DIAGNOSTIC
Le diagnostic se fait par l'examen microscopique du sang, sans ou après coloration, au besoin en usant de l’ultramicroscope.
On peut recourir à l’agglulination par les sérums expérimentaux.
L'inoculation au singe ou au rat donne de précieux renseignements.
SPIRILLUM DUTTONI.
(Spirochète de Dutton.)
Roos et Milne (3) ont les premiers signalé la présence de Spirilles dans le sang des malades atteints de fièvre récurrente d'Afrique, tick-fever ou /ièvre à liques, qui passait depuis longtemps pour être transmise par la piqûre de certaines tiques. Un peu après, la maladie et son agent furent bien étudiés au Congo, par Dutton et Todd (4); le premier de ces observateurs succomba même à la spirillose contractée pendant le cours de ses recherches. Plus tard, Koch(5), Novy et Knapp (6) ont confirmé et étendu les résultats obtenus. |
Le Spirille de Dutton présente des caractères très semblables à ceux
(1) Merscaxikorr, Les phagocytes dans la fièvre récurrente (Virchow’s Archiv. CIX, 1887, p. 186).
(2) Maxreurez, Experimentell Untersuchungen zur Epidemiologie der europaischen Rückfalfiebern (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, XXIX, 1908, p. 355).
(3) Roos et Mix, Tick-fever (British med. Journ., 1901, p. 1453).
(4) Durrox et Tonn, The natur of human Tick.fever in the eastern part of the Congo Free State (Brilish med. Journ., 1906, p. 1259).
(5) Kocx, Ueber afrikanischen Rekurrens (Berlin. klin. Wochenschr., CLXV, 1906).
(6) Novx et Knarr, Spirochaete Obermeieri (Univ. of Michigau, An Arbor 1906).
SPIRILLUM NOVYI. 663
du Spirille d'Obermeier. I en diffère par quelques particularités. Sa longueur est d’abord plus grande; d'après Dutton et Todd, elle varie entre 13 et 43 w; d’après Schellack (1), entre 24 et 30 y. D'après ce dernier, la largeur serait de 0,45 y. Zettnow (2) lui a trouvé, outre le flagellum, des cils péritriches.
Levaditi (3)a pu l'obtenir en cultures successives, en sacs de collodion remplis de sérum de singe préalablement chauffé à 60°, placés, apres ensemencement, dans le périloine de lapins.
L'infection serait transmissible au singe, à la souris, au rat, au lapin, au cobaye et au chien (4). D'après Uhlenhuth et Haendel(5), les réactions d'immunité, à l'aide des sérums d'animaux immunisés, permettraient la différenciation avec les Spirochètes voisins.
La maladie est transmise par certaines li ques, surtout l'Orntthodorum manbata, qui vit dans la terre sèche, les habitations el pique l’homme surtout la nuit; les expériences faites sur les singes l'ont amplement démontré. Après avoir piqué un homme infecté, la tique garde des Spirilles vivants dans son tube digestif pendant trois jours; mais ceux-ci diminuent et disparaissent au cinquième jour.
Chez ces tiques, la transmission se fait héréditairement; les œufs des femelles ayant sucé du sang virulent contiennent des amas de Spirilles vivants et actifs; les nymphes qui en sortent sont infectées et peuvent transmettre la maladie par piqûre. Les punaises, les poux ne paraissent pas pouvoir transporter le contage.
SPIRILLUM NOVYI.
(Spirochèle de Novy.)
Ce nom a été proposé par Schellack (6) pour le Spirille qui a été découvert dans la fièvre récurrente d'Amérique par Norris et étudié par Novy et Knapp (7).
Il diffère très peu des deux précédents. Ses dimensions seraient de 17 à 20 y de long sur 0,2 à 0,3 & de large.
Les caractères signalés comme différentiels au point de vue de l'agglutination ou de l’action des sérums immunisants demandent encore à être plus complètement étudiés.
(1) Scnerracx, Versuchen Uebertragung von Spirochaete gallinarum und Spirochaete Obermeieri (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, XXX, 1909, p. 351).
(2) ZerrNow, Loc. cit., p. 590.
(3) LevaDiri, Loc. cit., p. 659.
(4) Brenz et Kivcnorn, Observations on the animal reactions of the Spirochaete of the africane Tick-Fever (Lancet, 1906).
(5) Unuenauru et Haenoez, Vergleichende Untersuchungen über die Spirochaete der in Afrika, Amerika und Europa vorkommenden Rekurrenserkrankungen (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, XX VI, 1907, p. 1).
(6) Scnezracx, Morphologische Beiträge zur Kenntniss der europäischen, amerikanischen und afrikanischen Rekurrenzspirochaeten (Jbid., XX VIT, 1907, p. 364).
(7) Novx et Kxapp, Loc. cil., p.662.
664 BACTÉRIACÉES.
SPIRILLUM CARTERI Mack.
(Spirochète de Carter.)
Ce nom a été donné au Spirille rencontré dans la fièvre récurrente d'Asie, que certains considèrent comme particulière (1). Darling (2) l'aurait observé à Panama, importé probablement par les Chinois.
Les caractères semblent bien voisins des précédents, et la différenciation est insuffisamment établie. Les Spirilles sont souvent longs, de 26 à 32 y en moyenne, sur 0,5 y.
SPIRILLUM GALLINARUM Marcaoux et SALIMBENI.
(Spirochète des poules.)
Marchoux et Salimbeni (3) ont étudié, sous le nom de Spirillose des poules, une maladie contagieuse qui sévit souvent avec une extrême violence sur les élevages de volailles, au Brésil.
Les poules malades sont prises de somnolence, perdent leurs forces, s’affaissent et meurent en peu de temps; ou bien traînent pendant assez longtemps, 'présentent des paralysies progressives et tombent en état cache ctique. Il est toutefois des cas de guérison: l'oiseau guéri est devenu réfractaire à une nouvelle infection.
