BACTÉRIACÉES
tyrogenum, qui se distingue par les caractères de ses cultures el ses effets presque nuls sur l'organisme. É
Finckler et Prior ( (1) ont découvert, dans les fèces de plusieurs malades atteints de choléra nostras, une Bactérie très voisine de celle du choléra vrai, dont elle ne pouvait se distinguer, à leur dire. L'étude comparée attentive des cultures de ces deux espèces permet de les différencier aisément. En culture sur plaques, les colonies du Spirille de Finckler apparaissent plus tôt et se développent plus rapidement. EHes ont déjà atteint 1 à 2 millimètres, alors que celles du Spirille du choléra forment seulement de très petits points à peine visibles. La figure, 127 représente à gauche une colonie de la première espèce, après vingtquatre heures de croissance à 22°; à droite se trouve une colonie de la seconde espèce ensemencée en même temps, sur la même plaque de gélatine ; le grossissement étant le même, il est facile de se rendre compte de la différence de grosseur. Les colonies offrent, en outre, peu de similitude dans leur aspect à un grossissement moyen; la comparaison des figures 126 et 127, p. 598, fera saisir la distinction. Les colonies du Spirille de Finckler sont de petits ilots arrondis, à contours bien circulaires, finement granuleux, d'une teinte jaunâtre ; leur liquéfaction progresse bien plus rapidement: en quarante-huit heures, elles peuvent atteindre 2 à 3 centimètres de diamètre. En piqûre dans un tube de gélatine, les deux espèces se développent de la même façon, mais le Spirille du choléra présente un retard manifeste sur l'autre espèce. Les figures 128 et 131, p. 599, représentent l’état de cultures de ces deux espèces faites en même temps, dans une gélatine de composition identique, à une même température. Enfin, les effets pathogènes du Spirille de Finchler sont bien moins marqués que ceux du Spirille du choléra. Le contenu intestinal des cobayes qui succombent a un aspect tout autre; il est toujours très liquide et exhale une odeur de putréfaction, ce qui manque dans le vrai choléra. %
Depuis, des espèces similaires, très voisines ou même à identifier, ont été signalées de bien des côtés dans la nature
Héricourt(2), le premier, a signalé, dans l'eau de diverses provenances, dans l’air, dans les poussières, des Bactéries courbées qu'il rapproche des Bacrlles virgules pathogènes. On en a ensuite décrit de bien des côtés.
La distinction de ces espèces apparaît aujourd'hui comme chose relativement facile, grâce à la mise en œuvre de méthodes biologiques nouvelles, principalement des réactions d'immunité.
De nombreux expérimentateurs ont rencontré dans le milieu extérieur, les eaux, l'air, ou dans les selles cholériques ou normales, des espèces vibrioniennes nombreuses qui présentent, avec le Bacille virgule du type de Koch, des ressemblances intimes el aussi parfois des différences indéniables (3). Doit-on les considérer comme de bonnes espèces en se basant sur les quelques caractères différentiels connus, ou, au contraire, avec Metschnikoff, admettre que ces Vibrions ne se présentent pas comme des espèces bien définies, mais forment un groupe
(1) Fixcxcer et Prior, Forschunzen über Cholerabacterien. Bonn, 1885.
(2) Héricourr, Les Bacilles courbes des eaux (Bevue d'hyg., VIII, 1885. p. 6), et Germes des Bacilles courbes dans l’air (Zhid., p. 279).
(3) Dieunoxé, Zusammenfassende Untersicht über die in dem letzten zwei Jahren geundenen Choleraähnlichen Vibrionen (Centralbl. für Bakt., XVI, 1891, p. 365).
LTÉE. jh LE ie
= SPIRILLUM CHOLERÆ. 631
de formes très variables et très bigarrées, dans lequel il est souvent très
difficile de s'orienter ? Il est encore difficile aujourd'hui de trancher
; nettement la question. Elle a pourtant une importance considérable au
| point de vue de l'étiologie du choléra, en ce sens surtout qu'elle chan-
gerait la conception de la spécificité absolue du germe en la conception d'une certaine ubiquité des germes cholériques, où une très grande
: part devrait être faite, dans les manifestations infectieuses, à l’état du
terrain et principalement aux modifications de l’intestin. D'après Sana-
relli, tous ces Vibrions sont bien des Vibrions cholériques ; ceux qui se trouvent dans l’eau proviennent très probablement des déjections de l'homme ou des animaux.
