée comme se faisant exclusivement par ces excréments.

Il est difficile de préciser le temps pendant lequel le Bacille typhique peut se conserver vivant dans les matières fécales. Bien des facteurs peuvent en effet influer sur le résultat. Le plus important paraît être le développement abondant des microbes des putréfactions qui peuvent faire disparaitre plus ou moins rapidement ce microbe. Cependant, Lévy et Kayser (2) disent l'avoir retrouvé après plus de cinq mois dans des matières fécales conservées; Galvagno et Calderini (3) après une trentaine de jours dans les mêmes conditions. D'après Karlinski (4), on ne le retrouverait plus au bout de trois mois.

La question de la persistance du Bacille dans les cadavres enterrés est d'un très haut intérêt. Lüsener (5), expérimentant sur des cadavres

(1) Couruoxr et Rocnaix, Le chien porteur de Bacilles d'Eberth (Semaine meéd., 1910; n° 27).

(2) Lévy et Kayser, Ueber die Lebensdauer von Typhusbacillen die in Stuhle entleert wurden (Centralbl. für Bakt., 1te Abth., Orig., XXXIII, 1903, p. 489).

(3) Garvacxo et Carperinr, Lebensdauer und Virulenz des Typhusbacillus in Gruben Tonnen und in Boden (Zeitschr. für Hyg., LXIL, 1908, p. 185).

(4) Karziwski, Recherches sur la façon dont se comporte le Bacille typhique dans les matières fécales (Przeglad Lekarski, 1889).

(5) Lüsexer, Ueber das Verhalten von pathogenen Bakterien in becrdigten Kadavern

MR - < EL D à Ve HORS

BACILLUS TYPHOSUS. 107

de porcs largement souillés de Bacilles typhiques, n'a pu retrouver le microbe qu'une fois sur treize opérations, après quatre-vingt-seize jours d'enfouissement dans un terrain sableux. Klein {1), se servant de cobayes, pense qu'on peut encore le rencontrer vivant pendant une période variant de quinze à vingt Jours; après vingt Jours, les résultats sont constamment négatifs.

En dehors de l'homme, les matières fécales et urines contaminent surtout l'eau, l'air et le sol, les aliments.

Eau. — Le Bacille typhique a surtout été rencontré dans l'eau; c'est une preuve, de très grande valeur certainement, du rôle que l'eau, de boisson partie ulièrement, doit jouer dans la contagion de la maladie. Non pas qu'on puisse soutenir que c'est là le seul mode de propagation de la fièvre typhoïde; il est au contraire rationnel d'admettre la possibilité d'autres voies.

Les cas de constatation du Bacille typhique dans l'eau sont assez nombreux aujourd'hui: beaucoup d'expérimentateurs ont pu l'isoler d'eaux de diverses provenances; dans bien des cas sa présence élait en rapport avec l'apparition de la fièvre typhoïde. Pour beaucoupde déterminations un peu anciennes, il faut cependant tenir compte de ce qu'on savait moins bien qu'aujourd'hui le différencier de certains types du Colibacille, et surtout des Bacilles paralyphiques, et que, dès lors, il y a pu avoir parfois confusion avec ces espèces. Il est une série de faits où les caractères importants sont bien constatés et où on est en droit de penser que l'on a bien eu affaire à du Bacille typhique véritable. Cette question sera discutée plus loin (p. 127) et à l'Étude bactériologique de l'eau dans la Quatrième partie.

[Il parait donc bien acquis que le Bacille d'Eberth peut se trouver dans l'eau. Nous verrons plus loin la marche à suivre pour en faire la recherche et le diagnostic.

La manière dont il se comporte dans ce milieu a été l'objet de recherches nombreuses.

D'après Meade-Bolton (2), le Bacille typhique meurt au bout d'une vingtaine de jours, à une température de 20°, dans diverses eaux potables et dans l’eau distillée, préalablement stérilisées.

Wolfhügel et Riedel (3), en ensemençant ce microbe dansde l'eau de rivière stérilisée, pure ou mêmeadditionnée detrès fortes proportionsd’eau distillée, ont observéau début une très forte multiplication à une température de 16° > puisune diminution et enfin une disparition complète dans un délai de vingt et un à trente-deux jours. Dans l'eau distillée pure, on observe dès le début une décroissance, qui va alors en augmentant; il s'en trouvait encore quelques-uns de vivants après vingt jours.

Les expériences de Straus et Dubarry (4) sont beaucoup plus précises.

und über die dem Erdreiche und Grundwasser von solchen Gräbern angeblich drshenden Gefahren (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheïtsamte, XII, 1895, p. 448). (1) Kzeix, Zur Kenntniss des Schicksals pathogener Bakterien in der beerdigten

Leiche (Centralbl. für Bakt., XXV, 1899, p. 737).