L'examen microscopique du sang montre des Spirilles isolés ou réunis en nombre variable, en quantité plus ou moins grande suivant la gravité de l'affection.
Les Spirilles qui sont isolés se montrent très mobiles, rigides, progressant par le seul mouvement en tire-bouchon. Ils se réunissent, s’enchevêtrent en amas plus ou moins considérables, où ils ne présentent plus que le même mouvement très ralenti.
La longueur, le nombre des tours de spire, et aussi leur largeur sont très variables. On trouve de longs individus, de 15 à 20 y, ayant de neuf à douze tours de spire, avec une largeur de 2 à 3 x, ou de petits en S, puis tous les intermédiaires (fig. 138).
Ces Spirilles se colorent bien à la fuchsine phéniquée et par la méthod de Giemsa. à
Borrel (4) est parvenu à colorer des cils, en employant la méthode de Loeffler sur des Spirilles lavés à la solution physiologique avec centrifugation; il a reconnu des cils latéraux, assez longs et ondulés, et des bouquets de cils terminaux aux extrémités.
Lorsqu'on examine du sang pris au début de la maladie, les Spirilles isolés sont nombreux; on les voit souvent, après peu de temps de préparation, se réunir à quelques-uns, s'agglutiner en petits amas.
(1) Macxie, À preliminary note on Bombay spirillum fever (Lancet, 20 sept. 1907, p. 872).
(2) DAruING, The relapsing fever of Panama (Arch. of int. Medic., août 1909).
(3) Marcaoux et SAzIMBENI, La spirillose des poules (Ann. de l'Inst. Pasteur, XVII, 1903, p. 569).
(4) Borrez, Cils et divisions transversales chez le Spirille de la poule (Soc. de Biol., LIT, 1906, p. 138).
SPIRILLUM GALLINARUM. 665
A l’acmé ou vers la fin, il y en a peu d'isolés: les amas sont nombreux et plus gros. Les Spirilles qui se réunissent ainsi s’accrochent souvent par une extrémité; ils peuvent affecter aussi une disposition en rosette formée d'un plus ou moins grand nombre d'éléments.
Dans le sang, hors du corps, les mouvements diminuent et cessent assez vite, les Spirilles meurent.
Le sang, laissé dans un vase, perd toute vitalité et toute virulence en quelques jours; celui recueilli pendant les premiers jours de la maladie se conserve un peu plus longtemps.
En laissant coaguler un sang qui est riche en Spirilles, on en retrouve de nombreux dans le sérum, mais ils s'y agglutinent rapidement; en vingt-quatre heures, ils se sont tous réunis au fond du liquide, en grumeaux assez gros; ces grumeaux sont des amas formés d’un grand nombre de Spirilles dont ceux de la périphérie sont mobiles; le tout est encore vivant el virulent, comme le démontre l'inoculation. Après quarante-huit heures, on ne constate plus de mouvements; le sérum est plus virulent, mais toutefois nettement immunisant.
Borrel et Burnet (1) auraient obtenu une plus longue durée de conservation, peut-être mème un enrichissement en Spirilles, conséquemment un développement, en prenant du sang au début de la maladie et le mettant à la glacière, ou bien en usant de sang défibriné citraté. En un ou deux Jours, on observerait un trouble floconneux dans le sérum ou le plasma, dû à une prolifération microbienne.
Levaditi (2) a montré qu’on pouvait cultiver le Spirillum gallinarum - dans des sacs de collodion contenant du sérum de poule préalablement chauffé de 609 à 709, ensemencés avec du sang de poule infectée, fermés et placés dans la cavité péritonéale d'un lapin. En retirant le sac au bout de quelques jours, on constate un début de multiplication. On fait un nouvel ensemencement avec du contenu, dans un nouveau sac et ainsi de suite; on obtient une multiplication de plus en plus active. Il a pu ainsi réaliser neuf passages en quarante et un jours.
La maladie se transmet facilement à la poule par inoculation de sang infecté frais. Il suffit d'en injecter quelques gouttes, soit sous la peau, soit dans le muscle, soit dans le péritoine. On peut même réussir par l’ingestion : on observe les phénomènes suivants. Quelques heures après l'inoculation, la température monte à 42°. Le lendemain, l'animal présente
Fig. 138. — Spirillum gallinarum: Sang de poule. 1000/1.
(1) Borrez et Burxer, Développement initial in vitro du Spirille de la poule (Soc. de Biol., 1906). É (2) Levanrmi, Soc. de Biol., 7 avril 1909.
666 BACTÉRIACÉES.
de la diarrhée; il est triste et ne mange pas; sa température est voisine de 430, On peut constater la présence, dans le sang, d’un petit nombre de Spirilles. La température reste pendant trois ou quatre jours à 43, puis à 41°, même 40°. Les Spirilles ont été constamment en augmentant; leur nombre peut arriver à être considérable. La température a déjà baissé quand la quantité de parasites est arrivée à son maximum. Cette pullulation des Spirilles, comme Levaditi (1) l'a bien vu, augmente jusque vers la fin du cinquième ou du sixième jour. Alors en quelques heures, en coïncidence avec la chute de la température, les Spirilles disparaissent complètement du sang.
C'est le moment de la crise; on n'est pas fixé sur le sort des Spirilles qui se raréfient et disparaissent si vite; il semble qu’on ne puisse pas faire intervenir de bactériolyse. Pour Levaditi et Manouélian (2), la destruction serait opérée par les éléments phagocytaires du foie et de la rale.
Dans les formes aiguës, la mort suit de près la crise. Si l'animal guérit, on voit l’état général s’amender et alors s'améliorer lentement. Dans les formes chroniques, le poids continue à baisser, la paralysie survient, puis la mort après un temps assez variable, ou bien l’animal se rétablit, mais très lentement et péniblement.
A l’autopsie, on trouve tous les organes atrophiés, même le foie et la rate. Les Spirilles ne se trouvent pas seulement dans le sang, mais dans certains parenchymes, rate el foie surtout, peuvent même infecter les ovules d’après Levaditi et Manouélian.