Les caractères morphologiques de ces différents types sont très variables. Certains sont courts, trapus, nettement en virgule, comme le Spirille Lype de Koch ; d’autres sont beaucoup plus minces, allongés, courbés en arc de grand rayon, ayant la forme du Spirille de Massaouah, par exemple. Les résultats obtenus par Metschnikoff avec un Vibrion isolé d'un cas de choléra typique à Angers, montrent qu'il ne faut pas tenir un trop grand compte de Lelles différences de forme ; en cultivant ce Vibrion, court, trapu, de vrai type indien, pendant longtemps dans peu d’eau peptonisée à 1 p. 100, à l’étuve à 36°, il a constaté qu'à mesure que l'eau de la cullure s'évaporait, la forme devenait plus mince et allongée, de telle sorte que des cultures sur gélose faites avec une telle cullure âgée de quarante-trois jours ne contenaient que des filaments de longueur moyenne, et une, faite avec une culture d’un mois et demi, présentait le type fin et allongé du Vibrion de Massaouah type, se reproduisant alors d’une facon stable.
La motilité, le nombre et la disposition des cils sont tout aussi peu constants. D’après Nicolle et Morax (1), un Vibrion indien, donné comme type par le laboratoire de Koch, était toujours immobile et dépourvu de cils. Certains autres n’en ont qu'un, à une extrémité, les Vibrions cholériques de Hambourg, de Courbevoie, de Shangaï, d'Angers, bien des Vibrions des eaux. Les Vibrions de Massaouah, de Paris (1884), en ont quatre, deux à chaque extrémité, ou trois à une ou à l’autre, quelquefois même tous les quatre à un pôle. Jamais un nombre plus
grand n’a été constaté.
É La manière dont les différents Vibrions se comportent dans les milieux de culture ne peut guère fournir de caractères différentiels de quelque valeur.
Les cultures sur gélatine auxquelles, à la suite de Koch, on avait attribué au début une grande importance, présentent toute une gamme dans la rapidité, l'intensité, l'étendue de la liquéfaction ; il n’est plus possible de leur conserver de la valeur au point de vue de la différen-
cialion des divers Vibrions, bien qu'elles en gardent une indéniable pour
le diagnostic de groupe.
Les cultures sur pomme de terre, d’après Sanarelli, ne fournissent qu'un critérium très incomplet, des Spirilles cholériques authentiques montrant, sur ce milieu, les mêmes caractères que des Vibrions cholérigènes isolés d'eaux de localités en dehors de toute manifestation cholérique.
(4) Nicozze et Morax, Technique de le coloration des cils (Ann. de l'Inst. Pasteur, VII, 1893, p. 559).
632 BACTÉRIACÉES.
La formation de la pellicule superficielle sur bouillon, que Koch avait donnée comme caractère de diagnose, offre la même incertitude, bien qu'étant toujours, comme la culture sur gélatine, un élément auxiliaire utile.
La non-coagulation du lait peut ne pas s'observer avec des Vibrions d'origine cholérique certaine, en particulier le Vibrion isolé des selles cholériques par Netter, lors de l'épidémie de la banlieue de Paris en 1892.
Koch reconnaît surtout comme de haute importance et pouvant servir à affirmer la nature cholérique de Vibrions, la réaction du rouge de choléra et l’action pathogène sur le cobaye en injection intrapéritonéale.
Quoiqu'elle puisse ètre considérée comme un caractère général de valeur, la réaction indol-nitreuse peut manquer à des Vibrions nettement cholériques, comme le Vibrion de Rome isolé de selles d'individus atteints de choléra par Celli et Santori (1); elle peut, par contre, se montrer très nette chez plusieurs des Vibrions cholérigènes isolés des eaux de localités non suspectes de choléra, comme ceux trouvés dans les eaux de Gennevilliers et de Versailles par Sanarelli.
