‹ Traité pratique de bactériologieChapitre 130 sur 210 · CULTURES · texte numérisé non relu

CULTURES

Les cultures pures sont peu connues; Vignal (3) dit en avoir obtenu de la salive et leur assigne les caractères qui vont suivre :

Sur plaques de gélatine, le Leptlothrix buccalis donne, au bout de trois ou quatre jours, une légère saillie arrondie, d’un blane grisâtre, autour de laquelle se forme plus tard un bord festonné, semi-transparent. Ce bord s'étend en vieillissant et la gélatine se ramollit sous la colonie.

Sur gélatine, en piqûre, la liquéfaction commence au second jour; il se forme une petite cupule pleine de liquide clair et recouverte d’une mince membrane blanche, irisée. Le tube continue à se liquéfier et montre au fond un dépôt floconneux blanc.

Sur gélose, à 37°, la culture recouvre très vite toute la surface de la gelée; elle y donne une membrane plissée d’un blane jaunâtre.

Sur pomme de terre, les colonies sont des taches blanches, plates.

Le bourllon se trouble légèrement et laisse déposer un léger sédiment, mais ne montre jamais de voile.

Ces Leplothrix peuvent présenter une végétation à tendance envahissante, sur la muqueuse du pharynx ou dans les cryptes amygdaliennes surtout, y former un revêtement blanchâtre assez étendu, pultacé, ou plus souvent des touffes blanches isolées, plus ou moins développées, déterminant une mycose pharyngée d'ordinaire bénigne, mais à évolution

(1) Manor, Recherches microscopiques sur la composition du tartre dentaire et des enduits muqueux (C. R. de l'Acad. des sc., XVII, p. 213).

(2) Mer, Der Einfluss der Microorganismen auf die Carie der Zähne (Arch. für exper. Path., XVI, 1882).

(3) ViGnar, Recherches sur les microorganismes de la bouche (Arch. de physiol., 1886).

718 BACTÉRIACÉES,

longue, difficile à enrayer. Les touffes blanches sont d'ordinaire très adhérentes aux amygdales, ne s’enlèvent qu'avec difficulté, probablement parce qu’elles se développent à l'intérieur des cryptes ou des replis des amygdales et que les parties terminales seules deviennent visibles. Arustamow (1) y a rencontré deux espèces, à caractères bien voisins, qu'il a puisoler en culture sur plaques.

La première donne, sur plaques, des colonies étoilées, à centre plus sombre, paraissant formées de filaments entortillés qui prennent une direction radiaire à la périphérie. En strie sur gélose, il se forme, le long de la strie, de petites taches homogènes d’un blanc de lait. Dans le bouillon, on n’observe qu’un léger dépôt nuageux sur le fond du vase. La culture sur pomme de terre est des plus minime. Les filaments de ces cultures sont homogènes, ont une largeur de 0,5 » à 0,6 w et une longueur de 8 w à 50 y; : leur longueur est moindre sur gélose. C’est un anaérobie vral. ;

La seconde espèce forme sur gélose une pellicule grise, épaisse, plissée, et dans le bouiHon un léger voile blanc, ridé. C’est une espèce aérobie.

Le Lepltothrix buccalis peut occasionner seul de véritables angines (2) qui prennent même parfois l'aspect diphtéroïde (3).

Il pourrait même produire des lésions rappelant celles de l’actinomycose, où se rencontreralent des grains, affectant parfois une structure radiée, formés par des filaments présentant la réaction particulière vis-à-vis de l’iode.

Miller (4) a décrit, sous le nom de Leplothrix gigantea, de longs filaments, beaucoup plus épais que ceux du Leptothrix buccalis, qu'il a rencontrés dans le tartre dentaire de beaucoup d'herbivores, du chien, du chat et du porc.

Le Leplothrix epidermidis, signalé par Bizzozero sur la peau de l’homme, n’est autre chose qu'un Bacille du groupe des Bacilles de la pomme de terre.

Le Leplothrix placoides alba, isolé par Dobrzyniecki (5) d’une dent cariée, est un Cladothrix; probablement aussi le Leptothri Lx r'acemosa, décrit par Vincentini (6) et Arkôvy (7) dans les mêmes conditions. Bien des mycoses décrites sous le nom de mycoses à Leplothrix sont certainement dues à des espèces de Cladothrix.

Follet et Sacquépée (8) ont isolé un Leptothrix, dans un cas de zona, du liquide des vésicules et du sang.