Cependant il n'y aurail pas de transmission héréditaire. On peut déterminer une spirillose par inoculation de virus dans un œuf fécondé et où l'embryon se forme; il se développe une véritable spirillose de l'embryon, loujours suivie de mort (3).
D'autres volailles peuvent être infectées, soit naturellement, soit expérimentalement. L'oie est très sensible; le canard et la pintade sont facilement infectés; le pigeon est malade pendant quelques jours, mais ne présente jamais de Spirilles dans le sang; la tourterelle et le moineau prennent facilement une spirillose mortelle.
Chez le singe, il ne se produit rien. Le cobaye et le lapin sont ordinairement réfractaires; Levaditi a vu le lapin prendre une septicémie spirillaire, après injections de fortes doses, 10 à 20 centimètres cubes de sang, dans le périloine. On trouve alors des Spirilles dans le sang après douze heures; on peut encore en constater après quarante-huit heures. Les jeunes lapins à la mamelle seraient sensibles à l'inloxication.
Le sang ou le sérum frais perdent toute virulence après un chauffage de quelques instants à 55°, mais sont encore immunisants; en maintenant cette température pendant vingt minutes, le pouvoir immunisant a disparu.
Les poules qui ont résisté à l’inoculation expérimentale sont immunisées, comme celles qui ont guéri de la maladie naturelle.
(1) Levanim, Contribution à l'étude de la Spirillose des poules (Ann. de l'Inst. Pasteur, XVIII, 1904, p. 199). ù 5
(2) Levaprrret Manouériax, Nouvelles recherches sur la Spirillose des poules (Ann. de l'Inst. Pasteur, XX, 1906, p. 593).
(3) Levaprri, La spirillose des embryons de poulet dans ses rapports avec la tréponémose héréditaire de l'homme (. inn. de l'Inst. Pasteur, XX, 1906, p. 924).
SPIRILLUM ANSERINUM. 667
Le sérum des poules immunisées est nettement agglulinant sur les Spirilles. Ce sérum a un pouvoir préventif, évident, mais ne semble pas avoir d'action curative.
Marchoux et Salimbeni ont montré que la maladie pouvait se transmettre par des acariens de la famille des Argas, surtout Argas minialus, qui s’infectent en suçant le sang de poules infectées et peuvent conserver des Spirilles vivants dans leur sang ou leur cavité généraie, même dans leurs œufs comme l’a vu Prowazek (1), mais quand les acariens sont conservés à une température de 300-350, pas quand ils sont à 159-180, comme l'ont vu Borrel et Marchoux (2).
SPIRILLUM ANSERINUM SAKHAROFF.
(Spirochæte anserina.)
Sakharoff (3) a trouvé des Spirochètes voisins des précédents, comme aspect, dans le sang d’oies malades d’une certaine affection seplicémique (spirillose ou spirochélose des oies) qu'il a observée au Caucase.
L'oie malade cesse de manger, devient apathique, peut présenter de la diarrhée, et meurt d’épuisement, au bout d’une semaine au plus, après avoir atteint une température de 42°, même 43°.
Dès le début on trouve dans le sang de très nombreux Spirilles, très semblables au Spirille d'Obermeter, peut-être un peu moins longs, de 10 à 20 y d’après Gabritschewsky (4), de 7 à 15 sur 0,2 y d'après Dschunkowsky et Luhs (5), présentant de deux à sept tours de spire ; 1ls sont isolés et très mobiles, ou réunis à plusieurs en petits amas formant des mèches ou des écheveaux et alors à mouvements moindres. Ces amas ne proviennent pas d’agglutination, car les Spirilles qui les composent peuvent fort bien se séparer et redevenir très mobiles dans le liquide. On peut les distinguer sans coloration, mais ils s'écrasent facilement, il est nécessaire de procéder doucement. D'autres fois, on n'en voit qu'après coloration.
Leur mouvement est une rotation autour de l’axe longitudinal de la spire, rigide, pas ondulant comme celui du Spirille d'Obermeier. Hs se colorent facilement à la solution de Zichl étendue de son volume d’eau.
D'après les derniers auteurs, en se servant du mordant de Loeffler suivi de violet de gentiane ou de fuchsine, on leur distinguerait des cils bien visibles.
Dans le sang examiné dès son prélèvement, les Spirilles restent bien mobiles pendant quelques heures, puis s’agglomèrent en pelotons, où
(1) Prowazex, Contribuçao para o estudo do dezenvolvimento do Spirochaeta gallinarum (Memorias de Instituto Oswaldo Cruz, Rio de Janeiro, I, 1909, p. 81).
(2) Borrez et Marcaoux, Argas et Spirilles (Soc. de Biol., 1906).
(3) SaxkHarorr, Spirochæte anserina et la septicémie des oies (Ann. de l'Insl. Pasteur, V, 4897, .p. 564).
(4) GasrircHewskyx, Nouvelles recherches sur la pathologie et la sérothérapie des infections spirochétiques. Saint-Pétersbourg, 1898.
(5) Dscauxxowsxy et Luns, Untersuchungen über die Gänsspirillose (/Xe Congrès intern. de méd. vélér., La Haye, 1909).
668 BACTÉRIACÉES.
ils présentent encore un mouvement rotatoire assez vif, s'immobilisent au centre d’abord, finalement aussi à la périphérie ; c’est vers le cinquième jour de l'infection qu'ils conservent le plus longtemps leur mobilité, pendant un jour ou deux même parfois.
Dschunkowsky et Luhs auraient réussi à les cultiver dans des sacs de roseau contenant du plasma citraté d’oie, ensemencés avec du sang infecté et placés dans la cavité péritonéale de lapins. À la cinquième génération, les Spirilles étaient remplacés par de petits corpuscules mobiles.