La virulence est tout aussi variable. I est des Vibrions isolés des eaux, comme le Vibrion de Ghinda de Pasquale, le Vibrion de Saint- Cloud de Sanarelli, des Vibrions isolés d'eaux de la Seine par Blachstein (2), types banaux certainement, qui se montrent plus virulents pour le cobaye que le Vibrion indien type de Koch. D'un autre côté, le Vibrion de Rome, provenant d’un cas de choléra, paraît dépourvu de toute virulence; d’autres types, qui doivent être tenus pour des Vibrions cholériques vrais par leur origine et les réactions d'immunité, sont à peu près inactifs. Entre ces cas ‘extrêmes, on trouve de nombreux degrés de virulence, dans les Vibrions isolés des eaux ou de l'intestin normal, aussi bien que dans ceux isolés de selles de cholériques. C’est même avec le Vibrion de Ghinda, souvent improprement appelé Vibrion de Massaouah, nom qui doit être réservé au Bacille virgule que Pasquale a isolé de selles cholériques à Massaouah, que Metschnikoff a obtenu ses beaux résultats sur le choléra expérimental des jeunes lapins, à cause de sa virulence. Sanarelli a démontré que plusieurs Vibrions des eaux permettaient de produire chez l'animal le véritable type de l'infection cholérique expérimentale. Beaucoup de ces derniers Vibrions n'ont aucune action pathogène, parce qu'ils se sont déjà adaptés à la vie saprophytique; l'exemple du Vibrion d'Angers, isolé de selles cholériques par Metschnikoff, très virulent au moment de son isolement et déjà presque totalement dépourvu d'activité au bout de vingt-quatre jours, suffit pour démontrer avec évidence la possibilité du fait. La perte de la virulence, l’atténuation de l’action réductrice sur les nitrates et de la propriété de former de l’indol sont une preuve, ici, d’une existence saprophytique.
Heureusement, certaines réactions biologiques, réactions d’immunité plus spécialement, paraissent devoir offrir une base plus solide et plus sûre pour le diagnostic.
(1) Cezzr et Sanrorr, Il Colera in Roma nel 1893 (Ann. d’Igiene sper., IV, 1894, p. 244).
(2) Bzacusreix, Contribution à l'étude microbique de l’eau (Ann. de l'Inst. Pasteur. VII, 1893, p. 689).
Pak
SPIRILLUM CHOLERÆ. 633
Les réactions biologiques qui peuvent fournir d'importantes indications sont, en première ligne, la réaction de bactériolyse et la réaction d'agglutination, secondairement la réaction d'hémolyse, la réaction de fixation du complément, la réaction d'immunisation.
BACTÉRIOLYSE
Pfeiffer (1) a observé que lorsqu'on injectait dans le péritoine d’un cobaye une émulsion de Vibrions cholériques additionnée d’une petite quantité de sérum d'animaux bien immunisés contre ce Vibrion, on voyait se produire un phénomème particulier, consistant en une destruction extracellulaire des Vibrions par les liquides de l'organisme. Si l'on retire du liquide péritonéal dix, vingt, trente minules après l'injection, au lieu des Vibrions habituels, on ne rencontre plus qu'une certaine quantilé de petits granules arrondis, immobiles, qui représentent les Vibrions dégénérés et morts (fig. 132). Le sérum des hommes convalescents du choléra peut remplacer le sérum d'animal immunisé.
C'est là ce qu'on appelle phénomène de Pfeifjer ou réaction de Pfeiffer.
Metschnikoff (2) a montré qu'il était possible d'obtenir in vitro cette même réaction due à une action bactéricide énergique, en ajoutant à une émulsion de culture un mélange de sérum d'animal immunisé et de liquide péritonéal de cobaye neuf. Bordet (3) a même vu cette transformation granuleuse s'obtenir avec le seul sérum frais d’un cobaye vacciné contre le choléra.
Pour rechercher cette réaction, on peut procéder de deux façons différentes, ou in vivo selon la méthode de Pfeiffer, ou in vitro selon le procédé de Bordet.
Procédé de Pfeiffer. — Il est à recommander d'employer du sérum
Fig. 132. — Transformation granuleuse du Spirille du choléra. Phénomène de Pfeiffer.
(1) Pretrrer, Weitere Untersuchungen über das Wesen der Choleraimmunität und über specifisch baktericide Processe (Zeitschr. für Hygiene, XVIII, 1894, p. 1). — Zur Differentialdiagnose der Vibrionen der Cholera asiatica mit Hülfe der Immunisierung (Ibid., XIX, 1895, p. 75).
(2) Merscaixorr, Études sur l'immunité. Sur la destruction extracellulaire des Bactéries dans l'organisme (Ann. de l'Inst. Pasteur, IX, 1895, p. 433).
(3) Bonper, Les leucocytes et les propriétés actives du sérum chez les vaccinés (Ann. de l'Inst. Pasteur, IX, 1895, p. 462).
634 l BACTÉRIACÉES.
de lapin immunisé, plutôt que celui d'autres animaux, cheval, âne, chèvre, possédant à l’état normal un pouvoir bactériolytique notable, el de n’user que de sérums à titre bactériolytique élevé, 1 p. 5000 au moins, pour éliminer autant que possible la cause d'erreur pouvant provenir d’une bactériolyse naturelle.
