RÔLE PATHOGÉNIQUE
En somme, d'après ce qui a élé dit, on peut considérer le rôle du Bacille d'Eberlh dans l'étiologie de la fièvre typhoïde comme démontré. Le microbe pénètre dans un organisme réceptif par un point, qui semble être, bien constamment, le tube digestif; il pullule et envahit le système lymphatique où se trouvent ses localisations d'élection (p. 95). Il se généralise dans le système lymphatique, arrive dans le sang. Dès que 1 envahissement du système lymphatique est fait, dès que le Bacille a passé dans le sang, 1l se locatise. C'est à ce moment qu'apparaissent les taches rosées, l'augmentation de volume de la rate. Il produit sa toxine qui va agir, comme en général les poisons microbiens, sur le système nerveux, et plus spécia-
(1) RemuxGer et Scaxeiner, Loc. cit, p. 105.
(2) Saxczé-FErRRIÈRE et REMLINGER, Présence du Bacille d'Eberth dans les poussières d’un casernement atteint de fièvre typhoïde (Bull. de l’Acad. de méd., 26 janvier 1897, p. 18).
(3) ur et Descamps, Reéherches sur le B. typhique dans le sol (Arch. de med. expér., I, 1889, p. 33).
(4) PonEnrsen et Ces Brit. med. Journ., 1898.
(5) Rurzuann, Ueber das Verhalten des sim Erdboden eingesäten Typhusbacillus {Centralbl. für Bakt., XXX, 1901, p. 321, et it® Abth., Orig., KXXVII, 1905, p. 380).
(6) Gazvacxo et Carperini, Loc. cit., p. 106.
(7) Sawpierro, Sulla vitalita e virulenza dei batteri intestinali conser vati nel terreno (Ann. di Iqiene sperim., XVIII, 1908, p. 119).
lement sur les muqueuses, en produisant son action nécrosante, si
BACILLUS TYPHOSUS. dy 111
manifeste surtout sur la muqueuse intestinale.
Après la terminaison du processus typhoïdique, le Bacille peut disparaître ou rester vivant dans l'organisme, pendant un long temps parfois, cantonné en des points particuliers. On l'a retrouvé des mois, des années après la guérison dans des foyers de suppuration, dans les voies biliaires atteintes d'inflammatlions chroniques, dans les selles même,
C'est à cette persistance du virus qu’on doit attribuer les rechules, trop fréquentes dans la maladie. Le Bacille, cantonné dans un point limité, peut, sous certaines influences, l'affaiblissement de l'organisme, ou, comme le montrent les expériences précédemment citées de Sanarelli (p. 86), par un apport de {oxines adjuvantes, celles du Colibacille ou du Proteus vulgaris, par exemple, qui peuvent être produites dans l'intestin même, alors reprendre de l’activité et produire une nouvelle généralisation.
D'où peut provenir le microbe infectant ? Des malades atteints d’affection éberthienne, assurément, mais plus ou moins directement.
Il peut provenir directement d'un malade, la contamination se faisant par contact. Quoiqu'il ait été souvent nié, ce mode de contamination existe. Les soins de propreté dont on entoure habituellement les malades, surtout à l'égard des excréments, en diminuent considérablement l'importance.
il provient souvent des porteurs convalescents ou des porteurs chroniques, dont on se méfie moins que des malades, qui vont et viennent, multipliant les contacts et les chances de souillure du milieu.
Il doit venir assez fréquemment des porteurs sains, en attribuant à
cette catégorie la valeur indiquée plus haut.
Ce sont, en tout cas, les selles et les urines des typhiques et des porteurs de germes qui conservent, véhiculent et disséminent le contage. Il peut encore, mais très exceptionnellement, provenir du sang, des produits d'expectoration, de l'ouverture de foyers de suppuration, etc.
La contamination se fait directement, par ingestion de particules qui en contiennent, particules qui sont apportées à la bouche par les mains ou directement ; ou bien, au sortir du corps, le microbe se mêle au milieu extérieur: aux poussières, a au sol, à l’eau, aux aliments. Il y reste vivant pendant un temps plus ou moins long; perdant souvent de sa virulence, mais pouvant la garder assez longtemps quand les circonslances sont favorables ou peut-être la récupérer dans certaines conditions.
