RECHERCHE DES VIBRIONS CHOLÉRIQUES DANS L'EAU
L'importance du rôle attribué à l’eau dans la dissémination du choléra explique le grand intérêt de cette question.
La préence fréquente, dans les eaux, de nombreuses espèces microbiennes, et celle, dans les eaux souillées d’infiltrations de matières fécales, urines, purins, d'espèces vibrioniennes multiples, occasionnent des complications.
On ne peut pas songer à recourir à la méthode des cultures sur plaques de gélatine, où la recherche, à tätons, des colonies de Vibrions serait très longue et très aléatoire, exigerait ensuite plusieurs jours avant de pouvoir se faire. On ne peut pas recourir à l’ensemencement direct, même sur milieux propices, gélose de Dieudonné ou de Crendiropoulo, à cause des très nombreuses colonies de microbes divers que l’on obliendrait, parmi lesquelles la recherche de celles qui sont produites par des Vibrions serait extrêmement difficile.
Il faut se servir des cultures d’enrichissement en eau peptonée ou gélopeptlosel. On peut ensemencer, dans des tubes contenant une dizaine de centimètres cubes du milieu, un ou quelques centimètres cubes de l'eau à examiner, ou, mieux, employer de fortes quantités d'eau de la manière suivante :
650 BACTÉRIACÉES.
Dans des flacons de 120 centimètres cubes environ, on met 10 centimètres cubes de la solution suivante :
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On stérilise à l’autoclave et on conserve pour l'usage.
Dans chacun de ces flacons, on verse 100 centimètres cubes de l'eau à examiner et on met à l’éluve à 37°. On examine à parlir de la sixième heure; dès que l'on constate la production d’un trouble dans la partie supérieure, on fail des prélèvements qui sont reportés en {tubes de même milieu et ensemencés en strie sur gélose.
On étudie les cultures comme précédemment, en recherchant les divers caractères importants, surtout l’agglutination. Zlatogoroff a remarqué que beaucoup de Vibrions isolés des eaux ne montraient au début aucune agglutination par le sérum anticholérique, bien que produisant même la réaction de Pfeiffer et la fixation du complément, A la suite de réensemencements en séries sur milieux artificiels, 1l a pu les voir se montrer agglutinés même à un haut degré. Pour lui, le Vibrion cholérique perdrait peu à peu, par son séjour dans l’eau, son pouvoir agglutinant, qui pourrait cependant se manifester à nouveau par un traitement approprié. C'est même une raison pour ne pas faire de l’agglutination un caractère exclusif de diagnose.
L'eau qui doit servir à ces recherches doit être prélevée dans des flacons stérilisés que l’on peut transporter sans précautions spéciales. 11 semble cependant qu'il est préférable de les maintenir à basse température, dans la glace, si un certain temps doit s'écouler avant la mise en cultures.
SPIRILLUM FINCKLERI Fincxrer et PRIOR. (Vibrio Proteus de Büchner, Vibrion de Finckler et Prior.)
ATLAS DE MICROBIOLOGIE, PL, XXXV
Finckler et Prior (1) ont rencontré dans les selles d'individus atteints de choléra nostras une Bactérie courbe qu'ils donnaient comme identique au Spirille du choléra, et qui présente, en effet, de très grandes ressemblances avec cette dernière espèce. Ce n’est qu'en suivant pas à pas et parallèlement le développement des cultures des deux espèces, avec des cultures faites dans des conditions d'inoculation, de lempérature, de milieu nutritif en tout semblables, que Koch est parvenu à établir leur distinction d'une manière assez précise.
Ce Spirille se trouve souvent dans les matières fécales solides rendues au début de la maladie; Koch (2) et Van Ermenghem l'ont recherché en vain dans les selles liquides, riziformes. La constatation en est facile au moyen des cultures sur gélatine et surtout des cultures sur plaques.
(1) Fxexzer et Prior, Forschungen über Cholerabacterien. Bonn, 1881. (2) Kocn, Deutsche med. Wochenschr., 188 n° 45.
2 Ni ses
SPIRILLUM FINCKLERI. 651
MORPHOLOGIE
Caractères microscopiques.— Les bâtonnets sont un peu plus gros et plus longs que ceux du Spirille du choléra. Les extrémités sont moins épaisses que la partie médiane el se terminent en pointe, tandis que chez cette dernière espèce elles sont arrondies et de même largeur que le miheu; vus de face, les bâtonnets rappellent la forme d'un citron, dit Koch. Les mouvements sont identiques. Finckler et Prior ont décrit une formation de spores dans des articles qui se renfleraient un peu et deviendraient fusiformes; leur asserlion n’a pas été vérifiée.
L'espèce présente de nombreuses formes d'involution, très faciles à obtenir dans les cultures, même peu âgées ; ce sont ces changements anormaux de forme qui ont conduit pis, 133. — Colonie du Spi- Büchner à proposer pour cette espèce le rille de Finckler el Prior
nom de Vibrio Proteus. sur plaques de HR Cultures. — Le Spirillum * Finckleri ‘est - ®Près vingt-quatre heures: A Ê ; A droite se trouve une coaérobie. Les cultures se font facilement sur jonie de Spirille du choléra tous les milieux. Le développement en est de même äge, beaucoup très rapide; il se fait environ trois fois plus plus petite, 40/1 (d'après
vite que celui du Spirillum choleræ sur les Van Ermenghem) (1).
mêmes milieux.