Kolle et Gotschlich (1) conseillent, pour obtenir un telsérum, d’injecter en une fois, dans le péritoine du lapin, toute la culture d’un tube de gélose, tuée par chauffage d’une heure à 56°. On recueille le sang quatorze jours après. Le lapin en fournit une quarantaine de centimètres cubes.
Les cobayes, qui sont à prendre pour ces essais, doivent avoir un poids de 200 grammes environ. A
Il est avant tout nécessaire d'évaluer le /itre bactériolytique du sérum anticholérique que l'on emploie.
On y parvient en faisant, dans du bouillon, des dilutions de ce.
sérum à titre de plus en plus haut, 1 p. 1 000, 1 p. 2 000, 1 p. 3 000, 1 p. 4000, 1 p. 5 000 el plus si l’on veut. Un centimètre cube de cette dilution, après addition d'une üse de, culture sur gélose de dix-huit heures à 37°, est injecté dans le péritoine d'un cobaye; une heure après, la transformation en granules des Vibrions doit être complète. La dilution la plus élevée qui fournit ce résultat fixe le titre bactériolytique du sérum employé. s
On émulsionne une üse de culture sur gélose de dix-huit heures à 37°, du Vibrion que l'on veut essayer, dans 1 centimètre cube de bouillon: on y ajoute une quantité de sérum anticholérique représentant cinq fois la dose qui donnerait une dilution au titre bactériolytique le plus haut (par exemple 1 milligramme pour un sérum bactériolytique à 1 p. 5 000) et on injecte dans la cavité péritonéale d'un cobaye, en suivant les indications données tome I, p. 355.
En mème temps que le premier cobaye, on inocule un cobaye témoin avec l’émulsion d'une üse de même culture dans 1 centimètre cube de bouillon, et un second témoin avec une même émulsion, additionnée d'une quantité de sérum de lapin normal égale à dix fois la quantité de sérum anticholérique qu'a reçue le premier cobaye.
Les prélèvements de liquide péritonéal doivent être faits après vingt minutes el une heure, avec une petite pipette de verre stérilisée, dont l’effilure est introduite dans le péritoine en profitant de l’incision de la peau et des muscles pratiquée pour faire l'injection. Le liquide recueilli est examiné immédiatement, au mieux en goutle pendante, à un fort grossissement.
La réaction est positive si, après vingt minutes ou une heure au plus, on observe dans le liquide recueilli sur le premier cobaye une transformation granuleuse ou une dissolution des Vibrions, ou que l’on n’en rencontre que de rares mobiles et ayant conservé leur forme; tandis que chez les deux cobayes témoins le liquide recueilli montre un grand nombre des Vibrions {ypiques, bien mobiles.
Pour que celte réaction puisse réellementservir pour un Vibrion, il laut que celui-ci possède une assez forte virulence pour le cobaye, en
(1) Korre et Gorscazicu, avec la collaboration de Hesrsen, Lenrz et Orro, Unter-
suchungen über die bakteriologische Choleradiagnostik und Specifizität des Kochschen Choleravibrio (Zeitschr. für Hygiene, XLIV, 1903, p.1).
SPIRILLUM CHOLERÆ. 639
injection intrapérilonéale; sans cela, la transformation granuleuse et même la dissolution se constaleraient même chez le second témoin; l'épreuve n'aurait pas de valeur.
Cette réaction de Pfeiffer peut être appliquée à la détermination d'un cas ancien de choléra : on dilue du sérum de la personne suspecte dans du bouillon, à 1 p.20, 1 p.100et1 p.500. Dans 1 centimètre cube de chacune de cesdilutions on émulsionneune üse d'une culture sur gélose dedix-huit heures d’un Vibrion cholérique bien virulent, et on injecte les mélanges dans le péritoine d'autant de cobayes. Un témoin recoit une üse de même culture émulsionnée dans 1 centimètre cube de bouillon seul.
Si la réaction est posilive après vingt minutes à une heure, on doit penser que la personne qui a fourni le sérum a subi une atteinte de choléra.
Procédé de Bordet. — La pratique de la réaction de Pfeiffer, telle qu’elle vient d'être décrite, exige des manipulations quelque peu délicates et compliquées ; la technique indiquée par Bordet peut, dans bien des conditions, être préférée.
On prépare une dilution du sérum anticholérique à 1 p. 50 dans la solution physiologique. Dans une série de petits tubes on verse 5 gouttes de sérum normal de cobaye contenant de l’alexine, 5 gouttes d'une émulsion du Vibrion à examiner, faite avec une üse de culture sur gélose de dix-huit heures dans 1 centimètre cube de solution physiologique; puis le nombre de gouttes de la dilution de sérum anticholérique nécessaires pour obtenir le titre voulu; on.complète à 20 gouttes avec de la solution physiologique. On fait une série de tubes témoins avec les mêmes quantités de microbes, d'alexine et de sérum normal remplaçant le sérum anticholérique.