Comme on l’a surtout rencontré dans l’eau, c'est ce milieu qu'on a d'abord été porté à incriminer, et à juste titre, il semble. D'ailleurs, avant la connaissance du Bacille d'Eberth et sa constatation dans l’eau de boisson, l'observation clinique et l'étude détaillée de beaucoup d'épidémies avaient déjà apporté, à l'appui de cette opinion, des preuves tout à fait convaincantes. La découverte du Bacille typhique dans l’eau n'a fait que confirmer les idées les plus répandues et leur donner une base irréfutable. On trouvera des faits discutés et exposés dans
Je mémoire de Chantemesse et Widal, dans la communication ma-
gistrale que Brouardel (1) a faite sur cette question au Congrès inter-
(1) Brouarpez, Des modes de propagation de la fièvre typhoïde (VZe Congrès international d’ hygiène el de démographie, lenu à Vienne en septembre 1881; et: Ann. d'hyg. publique, XVIII, 3 série, p. 385).
1 BACTÉRIACÉES.
nalional de Vienne en 1887 et dans ie beau livre de Brouardel et Thoimot (1).
On a des preuves convaincantes de la production de la fièvre typhoïde par l'eau ; cependant, on doit reconnaître que l’on n’a pu qu'assez rarement isoler de ce milieu du Bacille typhique sûrement caractérisé. Paraissent bien certainement occasionnées par l'eau de boisson les épidémies de fièvre typhoïde massives, atteignant tout d’un coup un grand nombre de personnes n'ayant aucun rapport direct entre elles ; ou les épidémies limitées exactement aux personnes qui consomment une eau, eau d'une distribution bien spéciale ou d’un ou plusieurs puits déterminés, eaux souvent manifestement souillées par des infiltrations fécaloïdes. Il faut bien reconnaître cependant que, devant les résultats négatifs de tant de recherches du Bacille typhique dans des eaux qui semblent devoir être légitimement suspectées de donner la fièvre typhoïde, le rèle de l'eau dans la transmission, que l’on à fait capital pendant longtemps, pourrait voir son importance diminuer ou disparaître, à moins que, ce qui est fort possible, on ne doive incriminer que la grande difficulté d'isoler le microbe et l'imperfection des procédés actuellement employés (Voy. Recherche du Bacille lyphique dans l'eau, p: 127).
Le rôle que joue ici le so! ne doit cependant pas être éclipsé par celui de l'eau; on le reconnaîlra comme au moins égal. Le sol est en effet le véritable réceptacle des produits pouvant véhiculer les virus ; la plupart du temps, c'est par son intermédiaire que l’eau est souillée." Le sol est, du reste, un très bon milieu pour la conservation du Bacille lyphique. La durée de sa résistance, dans ce milieu, est loin d'être fixe ; elle dépend, en effet, d’un très grand nombre de conditions, sécheresse où humidité, nature du sol, présence plus ou moins notable d'air, etc. Il est permis de penser que, lorsque toutes les conditions conv enables se trouvent réunies, le Bacille lyphique peut se conserver pendant fort longtemps vivant dansle sol| (p.110); :cettelongévité peut être la cause de ces endémies de maisons, si fréquentes dans les grandes villes. De là, 1l revient facilement dans l'organisme. Il résiste longtemps à la dessiccation; il peut done aisément se trouver vivant dans les poussières et revenir avec elles dans l’organisme par inhalation ou déglutition. A la surface, il est vrai, 1l trouve de nombreuses causes atténuantes actives, l’action des radiations lumineuses principalement, qui peuvent rapidement le détruire : mais il se conserve dans les couches plus profondes, que les remaniements divers, si fréquents pour les sols des villes, font facilement revenir au jour. De nombreuses observations démontrent l'influence certaine de ces remaniements de terrains souillés sur l'explosion d'épidémies typhoïdes. Les faibles exigences du microbe au point de vue des aliments, de l'oxygène, de la température, lui permettent de pulluler facilement dans les conditions ordinaires qu'il rencontre dans le sol. Les rapports intimes qui existent entre le sol et l'eau de boisson expliquent très bien le rôle considérable, mais souvent secondaire, qui revient à l'eau dans la dissémination du Bacille lyphique et la production des manifestations épidémiques ou endémiques de la fièvre fioide,
(1) Brouarpez et Taoinor, La fièvre typhoïde. Paris, J.-B. Baillière, 1895.