Sur plaques de gélatine, on observe de pelites colonies jaunâtres, granuleuses, circulaires, à bords nets lorsqu'elles sont petites. La liquéfaction peut commencer au bout d’un jour ; les bords perdent alors de leur netteté et se fondent, pour ainsi dire, dans le liquide ambiant. La liquéfaction marche rapidement ; parfois en quarante-huit heures toute la plaque est liquide. Les colonies du Spirille du choléra, obtenues dans les mêmes conditions, sont moins granuleuses, ont les bords sinueux au début, puis dentelés lorsque la liquéfaction commence ; leur développement est bien moins rapide. Ce dernier caractère est très apparent sur la figure 133, qui représente, côle à côte, une colonie de chacune des deux espèces au même âge, dans des conditions identiques.
Sur gélaline, en piqûre, la liquéfaction produit un entonnoir semblable à celui de la première espèce, mais elle progresse beaucoup plus vile. En quarante-huit heures, de 20° à 25°, elle a atteint le fond de la piqûre; il s’est formé un sac de liquéfaction (fig. 134), alors que l’entonnoir du Spirille du choléra, dans les mêmes conditions, est encore très distinct, que son canal présente à peine une trace de liquéfaction (Voy. fig. 128, p. 589). En trois jours, la gelée du tube est complètement liuéfiée. Comme pour le Spirille du choléra, la liquéfaction ne marcheque très lentement à 16° et s'arrête au-dessous.
Sur gélose, il forme une bande blanche, un peu jaunâtre. Sur pomme de terre, à la température ordinaire, il donne une couche muqueuse blanche, à bords sinueux, tandis que dans ces conditions le Sprrille du choléra ne se développe pas et produit, au-dessus de 25°, une couche brunâtre. Le sérum coagulé est rapidement liquéfié.
(1) Van ErMENxGuEM, Recherches sur le microbe du choléra asiatique, 1885.
BACTÉRIACÉES.
PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES
Toutes les cultures dégagent une odeur putride très appréciable. Elles
Fig. 134. — Culture du Spirillum Finckleri sur gélatine après quarante-huit heu pes a 20,
donnent la réaction positive de l’indol nitreux, c'’està-dire le rouge de choléra, mais plus lentement et d'une manière moins intense que le Spirille du choléra : c'est un dénitrificateur moins énergique.
Le Spirillum Finckleri n'est pas lué par une longue dessiccation et résiste beaucoup plus que le Spirille du choléra à l'invasion des Bactéries de putréfaclion.
INOCULATION EXPÉRIMENTALE
Les injections stomacales faites selon la méthode de Koch, où duodénales d'après le procédé de Nicati et Rietsch pour le Vibrion du choléra, tuent fréquemment les cobayes, mais non d’une façon constante comme pour l'autre espèce. Pfeiffer (1) a obtenu la mort de cobayes par inoculalion intrapéritonéale, mais avec des doses de cultures plus fortes que pour le Sptrille du choléra. Metschnikoff (2) a confirmé ces résullats et vu mourir le pigeon d'une véritable seplicémie à la suite de l’inoculation d'une culture sur gélose dans le muscle pectoral; il a observé également qu'une culture entière sur gélose, absorbée après avoir pris 1 gramme de bicarbonate de soude, déterminait quelques troubles intestinaux chez l'homme. Il se produit probablement aussi des substances toxiques, voisines ou identiques à celles qui ont été signalées dans les cultures de choléra, occasionnant des symptômes analogues à ceux du vrai choléra asiatique, surtout les crampes, l'aloidité, l'anurie.
HABITAT ET RÔLE ÉTIOLOGIQUE
En oulre des cas où l’ont rencontrée Finckler et Prior, celte espèce n'aurait été retrouvée, et encore avec doute, qu'une fois par Knis! (3) dans le cæcum d'un suicidé, el une autre fois par Ruete et Enoch (4) dans les selles d’une femme morte d'une diarrhée profuse.
I faut peut-être lui rapporter certains des Bacilles courbes que Miller(5) a signalés dans les dents cariées, et que Héricourt (6), Sanarelli et
(1) Preirrer, Zeilschr. für Hygiene, XI, 1892, p. 108.
(2) Merscanixorr, Recherches sur le choléra et les Vibrions : 2° mémoire. Sur la propriété pathogène des Vibrions (Ann. de l’Inst. Pasteur, VII, 1893, p. 569).
(3) Kxisr, Beiträge zur Kenntniss der Bakterien im normalen Darmtractus (Aertzl. Intelligenzbl., 1889, nos 36 et 37).
(4) Rurre et Exocn, Fund des Bacillus Finckler-Prior bei einer unter profusen Durchfällen gestorbenen Frau (Deutsche med. Wochenschr., 1894, n° 19).
(5) Mirrer, Deutsche med. Wochenschr., 1884, n°S 36 et 46.
(6) Héricourr, Revue d'hygiène, 1885, p. 6 et 279.
SPIRILLUM TYROGENUM- 693
d’autres ont isolés de l’air et de l’eau. Ces derniers, entre autres, doivent jouer un grand rôle dans les cas, très fréquents en été, d'entérites cholériformes observées à la suite d'absorption d’eau de mauvaise qualité. Ce Spirillum Finckleri est peut-être aussi à rapprocher des fausses virgules que Nicati et Rietsch (1) ont trouvées dans les matières fécales de l’homme et de plusieurs animaux et de certains Vibrions cholériques que Sanarelli a rencontrés dans les mêmes conditions.