Il est indiqué de faire l'essai en double, d'une part avec le Vibrion à étudier, d’autre part avec un Vibrion cholérique authentique.
Après dix-huit heures, quand il s'agit bien d'un Vibrion cholérique, on trouve dans tous les tubes témoins de nombreux Vibrions mobiles, tandis que parmi les tubes qui ont recu du sérum spécifique certains au moins ne montrent plus que des Vibrions qui ont subi la transformation granuleuse.
AGGLUTINATION. — SÉRODIAGNOSTIC
Le sérum des animaux immunisés possède une action agglutinante manifeste sur les cultures. Metschnikoff a montré que les sérums normaux pouvaient agglutiner les Vibrions cholériques à un certain taux; c’est là une cause d’erreur possible qu’il faut avoir présente à l'esprit. Toutefois les sérums d'animaux immunisés produisent le phénomène à un taux beaucoup plus élevé.
L'observation démontre également que l’agglutination peut se produire très nettement avec le sérum sanguin des cholériques; il est donc possibie, comme l’ont surtout montré Achard et Bensaude (1), de faire le sérodiagnestie du choléra.
Pour rechercher la réaction, on procède comme il a été dit page 159
(1) AcnarD et Bexsaupe, Sérodiagnostic du choléra asiatique (Presse méd., 26 septembre 1896, et Soc. med. des hôp., 23 avril 1897).
636 BACTÉRIACÉES.
pour la fièvre typhoïde. On peut se servir d’une culture du microbe én bouillon, ne présentant pas de voile, bien uniformément trouble; dans les cultures à voile, les fragments du voile peuvent donner des amas. I vaut bien mieux émulsionner une jeune culture sur gélose, âgée de dix-huit à vingt heures, faite à 37°; elle se désagrège très facilement dans du liquide, bouillon ou solution physiologique.
Pour la préparalion du sérum agglutinant, on doit choisir, dans l’ordre de préférence, le lapin, Pâne, la chèvre ou le cheval.
C’est le lapin que lon doit prendre lorsqu'on veut obtenir un sérum correspondant à un microbe donné que l’on veut étudier. D’après Kolle et Gotschlich, on obtient de bons résultats en faisant à l'animal trois injections intraveineuses, de 1, 3 et > üses de cultures sur gélose de dix-huit heures, tuées par un chauffage d’une heure à 60°, faites à sept jours d intervalle avec saignée opérée sept jours après la dernière injection. On obtient ainsi régulièrement un sérum fortement agglutinant. Un lapin en fournit à peu près 40 centimètres cubes par saignée à bianc.
Quand il faut RER disposer de beaucoup de sérum, on prend du sérum d’un cheval immunisé comme il a été dit page 619. C’est le plus souvent un tel sérum de cheval qui est employé dans les laboratoires pour la vérification des Vibrions que l’on suppose être cholériques.
Il ee bon de n’employer que des sérums à pouvoir agglutinant élevé, 1 p. 4 000 ou 5 000 au moins.
La réaction est ainsi plus nette à une dilution élevée, et permet de ürer des conclusions mieux assises. Des Vibrions agglutinables à un taux peu élevé, ! p. 20, 1 p.50, 1 p. 100, rarement 1 p. 209, tout à fait exceplionnellement 1 p. 500, peuvent fort bien n'être pas cholériques, ne donnent pas la réaction de Pfeiffer.
Les Vibrions qui agglutinent à des taux plus élevés par contre, au moins 1 p. 1 000, 1 p. 1 500, 1 p. 2 000, donnent tous la réaction de Pfeiffer et doivent être considérés comme cholériques.
Le règlement allemand de 1907 prescrit qu’on ne doit considérer l'agglutination comme positive et regarder comme cholérique le Vibrion essayé que lorsqu'on obtient une agglutination nelte au taux limite du titre du sérum anticholérique employé. Cela paraît un peu excessif.
Il est préférable d'admettre, comme le prescrit l'instruction adressée en 1910, par le ministre de l'Intérieur de France, aux laboratoires désignés pour lexamen des matières suspectes, que l’on doit considérer comme cholérique tout Vibrion qui est agglutiné à 1 p. 2000 par le sérum anticholérique de l’Institut Pasteur, mis à leur disposition à cet effet, dont l’activité limite est d'environ 1 p. 4 000. À
En se basant sur ces données, tout Vibrion qui serait agglutiné entre 1 p. 500 et 1 p. 1 000, voire même 1 p. 1 500, doit être regardé comme douteux; l’essai est à renouveler à plusieurs reprises, et l'appréciation réservée.