BACILLUS TYPHOSUS. 113
Le Bacille typhique peut être véhiculé par les aliments. Un transport direct ne peut se faire que par les aliments qui se consomment crus : le
microbe élant tué à des températures relativement basses, une coction,
même modérée, le détruit sûrement. Il provient alors de souillures de ces substances par des excrela renfermant des germes typhiques, selles, urines, eaux d’égout surtout, mélange ou lavage à l’eau polluée. Certains légumes mangés crus, arrosés ou irrigués à l’eau d’égout, mais surtout cullivés dans des sols où l’on pralique répandage d'engrais humain, ont été spécialement incriminés. D'un autre côté, des aliments primitivement indemnes, ou cuits et débarrassés dès lors des germes typhiques qu'ils auraient pu avoir, peuvent être ultérieurement contaminés par contact d'individus porteurs de germes ou par des mouches qui ont pu prendre des Bacilles sur des excrela qu'elles ont visités. Un tel rôle des mouches dans la dissémination du microbe apparail comme très important (1).
Le lait doit être assez souvent mis en cause, comme l'indiquent d'abord des relations d'épidémies ayant sévi exclusivement dans la clientèle de laitiers chez lesquels s'étaient produits des cas de fièvre typhoïde (2). Le lait est d'ailleurs un fort bon milieu pour la pullulation rapide du microbe; Bolley et Field (3) ont montré qu'il pouvait y rester vivant pendant plusieurs mois, ainsi que dans la crème et le beurre.
Evyre (4), en ensemençant avec du Bacille typhique du lait cru, recueilli asepliquement, a constaté que dans ce lait, conservé à la température ordinaire, le nombre des microbes diminuait d’abord pendant les premières heures, puis augmentait rapidement pendant les jours suivanis.
Les conditions différent un peu avec le lait ordinaire, souvent riche en microbes divers, qui, dans certains cas, exercent peut-être une action empêchante sur le développement du Bacille lyphique. Mais, d'une facon générale, on peut penser qu'il y a, ici aussi, presque toujours, une multiplication.
La contamination du lait peut se faire soit par l'addition d’eau souillée, soit, pendant les manipulations, par des porteurs de germes, malades, convalescents ou sains, qui les exécutent. Ce dernier mode semble particulièrement important (5).
Chantemesse (6) a le premier signalé la possibilité de la transmission de la fièvre typhoïde par les huîtres ayant pu être souillées par le Bacille typhique en vivant dans une eau polluée comme l’est souvent celle des
(1) Gavri-Vazerto, L'état actuel de nos connaissances sur le rôle des mouches dans la dissémination des maladies parasitaires et sur les moyens de lutte à employer contre elles (Centralbl; für Bakt., 1t@ Abth., Orig., LIV, 1910, p. 193).
(2) Goxaw, Epidémie de fièvre typhoïde transmise par le lait, observée à Clermont- Ferrand pendant les mois de décembre 1891 et janvier 1892 (Revue d'hyg., 1892, n° 11). — Viccxess, Eine durch Milchinfektion hervorgerufene Typhusepidemie (Zeitschr. für Hygiene, XXVII, 1898, p. 264).
(3) Bozzex et Fi», Bacillus typhi abdominalis in milk and butter (Centralbl. für
Bakt., 2% Abth., IV, 1898, p. 881). :
(4) Evre, Milk and ïts relation to the public Health (Public health and marinehospilal service. New-York, 1908).
(5) Conranr, Typhusbacillen in der Milch (Centralbl. für Bakt., 1® Abth., Orig., EX#1905 p.84):
(6 CHanTeMesse, De la fransmission de la fièvre typhoïde par les huîtres (Acad. de méd., 2 juin 1896).
Macé. — Bactériologie, 6° édit. IT.