(2) Meane-Borrow, Ueber das Verhalten verschiedener Bakterien-Arten im Trinkwasser (Zeitschr. für Hygiene, 1, p. 115).

(3) Worrnucez ét Riepez, Die Vermehrung der Bakterien im Wasser (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, 1, 1886, p. 455).

(4) Srraus et Duparrx, Recherches sur la durée de la vie des microbes pathogènes dans l’eau (Arch. de méd.expér., 1, 1889).

108 BACTÉRIACÉES.

Ils ont opéré sur l'eau de l'Ourcq. très riche en matières organiques, l'eau de la Vanne, assez pure, et l’eau distillée, toutes stérilisées au préalable. L'eau distillée ne s'est montrée stérile qu'au bout de soixanteneuf jours, l’eau de la Vanne au bout de quarante-trois jours, l’eau de l'Oureq au bout de quatre- vingt- un jours.

Chantemesse dit avoir conservé du Bacille lyphique vivant pendant trois mois dans de l’eau de rivière stérilisée.

Pour Wheeler (1), ce microbe vivrait moins longtemps dans les eaux pures, stérilisées, que dans les eaux polluées, plus riches en matières organiques, également stérilisées.

Les choses se passent toutefois différemment dans la nature, où le Bacille typhique, arrivé dans l'eau, se trouve en concurrence avec les Bactéries saprophytes qui se rencontrent, parfois en très grandnombre, dans ce milieu. Etici l'on peut moins encore que précédemment énoncer des données d'une portée générale, parce que les résultats dépendent, pour une bonne part, des espèces microbiennes qui se rencontrent dans l'eau en question, non seulement Bactéries, mais aussi Protozoaires et Protophytes, de la composition elle-même de ce liquide, et enfin des influences diverses de milieu.

Hüppe (2), dans une série d'expériences, a obtenu les résultats suivants :

À l’origine. 1 jour. 5 jours. : 10 jours. 20 jours. #30Mjours. Bacilles typhiques. 1 600 76 95 96 70 70 Bactéries de l’eau. 720 12 000 160 000 240 000 700 000 90 000

On voit 1c1 que le Bacille typhique cède nettement le pas aux espèces saprophytes de l'eau qui se multiplient proportionnellement bien mieux que lui.

Karlinski (3), en opérant sur l'eau d'un puits de l'Institut d'hygiène de Munich, à observé une disparition assez rapide du Bacille typhique. Dans une de ces expériences, il mélangea à l'eau du puits 5 litres de bouillon de culture dont 1 centimètre cube contenait environ 72 millions de Bacilles. Au bout de deux heures, les cultures sur plaques de l'eau de puits décelèrent 500000 Bacilles typhiques par centimètre cube et pas d'autres Bactéries de l'eau. Au bout d'un jour, il trouve 130000 Bacilles typhiques et de 11000 à 13000 Bactéries de l'eau par centimètre cube. Après trois jours, 110000 colonies et seulement 18 000 ayant l'aspect du Bacille typhique. Au quatrième jour, 100000 colonies, dont 9400 semblables à celles du Bacille typhique. Au septième jour, 80 000 colonies, 200 seulement pouvant appartenir à l'espèce en expérience. Au onzième jour, 7000 colonies, 5 pouvant être du Bacille typhique. Au quatorzième jour , plus que 900 colonies dont aucune de Bacille typhique.

Mais, dans ces expériences, Karlinski n'a pas fait la diagnose exacte du Bacille lyphique des nombreuses espèces de l'eau qui donnent des

(1) Wueerer, The Viability of Bacillus typhosus under various conditions (Journ. of. med. Research., XV, 1906, p. 269).

(2) Hurre, Schilling's Journal, 1887, cité in Thèse de GassEr, p. 9.

(3) Karzinsxr, Ueber das Verhalten des Typhusbacillus im Brunnenwasser (Arch. für Hygiene, IX, 1889, p. 432).

Lt. 2

BACILLUS TYPHOSUS. 109

colonies de même aspect, et en particulier du Colibacille, et des espèces similaires ; de plus, il n'a pas tenu compte de circonstances qui peuvent Jouer un grand rôle dans la durée de la persistance des germes de l'eau, entre autres de la précipitation au fond de beaucoup d'éléments. C'est ce que démontre très bien l'expérience suivante de Chantemesse et Widal : Un ballon contenant une légère couche de sable est rempli d'eau de rivière stérilisée et ensemencé avec une culture de Bacille typhique. Après deux mois environ, onn'en rencontre plus dans l'eau prélevée avec soin. Si l'on décante doucement et qu'on remplace l'eau enlevée par de la nouvelle soigneusement stérilisée, on obtient des colonies de Bacille typhique en mettant de cette eau en culture. Les mêmes phénomènes peuvent parfaitement se passer dans les réservoirs d'eau, puits ou citernes; cest ce qui peut expliquer la réapparition de la fièvre typhoïde après un curage ou une crue.

