BACILLE TYPHIQUE DANS L'ORGANISME SAIN
On a cru longtemps que le Bacille typhique ne pouvait se rencontrer dans l'organisme que lors de l'infection spécifique. Cependant, usant de la méthode d'Elsner, qui sera décrite plus loin (p. 114), Remlinger et Schneider (1), en 1896, ont pu constater dans les selles d'hommes sains, n'ayant jamaisété atteints de fièvretyphoïde, ou dansles selles d'individus souffrant d'affections tout autres, paludisme, leucémie, néphrite, la présence d'un Bacille présentant tous les caractères du Bacille d'Éberth. Par injection de plusieurs cultures, ils ont pu déterminer la fièvre typhoïde expérimentale chez le cobaye; l'inoculation préventive de sérum antityphique les préservait constamment. Il semble bien que ces expérimentateurs aient eu affaire au vrai Bacille typhique.
Il était, d'après cela, possible de penser que le Bacille lyphique était capable de vivre dans l'intestin de l'homme en simple saprophyte. C'était un argument à l'appui de l'auto-infection de la fièvre typhoïde, ou de sa production par microbisme latent à la suite de surmenage, troubles digestifs, ou autres causes de diminution de résistance.
Frosch (2) reprit en 1903 cette opinion de vie saprophytique du microbe dans l'intestin. Klinger (3), Conradi (4), Minelli (5) ont constaté à diverses reprises sa présence dans le contenu intestinal de personnes n'ayant jamais eu de fièvre typhoïde. Conradi l'a même isolé du sang d'une personne saine; Busse (6) du sang de malades ne souffrant que de tuberculose. Il existe donc bien réellement des porteurs sains, comme les dénomme Sacquépée, qui peuvent héberger le Bacille typhique, qui se multiplie chez eux, sans être eux-mêmes réellement infectés, et le rejeter au dehors, infecter leur voisinage. Chez eux, l'excrétion du microbe est éphémère et fugace le plus souvent, très rarement persistante. Ces porteurs de germes sains se rencontrent surtout parmi les personnes de l'entourage des typhiques, très rarement, semble-t-1l, en dehors d'eux. Leur proportion varie beaucoup; Cler et Ferazzi (7) ont trouvé 6 porteurs sains sur 32 personnes placées au voisinage de typhiques ; Klinger, 11 sur 1700. Minelli n'en a rencontré qu'un sur 250 sujets placés en dehors de tout contact suspect.
D'ordinaire, l'élimination du microbe par les porteurs sams est courte et peu abondante, de telle sorte qu'ils apparaissent plutôt comme peu dangereux en regard des porteurs chroniques; cependant, Conradi l'a vue chez un sujet durer plusieurs mois.
(1) RewuxGer et Scuxeiner, Sur la présence du Bacille d'Éberth dans l’eau, le sol et les matières fécales de sujets non atteints de fièvre typhoïde (Soc. de Biol., 18 juillet 1896 ; et : Contribution à l'étude du Bacille typhique (Ann. de l'Inst. Pasteur, 1897, p. 55).
(2) Froscu, Loc. cit., p. 103.
(3) KuiGer, Loc. cit., p. 103.
(4) Conranr, Loc. cil., p. 1388.
(5) Mixeur, Ueber Typhusbacillenträger und ihr Workommen unter gesunden Menschen (Centralbl. für Bakt., 1t Abth., Orig., XLI, 1906, p. 406).
(6) Busse, Ueber das Workommen von Typhusbacillen im Blute von nicht typhus, kranken Personen (Münch. med. Wochenschr., 1908, n° 21).
(7) Czer et FERAZzI, Sulla presenza di Bacillo di Eberth nelle feci di individui sani. Torino, 1904,
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Chez ces individus, le Bacille typhique peut s'implanter et se développer sans produire de réaction appréciable. On peut aussi penser qu'ils ont antérieurement subi une affection éberthienne méconnue ou ignorée, une fièvre typhoïde du jeune âge dont ils n'ont pas gardé le souvenir, ou bien une forme fruste ou très bénigne de la maladie qualifiée embarras gastrique, diarrhée, ictère, ou prise pour tout autre chose ; ils ne seraient autre chose que de véritables porteurs chroniques.
En tout cas, leur rôle étiologique est fort important ; d'autant plus qu'on se méfie moins encore d'eux que des porteurs convalescents ou chroniques avérés dont la maladie a attiré l'attention.
Ces porteurs sains ne sont pas de simples agents de transmission. Ils peuvent aussi fort bien conserver du mic robe pendant un temps plus ou moins long. Celte conservation dans l'organisme humain satisfait plus l'esprit que celle que lon attribue à certaines parties du milieu extérieur. le sol et l'eau surtout.
L'homme n'est peut-être pas seul à véhiculer ainsi le Bacille typhique et pouvoir disséminer la fièvre {yphoïde; Courmont et Rochaix (1) ont montré qu'en faisant ingérer au chien des matières fécales de tvphiques, on le rendait porteur de germes pour quelques jours. Il est possible que des faits semblables se passent dans la nature et que des animaux puissent ainsi servir à propager la fièvre typhoïde.