114 BACTÉRIACÉES
parcs de réserve ou de bassins situés près de l'embouchure de rivières ou de canaux qui charrient fréquemment des déjections de toutes sortes. D'autres observateurs ont pu depuis confirmer son assertion (1).
Actuellement, la présence du Bacille typhique dans les huîtres qui ont vécu dans des eaux souillées ou en contact avec elles. est absolument démontrée. Klein (2) et Sacquépée en particulier ont pu isoler de certaines huîtres du Bacille typhique qu'ils ont caractérisé d'une façon complète. Il semble cependant que l’on rencontre plus fréquemment des espèces voisines, le Colibacille, les Bacilles paratyphiques, le Bacillus enteritidis, qui jouent aussi un grand rôle dans les accidents gastro-mtestinaux d’origine ostréaire, où ils interviennent seuls ou en symbiose avec le Bacille d'Eberth, comme ont pu le montrer les hémocultures dans certains cas.
D'un autre côté, les aliments à acidité très marquée paraissent plutôt nuire au développement du Bacille typhique. D'après Sabrazès et Mercaudier (3), le vin tue assez vite, en quelques heures, ce microbe, d'autant plus vite que le vinest plus acide. Lentz (4) avait observé le même fait avec la bière.
On le voit, les causes de contamination sont multiples. II semble bien cependant que l'infection se fasse toujours par la voie digestive. L'ingestion de produits contenant du Bacille typhique actif paraît bien être la manière dont se prend la fièvre typhoïde. De cette façon, ne peuvent être contaminés que des individus réceptifs, bien probablement; les autres échappent, peuvent héberger quelque temps le microbe dans leur intestin, être alors des porteurs sains; c'est très admissible, mais c’est autre chose.
Quelle peut être l'importance relative de ces diverses causes d'infection? Il est très difficile de se prononcer. Les données établies diffèrent en effet considérablement sur le rôle qu’on peut attribuer aux divers facteurs qui peuvent intervenir.
L'origine hydrique de la fièvre typhoïde a été surtout, et est encore pour beaucoup, la cause tout à fait prépondérante; landis que pour d’autres c’est le contact direct d'individus qui éliminent des Bacilles, malades ou porteurs de germes, qui doit avoir la première place, ou l'alimentation contaminée qui intervient souvent. Il devient difficile de se prononcer, comme peuvent le montrer les données statistiques ciaprès.
(1) Foore, À bacteriologic study of ousters, with special reference to them as the source of typhoid infection (The med. News, 23 mars 1895). — Mosnyx, Des maladies provoquées par l'ingestion des mollusques; études sur la salubrité des établissements ostréicoles (Revue d'hygiène, 1899 et 1900), — Sacquérée, Les huîtres et la fièvre typhoïde (Revue d'hygiène, juillet 1902). — Nerrer, Sur la fièvre typhoïde et les accidents infectieux consécutifs à l’ingestion des huîtres (Rapport à l'Acad. de méd. 7 mai 1907). — Bon, La question de la nocivité des huîtres et de la prophylaxie des accidents qu’elle peut causer (Revue d'hygiène, XX XIII, 1911, p. 135).
(2) Kzeix, On Ovyster cultur in relation to disease (24° annual Report of the local Government Board, 1894-95).
(3) SABrazës et Mercaupier, Action du vin sur le Bacille d'Eberth (Ann. de l’Inst. Pasteur, XXI, 1907, p. 312).
(4) Lexrz, Die Lebensfähigket von Typhusbacillen in Braunbier (Klin. Jahrb., XI, 1903).
BACILLUS TYPHOSUS. 115
ï ( Pour Brouardel et Thoinot (1), l’origine hydrique existerait au moins pour 90 pour 100 des cas.
D'après une statistique de Schüder (2) portant sur 638 cas, la répartition des causes probables d' infection serait la suivante :
IDE US SEL Nc STE 0EA IE PA Ce IS CON ETS ER SEPT ARE 77,40 p. 100, ARR TR RE A Rat ae Yates » LS © 17,00 Be INTÉCNONSSPDATICON CAC PME ae eee cer cer 4,30 — DIVERS ET LS MN PP TR free LT 1,30 —
Une statistique de Klinger (3) fait beaucoup plus ressortir l'importance du contact de malades et ‘de porteurs s de germes. Sur 1397 cas dont il dit avoir pu fixer l’origine de la maladie,
1272 cas sont dus au contact de malades, 125 — — à des porteurs de germes sains.