C’est pour ces raisons qu'il ne faut employer que des sérums anticholériques à taux agglutinant élevé, 1 p. #000 au moins.
Le pouvoir agglutinatif d’un sérum conservé à l’état liquide baisse souvent notablement d’une facon progressive. Il se maintient bien mieux avec les sérums desséchés dans le vide, à basse température, et mis en tubes scellés.
FRA Wars
SPIRILLUM CHOLERZÆ. 637
1 Pour rechercher la réaction d’agglutination et déterminer son titre,
| on prépare une série de dilutions de sérum anticholérique en solution
physiologique, à 1 p. 200, 1 p. 500, 1 p. 1 000, 1 p. 1 500, 1 p. 2 000, même
au-dessus, si l’on veut. On met 1 centimètre cube de chacune de ces
= dilutions dans de petits tubes ; on délaye dans chacun de ces tubes une ôse d’une culture sur gélose de dix-huit heures du Vibrion à essayer, -de manière à obtenir de suite une émulsion bien homogène; on prépare
É un ou deux tubes témoins, sans sérum anticholérique, et un autre, si Yon peut, avec du sérum normal de l’espèce animale qui a fourni Jimmun-sérum ; on met à l’étuve à 37°. On observe au bout de deux heures. La réaction est positive lorsque les Vibrions se sont agglomérés en grumeaux qui se sont déposés au fond du tube, le liquide situé au-dessus d'eux restant clair.
On peut aussi constater l’agglutination microscopique, en faisant des préparations aussitôt le mélange fait et les observant à un bon grossissemententre lame et lamelle, ou, ce qui est infiniment préférable, en goutte pendante. L'agglutination peut se constater très vite, les Vibrions s’accolant en formant une sorte de réseau, ou tarder quelque peu.
Pour ces recherches, on ne doit employer que des cultures sûrement
pures, les cultures impures pouvant fort bien ne rien présenter.
Dunbar (1) a proposé, au moins pour obtenir de suite une indication, d'essayer lagglutination directement sur les matières fécales, en mélangeant sur lame, à une goutte d’une dilution à 1 p. 500 de sérum anticholérique, une très petite quantité de matière suspecte, et d'examiner en goutte pendante. On peut ainsi constater rapidement la production d’agglutination quand les matières fécales constituent une culture pure ou presque de Vibrions cholériques; quand il y a mélange de nombreux microbes autres, on n’observe rien d’assez certain.
Bandi (2) conseille l'emploi du procédé suivant :
On ensemence en surface, avec une üse de matières inlestinales, de petits tubes terminés à la partie inférieure par une effilure en pointe, | contenant 5 centimètres cubes d’eau peptonée salée à 1 p. 100, à laquelle on a ajouté du sérum anticholérique dans une proportion correspondant environ à la moitié de son titre agglutinant. On les met droits à l’étuve à 37° et on examine à partir de deux heures après le séjour Jusqu'à sept ou huit heures, de temps en temps. Lorsque le résultat est positif, que lon a affaire à un Vibrion cholérique véritable, des grumeaux se sont formés au fond du tube, s’accumulant surtout dans l’effilure inférieure. Bandi donne à ce procédé le nom d’agglulination à l'élat naissant.
Les résultats paraissent assez nets lorsqu'on emploie des matières très riches en Vibrions, ne renfermant pas d’autres microbes ou presque ; dans le cas contraire, la réaction ne se produit pas ou est très incomplète.
La règle qui semble être devoir adoptée, comme le propose Pottevin 13),
(1) Dussar, Zur bakteriologischen Choleradiagnose (Berl. klin. Wochenschr.. 1905, n° 39).
(2) Baxor, Le epidemie coleriche delle Puglie e di Napoli (Riv. cril. di Clin. med., XI. Firenze, 1910).
(3) Porrevix, Rapport sur le diagnostic bactériologique du choléra (Bull. de l'Office intern. d'hygiène publique, LIL, 1911, p. 2001).
638 BACTÉRIACÉES, !
dans son rapport adopté par le Comité international d'hygiène publique, est de lenir pour cholérique tout Vibrion qui est aggluliné à 1/1-000 au moins par un sérum dont l'activité est égale ou supérieure à 1/4 000, lorsqu'en outre il n’est pas aggluliné à 1/200 par le sérum normal. Pour les Vibrions agglulinables par le choléra-sérum seulement à des concen-
tralions plus fortes, comprises par exemple entre 1/1 000 et 1/500, il
y aurail lieu de considérer l'épreuve comme dlouleuse.
