ASSOCIATIONS MICROBIENNES
Les complications sont extrêmement fréquentes dans la fièvre typhoïde ; elles peuvent apparaître à toutes les phases de la maladie, aussi bien au début que tardivement. Il en est qui peuvent ne survenir qu'après la guérison. Dans ces complications, les unes sont dues au Bacille d'Eberth lui-même. Il peut déterminer des pleurésies (2), des péritonites, des méningites, ce qui s'explique erf raison de sa prédilection pour les surfaces séreuses; des localisations pulmonaires, de vraies pneumonies typhiques (3); de l’endocardite, de la myocardite, occasionnant la dégénérescence du muscle cardiaque, cause de la mort subite ; de la phlegmatia alba dolens, qui, dans la fièvre typhoïde, peut être sous la dépendance du Bacille typhique seul et non pas toujours due à des infections secondaires (4); des troubles hépatiques divers, angiocholites, cholécystiles, lithiase, dont l'importance à été exposée page 98 ; des néphrites, orchites, ovarites, salpingites, thyroïdites, indiquant bien une prédilection pour les parenc hymes: des ostéites, et ici les recherches expérimentales démontrent que chez les animaux la moelle osseuse est un véritable lieu d'élection pour le PBacille typhique, c'êst là qu'on le retrouve toujours en dernier lieu dans l'organisme : enfin, des suppurations diverses, parfois à longue échéance, dans le pus desquelles l'examen attentif ne fait déceler que le Bacille lyphique. On doit lui rapporter des cas d'infections puerpérales observés dans le cours de fièvre typhoïde (5). En somme, le
(1) Braux, La recherche du Bacille d'Eberth ; son importance au point de vue de la - prophylaxie de la fièvre typhoïde (Ann. de l’Inst. Pasteur, XXII, 1905, p. 573).
(2) RemuixGer, Contribution à l'étude du pleuro-typhus (Revue de méd., 10 décembre 1900).
(3) Toucerxer, Pneumonie à Bacilles d'Eberth (Soc. de pédiatrie, 8 janvier 1901).
(4) Hausnarrer, Revue med. de CEst, 1° septembre 1893.
(5) Larricau, Typhoid infection from the uterus (New York med, Journ., 16 juin 1900).
118 BACTÉRIACÉES.
Bacille typhique apparaît nettement comme un véritable microbe à tout faire.
Bien des complications, cependant, sont dues à la présence d'autres microbes, à de véritables infections secondaires. L'infection typhique semble préparer le terrain, de manière à permettre la pénétration et la pullulalion dans l'organisme d’autres germes pathogènes ; l'associalion microbienne détermine une infection mixle (1). On peut rencontrer un cerlain nombre de ces autres microbes.
Le Colibacille et les Bacilles paralyphiques semblent jouer ici le rôle prédominant. Le fait n'a rien d'étonnant: les observations ont démontré depuis longtemps la pullulation excessive du premier de ces microbes dans l'intestin pendant la fièvre Lyphoïde et son exaltation de virulence due probablement à l’altération de l'organe sous l'influence de la toxine typhique. Ces altérations intestinales sont en outre autant de portes d'entrée possibles pour l'infection secondaire. C'est la cavité abdominale qui est la plus exposée à l'invasion: aussi c'est elle qui présente les lésions colibacillaires les plus fréquentes, péritonites, angiocholites principalement. Plus rarement, l'infection est plus envahissante : on a observé, dans le cours de la fièvre typhoïde, des méningites, des suppurations dues au Colibacille. La généralisation dans le sang semble toutefois assez rare ; on remarque même que, dans la fièvre typhoïde, le Colibacille envahit moins vite les parenchymes, la rate principalement, que dans les conditions ordinaires; c'est ce qui permet encore d'isoler quelquefois le Bacille typhique dans les autopsies, même faites un cerlain temps après la mort. Dans les lésions, on peut rencontrer le Colibacille seul ou en compagnie du Bacrlle lyphique, formant peutêtre une vérilable association microbienne.