Gabritschewsky et Cantacuzène (1) ont pu constater l'accumulation dans le sang des animaux infectés, de substances spécifiques.
Le sang et les organes des oies infectées cessent d’être virulents rapidement après la mort, mais sont immunisants; on peut facilement en faire des vaccins.
Le sérum des oies vaccinées, puis ayant reçu une forte dose de sang virulent, est très actif; il protège contre l'infection à un centième de centimètre cube, et la guérit à celle de 5 centimètres cubes.
L'oie, le canard sont très sensibles à l'infection ; la poule meurt rarement ; les poussins, par contre, sont très réceptifs; le pigeon, le moineau, les animaux de laboratoire habituels sont réfractaires. Gabritschewsky s’est inoculé du sang très riche en Spirilles et n’a rien éprouvé.
À la suite d’inoculation aux animaux réceptifs, on observe, comme dans les autres spirilloses, une multiplication progressive des Spirilles dans le sang jusqu'à ce qu'ils y soient extrêmement nombreux; ensuite ils décroissent et disparaissent. La défervescence se fait en lysis et son début précède d’un jour ou deux la disparition des Spirilles.
D'après Cantacuzène, le sang acquerrait en dehors de l'organisme des propriétés bactéricides marquées ; il ne se passerait rien de semblable dans les tissus de l'animal malade. La phagocytose jouerait le rôle principal dans la guérison. Par injection de cultures vivantes, on pourrait obtenir, chez le cheval, un sérum spécifique bactéricide, possédant des propriétés préventives et curatives.
SPIRILLUM PALLIDUM SCHAUDINN.
(Spirochæte pallida, Treponema pallidum.)
On a cru pendant longtemps, sans démonstration suffisante, à la nature microbienne de la syphilis. Bien des observateurs y ont décrit des formes microbiennes variées dont il n’a pas été possible de déterminer les rapports de causalité; le Bacille de la syphilis de Lustgarten, qui n’est autre que le Bacille du smegma (T, p. 781), est une de ces formes ayant peut-être eu le plus de créance.
Bordet (2) avait apercu, en 1905, dans le produit de lésions syphilitiques, des formes spirillaires qui lui paraissaient spéciales. En même temps, Schaudinn (3) annonçait qu'il avait découvert, dans la sérosité
(1) Canracuzène, Recherches sur la spirillose des oies (Ann. de l'Inst. Pasteur, XI, 1899, p. 529).
(2) Borner, Démonstration d'un Spirille nouveau (Soc. royale des sc. nat. et méd. de Bruxelles, 1905).
(3) Scmauninx, Zur Kenntniss der Spirochaete pallida (Deutsche med. Wochenschr.,
SPIRILLUM PALLIDUM, - 669
d'accidents primaires et secondaires, des Spirochètes très mobiles, qu'en collaboration avec Hoffmann il pouvait retrouver dans des lésions syphilitiques variées. superficielles ou profondes. Le caractère qui leur a semblé spécial, de suite, est la ténuité, la pâleur du microbe; d'où le nom de Spuürochèle pâle, Spirochæte pallida qu'ils lui attribuèrent.
Pour eux, c'était nettement un Protozoaire, comme tous les Sprrochæle, à rapprocher des Trypanosoma en raison de la présence, chez certaines formes voisines surtout d'aspect et probablement chez celle-ci, d'une membrane ondulante et du processus de division longitudinale ; Schaudinn même, après la remarque de Vuillemin (1) que de tels caractères pouvaient être regardés comme suffisants pour créer un genre spécial, en fit le Treponema pallidum. La membrane ondulante n’a été bien reconnue que chez quelques espèces de Spirochètes, dont on est loin d’avoir établi exactement la nature et l’évolution, qui sont peut-être bien distincts des véritables Spirochètes. Schaudinn dit l'avoir entrevue chez le Sprrochète pâle, mais de très nombreux observateurs de grande valeur n'ont jamais pu l’y retrouver. D'un autre côté, les faits de division longitudinale seraient au moins rares ou exceptionnels, si encore ils ne représentaient pas de simples apparences de division seulement. Les faits rapportés par Krzystalowicz et Siedlecki (2) ne peuvent encore pas entraîner la conviction. Il semble donc rationnel de conserver encore, jusqu’à plus ample informé, l’ancienne conception rangeant ce microbe parmi les Bactéries spiralées ; d’après ce qui a été dit précédemment (p. 590), le nom de Spirillum pallidum est à lui appliquer.
La découverte de Schaudinn a été confirmée par un très grand nombre d'observateurs, qui tous ont rencontré ce microbe d'une façon constante dans les lésions syphilitiques primaires, dans toutes les lésions secondaires, dans le sang et les organes des sujets atteints de syphilis héréditaire, dans la syphilis expérimentale obtenue chez les animaux. Il est, au contraire, toujours absent dans des lésions non syphilitiques et chez les personnes indemnes de cette affection.
Le Spirille de Schaudinn apparaît nettement aujourd'hui comme le véritable agent de la syphilis. La syphilis est à ranger dans le groupe des spirochétoses ou spirilloses.
MORPHOLOGIE
En raison de la ténuité et de la faible réfringence du microbe, il est nécessaire, pour sa recherche au microscope, d’user des meilleurs systèmes optiques : pour l'étudier, l'emploi des objectifs à immersion homogène est indispensable.
On peut l’examiner à l’état vivant, ou sur des préparations soumises à des procédés de coloration. É
Examen à l'état vivant. — Une goutte de sérosité d’une lésion syphi-
1905). — Scæauninx et Horrmanw, Verläufiger Bericht über das Vorkommen von Spirochäten in syphilitischen Krankheiteprodukten und bei Papillomen (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, XXII, 1905, p. 527).
(1) VuizrEmIN, Sur la on de l'agent présumé de la syphilis (G. R. de l'Acad. des sc., 1905).
(2) KRZYSTALOWICZ et Siepzecki, Bull. de l'Acad. des se. de Cracovie, 1905, p. 715, et 1908, p. 173).