Sur ces 1397 cas :
Dans 13
», on doit, incriminer le contact direct par les mains. € — l'alimentation par le lait.
22 — = par d’autres aliments.
— D} — — l’eau.
3 — — le blanchissage du linge,
r2 on =
Iei l’état des mains, les mains sales, est mis en vedette. On a souvent qualifié la fièvre typhoïde, le choléra aussi, de maladie des mains sales.
Kayser (4), dans un rapport sur la fièvre typhoïde à Strasbourg de 1903 à 1907, donne les chiffres suivants : il y eut 505 cas, dans 87 p. 100 desquels il pense avoir pu déterminer la cause de l'infection, se réparüssant ainsi qu'il suit :
26,7 p. 100 : lait infecté.
14,0 — eau infectée ou glace souillée.
1180 — contact avec malades.
4,9 — infirmières soignant les typhiques.
SL — laveuses de linge de typhiques.
9,5 — porteurs de germes,
13,0 — cas importés,
2,0 aliments (Bacille paratyphique B).
On voit qu'il est assez difficile de faire concorder de telles staistiques. L'importance de l’une ou l’autre des causes données peut dépendre, du reste, de conditions de milieu, toujourstrès variables; puis aussi de l'idée que peut s’en faire l’appréciateur.
Reste maintenant la conception de l’auto-infection typhoïde, à laquelle, il faut le reconnaître, les constatations de la présence du Bacille d'Eberth dans les selles d'hommes sains, n'ayant jamais eu la fièvre Lyphoïde, ont apporté un certain appui. Le germe, présent dans l'organisme normal, ne deviendrait virulent et infectant que dans cer-
(1) Brouarpez et Tnoior, Loc. cit., p. 112.
(2) Scuüper, Zur Aetiologie der Typhus (Zeitschr. für Hygiene, XXVII, 1901, p. 343),
(3) KLINGER, PRE oeische Beobachtungen bei der Typhusbekämpfung im ‘Sudwesten des Reiches (Arb. aus dem kaiser l. Gesundheitsamte, XXX, 1909, p. 584).
(4) Kayser, Ueber die Art der Typhusausbreitung in einer Stadt [Mänch. med. Wochenschr.…. 25 mai 1909, p. 1067 et 1130).
Le
116 BACTÉRIACÉES.
laines conditions, lorsque la résistance naturelle serait diminuée ou vaincue sous l’action d'influences affaiblissantes. Le Bacille lyphique pourrait être un hôte quasi normal, un commensal de l'organisme, tout comme le Pneumocoque, le Streplocoque pyogène par exemple ; habituellement inoffensif, 1l ne deviendrait pathogène que dans cerlaines conditions, à l'exemple des microbes précédents. I faut reconnaître qu'on expliquerait ainsi, d’une façon satisfaisante, la production de cas isolés ou de petites épidémies de fièvre Lyphoïde où l'importation du germe ne peut pas se trouver. La fièvre typhoïde, cliniquement, pourrait avoir une double origine, la contagion d'une part, de l'autre la spontanéité apparente, qu'expliquerait le passage à l'état virulent d'un germe devenu ubiquilaire (1), sommeillant pour ainsi dire dans le milieu extérieur.
Si l'on admet, avec G. Roux et Rodet, l'identité du Bacrille typhique et du Colibacille, c'est celte dernière conception qui devrait dominer dans l’éliologie de la fièvre typhoïde. Le Colibacille est en effet très commun dans le milieu extérieur: 1l est l'hôte habituel de tout le canal digestif de l'homme, d'ordinaire dépourvu de virulence, mais pouvant en gagner, comme le prouve l'expérimentalion, à la moindre déviation fonctionnelle de l'organe. On verra, par l'histoire des deux microbes, qu'on est loin d'être fondé à affirmer leur identité.