La réaction d’agglutination peut se produire aussi, mais moihs nelle, avec les Vibrions morts, comme l’a montré Bordet (1) en se servant de cultures 'stérilisées par le chloroforme, ou peut-être en procédant comme il a été dit pour l’agglutination typhique (p. 158).
Certains Vibrions considérés comme cholériques, en particulier le
Vibrion de Massaouah, d’autres distincts mais voisins, le Vibrion de:
Metschnikoff, le Vibrion de Finckler, ne donneraient pas la réaction ou, comme l’a montré Bossaert (2), ne la donnent jamais à un taux de dilution: aussi élevé.
Blachstein (3) a observé que la chrysoïdine en solution aqueuse provoquait l agglutination des cultures et des émulsions de Vibrion cholérique lout comme le sérum cholérique. Les cultures jeunes, additionnées de un sixième de solution de chrysoïdine à 0,25 p. 100, s’éclaireissent et donnent de gros amas floconneux, après une heure‘ou deux à 37°. Cette
action se remarque aussi avec d’autres types,le Vibrion de Melschniko]f
et surtout le Spirille de Finckler; elle est donc bien moins caractéris-
tique. De plus, Engels (4) a démontré qu’elle pouvait beaucoup varier
suivant la provenance de la chrysoïdine, les proportions employées, l’origine dumicrobe. Elle est loin d’avoir la même valeur que l’agglutüination par le sérum cholérique.
3ossaert a observé que l’agglulination pouvait également se produire avec le sublimé à 1 p. 1 000, la formaline à 1 p. 4, la safranine à 0,25 p. 1 000, mais d’une fac on irrégulière, el aussi bien, ou même mieux, avec des espè ces voisines qu'avec des Vibrions cholériques types; le phénomène n’a jamais la sensibilité ni la netteté que lon remarque lorsqu'on opère avec le sérum spécifique; il ne peut être utilisé que comme caractère de valeur très secondaire, de probabilité, pour le diagnoslic.
Valeur de la réaction d'agglutination. — Celle réaction, faite avec le sérum spécifique, ne peut toutefois êlre considérée comme absolument spécifique et Lout à fait caractéristique. Elle peut se produire irrégulièrement; elle peut manquer avec des Vibrions isolés de selles cholériques véritables, ou, au contraire, se produire avec des Vibrions menant une existence vraiment saprophylique, isolés des eaux, par exemple. Elle n'a pas, à beaucoup près, la même valeur que pour le Bacrllé d'Eberth.
(1) Borver, Sur le mode d'action des sérums préventifs (Ann. de l'Inst. Pasteur, X, 1896, p. 193).
(2) Bossaerr, Étude sur l'agglutination comparée du Vibrion cholérique et des microbes voisins par le sérum spécifique et les substances chimiques (Ann. de l'Inst. Pasteur, XIF, 1898, p. 856). s
(3) BLACHSTEIN, Uëber das Ver HAE des Chrysoïdins gegen Choleravibrionen (Münceh. med. M One C hr 1896, nes 44 et 45, p. 1067 et 1100).
(4) ExGezs, Ueber die DR des Chrysoïdins bei der Choleradiagnose {Centralbl. für Bakt., XXI, 1897, p. 81). ï
SPIRILLUM CHOLERÆ. 639
Ainsi, Zlatogoroff (1) a pu isoler des selles de personnes convalescentes de choléra, à Saint-Pétersbourg, toute une série de Vibrions présentant les caractères généraux du Spirille du choléra, mais nettement non agglutinables, dont la plupart sont, après quelque temps, devenus agglutinables, et ont dû être classés comme cholériques à la suite de traitements divers qu'il leur a fait subir. D'un autre côté, un Vibrion authentique pourrait voir son pouvoir agglutinatif, très élevé au début, baisser très fortement après un séjour prolongé dans l'eau.
Aussi, comprend-on la réserve formulée dans les instructions du ministère de l'Intérieur de France, stipulant de regarder comme cholérique tout Vibrion agglutinable à un deux-millième dans les conditions cilées plus haut (p. 636): « On a attiré l’atténtion sur le fait qu'un certain nombre de Vibrions n'agglutinent pas ou agglutinent mal au moment où ils viennent d’être isolés de l'organisme ou des eaux, et qu’ils n'acquièrent celte propriété qu'après un certain nombre de passages quotidiens sur milieux artificiels. Il serait bon, le cas échéant, de répéter chaque jour l’agglutination et, en attendant, de considérer comme cholérique tout Vibrion isolé d'un cas cliniquement caractérisé et répondant aux autres caractères bien connus du Vibrion cholérique ».