(1} Arusramow, Zur Morphologie und Biologie der Leptothrix (Anal. in Centralbl. für Bakt., VII, -1889, p. 349). ;

(2) Srern, Ueber Pharyngomycosis leptothrica (Münch. med. Wochenschr., 1895, n° 20).

(3) Meunier et BerrTHeraxp, Étude clinique et bactériologique d'un cas d’angine aiguë diphtéroïde à Leptothrix (Arch. de med. des enfants, octobre 1898).

(4) Mrrzer, Ueber einen Zahnspaltpilz, Leptothrix gigantea (Bericht der deutschen botan. Gesellschaft, 1853).

(5) DoBrzYNIECKI, Fe Leptothrix (Centralbl. für Bakt., XXI, 1897, p. 225).

(6) Vixcexrmi, Bacteria of the sputa and cryptogamic flora of the mouth. 1219027 Londres, Baillière, Tyndal et Co.

(7) ARkÜvY, Ueber Leptothrix racemosa (Oest. Ung. Vierteljahrsschr. für Zahnheilk., 1902).

(8) Fozzer et SacQuÉPÉE, Zona métamérique. Infection par un Leptothrix (Soc. méd. des hôp., 13 juin 1902).

LEPTOTHRIX OCHRACEA. 719

LEPTOTHRIX OCHRACEA KurziINcG.

Cette espèce a été très sommairement décrite par Kützing, puis considérée après par Zopf comme appartenant au développement de son Cladothrix dichotoma. Winogradsky (1), qui la étudiée à nouveau, la considèré comme parfaitement établie. Cependant, la présence d’une gaine gélatineuse autour des filaments peut la faire considérer comme distincte des Leptothrix; en se basant sur ce caractère, Migula a créé le genre spécial Chlamydothrix. Elle serait plutôt à écarter des Bactéries vraies et à rapprocherdes types Crenothrix, Gallionella, qui sont à classer dans les Algues, au voisinage des Beggiatoa et des Oscillaires.

C'est la Bactérie ferrugineuse par excellence, précipitant le fer, sous forme d’ocre, d'oxyde rouge, dans les milieux, les eaux surtout, qui en contiennent, arrivant à former, autour de ses filaments ou de ses colonies fixés sur des substratums divers, des dépôts, des taches, des amas (champignons) de taille plus ou moins grande, suffisante souvent pour sèner, obstruer des orifices ou même des conduites. En traitant ces magmas ferrugineux par de l'acide chlorhydrique très étendu, on arrive à pouvoir constater la présence des filaments bactériens autour desquels ils se sont formés (2).

Les filaments ont une longueur qui peut atteindre 200 & et plus, avec une largeur de 1,5à 2. Avec l’âge, leur membrane s s’imprègne d'oxyde de fer et est colorée en jaune ou en brun. On a décrit une formation de sortes de conidies ou d’arthrospores (3), se développant en excroissances sur les côtés des filaments.

L'espèce est très commune dans les eaux qui contiennent du fer. Winogradsky donne pour l’obtenir le procédé suivant : On remplit d’eau de puits, contenant en suspension de oxyde de fer récemment précipité, des éprouvettes dont le fond est garni de foin cuit dans beaucoup d’eau. Dès qu’il se produit un dégagement de gaz, on aperçoit, à la surface de l’eau et sur les parois du vase, des petits flocons et des petites taches de couleur de rouille. En huit ou dix jours, toute la paroi est recouverte de ces taches et, à la surface, nagent de grosses zooglées de même couleur. Les taches et les zooglées sont formées de filaments de Leptothrix ochracea, qu ‘accompagnent diverses autres espèces de Bactéries.

Winogradsky n’a pas isolé cette espèce en culture pure. Il en a simplement observé la morphologie en cellule, sous le microscope.

Ces filaments ne croissent pas si l’eau où ils se trouvent ne renferme pas un peu de protoxyde de fer. Il en est de même dans une eau nutritive qui s’est oxydée à l'air. Ils sont constitués par une série de fins bâtonnets entourés d’une gaine gélatineuse plus ou moins épaisse. Une des extrémités de ces filaments est fixée aux parois du vase, l’autre est libre. A la base, la gaine est plus épaisse et atteint au moins quatre

(1) Winocrapsky, Ueber Eisenbacterien (Bot. Zeit., 1888, p. 262).

(2) Mouse, Die Eisenbakterien. [éna, Fischer, 1910. — RULLMANN, Ueber Eisenbakterien (Centralbl. für Bakt., 2e Abth., XXXIII, 1912, p. 277).

(3) Euus, A contribution to our knowledge of the tread-bacteria (Centralbl. für Bakt., 2% Abth., XIX, 1907, p. 502).

Page 1