Vient, en seconde ligne comme importance, le S/replocoque pyogène dont Vincent (2) a le premier élabli le rôle nettement favorisant dans la fièvre typhoïde humaine et l'infection typhique expérimentale. Sur 31 autopsies de fièvre typhoïde, il l'a rencontré 6 fois mélangé au Bacille typhique. L’élude attentive de ces cas lui a permis de les classer en deux catégories. Dans l’une, le Streptocoque est intervenu dans le cours même de la maladie, produisant une véritable infection secondaire. Dans Fautre, il paraît y avoir eu infection mixte primitive ou d'emblée. Les infections secondaires ont sous leur dépendance certaines suppurations, certaines pleurésies, certaines pneumonies, l’érysipèle, les angines, les otites, où se retrouve facilement le Streptocoque. L'infection mixte d'emblée est le plus souvent une véritable seplicémie strepto-lyphique, présentant un mélange de caractères de la fièvre typhoïde et de la septicémie chirurgicale, Vincent à du reste démontré expérimentalement que l'association du Streplocoque exalte considérablement la virulence du Bacille d'Eberth ; on sait, d’ailleurs, que le même résultat peut être obtenu avec les seuls produits solubles du premier microbe.
Les Staphylocoques pyogènes ont sous leur dépendance bien des
(1) Srinimaxx et Wipar, Les associations microbiennes et les infections mixtes {Rapports au Congrès de méd. de Montpellier, 1898). S
(2) Vixcexr, Infection strepto-typhique (Soc. de Biol., 2 juillet 1892). — Étude sur ‘les résultats de l'association du Streptocoque et du B. typhique chez l'homme et chez les animaux (Ann. de l’Inst. Pasteur, VII, 1893).
BACILLUS TYPHOSUS. 119
accidents de suppuration survenant dans le cours de la fièvre typhoïde ou post-typhiques. D’après E. Fraenkel (1), les ulcérations typhoïdes du larynx et du pharynx sont dues au Micrococcus pyogenes aureus. Les Slaphylocoques peuvent être seuls ou accompagnés du Bacrlle lyphique. D'un autre côté, le Bacille typhique seul peut être nettement pyogène, comme l'ont démontré Honl (2) et bien d’autres.
L'association du Pneumocoque au Bacille typhique s'observe aussi fréquemment, produisant une forme clinique assez spéciale que l'on nomme la preumo-lyphoïle, résultat des infections pneumococcique et typhique simultanées.
Remlinger (3) a signalé l'association avec le Bacille pyocyanique.
D’autres microbes peuvent encore profiter de la diminution de résistance de l'organisme et s'implanter quelque part en modifiant dans divers sens l’évolution de l'affection. De simples saprogènes peuvent causer des gangrènes souvent graves.
On peut enfin observer des infections simultanées, évoluant à côté de la fièvre typhoïde avec leurs caractères spéciaux, n'imprimant pour ainsi dire pas de modifications au type normal de la maladie, On peut citer le choléra, la diphtérie, la scarlatine, la rougeole.
Les processus décrits sous les noms de /ièvre paralyphoïde, paralyphus sont sous la dépendance de types microbiens voisins, les Bacilles paratyphiques surtout, puis le Colibacille (4), le Bacillus enterilidis (5), le Bacille de la psittacose (6), d'autres espèces voisines encore dont il sera question ci-après. Le diagnostic exact entre des types aberrants d'espèces voisines devient souvent fort délicat à faire.
RECHERCHE ET DIAGNOSTIC
On peut avoir à rechercher le Bacille lyphique sur le cadavre à l'autopsie, pour confirmer un diagnostic; sur l'individu vivant, pour établir chez un malade un diagnostic certain, surtout dans les cas douteux, ou pour reconnaitre chez d'anciens typhiques, ou mème chez des individus n'ayant jamais eu la fièvre typhoïde, la présence possible du microbe ; dans le milieu extérieur, pour rechercher l’origine possible d'une infection typhoïde et prendre les mesures de prophylaxie utiles pour en empècher l'extension.