670 BACTÉRIACÉES,
litique, chancre où plaque muqueuse par exemple, est mise en préparation entre lame et lamelle, ou observée en goutte pendante. En ayant soin de luter les bords à la vaseline ou à la paraffine, les microbes peuvent ainsi rester vivants pendant des jours.
Dans les préparations fraiches ainsi faites, le Spirille pâle se montre sous l'aspect de filaments très ténus, peu réfringents, nettement plus pâles que d’autres espèces qui peuvent se rencontrer aussi dans des conditions similaires, tordus en une spirale à plusieurs tours, à extrémités plus ou moins effilées.
La longueur varie dé 5 y à 10 y et 15 & sur une épaisseur Fig. 139. — Spirillum pallidum.Exsudat de de 0,20 y à 0,25 y. On trouve
plaques muqueuses, 700/1. même des Spirilles atteignant
jusqu'à 25 w, probablement en
voie de division transversale. Dans une même préparation, on peut en
rencontrer à la fois de très longs et de très courts. Ils présentent, en
général, de 6 à 14 tours de spire ; quelquefois 20, 25 et plus. Dans les
préparalions fraiches, les spirales sont bien régulières.
Ces éléments spiralés sont animés d'un mouvement très vif de rotation autour de l’axe de l'hélice, déterminant la prooression en avant ouen arrière, et, en outre, un mouvement flexueux de tout le corps.
Ultramicroscope. — En se servant du dispositif de l'ultramicroscope (1) (Voy. I, p. 188) on distingue, dans les préparations ainsi faites, sur le fond noir, un plus ou moins grand nombre de spirales lumineuses très mobiles, isolées, jJuxtaposées en V ou en Ÿ, accolées (fig. 143 et 144). On voit, en outre, plus ou moins éclairés, des éléments divers qui proviennent de la région où la lésion se trouve, leucocytes, cellules épithéliales, globules rouges, granulations variées provenant de débris de cellules ou de désagrégations fibrineuses, souvent de nombreux autres microbes, voire même d’autres formes spiril-
Fig. 140. — Spirillum pallidum. Sérosité d’un chancre mou. 1000/1.
(1) Gasrou, Du diagnostic de la syphilis, Paris, J.-B. Baillière, 1910.
SPIRILLUM PALLIDUM. 671
laires et spirochétiques, nombreuses surtout dans les produits buccaux (fig. 145). à ù
Procédé à l'encre de Chine. — En employant de l'encre de Chine, selon la méthode de Burri (I, p. 364), on obtient des aspects qui rappellent beaucoup ceux que donne l'ullramicroscope ; toutefois, la dessiccation supprime la motilité, si curieuse, el change sensiblement la forme des spirales.
Coloration. — Les méthodes ordinaires de coloration donnent des résultats très incomplets. Il faut employer des méthodes spéciales, dont on à imaginé un très grand nombre.
Les principales seront seules citées.
L'essentiel est d'opérer sur des frottis très minces, faits avec de l’exsudat ou de la sé- Fig. 141. — Raclage de plaque muqueuse rosité de lésions syphilitiques avec Spirilles pâles. 1000/1. bien actives. Il est préférable de nettoyer d'abord la surface où doit se faire le prélèvement, avec de la ouate imbibée d'eau bouillie d'abord, puis assécher avec de la ouate sèche. Il s'écoule peu après du sang ou il suinte de la sérosité, que l’on recueille au fil de platine. On peut même mettre un pelit pansement protecteur à la ouate sèche, pour pouvoir laisser exsuder pendant quelques heures. On fait sur lamelles des frottis en couche très mince, qu'on laisse sécher à l'air. On a parfois plus de chances en prenant la sérosité sur les bords de la lésion.
Procédé de Giemsa. — Les lamelles sont fixées par un sé- Jour de dix minutes dans J’alcool absolu, ou par une expo-
He de à Fig. 142, — Spirillum pallidum avec cils siion de quelques secondes (d'après Schaudinn). Coloration au Giemsa aux vapeurs d'acide osmique. et à la méthode de Loeffler pour cils. L’acide osmique parait nuire 10m
un peu à la coloration ultérieure el fait facilement des magmas de précipitation, surtout dans les préparations un peu épaisses.
Elles sont ensuite plongées dans le bain colorant fraîchement préparé, $
pa
672 BACTÉRIACÉES.
fait en ajoutant 35 gouttes de Solution de Giemsa (I, p. 388) à 20 centimètres cubes d’eau distillée. On les y laisse de seize à vingt-quatre heures. On lave à l’eau, sèche et examine dans l'huile de cèdre ou le baume. Les Spirilles sont colorés en rose bleuâtre.
Procédé de Marino. — Sur le frottis séché, on dépose environ 1 centimètre cube de Solution de Marino (TX, p. 389). On laisse agir environ dix minutes; puis, sans laver ou même enlever l'excès de bleu, on fait tomber 1 centimètre cube de solution aqueuse d'éosine au vingt-millième ; on laisse agir deux minutes, lave à l’eau et examine. Les Spirilles sont colorés en rose.
Procédé de Nicolas, Favre et André. — On fait un bain colorant avec les quantités suivantes des solutions indiquées :
SOTIONAZUTAIINAMEp MODE PEPEREEr SEAT 5 centimètres cubes. DOIUHONIAEOSINEAMNP MOOD ER TAC Eee 10 —— - DÉS DRE EN CS ON TO 40 - —
Les préparations y sont mises de dix-huit à vingt-quatre heures. On lave à l’eau. On met pendant une à deux minutes dans une solution de tannin à 5 p. 100. On lave et sèche.
Procédé de Reitmann (1). — On fixe dix minutes à l'alcool absolu, lave
Fig. 143.—Raclage de chancre induré ; Fig. 144. — Sérosité d'une papule cu- Spirochètes, globules rouges et amas tanée examinée dans addition d’eau. de granulations (d’après Gastou). Spirochètes, globules rouges et leu-
cocytes (d’après Gastou).