Pour la spécification d'un Vibrion, la réaction d’agglutination, quoique fort importante, semble bien devoir passer après la réaction de Pfeiffer, à laquelle doit être attribuée une valeur de premier rang.
Sérodiagnostic. — Achard et Bensaude ont démontré que le sérum des individus atteints de choléra agglutinait nettement le Vibrion cho-
lérique, à un taux peu élevé il est vrai, de 1 p. 10 à 1 p. 50. Ilest possible d'appliquer la réaction d’agglutination pour faire le sér'odiagnostic du choléra; de la rechercher même chez des personnes suspectes d’avoir été atteintes de choléra, et ceci même assez tardivement, alors que les Vibrions ne se rencontrent plus dans les matières fécales.
Il faut se souvenir toutefois que le sérum normal humain est très souvent agglutinant pour les Vibrions cholériques au taux de { p. 10, parfois à des taux supérieurs pouvant atteindre au maximum { p. 50. Il suit de là que, chez un individu en suspicion de choléra, il ne faut tenir pour nettement positive qu'une agglutination supérieure à 1 p. 50,
Les taux d’agglutination, chez les cholériques, ne sont jamais très - élevés ; ils ne dépassent guère 1 p. 500; tout à fait exceptionneliement Janssen (2) a relevé { pour 640.
lei aussi, la réaction de Pfeiffer donne des résultats bien supérieurs.
HÉMoOLYSE.
Gaffky a signalé, en 1887, le fait que le Vibrion cholérique dissolvait les globules rouges du sang; dans la gélatine colorée en rouge par du sang, les colonies apparaissent entourées d'une zone décolorée bien nette. Toutefois, on reconnut bientôt que cette propriété de produire une hémolysine était loin de se montrer constante chez les Vibrions
(1) Zrarocororr, Zur Frage der Diagnostik der Choleravibrionen (Centralbl, für Bakt., 1t® Abth., Orig,, XLVIII, 1909, p. 684).
(2) Janssex, Die Cholera im Regierungsbezirk Künigsberg im Jahre 1905 (Klin. Jahrbuch, XVI, 1905).
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cholériques authentiques : bien plus, qu’elle se constatait plus fréquemment chez des espèces voisines neltement différentes, à tel point qu'on a même voulu faire de son absence un caractère de distinction des Vibrions cholériques vrais (1). Cependant, il semble aujourd'hui que la production de l’hémolyse, plus ou moins prononcée, peut être fréquente chez beaucoup de Vibrions, isolés des matières fécales ou des eaux, que les réactions de Pfeiffer et d'agglutination doivent faire classer comme Vibrions cholériques véritables. Ce ne serait donc pas un caractère différentiel sûr (2).
On peut rechercher les qualités hémolytiques d’un Vibrion soit en milleu solide, soit en milieu liquide.
Procédé des milieux solides. — On liquéfie des tubes de gélose el; lorsqu'ils se trouvent à 40°, on ajoute à chacun six à dix gouttes de sang défibriné de mouton ou de chèvre ; on mélange et coule en boîte de Petri. On ensemence en surface. Après vingt-quatre heures à 37°, si le Vibrion est hémolytique, les colonies sont entourées d’une auréole claire, tranchant sur le fond sombre de la plaque.
Kraus recommande de s'en tenir à la constatation de vingt-quatre heures. IHuntemuller observe ses plaques jusqu'au sixième jour, et trouve ainsi une proportion bien plus forte d'espèces hémolytiques.
L'emploi de la gélose au sang de Dieudonné (p.600) peut permettre de constater la présence ou l'absence d'hémolyse : Schumacher (3) dit en avoir obtenu de bons résultats, surtout en employant le sang de veau. Mais il faut faire les réserves qui viennent d'être indiquées.
Procédé du milieu liquide. — On émulsionne, dans 5 centimètres cubes de solution physiologique, une culture sur gélose de dix-huit heures; on mélange 0,1 de l'émulsion et 0cc,9 de solution physiologique et ajoute une grosse goutte de globules rouges de mouton lavés ou une goutte de sang défibriné. À la température du laboratoire, lhémolyse est nette en douze à dix-huit heures, parfois un peu plus tard. L’observation ne doit pas être prolongée plus de quarante-huit heures.