Dans les eaux brutes, le Bacille lyphique diminue donc rapidement de nombre, mais ne disparaît cependant qu'après un assez long temps. C'est ce que confirment encore les recherches de Hoffmann (1) qui l'a retrouvé jusqu'au deuxième mois dans l'eau ou dans la vase d'un aquarium où abondaïient des microbes saprophytes el où se rencontraient en particulier un très grand nombre de Protozoaires, surtout des Flagellés, que l'on considère souvent comme jouant un rôle très actif dans la purification des eaux en absorbant les Bactéries (2).

En opérant sur les eaux de Londres, Houston (3) a établi qu'en leur ajoutant une quantité notable de Bacilles lyphiques, 99 p. 100 de ces derniers disparaissaient après huit jours, mais qu : en persistail jusqu à neuf semaines dans certaines expériences.

Le Bacille typhique résiste très bien dans l'eau à la congélation: Prudden (4) en a rencontré de vivants après trois mois, dans de la glace. La glace provenant d'une eau souillée peut donc transmettre la fièvre typhoïde.

Air. — Jusqu'ici, on n'est pas encore parvenu à isoler le Bacille typhique de l'air ; Chantemesse et Widal, entre autres, ont échoué, bien qu'ils se fussent placés dans des conditions exceptionnellement favorables. 11 doit cependant s'y rencontrer, adhérent aux poussières en suspension, mais n'y garde pas longtemps sa vitalité.

Sol. — Le Bacille typhique parait devoir être très répandu dans le sol, en raison des souillures fréquentes et faciles de ce dernier par les matières fécales et les urines. Il n'y a cependant pas été signalé souvent, sans doute à cause des difficultés que présente sa recherche. Tryde et Salomonsen (5) l'ont isolé, en 1885, du sol d'une caserne où sévissait la fièvre typhoïde. Je l'ai retrouvé (6). en 1888, dans de la terre prise à 1 mètre de profondeur autour d’un puits dont l'eau avait été soupçonnée

(1) Horrmaxx, Untersuchungen über Lebensdauer von Typhusbazillen im Aquariumwasser (Arch. für Hyg., LII, 1905, p. 208).

(2) Hunremuzzer, Verchnitung der Bakterien im Wasser durch Protozoen (Arch für Hyq., TAN ,11905, p. 89):

(3) Housrow, The Vitality of the Typhoidbacillus in artificially infected of raw Thames, Lee and New-Riv water (Metropolilan Water Board, 1908).

(£) PrunDen, New York med. Record, 1887.

(5) Tryne et SaLomonsEN, Soc. de méd. de Copenhague, 9 décembre 1884.

(6) Macé, Sur la présence du Bacille typhique dans le sol (C. R. de l'Acad. des sc., 28 mai 1888).

110 * 14 BACTÉRIACÉES. | -

à Juste titre; la terre, et l'eau ensuite, avaient été souillées par les latrines situées à peu de distance. En usant de la méthode d'Elsner, Remlinger et Schneider (1) l’auraient isolé six fois sur dix échantillons de terre provenant de cours, de jardins. Sanglé-Ferrière et Remlinger (2) l'ont trouvé dans les poussières de chambres de casernes où s'observait une épidémie de fièvre typhoïde.

La persistance de la vitalité de ce microbe dans le sol serait longue. Les expériences de Grancher et Deschamps (3) ont démontré péremptoirement que du Bacille typhique, imprégnant le sol, vit encore cinq mois et demi après son ensemencement, en pleine terre, au milieu d'un grandnombre d'autres ra C'estce qu'ont confirmé lesrecherches de Robertson et Gibson (4). Rullmann ( (5) l'a retrouvé vivant encore après un an, el même, dans ie conditions, après dix-huit mois. Sa persistance dépendrait de la nature et de la composition du sol; les terres riches en matières organiques, le terreau surtout, paraîtraient particulièrement favorables ; la terre vierge, le sable, beaucoup moins. Dans de la terre préalablement stérilisée, le microbe vivait encore après seize mois. Après avoir mélangé des matières fécales de typhiques au sol, Galvagno et Calderimi (6) l'ont retrouvé vivant jusqu'à vingt jours dans de la terre prise à la surface el quarante jours dans celle de la profondeur. Sampietro (7) l'a vu vivre pendant quatre mois dans de la terre de jardin stérilisée, alors que dans ce même terrain non stérilisé il disparaissait en trois à quinze jours.

Aliments.— On verra plus loin (p.113) que certains aliments peuvent en contenir et servir à sa dissémination. Le lait paraît particulièrement favorable à son développement, sa conservation et sa dissémination.

Page 1