à l'eau distillée, met cinq minutes dans une solution d'acide phosphotungstique à 2 p. 100 ; on lave à l’eau, puis à l'alcool à 700. On colore à la fuchsine phéniquée chauffée jusqu'à apparition de vapeurs. On faitun court passage dans l'alcool à 70°, lave à l'eau etsèche. Les Spirilles sont colorés en rouge intense.
Procédé de Borrel et Burnet (2). — On excise un très petit fragment
(1) Rerrmanx, Zur Färbung der Spirochaete pallida Schaudinn (Deutsche med. Wochenschr., 1905).
(2) Borrez et Burner, Procédé de diagnostic rapide des lésions syphilitiques (Soc. de Biol., 1906, LX),.
SPIRILLUM PALLIDUM. 673
de la lésion; on le transporte successivement sur plusieurs lames où à été déposée une petite goutte d'eau distillée ; sur chacune, on le gratte avec la pointe d'un scalpel, pour en libérer des parcelles qui se dissocient dans l’eau. On sèche. On traite par une grosse goutte de bain mordant de Loeffler pour la coloration des cils (T, p. 395), en chauffant sur une veilleuse pendant une dizaine de secondes. Dès que les vapeurs paraissent, on lave légèrement à l’eau ; on recommence deux ou trois fois le mordançage et le lavage. On colore avec une goutte de fuchsine de Ziehl, en chauffant une ou deux fois jusqu'à apparition de vapeurs, pendant un quart de minute environ. Les Spirilles sont colorés en rouge.
Coloration des cils. — La méthode ordinaire de Loefflér (I, p. 395) donne de bons résultats; celle de Borrel et Burnet, qui vient d'être exposée, également. On trouve un long cil à chaque extrémité (fig. 142).
Coloration dans les coupes.
— Bertarelli, Volpino et Bovero (1) ont réussi lés premiers, en employant une méthode semblable à celle que recommande Van Ermenghem
pour la coloration des cils (I, Fig. 145, — Raclage d'une plaque muqueuse P- 396), déterminant la réduc- infectée. Avec le Spirillum pallidum, on ver-
tion du nitrate d'argent sur rait du Spirillum buccale, avec ses deux SE te - traits brillants ; du Spirillum dentium, mince, les Spirilles. Après fixation court, à spires très serrées ; du Spirillum des tissus dans l'alcool absolu, spuligenum en forme courte, vibrionienne; il en est fait des coupes très des cellules épithéliales et des leucocytes munces que) l'on place, pen- (d'après Gastou). dant vingt-quatre à quarantehuit heures, dans un bain de nitrate d'argent à 08,05 p. 100 d’eau disüllée. On lave à l’eau distillée, puis met un quart d'heure dans le bain réducteur de Van Ermenghem (I, p. 396), on lave à l'eau distillée et reporte dans le bain d'argent jusqu’à teinte jaune brunâtre. On lave à l'eau distllée, passe à l'alcool absolu, au xylol et monte au baume. Les Spirilles sont colorés en noir, les tissus en jaune plus ou moins foncé. Levaditi (2) trouve qu'il est bien préférable de traiter les pièces en masse par le sel d'argent, en usant de la méthode de Ramon y Cajal pour les colorations de nerfs. La pièce est fixée par un séjour de vingtquatre heures dans une solulion à 10 p. 100 de formol du commerce, lavée à l’eau distillée quelques minutes, puis mise à durcir pendant vingt-quatre heures dans de l'alcool à 95°. Au sortir, elle est lavée à l'eau distillée pendant cinq minutes et placée pendant trois jours, à
(1) Berrarezur, Vorpino et Bovero, Untersuchungen über die Spirochaete pallida Schaudinn bei Syphilis (Centralbl. für Bakt., 1€ Abth., Orig., XL, 4995, p. 56).
(2) Levanrri, Sur la coloration du Spirochæte pallida Schaudinn dans les coupes (Soc. de Biol., 1905, LVIII).
MACÉ. — Bactériologie, 6° édit. II, — 43
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l'étuve à 37°, à l'obscurité, dans une solution de nitrate d'argent à 2 p. 100 d'eau distillée. Elle est mise ensuite pendant vingt-quatre heures dans la solution suivante :
A'eidepyrosalNiaqes AN ME Perret 4 grammes.
FormolNAUECOMMErCeSe AMERICA 5 — Hausdis Hllé ess ae RES EE ET TOR TEE 95
Elle est alors largement lavée à l’eau distillée, à plusieurs reprises, passée de dix à douze heures dans de l'alcool à 80°, puis quelque temps dans l'alcool absolu, le xylol, incluse dans la paraffine et débitée en coupes très minces.
Les Spirilles sont colorés en brun foncé, les tissus en jaune.
Dans toutes ces préparations colorées, les Spirilles n'ont plus la forme bien régulière qu’on leur reconnaît lorsqu'on les examine vivants; ils sont déformés, à tours aplatis, plus ou moins écartés, formant souvent seulement une ligne sinueuse. On les trouve isolés ou en petits amas, souvent accolés par deux, ce qui peut donner l’apparence d'une division longitudinale ; ils peuvent même former de petites rosettes irrégulières, surtout lorsqu'on a affaire à une lésion secondaire un peu ancienne, fait dépendant probablement d’une agglutination.
Les méthodes spéciales qui colorentles cils en montrent uu à chaque extrémité, de 3 à 4 de long. D'après Schaudinn, on pourraitassez facilement les apercevoir sur les éléments vivants, sans coloration; ils auraient un mouvement d’ondulalion, pas en tire-bouchon.
Schaudinn croit à la présence d'une membrane ondulante que Krzystalowicz et Siedlecki disent aussi exister, quoique à l’état très rudimentaire. Beaucoup d'autres observateurs se prononcent pour la négative.
Dans les coupes colorées ainsi qu'il vient d’être dit, les Spirilles apparaissent nettement plus épais, teints en brun noirâtre ou en noir, se distinguant aisément des aspects fibrillaires que l’on peut rencontrer dans bien des tissus.
Cultures. — De très nombreuses tentatives, faites à l’aide de milieux extrêmement variés, pour cultiver le Spirille de la suyphilis hors de l'organisme, n’ont pas donné de résultats. Leuriaux et Geels (1) auraient ohtenu des formes bizarres en se servant de liquide céphalo-rachidien additionné d’un tiers de bouillon peptonisé, puis reportant sur sérum de porc coagulé.
Noguchi(2) dit avoir réussi en employant une méthode toute spéciale, qui avait déjà donné des résultats imparfaits à Schereschewsky. Il se sert d’une gélose-ascite au tiers formée de deux parties de gélose à 2 p. 100 légèrement alcaline et d’une partie de liquide d'ascite(on peut prendre aussi bien du liquide d'hydrocèle; le sérum de cheval ou de mouton peutégalement servir, mais avec moins de succès). Sur la géloseascite, on verse une coucheïde 3 centimètres de vaseline liquide stérilisée,
(1) Leurraux et Grers, Culture du Treponema pallidum de Schaudinn (Centralbl. für Bakt., 1t€ Abth., Orig., XLI, 1906, p. 684).
(2) Nocucuir, À method for the pure cultivation of pathogenic Treponema pallidum (Journ. of exper. med., XIV, 1911, p. 99). — The direct cultivation of Treponema pallidum (Zbid., XV, 1912, p. 90 et 201).
Le 1
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À l’aide d’une baguette de verre, on enfonce doucement dans la gélose, en évitant de la fragmenter, des petits morceaux de rein ou de testicule de lapins, recueillis asepliquement, que l’on a préalablement ensemencés avec de la sérosité de lésions syphililiques. On place à l’étuve à 37°. Dès le troisième jour, on observe, autour des morceaux, un léger louche, qui va en augmentant, quoique peu, pendant deux à trois semaines. On obtient des cultures ultérieures, en prélevant dans la région louche à l’aide d’une pipette élirée et ensemençant des morceaux de tissus dans les mêmes conditions. Il faut éviter le plus possible l'apport notable d'air ; il semble que, pour les premières cultures au moins, des conditions d’anaérobiose soient nécessaires.
Les sérosités employées sont d'ordinaire impures; il faut faire des ensemencements successifs et prélever surtout dans le trouble, le plus loin possible du morceau de tissu, les impuretés se développant de préférence le long de la ligne d’ensemencement, le Spirille s’irradiant à quelque distance.
Ce qui prouve la nature de telles cultures, c’est qu’elles occasionnent, chez le singe, une syphilis expérimentale analogue à celle que détermine l'inoculation directe de produits syphilitiques. On trouve, dans la partie trouble de la gélose, des Spirilles dont les caractères sont identiques à ceux qui existent dans les lésions syphilitiques ordinaires.
INOCULATION EXPÉRIMENTALE
Le virus syphilitique s’inoculetrès facilement avec succès à l'homme, qui doit être regardé comme très réceptif à l'égard de l'infection syphilitique. À côté de nombreux faits cliniques bien établis, beaucoup d'expériences directes l'ont prouvé depuis longtemps.
On a fait aussi des essais sur des animaux de toutes sortes, mammifères, oiseaux, vertébrés à sang froid. Sur la plupart d’entre eux, on n’a pu constater que des faits trop incertains pour qu'on en puisse tenir compte.
L'inoculalion au singe a d’abord donné quelques résultats pouvant êlre regardés comme positifs, ceux obtenus par Klebs (1) en 1879, Martineau et Hamonic (2) en 1882, Sperk (3) en 1888, Mossé (4) en 1887. L'étude de la question a été reprise en 1903 par Metschnikoff et Roux (5) qui ont démontré que les singes supérieurs, le chimpanzé surtout, après” luile gibbon etl'orang, élaient très réceptifs pour le virus syphililique, le premier présentant une sensibilité presque égale à celle de l'homme, les deux autres subissant une infection moins profonde et moins complète. L'inoculation de virus recueilli sur des chancres et des plaques muqueuses détermine l'infection avec des accidents primaires typiques, chancre induré, et, chez le chimpanzé, des lésions secondaires variées, qui font souvent défaut chez le gibbon ou lorang, ou tout au moins
y sont très rares et tout à fait incomplètes.
(1) Kzess, Arch.-für exper. Path., X, 1879.
(2) Marrineau et Hamonic, Bull. de l'Acad. de meéd., 1882.
(3) SPerk, OŒEuvres complètes, Il, p. 614.
(4) Mossé, Gaz. hebd. des sc. méd. de Montpellier, 1887.
(5) Merscnnixorr et Roux, Études expérimentales sur la syphilis (Ann. de l'Inst. Past., XVII, 1903, p. 809 ; XVIII, 1904, p.1et 657; XIX, 1905, p. 673; XX, 1906, p. 785).
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Les expériences de ces savants démontrent que les singes inférieurs sont également sensibles au virus, mais dans une proportion bien moindre ; on échoue souvent avec eux ou l’on n'obtient que des lésions très réduites; ce qui explique les insuccès des précédents expérimenlateurs qui s’adressaient uniquement à eux.
Inoculation au chimpanzé. — La réceptivité est absolue ; Metschnikoff et Roux n'ont jamais observé d'insuccès.
On inocule du virus de chancre induré ou de lésions secondaires, plaques muqueuses, syphilides papuleuses, etc. On fait des scarifications superficielles, avec le scarificateur de Vidal par exemple, sur les arcades sourcilières, les paupières, le clitoris ou son capuchon, le prépuce et la verge.
Il se fait une incubation d'une trentaine de jours en moyenne, oscillant entre vingt-deux et trente-sept jours.
L'accident primaire se montre d'abord comme une petite tache rosée, légèrement saillante, se recouvrant d’une petite crontelle, puis donne une ulcéralion humide, à surface pâle, lardacée, avec induration très nette du tissu sous-jacent. En même temps, les ganglions de la région se gonflent et deviennent durs ; ce qui s'observe même parfois sur des ganglions éloignés. La guérison du chancre se fait lentement, après un nombre variable de jours.
Dans moitié à peine des animaux, l'accident primaire est suivi, après un mois environ, d'accidents secondaires comparables à ceux de l'homme, surtout plaques muqueusesdes lèvres, du palais, de la langue, où syphilldes papulo-squameuses.
Toutes ces lésions sont réinoculables en série à d’autres individus. On y trouve, en grande abondance d'ordinaire, le Spirille de Schaudinn.
Inoculation aux singes inférieurs. — On observe très souvent un insuccès complel. Finger et Landsteiner (1)disent avoir obtenu 87 p. 100 de succès, avec des scarifications profondes et de grandes quantités de virus ; d’après Thibierge et Ravaut (2), on réussirait toujours chez les macaques, en faisant l'inoculation sur le bord libre des paupières.
L'incubation est très variable, dépassant très souvent trente et quarante jours, atteignant même cinquante, soixante jours et plus, comme l'ont montré des recherches très étendues de Neisser (3).
La lésion primaire obtenue est semblable à celle du chimpanzé, ne s'accompagnant loutefois pas d'adénopathie. On n’observe pasd'accidents secondaires.
Inoculation au lapin. — Bertarelli (4) a montré que l’on pouvait inoculer avec succès la syphilis au lapin, en lui injectant du virus dans la chambre antérieure de l'œil ou en l'inoculant sur la cornée.
Dans la moitié des cas environ, il se produit, à l'endroit de l'inocula- Uüon, une kératite parenchymateuse avec néoformation de vaisseaux et
(1) FixGer et LanpsreiNer, Untersuchungen über Syphilis bei Affen (Sifz. Ber. Akad. Wiss. Wien., CXIV, 1905).
(2) TaimerGe et Ravaur, Inoculation de produits syphilitiques au bord libre de la paupière chez les singes macaques (Ann. de dermatol., 1905).
(3) Nrisser, BAERrmaANN et Harsersranrer, Versuche zur Uebertragung der Syphilis auf Affen (Arch. für Dermalol., 1906).
(1) Berrarezu, Ueber die Transmission der Syphilis auf das Kaninchen (Centralbl. für Bakt., 1% Abth., Orig., XLI, 1906, p. 320). — Sulla transmissione della sifilide al coniglio (Riv. d'Igiene, XVII, 1906).
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accumulation de lymphocytes autour des parois vasculaires. La lésion apparait de deux à sept semaines après l’inoculation et disparait d’ellemême après une durée d'environ deux mois. Dans la partie conjonctive de la cornée, on trouve des Spirilles en quantité souvent considérable ; il ne s'en rencontre jamais dans la couche épithéliale. Des fragments de cornée infestée, inoculés dans la cornée de lapins sains, produisent les mêmes lésions.
Uhlenhuth et Mulzer (1) ont pu réaliser, par inoculation de produits virulents, des lésions syphilitiques dans le testicule du lapin. Tomaczewski (2) dit qu'on les obtient facilement, et presque d'une façon constante, en incisant le scrotum, y faisant une poche sous-cutanée profonde, où l’on fait pénétrer des fragments de kératite syphilitique de lapin ou de chancre humain ; il se fait d'abord une inflammation et de la suppuration, puis, après dix à dix-huit jours, une infiltration bien localisée avec une mince croûtelle au centre, dans laquelle se trouve une ulcération fourmillant de Spirilles.
Pour la plupart, cette infection du lapin resterait localisée. D’après Armann (3), il y aurait réellement généralisation ; il aurait obtenu une kératite typique chez le lapin avec du suc de capsule surrénale d'un lapin qui avait été inoculé dans la cornée.
Inoculation au cobaye. — Beaucoup d’expérimentateurs n’ont eu que des résultats absolument négatifs. Hoffmann (4) a vu se produire des ulcérations chancreuses quatorze jours après l’inoculation, dans le scrotum de cobayes, de morceaux de lésions testiculaires du lapin. Ces ulcérations renfermaient de très nombreux Spirilles et ont eu, du reste, une guérison très rapide.
D'après Neisser et ses collaborateurs, la diffusion du virus dans l'organisme infecté serait très rapide. Une extirpation, largement pratiquée autour du lieu d'inoculation, faite huit heures après l opération, ne réussirait pas à empêcher le dév eloppement de la lésion locale.
L'activité du virus varie dans de larges limites, ainsi que le prouve la différence de gravité des infections contractées.
La virulence paraît du reste fragile. Les produits syphilitiques desséchés perdent toute activité. D'après Neiïsser, il en est de même après un
dl
simple séjour de trois heures à 10° ou de vingt heures à la glacière, par
un chauffage d’une demi-heure à 48° et par l’action de beaucoup d'anti-
septiques. La virulence s'éteint vile sur lés cadavres.
Le virus doit être frais pour être bien actif.
Melschnikoff et Roux ont démontré que le virus filtré sur bougie n oCcasionnait aucun accident.
(4) Unrexaurx et Muizer, Ueber experimentelle Kaninchensyphilis mit besonderer Berücksichtigung der Impfsyphilis des Hodens (Arb.aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, XXXIII, 1909, p. 183).
(2) Tomaczewskr, Ueber eine cinfache Methode bei Kaninchen Primäraffekte zu erzeugen {Deutsche med. Wochenschr., 2 juin 1910).
(3) Armanx, Transmissione experimentale della syphilide agli animali. Pise, 1910.
(4) Horrmanx, Erfolgreiche Uebertragung von Syphilisspirochaeten auf Méerschweinchen (Deutsche med. Wochenschr., 2 juin 1910, p. 1025).
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